dimanche 20 novembre 2011

Liberté, Egalité, Fraternité.... c'est encore vrai ??

Billet du 20 novembre:

Liberté, ça doit aller vu qu'on s'en vante un peu partout... mais les opinions peuvent différer selon la couleur de la peau, le faciès, la religion, le quartier ou la "zone" où l'on habite.... passons pour le moment.

Égalité porte plus à confusion: c'est sûr ==> TOUT le monde est égal sauf que certains sont plus "égaux" que d'autres, surtout si ceux-là sont riches.... avec plein de niches.... Mais on y reviendra car en temps de crise, l'effort doit être égalitaire non?... sinon la Révolution (pas rose ni arabe) sonne à nos portes...

Fraternité , qui est mon propos ce jour, doit bien être cousin de Solidarité non? Mais on se demande si le commun des mortels et ceux qui nous dirigent ou qui prétendent le faire à l'avenir, savent vraiment ce que cela veut dire....

La fraternité est un concept facile à appréhender intellectuellement mais aussi, on l’oublie, souvent inconfortable et exigeant dans son application et sa mise en œuvre.

C'est un mot facile à comprendre et à la portée de tous. Circulez, il n'y a rien à voir : c'est clair, c’est simple et j'ai compris ; tous les humains ne sont-ils pas aussi des frères… tous égaux…  Mais il faut aussi savoir que la fraternité est une valeur parfois, sinon toujours, inconfortable dans son application et ce,  pour plusieurs raisons :

D’abord, il existe différents niveaux de fraternité ou encore disons qu’il existe diverses fratries. Et pour compliquer le tout, les gestes et les actions qui y sont associées et qui en découlent peuvent prendre plusieurs sens et diverses couleurs.

Voyons voir : je suis frère d'abord dans une fraternité biologique : j'ai éventuellement des frères et des sœurs. Je suis aussi intégré d'une certaine façon dans une fraternité biologique « étendue » : j’ai sans doute des parents encore vivants  mais aussi éventuellement des enfants, un conjoint ou un partenaire,  envers lesquels j’ai des droits mais aussi des obligations fondamentales. Sans parler du deuxième cercle...

Je fais partie aussi de ce qu'on pourrait appeler une fraternité amicale : j'ai encore un ou des amis d'enfance qui me suivent fidèlement, qui m'ont suivi tout au long de ma vie d'adulte, posant souvent des gestes désintéressés envers moi ; ils sont très près de moi, très chers.

Je ne peux nier non plus ma participation à une fraternité « sociale » : je vis avec et je côtoie intimement un ou des voisins depuis plusieurs années, voisins solidaires qui sont devenus au fil du temps comme des frères, un peu comme les membres d'une grande famille à la mode africaine.

Je peux, et certains d’entre nous aussi, faire partie d’une famille « religieuse » avec ses codes, ses rites, ses droits et ses obligations…exigeant !

Je fais aussi partie intégrante de ce qu'on pourrait appeler une fraternité « politique », au sens originel étymologique en grec ancien du mot  « polis », la cité. Je vis dans la cité ; la vie de la cité m’affecte de la même façon que j'influe la vie de la cité. J’y ai des obligations. Je ne peux rester spectateur invisible. J’ai des obligations.

Enfin, je participe également  à ce que je pourrais décrire comme une fraternité « sociétale » : je vis en France, en Europe et non pas en Afrique ou en Asie. Les mutations profondes qui pétrissent la société française actuellement ne peuvent me laisser indifférent car elles me touchent et m'affectent profondément, dans mon intimité, dans ma vie quotidienne. Je ne peux rester un spectateur placide. J’ai des obligations.

Toutes ces différentes notions du même concept « fraternité », véhiculant  des valeurs semblables mais  différentes, hiérarchisées selon les temps et les époques, me donnent des droits bien sûr mais elles me créent aussi de belles et réelles obligations. La difficulté majeure est de trier et de prioriser les gestes et les actes attendus de moi. Souvent le dilemme est cornélien, eu égard à mes capacités du moment. Comment concilier l'aide que je dois apporter à ma sœur biologique ou à mon fils avec cette assistance que je dois et que je veux apporter à mon "frère", le SDF devant chez moi ou même juste un voisin.

Ce dilemme commence à rendre mes valeurs « fraternité » fort inconfortables!

Mes semblables et moi-même doivent consulter leurs moyens en même temps que leur cœur afin de ne pas dépasser ce que leurs  ressources leur permettent d'offrir. La charité cesse d'être une vertu, en effet, si elle est faite au préjudice de devoirs plus sacrés et plus pressants : la famille des enfants les parents et les engagements civils. Il s'agit là d'un début de réponse qui touche et varie, disons, selon les « ressources » de chacun mais au final, le tri et le choix du geste approprié restent difficiles. La réflexion reste entière.

Par ailleurs, mes  valeurs « fraternité » sont inconfortables aussi pour d'autres raisons : car le geste fraternel que je poserai peut prendre plusieurs visages…

Ce soir, pour les fins de cet exposé que je veux bref (vais-je y arriver? mais ce soir c'est important !), je vous lance quelques pistes ; à vous d’aller plus loin, de chercher, de réfléchir, de combler les vides, de chercher les mots et les gestes qui manquent…., somme toute de trouver votre voie. A notre disposition, il y a la palette suivante des gestes et actions possibles (limitative il va de soi) :

La compassion
La cotisation avec retour d'impôt à une œuvre de bienfaisance bien sûr (un euro en "retour" c’est toujours utile…)
La commisération (c’est bien triste ce qui lui arrive…)
La pitié (pauvre de lui, il est bien mal pris…)
L’apitoiement (ah je ne voudrais pas que cela m’arrive…)
La sympathie (on lui présente ses « sympathies »..)
La charité
La bonté, avoir l'air "bon"
Le soutien concret, réel, "dans la durée..."
Le partage
L’altruisme
Le geste humanitaire
La générosité, souvent muette, qui devrait toujours rester anonyme.
L’empathie
La sensibilité (je suis sensible à ce qui lui arrive…)
L’émotion véritable (cela me touche profondément…)
La sollicitude
La bienveillance
Le souci de l’autre
La solidarité...

Ici encore,  faire le tri, choisir et prioriser ne sont pas gestes commodes ni confortables. Gardons cela en mémoire et continuons à réfléchir !

En terminant, je vais vous raconter brièvement une petite histoire qu’un ami, un  "quasi-frère décrit ici" de Paris me confiait récemment et qui met en scène un autre parisien qui, lui, est chevalier hospitalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, l’Ordre de Malte. Je l'ai nommée : la parabole de l'hospitalier.

Donc ce frère hospitalier, à la fin de sa réunion mensuelle de l'Ordre, rentrait chez lui et marchait sur les quais de la Seine, content et satisfait, perdu dans de profondes réflexions vraisemblablement d’ordre spirituel (c’est logique : il sort d’une réunion où l'on s'est interrogé sur les plus démunis!). 

Il entend alors un grand plouf et constate qu’un homme semble faire de grands mouvements avec ses bras, plongé dans l’eau froide de la Seine. Il lui crie : « est-ce que tout va bien ? ». Il entend mal  la réponse car l'homme se débat dans l'eau. Il lui répète : « vous êtes sûr que tout va bien ? ». Il ne reçoit que des borborygmes comme réponse. Alors il insiste : «holà, je vois que c'est la troisième fois que vous buvez la tasse…, ça ira ?? ».

Faute de réponse compréhensible, il ajoute en hochant la tête : « sachez mon ami que si tout cela tourne mal pour vous, il y aura bien quelqu'un pour vous faire le bouche-à-bouche ». Et il continua lentement son chemin, de retour, enfin, au plus profond de ses réflexions, fort préoccupé qu'il était de son progrès spirituel… 

Devant lui par terre, sur le quai, posé devant sa petite tente bordeaux des Don Quichotte, un SDF le regarde passer en rigolant comme un dingue, bêtement sans doute, cramponné à sa bouteille de gros rouge qui tache….

Mes "frères" de cette chère devise "Liberté, Égalité, Fraternité", ne tombez pas à l’eau......