lundi 21 mai 2012

Bon enfin !! un journaliste éthique; il ne doit pas travailler à FR2 ou à Canal !!


Le Point.fr - Publié le 21/05/2012 à 07:24 - Modifié le 21/05/2012 à 07:36

François Hollande devra convaincre les Français que l'exigence de croissance et la nécessaire rigueur sont conciliables. Ce ne sera pas facile..... (note du VQC : et les autres d'Europe alors !!!)


François Hollande a donc fait durant ce week-end son entrée sur la scène internationale. Côté formes, ce n'était pas mal. Il s'est bien tenu, avec assez d'aisance, un mélange de jovialité et de modestie. Plus sympathique à Washington et à Chicago qu'à Paris, où, la semaine dernière, il était apparu à plusieurs reprises un peu trop gonflé d'importance, genre "Moi, président de la République", professeur de morale républicaine qui n'en serait pas encore revenu d'avoir été élu. Finalement, on le préfère dans son naturel que dans sa posture. À ce propos, vite qu'on en finisse avec les décisions subalternes concernant, par exemple, le train de vie des ministres, style réduction de 30 % des traitements ou remplacement de l'avion par la bicyclette ! Pure démagogie, rideau de fumée, frime et compagnie...

Mais revenons à l'essentiel : la crise, les crises, et le grand problème du jour, la croissance. D'avoir introduit cette question dans ses discours de campagne, il faut convenir que ce fut une idée royale de la part de Hollande. Une idée en cohérence avec la doctrine socialiste et en coïncidence avec l'attente des peuples européens les plus durement secoués par la politique d'austérité qu'on leur impose. C'était le moment opportun pour lancer le débat, un débat légitime, et cette initiative assure au président français une position relativement avantageuse dans le concert international, on l'a senti au cours des sommets de ce week-end, et on le sentira mieux encore à Bruxelles mercredi et surtout au Conseil européen de la fin juin.

 
Confiance aléatoire

Tout cela est bel et bon, mais après ? "Encourager la croissance" est devenu le mot d'ordre des participants au G8. Mais quelle croissance ? Et comment ? S'il est vrai que l'accord sur la croissance n'a de sens que s'il s'inscrit dans un cadre européen, comment concilier les conceptions opposées des partenaires européens en matière de relance ? Certes, la "convergence" entre les chefs d'État est désormais plus ou moins actée, mais la convergence n'est qu'une promesse tendant vers un objectif commun, elle n'est pas un accord. 


Cette promesse sera sans doute confirmée dans les semaines qui viennent, mais elle ne sera sans doute que seconde par rapport à la réaffirmation par les dirigeants européens les plus influents du principe majeur de rigueur budgétaire. Hollande en est bien conscient, qui déclarait samedi à Washington : "La croissance doit être une priorité en même temps que nous mettons en ordre nos comptes publics à travers des pactes budgétaires."

En vérité, la priorité est double, et ces deux termes sont à bien des égards contradictoires. Or, le nouveau président s'est montré jusqu'à présent aussi peu crédible sur les moyens d'assurer la relance que sur ceux propres à la remise en ordre des comptes publics dans un contexte social qui s'annonce peu favorable à une politique de rigueur. Il a besoin d'une adhésion populaire. Il dit lui-même que croissance et confiance sont inséparables. Pour l'heure, la confiance que lui font les Français semble encore aléatoire. Elle ne pourra se renforcer que par un discours de vérité, une pédagogie et un comportement de loyauté. C'en est assez des défausses sur la politique Sarkozy et des protestations de vertu.

Mais ce qu'on attend surtout du nouveau président et de son gouvernement, c'est une politique assez souple pour ne décourager aucune des catégories de Français. En matière de politique économique, l'heure n'est pas au dogmatisme, mais au pragmatisme. Les socialistes avaient opéré dans les années Mitterrand leur conversion au libéralisme. Il ne faudrait pas que leur souci légitime de justice sociale les amène aujourd'hui à un retour au sectarisme d'État et à un laxisme qui paradoxalement n'assurerait pas la relance et aboutirait à l'austérité.

 
Par Philippe Besson