lundi 18 février 2013

Notre Hollandais blagounette fait rire en Inde, malgré lui

Extrait de Libé... http://www.liberation.fr/politiques/2013/02/13/a-new-delhi-en-attendant-francois-hollande_881596



Hollande fait rire malgré lui sur la croissance française
Vendredi 11 heures, auditorium du Mémorial Nehru, New Delhi

Et la salle a ri. Mais ce n'était pas suite à une bonne blague de François Hollande. Non, cette fois, le chef de l’Etat a fait rire malgré lui. Et ce n’est jamais très agréable. Surtout de la part d’une assemblée réunissant le gratin politico-culturel indien, pas franchement porté sur la poilade. Il n’y avait évidemment rien de méchant, ni de désobligeant dans ce rire. C'était pire : il était d’une absolue cruauté. Il a renvoyé malgré lui Hollande à son statut de chef d’Etat d’un pays malade, sans croissance et avec un niveau chômage qui l’empêche de se projeter dans l’avenir.
Voilà comment tout est arrivé. Hollande parle depuis une dizaine de minutes de l’importance des relations franco-indiennes, vantant notamment la démocratie indienne, comme la plus grande du monde (c'était la troisième fois qu’il reprenait l’expression depuis le début du voyage). Son discours glisse alors sur le terrain économique : «Des entrepreneurs que je rencontrais me disaient qu’ils avaient peur que la croissance (indienne, ndlr) ne dépasse pas 8, 9, 10%. J’en rêvais. Leur crainte c’est de n’obtenir que 5%. Ce serait une très grande performance pour la France mais un risque pour l'économie indienne parce que vos besoins liés à la progression de la population, à son besoin d’accéder au marché de consommation, aux biens durables, exige une croissance forte.» Jusque-là tout va bien. L’assistance, les casques de traduction sur les oreilles écoute religieusement le chef de l’Etat parler. Il poursuit : «Nous en France nous luttons pour que la croissance ne soit pas en dessous de zéro.» Et là, sans prévenir, un rire parcourt l’assistance. Pas un rire à gorge déployée. Juste un petit rire pincé qui a du mal à ne pas cacher une certaine supériorité. Alors Hollande de reprendre sur un ton affirmé, et résolument premier degré : «Nous y parviendrons.»
Ce matin un éditorial du Hindustan Times ne disait pas autre chose. Mais avec des mots cette fois. «Le problème de la France, comme celui d’une partie de l’Europe, c’est le déclin de sa compétitivité économique. Les entreprises francaises ont certes une réputation de qualité mais une qualité qui ne peut pas concurrencer les pays d’Europe du Sud. Ceci explique pourquoi les entreprises indiennes ont peu d’intérêt à chercher des partenaires français.» Et le journaliste d’enfoncer le clou ultime : «Même la petite Belgique est un plus grand partenaire commercial que la France.»
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concernant la Première Maîtresse de France::


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La première dame fait son casting
Jeudi 14 février, mémorial Gandhi à New Delhi, 11 heures

Mais que fait Valérie Trierweiler en Inde? Après avoir accompagné, ce jeudi matin, François Hollande lors des deux première étapes protocolaires de la visite, elle a quitté le cortège pour faire sa vie de première dame. Au menu : la visite d’une fondation dans la banlieue de New Delhi qui accueille 300 enfants pauvres, puis détour par une association franco-indienne qui s’occupe des enfants retirés de leur famille et enfin visite d’un programme de l’ONG Action contre la faim (ACF). Le problème est que Valérie T. veut un peu tout et son contraire. Elle aimerait bien que la presse s’intéresse à elle, mais pas n’importe quelle presse. Pas de journaux, par exemple. Et pour ce qui est des images, elle est d’accord pour être suivie par une équipe de télévision, mais pas par celle de TF1. Pourquoi ? Parce qu’elle est en procès avec Christophe Jakubyszyn, le chef du service politique de la chaîne, pour son livre, La Frondeuse. Cette mise au ban fait doucement rigoler la profession, puisque ces images dites «de pool» sont en fait remises au pot commun et pourront donc être utilisées par TF1. Donc Madame est d’accord pour être accompagnée mais seulement par un journaliste d’une radio et/ou d’une agence. Le hic c’est que ni les agences (Reuters ou AFP) ni les radios n’ont envie de suivre les pérégrinations de la première dame. Même si hier, les services de l’Elysée ont bien essayé de faire de la retape. En vain. Voyant que Trierweiler était désespérément seule, Paris Match (qui est aussi son employeur) a tenté sa chance. Au cas où. Ce fut niet.

Le choix des chaussettes
Jeudi, mémorial Gandhi à New Delhi, 10h30 

Alors patins, chaussettes ou surchaussures? Telle est la question. Visiter le mémorial du Mahatma Gandhi dans la banlieue de New Delhi, passage obligatoire pour toute visite d’Etat en Inde, impose de se déchausser. Président de la République ou pas. Mais pour les personnalités importantes qui ne voudraient pas marcher en chaussettes sur la gazon, le protocole indien prévoit surchaussures ou patins. C’est selon. «Ça a été un problème car Valérie Trierweiler ne voulait pas de patin à cause de ses hauts talons», raconte une responsable du protocole. Mais comme les surchaussures, c’est vraiment moche... Finalement, ce ne sera ni l’un ni l’autre. François Hollande délaisse la paire de patins en coton blanc et se décide à marcher en chaussettes. Sa compagne, vêtue d’une robe noire, a elle enfilé de très discrets protège-pieds, couleur chair. Les ministres sont là aussi. Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture, est du voyage. Hollande jette à deux reprises quelques pétales sur la pierre de granit. Madame l’imite. En bruit de fond, un air traditionnel indien chante : «Les vrais croyants sont ceux qui comprennent la douleur des autres.» Un petit tour de la pierre, puis signature du livre d’or. Hollande recopie le papier que lui a laissé son aide de camp : «Son message de paix, de courage et de simplicité continue à inspirer l’humanité.» Retour au stand de chaussures. Sarkozy avait interdit qu’on le filme en train de se déchausser. Cette fois c’est Valérie Trierweiler qui fait signe au caméraman d’arrêter de filmer. L’affaire a été pliée en 20 minutes.

François Hollande avec le Premier ministre indien Singh, jeudi.

François Hollande avec le Premier ministre indien jeudi.

Revue militaire ou jeté de pétales ?
Mercredi 13 février, 18 heures, hôtel Maurya, New Delhi 

C’est l’heure du brief. Evelyne Richard, organisatrice des déplacements présidentiels pour la presse, égrène le programme du voyage. Puisque tout est minuté, il est impossible même pour un journaliste enrôlé dans la caravane présidentielle, de suivre toutes les étapes du voyage. Exemple, jeudi, selon le protocole, Hollande sera d’abord accueilli par le président indien, Pranab Mukherjee, avec passage en revue des armées. Puis ce sera une cérémonie au Raj Ghat, le mémorial du Mahatma Gandhi. Avec jeté de pétales. Impossible de faire les deux. C’est soit l’un, soit l’autre. Il faut choisir. Seule assurance : qu’il y ait toujours au moins une caméra pour récupérer ensuite des images. Au cas où... Nous, on choisit les jetés de pétales. Et puis on verra Hollande en chaussettes, c’est pas tous les jours.
Ce mercredi, la délégation des journalistes français est sur un mode énervé. Ça râle sur l’organisation du voyage. Et à juste titre. Surtout pour la journée de vendredi. Le discours de Hollande au mémorial de Nehru? On sera obligé de le voir à la télévision. La visite du centre de recherche de Lafarge, prévue à Bombay en début d’après-midi? Elle se fera à huis clos, sauf pour une radio et une agence. Pas de presse écrite, pour cause de timing trop serré. Il faudra donc se contenter du discours de fin de journée devant les chefs d’entreprises indiens. Ça fait peu pour 3 000 euros. D’où la mauvaise humeur. «C’est bizarre, pour la venue de Sarkozy, il y avait une vraie excitation, là on a l’impression que tout le monde s’en moque», confie une journaliste de la presse indienne, qui s’est greffée à la délégation française. Sarkozy avait bien fait les choses : il avait emmené Carla Bruni dans ses bagages et programmé une visite au Taj Mahal. A cette heure, le programme de François Hollande et Valérie Trierweiler est encore inconnu.

Des voyages qui commencent à coûter
Mardi 12 février, New Delhi, 23 heures locales

La presse présidentielle n’est pas à plaindre. Elle est logée dans un somptueux hôtel quatre étoiles, le ITC Maurya, dans le sud de New Delhi. Pourquoi diable un quatre étoiles? La question se pose d’autant plus que de nombreuses rédactions commencent à se plaindre du coût exorbitant des voyages officiels. Pour avoir le privilège de suivre Hollande dans ses tribulations indiennes, il faut débourser, par journaliste, la bagatelle de 3 000 euros (tout compris). Pour les télévisions, la facture doit être multipliée par deux, trois, voire par cinq, en fonction du nombre de techniciens. Le sujet devient si chaud que plusieurs rédactions ont alerté Alain Barluet, journaliste du Figaro et président de l’association de la presse présidentielle. Une réunion avec les services de l’Elysée est prévue pour évoquer le sujet dans les semaines qui viennent. Au Château, on explique que seuls les grands hôtels sont capables de réserver une soixantaine de chambres à l’avance et acceptent les annulations au dernier moment. Et puis, dit-on, il faut un hôtel capable d’accueillir une salle de presse et, si besoin, une conférence de presse du Président (ce qui sera le cas en Inde), avec toutes les contraintes de sécurité que cela impose. Qui décide de ce régime hôtelier ? En partie Evelyne Richard, institution de la République, qui prépare, pour les journalistes, tous les voyages présidentiels depuis Pompidou. Elle exerçait sous Sarkozy. Elle a été confirmée sous Hollande. Et comme le ITC Maurya était déjà l’hôtel des journalistes lors de la visite de Sarkozy en 2010, va pour le quatre étoile et ses baignoires king size.