dimanche 7 septembre 2014

et Petrick remets le couvert :: toujours instructif ! merci



1-Al-Qaïda annonce la création d'une nouvelle branche en Inde
2-L'Etat islamique s'intéresse à la peste bubonique
3-L'Etat islamique revendique la décapitation d'un 2e otage américain et menace de tuer un otage britannique
4-A-t-on vraiment les moyens de combattre l'Etat islamique ?
5-L'Etat islamique est une start-up qui cartonne. Voici ses résultats en chiffres
6-«Etat Islamique» : la mégalomanie d'un homme
7-Syrie : bombarder Assad ou les islamistes ?
8-"Nous devons parler la seule langue que comprend l'État islamique: celle des armes"
9-Musulmans ou islamistes : où sont les « modérés » ?
10-OTAN : les grandes décisions du sommet de Newport
11-Une coalition de dix pays occidentaux pour affronter l'Etat islamique
12-Faut-il craindre une guerre avec la Russie ?
13-Des forces russes «sans précédent» à la frontière ukrainienne
14-Pourquoi Obama ne laisse-t-il pas l’Ukraine tranquille ?
15-Ukraine : Obama et Cameron affichent leur unité face à Moscou
16-Poutine fait miroiter un début de règlement de la question ukrainienne
17-Guerre en Ukraine : « Poutine a presque toujours eu un temps d'avance »
18-La Russie entraîne ses cadets au combat
19-Hong Kong entre en "désobéissance civile"
20-Le casse du siècle vaut 1.000 milliards de dollars

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1-Al-Qaïda annonce la création d'une nouvelle branche en Inde
03/09/2014

Le successeur de Ben Laden, Ayman Al-Zawahiri, l'a annoncé dans une vidéo diffusée mercredi.

Le leader d'Al-Qaïda, Ayman Al-Zawahiri, dans une vidéo diffusée le 26 octobre 2012.
Le leader d'Al-Qaïda, Ayman Al-Zawahiri, dans une vidéo diffusée le 26 octobre 2012.

Al-Qaïda en Inde. Le chef du réseau, Ayman Al-Zawahiri, a annoncé dans une vidéo diffusée mercredi 3 septembre la création d'une nouvelle branche du mouvement islamiste radical sur le sous-continent indien. Dans cette vidéo, Zawahiri affirme que cette branche entend "anéantir les frontières artificielles" qui divisent les musulmans dans cette région, selon le site américain de surveillance SITE.

La nouvelle entité d'Al-Qaïda, déjà actif en Afghanistan et au Pakistan, veut faire renaître un califat, c'est-à-dire un territoire sous l'autorité d'un calife, successeur du prophète musulman Mahomet, en Birmanie, au Bangladesh et dans certaines parties de l'Inde. Cette nouvelle branche est nommée en anglais "Qaedat al-Jihad in the Indian Subcontinent" ("Al-Qaïda en guerre sainte sur le sous-continent indien").

http://www.europe-israel.org/wp-content/uploads/2014/07/EIIL.jpg
Le futur Grand Califat

Revenir sous les feux des projecteurs
Elle s'est constituée par le regroupement, depuis deux ans, de combattants qui dépendront de l'autorité du Pakistanais Assim Oumar, lui même subordonné au chef des talibans afghans, le mollah Mohammed Omar. Cette entité islamiste entend "lever le drapeau de la guerre sainte, rétablir la loi islamique, et instaurer la charia d'Allah à travers le sous-continent indien, qui faisait auparavant partie des terres musulmanes, jusqu'à ce que l'ennemi infidèle l'occupe, le fragmente et le divise".

Depuis la mort de Ben Laden, les activités d'Al-Qaïda ont été éclipsées par la proclamation fin juin par un autre réseau, celui de l'Etat islamique (EI), d'un califat sur des territoires à cheval sur la Syrie et l'Irak. En lançant cette branche, dans une vidéo où il s'exprime en partie en arabe et en partie en ourdou, sans doute pour s'adresser à sa base au Pakistan, Zawahiri tente de revenir sous les feux des projecteurs.

Lire aussi :
Qui-vive en Inde après l'annonce des projets asiatiques d'al-Qaïda
Les Musulmans Violent des Soeurs Chrétiennes. Par Raymond Ibrahim

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2-L'Etat islamique s'intéresse à la peste bubonique
Par LEXPRESS.fr, publié le 29/08/2014

Dans un ordinateur ayant appartenu à un djihadiste de l'Etat islamique, les journalistes de Foreign Policy ont retrouvé des documents sur l'armement biologique, notamment sur l'utilisation de la peste bubonique.

L'Etat islamique s'intéresse à la peste bubonique
Un bâtiment de l'Etat islamique dans la province syrienne d'Idlib après sa reconquête par d'autres rebelles islamistes, janvier 2014.
C'était à craindre. Dans l'ordinateur portable d'un djihadiste de l'Etat islamique saisi au cours de combats contre d'autres rebelles islamistes dans le nord-ouest de la Syrie, les journalistes du bimensuel américain Foreign Policy ont retrouvé un document de 19 pages sur l'armement biologique.

Ce document contient des explications pour récupérer le bacille de la peste bubonique sur des animaux infectés et le transformer en armes. En l'intégrant par exemple à de petites grenades, destinées à être lancées dans "des métros, des stades de football ou des salles de spectacles", et en prenant bien soin "d'utiliser l'air conditionné". Une technologie "peu onéreuse, mais qui peut faire un très grand nombre de victimes", précise le document. 
Un chimiste tunisien

Le djihadiste en question serait tunisien. D'après des documents retrouvés dans l'ordinateur, il a fait des études de physique et de chimie dans deux universités du nord du pays, ce qui a été confirmé par l'une d'entre elle. Il a disparu du pays depuis 2011. Quant à l'utilisation d'armes de destruction massives, elle est autorisée par la fatwa d'un prédicateur saoudien retrouvée dans son ordinateur. 

Rien n'indique dans les documents retrouvés sur l'ordinateur que l'Etat islamique dispose déjà de telles armes, reconnaît Foreign Policy. Mais avec le vaste territoire que s'est taillé dans les derniers mois le groupe terroriste, ses djihadistes ont de plus en plus de loisir pour les développer, prévient le magazine. 

Lire aussi :
L'Etat islamique aux portes d'Israël

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3-L'Etat islamique revendique la décapitation d'un 2e otage américain et menace de tuer un otage britannique
02 Septembre 2014

Les jihadistes de l'Etat islamiste (EI) ont revendiqué dans une vidéo diffusée mardi sur internet la décapitation d'un deuxième otage, Steven Sotloff, a rapporté le centre américain de surveillance des sites islamistes SITE.

L'Etat islamique revendique la décapitation d'un 2e otage américain et menace de tuer un otage britannique

Dans cette vidéo intitulée "deuxième message à l'Amérique", on peut voir le journaliste Steven Sotloff âgé de 31 ans, à genoux, vêtu d'une blouse orange, à côté d'un homme masqué armé d'un couteau.

"Je reviens Obama"
L'homme masqué vêtu de noir condamne l'intervention des Etats-Unis en Irak et porte son couteau à la gorge du journaliste. Il présente ensuite un autre otage, un  Britannique, et menace de l'exécuter. "Je reviens Obama, et je reviens à cause de votre politique étrangère arrogante à l'encontre de l'Etat islamique", déclare l'homme en noir.

La Maison Blanche a indiqué qu'elle devait encore confirmer l'authenticité de cette vidéo.

La mère de Steven Sotloff avait imploré le chef jihadiste à épargner son fils
L'EI avait menacé de tuer Steven Sotloff dans une vidéo similaire où les insurgés montraient la décapitation de James Foley, qui avait été publiée sur internet le 19 août. Les jihadistes y affirmaient que Steven Sotloff serait le prochain à mourir, si les Etats-Unis ne cessaient pas leurs bombardements contre les positions de l'EI en Irak.

La mère de Steven Sotloff avait récemment imploré le chef des jihadistes Abou Bakr al-Baghdadi d'épargner son fils: "Vous, le calife, pouvez accorder l'amnistie".

Disparu depuis plus d'un an
Porté disparu depuis douze mois, Sotloff, 31 ans, aurait été kidnappé le 4 août 2013 à Alep, en Syrie, près de la frontière avec la Turquie. Ce fin connaisseur du Moyen-Orient couvrait depuis des années le monde musulman. Natif de Miami (Floride, sud-est) et diplômé en journalisme de l'Université de Central Florida, il a travaillé à la pige pour le magazine Time, l'hebdomadaire américain Christian Science Monitor, la publication Foreign Policy et plus récemment pour le journal World Affairs.

Lire aussi :
L'Etat islamique revendique dans une vidéo la décapitation du journaliste américain Steven Sotloff
L'Etat islamique assassine un deuxième journaliste américain et menace un otage britannique

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4-A-t-on vraiment les moyens de combattre l'Etat islamique ?
06/09/2014

Les Etats-Unis tentent de bâtir une coalition pour lutter contre les jihadistes en Irak et en Syrie. Mais cette initiative a-t-elle seulement des chances de succès ?

Des miliciens chiites irakiens tirent des roquettes sur des positions de combattants de l'Etat islamique, le 3 septembre 2014, près de Tikrit (Irak).
Des miliciens chiites irakiens tirent des roquettes sur des positions de combattants de l'Etat islamique, le 3 septembre 2014, près de Tikrit (Irak).

Le bras droit du chef de l'Etat islamique (EI) aurait été tué, jeudi 4 septembre, dans un raid de l’aviation irakienne dans le nord de l'Irak. Mais le même jour, ses jihadistes auraient enlevé une quarantaine d’hommes dans une ville de la province de Kirkouk. Malgré les coups portés, l’organisation, bien décidée à instaurer un Etat islamiste, continue de semer la terreur en Irak et en Syrie. Ce "cancer", Barack Obama entend le "détruire". Et pour ce faire, il veut bâtir une coalition. Mais cette alliance aura-t-elle seulement les moyens de ses ambitions ?

Politiquement, c'est impopulaire
Aux Etats-Unis. Barack Obama s'est fait élire en 2008 sur la promesse de mettre fin à la guerre en Irak, fiasco lancé par son prédécesseur. Pour lui comme pour l'ensemble de l'opinion publique américaine, ce pays est un terrain plus que délicat. Pour l'instant, Washington a opté, depuis début août, pour des frappes aériennes ciblées et exclut l'envoi de soldats au sol. Si le retrait d'Irak reste très controversé, un sondage, réalisé par Fox News (en anglais) mi-août, montre que 65% des Américains approuvent ces frappes aériennes. 

Les décapitations du journaliste américain James Foley, puis de son confrère Steven Sotloff à quelques jours d'intervalle ont décidé Barack Obama à agir, et ont contribué à faire sentir à la population américaine la nécessité d'une action, explique Myriam Benraad, chercheuse au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po, contactée par francetv info.

En Europe. France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni... Les opinions publiques européennes étaient majoritairement hostiles à un engagement militaire au Moyen-Orient, comme le listait Libération, lorsqu'il était question de frapper le régime de Bachar Al-Assad, en Syrie, en 2013. Mais le contexte a changé.

"Les Européens ont pris la mesure du danger que représente l'Etat islamique pour la région et pour l'Europe, notamment parce que nombre de jihadistes sont venus du continent européen et menacent d'y retourner, explique Myriam Benraad. Ils ont pris conscience que le laisser-faire n'a pas abouti à une amélioration de leur sécurité, que la menace jihadiste n'est pas si éloignée et qu'il y a un risque de contagion. S'ajoute à cela le problème des réfugiés que les Européens ne comptent pas intégrer."

Internationalement, c'est complexe
En Europe. Une coalition s'esquisse pour épauler les Etats-Unis. Britanniques, Français, Allemands, Italiens, Danois, Australiens, Turcs, Canadiens et Polonais ont participé à une réunion qui s'est tenue en marge du sommet de l'Otan, le 5 septembre, et qui semble dessiner le cœur de ce que sera la future coalition. Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, souhaite la voir constituée d'ici l'Assemblée générale de l'ONU fin septembre.

Dans le Golfe.  Après le sommet de l'Alliance atlantique, Barack Obama va tenter de s'assurer du soutien des pays moyen-orientaux. La constitution d'une union "est absolument essentielle pour les pays qui veulent que l'Etat islamique soit vaincu", souligne Nora Bensahel, du Centre pour une nouvelle sécurité américaine, dans Times of Israël.  

Or, c'est là que le jeu des alliances est le plus délicat. Seule certitude : les monarchies du Golfe ont accepté le principe d'une coalition. Mais Frederic Wehrey, spécialiste de la zone, juge à l'AFP que l'Arabie saoudite et ses partenaires, Bahreïn, les Emirats, le Koweït, Oman et le Qatar "n'ont pas la capacité de mener des opérations militaires en dehors du Golfe". Il estime surtout que leur éventuelle implication n'irait "pas au-delà de la légitimité symbolique d'une participation arabe".

En Iran. L'Iran est prêt à rejoindre cette coalition. Mais à condition que les sanctions internationales à son encontre soient levées. Des négociations ont été lancées dès juin entre Iraniens et Américains. Et selon la BBC (en anglais), elles ont abouti au feu vert de l'ayatollah Khamenei à des opérations militaires coordonnées avec les Irakiens, les Kurdes et les Américains.

En Syrie. La Syrie aussi a proposé son aide, car Damas est en guerre contre l'EI, qui a son fief dans le pays et contrôle une vaste partie de son territoire. Mais Washington comme Paris s'y refusent, et excluent pour l'heure d'y intervenir. Car cela reviendrait à faire cause commune avec Bachar Al-Assad et à servir les intérêts d'un dictateur infréquentable et pourtant incontournable.

Militairement, c'est incertain
L'Etat islamique est à la tête d'une véritable armée, forte d'au moins 10 000 hommes et munie d'artillerie et de blindés pris aux armées irakienne - et pour partie hérités de l'intervention américaine - et syrienne. Face à lui, l'Otan "représente tout de même près de 60% des dépenses militaires mondiales. En plus des Etats-Unis, quatre ou cinq pays - dont la France et la Grande-Bretagne - restent solides au plan militaire. L’Otan demeure, de très loin, l’acteur militaire dominant sur la scène internationale”, note Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris, dans Libération. C'est donc "une guerre asymétrique qui s'engage", juge Myriam Benraad. 

Rassurant ? Pas forcément. "C'était déjà le cas dans les années 2000, et les jihadistes avaient mis en déroute l'armée américaine en Irak", souligne la spécialiste. 

Depuis le début du mois d'août, les Etats-Unis ont mené plus d'une centaine de frappes aériennes contre les insurgés islamistes. Dans le cas d'une intensification des opérations, Washington dispose d'une force de frappe conséquente dans la région, avec des bases en Turquie, en Jordanie et dans les pays du Golfe. Cela représente plus d'une dizaine de milliers d'hommes et des dizaines d'avions, des F-16 pour le combat, des F-22 pour l'espionnage, mais aussi des bombardiers B2, listait l'Irib, la radio-télévision iranienne, en 2013. En outre, l'USS Mahan, capable de tirer des missiles Tomahawk, a pris la mer mi-août en direction de la Méditerranée et du Golfe persique.

Cela n'est pour l'heure qu'une hypothèse, mais la France et le Royaume-Uni notamment ont aussi les moyens militaires de participer à une offensive aérienne. Londres a déjà dépêché des chasseurs Tornado à Chypre pour effectuer des missions de reconnaissance en Irak. Paris peut faire décoller des avions de chasse depuis ses bases ou celles de ses alliés en Méditerranée et tirer des missiles de croisière Scalp d'une portée de 250 km environ, capables d'atteindre la Syrie par exemple. Une possibilité déjà évoquée par des spécialistes des questions de défense dans Atlantico en 2013.

Problème : si en Irak, les frappes aériennes permettent à l'armée irakienne, aux milices chiites et aux peshmergas kurdes de reprendre un peu du terrain perdu, en Syrie, "la question est de savoir si des troupes au sol sont en mesure de se déployer après des frappes aériennes et contrôler ces terres. La réponse est très probablement 'non'", prévient Gary Samore, enseignant à Harvard et ancien conseiller du président Obama sur les questions de désarmement. De toute façon, l'option de frappes aériennes en Syrie est écartée à l'heure actuelle.

Financièrement, c'est onéreux
Pour les Européens. Lancer une nouvelle opération militaire, c'est aussi ouvrir un nouveau poste de dépenses, sans savoir quand il sera clôturé. En France, le débat est déjà vif autour du financement des Opex, les opérations extérieures de l'armée française, au moment où le budget de la Défense subit des coupes franches. Serval au Mali, Sangaris en Centrafrique : les Opex ont coûté 1,25 milliard d'euros en 2013. Plus du double de l'enveloppe prévue, rappelle BFM. Un record depuis dix ans.

Reste que "depuis 2003, l'Irak est considérée par les Européens comme le pré carré des Américains, non seulement leur chasse gardée mais aussi leur problème. Cela a contribué jusqu’à présent au désengagement des Européens, dont les capacités militaires sont par ailleurs limitées. Les Etats-Unis sont donc amenés à garder la main" et à assumer le gros des dépenses, juge Myriam Benraad. 

Pour les Etats-Unis. Le Pentagone a fait ses comptes fin août. Les opérations militaires américaines en Irak contre les jihadistes de l'Etat islamique coûtent environ 7,5 millions de dollars chaque jour. Plus d'un demi-milliard de dollars ont donc déjà été dépensés par l'armée américaine depuis mi-juin, calcule Reuters (en anglais). Un coût important mais limité, comparé à celui des opérations en Afghanistan pour lesquelles le Pentagone débourse chaque semaine 1,3 milliard de dollars. 

En matière de renseignement, c'est compliqué
A l'inverse de l'Irak, les agences américaines du renseignement sont restées à l'écart de la Syrie ces dernières années. La CIA et le renseignement militaire n'ont pas pu cultiver les précieux réseaux d'informateurs capables de leur révéler les positions des jihadistes, explique Michael Rubin, de l'American Enterprise Institute, un centre de réflexion de Washington, dans l’édition québécoise du Huffington Post. Des rebelles syriens modérés ont certes été recrutés par la CIA pour l'aider dans sa traque, mais dans des proportions bien moindres qu'au Pakistan. Les Occidentaux se retrouvent confrontés à un défi majeur pour débusquer les jihadistes. Barack Obama a donc donné son feu vert à des missions de reconnaissance au-dessus du territoire syrien.

"La structure de l'Etat islamique est le problème majeur, estime Myriam Benraad. Le groupe est bien organisé, et difficile à pénétrer. Il quadrille et verrouille son territoire. Il a adopté les techniques de guérilla, et échappe aux dispositifs de surveillance. Les combattants se déplacent vite, et se fondent parmi les populations civiles. Ils disposent de caches d'armes et de relais dans les villages." Et de conclure : "On est parti pour une action de longue haleine."

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5-L'Etat islamique est une start-up qui cartonne. Voici ses résultats en chiffres
26.08.2014

L'Etat islamique, ce groupe djihadiste qui s'est autoproclamé califat et applique sa version brutale et sanguinaire de la loi islamique dans le grand territoire à cheval entre la Syrie et l'Irak qu'il contrôle désormais, est différent des autres groupes terroristes armés de la planète.

Capture d'écran du magazine en ligne Matter
Aucune autre organisation du même type ne contrôle à l'heure actuelle un territoire aussi vaste, n'a autant d'argent, n'est aussi active et habile dans ses campagnes de recrutement et de communication à travers le monde et n'administre les habitants des zones qu'elle contrôle avec autant de sérieux.

A tel point que le magazine Matter compare l'Etat islamique à une start-up à la «croissance explosive, disruptive et super-méchante» (l'organisation publie d'ailleurs un rapport d'activité annuel de plusieurs centaines de pages, comme n'importe quelle entreprise), dont elle a réuni les chiffres clés dans une infographie très instructive.

D'abord, l'argent. L'Etat islamique est le groupe terroriste le plus riche du monde, et de loin, avec une trésorerie qui a atteint 2 milliards de dollars grâce à ses victoires militaires de ces derniers mois, contre autour de 500 millions pour les Talibans ou le Hezbollah ou encore 350 millions pour les FARC.
http://www.slate.fr/sites/default/files/photos/camembert.jpg
Capture d'écran du magazine en ligne Matter

Une grande partie de cet argent provient des puits de pétroles que contrôlent le groupe, comme le montre ce camembert des sources de revenu.

Si l'Etat islamique était un pays, sa population serait de 6 millions d'habitants, comme le Nicaragua, et sa superficie (qui évolue de jour en jour) serait d'environ 90.000 km² sur un territoire compris dans un triangle entre les villes de Racca en Syrie et de Mossoul et Falloujah en Irak, soit l'équivalent du Portugal.

Ce graphique montre l'évolution du nombre de combattants du groupe, qui s'appelait encore récemment l'Etat islamique en Irak et au Levant, qui est passé d'à peine 1.000 en 2012 à 80.000 aujourd'hui. Une courbe à faire pâlir n'importe quelle start-up de la Silicon Valley:
http://www.slate.fr/sites/default/files/photos/combattants%281%29.jpg
Capture d'écran du magazine en ligne Matter

Un recrutement qui s'est parfois effectué de force, mais qui a aussi et surtout bénéficié des talents de l'organisation en termes de communication: au total, les soutiens de l'Etat islamique peuvent tweeter jusqu'à 40.000 messages par jour, tandis que des t-shirts et autres magazine à sa gloire sont vendus dans le monde entier. 

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6-«Etat Islamique» : la mégalomanie d'un homme
Par Titouan Lemoine | Publié le 27/08/2014

En se proclamant calife à Mossoul, le chef djihadiste Abou Baker al-Baghadadi a mené la dernière étape d’un projet entamé il y a huit ans. Il est désormais à la tête du plus puissant groupe armé djihadiste de la région. Mais comment doit-on appeler cet «Etat Islamique» (EI) autoproclamé, qui perturbe les observateurs et le reste du monde musulman, sans propager ses idées délirantes?

Défilé l'Etat Islamique à Raqqa
Défilé des combattants de l'Etat Islamique dans les rues de Raqqa, la «capitale» de l'organisation.

«Pour s’interroger sur la nature de l’Etat Islamique, il faut d’abord s’interroger sur ses origines», explique Mathieu Guidère, spécialiste du Moyen-Orient et linguiste à l’Université du Mirail de Toulouse. Il faut aussi se concentrer sur son fondateur: Abou Baker al-Baghdadi. Le «calife» autoproclamé est devenu une personnalité de premier plan en 2006, après la mort de la «star» du djihad de l’époque, Abou Moussab al-Zarqaoui, chef d’Al-Qaïda en Irak, tué par l'armée américaine.

Vidéo mise en ligne par World News le 31 août 2010 :

Dans le vide laissé par al-Zarqaoui, deux visions du djihad s’affrontent. Le «djihad global» est défendu par l’Egyptien Abou Hamza al-Mouhajer, le successeur désigné d’al-Zarqaoui à la tête d’Al-Qaïda en Irak. Dans la plus pure lignée de Ben Laden, il prône l’attaque systématique des intérêts occidentaux, dans le monde entier.

L'Irakien Al-Baghdadi prône, lui, le «djihad local», centré sur les terres traditionnelles de l’islam. Parmi les militants djihadistes, sa vision l’emporte largement sur cette d’Al-Qaïda. Abou Hamza lui prête allégeance dès 2006. Al-Qaïda en Irak disparaît, remplacé par l’Etat Islamique en Irak (EII).

Des noms chargés de sens
Dès l’origine, le groupe porte dans son nom un programme, plutôt qu’une réalité. «Pour résumer, selon al-Baghdadi, le nord de la Méditerranée appartient à l’Occident et la chrétienté, et le sud de la Méditerranée appartient à l’Islam», selon Mathieu Guidère.

Avant tout, al-Baghdadi désire la création d’un Etat islamique sur les terres de l’Islam, appliquant la charia. Contrairement à Al-Qaïda, il reconnaît les autres peuples du Livre (chrétiens et juifs), à la seule condition qu’ils restent en dehors de son territoire. L'expulsion des chrétiens entreprise dans les villes conquises par ses partisans est la manifestation directe et violente de ce programme. Les chiites, en revanche, sont considérés comme des hérétiques qu’il faut éliminer où qu’ils se trouvent.

En 2013, après le retrait américain d’Irak, al-Baghdadi annonce que l’Etat islamique en Irak devient ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām. «Traduire ce nom par Etat Islamique et au Levant (EIIL) est un exemple typique d’ethnocentrisme français » dénonce Mathieu Guidère. «Le Levant est le nom colonial de la Syrie et du Liban», une région mise sous mandat français lors du partage de la région après la Première Guerre Mondiale. Une traduction plus littérale serait: «Etat islamique en Irak et al-Sham (EIIS)».

Quelle est alors la zone visée par les djihadistes? «Al-Sham est une ancienne province ottomane regroupant les territoires sunnites de Syrie, du Liban, d’Irak, de Jordanie et de Palestine. C’est un nom chargé de sens pour l’organisation d’al-Baghdadi, il rappelle l'ère du califat ottoman» explique Mathieu Guidère. Al-Baghdadi remet en cause les frontières héritées du colonialisme, et les nations qu'elles ont créées, pour revenir au dernier empire musulman.

L’évolution du nom de l’organisation souligne l’expansion des ambitions d’al-Baghdadi, les zones géographiques et l'héritage historique qu'il revendique. La proclamation d’EIIS n’est d’ailleurs pas pour plaire au reste de la mouvance djihadiste. Ayman al-Zaouahiri, successeur de Ben Laden à la tête d’Al-Qaïda, demande à al-Baghdadi de s’en tenir à l’Etat Islamique en Irak.

Le refus d’al-Baghdadi entraîne un conflit armé entre EIIS et le front al-Nosra, la branche d’Al-Qaïda en Syrie. Entre janvier et juin 2014, , cet affrontement fait plus de 3000 morts djihadistes, en marge de la guerre menée par les deux groupes contre le gouvernement de Bachar el-Assad, plus que les pertes infligées par les forces gouvernementales. Il se solde par la victoire d’EIIS et le ralliement d’une partie des forces d’al-Nosra à al-Baghdadi.

En juin 2014, al-Baghdadi franchit une nouvelle étape dans son projet. A Mossoul, nouvellement conquise, il se proclame calife sous le nom d'Ibrahim (Abraham). Avec ce titre, le chef de guerre se dote de l'aura spirituelle qu'il lui manquait. Son organisation change de nouveau de nom et devient l’Etat islamique (EI). Une évolution qui marque l'abandon des limitations géographiques du combat d'al-Baghdadi.

Youtube. Vidéo mise en ligne le 9 juillet 2014 :

Dans les discours des militants, on évoque un nouvel empire digne des califes les plus puissants. Il comprendrait l'ensemble de l'Afrique du nord, du Moyen-Orient et s'étendrait jusqu'en Inde et Indonésie. Sur Twitter, le correspondant de la chaîne américaine NBC reprend une carte diffusée par les djihadistes sur le réseau social, le «plan d'expansion sur 5 ans» de l'organisation et s'amuse «ça m'étonne qu'ils ne veuillent pas reprendre le sud de l'Espagne».

Une tentative de combler le vide
Le dernier califat a disparu avec la dissolution de l’Empire ottoman, en 1924. Depuis la mort de Mahomet en 632, il n’y avait jamais eu de tel vide de pouvoir dans le monde musulman. «Le calife est le successeur de Mahomet. Comme les papes chrétiens, il possède un pouvoir spirituel et temporel sur l’ensemble des musulmans», explique Mathieu Guidère.

En se proclamant calife, al-Baghdadi se place au niveau des dirigeants les plus saints de l’islam. Il demande l’allégeance des croyants du monde entier et défie une nouvelle fois Al-Qaïda, cette fois sur son terrain du djihad global. Ce n’est pas la première démonstration d’arrogance du leader djihadiste, qui avait déjà choqué en faisant figurer le sceau du prophète sur le drapeau de son «Etat Islamique».

Drapeau l'Etat Islamique
Le drapeau d'EIIL, sur lequel figure le sceau du prophète et la chahada, la profession de foi du musulman.

Dans l’ensemble, le monde musulman a réagi à cette proclamation par un rejet profond. Les musulmans modérés ne se reconnaissent pas dans l’extrémisme prôné par al-Baghdadi et ses méthodes extrêmement violentes. «Tout d'abord, l'Islam demande de laisser les gens vivre, de ne pas tuer. L'Islam ne repose pas sur la peur, il repose sur la paix et la justice. Un musulman doit aider les autres. Si tu ne le fais pas, tu n'es pas un musulman» déclare par exemple l'imam, sunnite, d'Istambul.

Le groupe s’est aussi attiré les foudres des deux pays qui proclament déjà leur leadership sur le monde musulman : l'Arabie saoudite, dont le grand mufti (la plus haute autorité religieuse du pays) a qualifié le nouveau calife d'«ennemi numéro un de l’Islam» et l’Iran chiite, ennemi naturel, qui propose aux Etats-Unis de lancer des frappes militaires en échange d’une réduction des sanctions commerciales occidentales.

«Etat Islamique», une usurpation d’identité ?
Mathieu Guidère enterre d’office les fantasmes d’al-Baghdadi : « L’Etat Islamique n’existe que sur les territoires qu’il contrôle, ce qui va complètement à l’opposé de la nature même d’un califat. Cet Etat là n’est pas islamique, car il n’est pas reconnu par les musulmans. »

Mais est-il déjà un état ? Des journalistes sur place ont observé l’efficacité, mais aussi la violence de l’administration mise en place par al-Baghdadi à Raqqa, la capitale temporaire d’EI. Mais l’organisation est loin de pouvoir prétendre à son Etat. Si elle est capable de mener des opérations militaires dans tout le triangle Raqqa-Mossoul-Bagdad, les territoires qu’elle contrôle de manière permanente sont rares et éparpillés.

Territoires sous contrô l'Etat Islamique juin 2014
Carte datant de juin 2014. Les territoires sous le contrôle effectif de l'Etat Islamique sont en noir, ses zones opérationnelles en rose et ses zones d'attaques en rouge. © Institute for the study of war

Mathieu Guidère enfonce le clou : « Cet Etat islamique n’est pas un Etat et il n’est pas islamique. Pour des médias et des politiques, continuer à l’appeler ainsi revient à participer à une vaste usurpation d’identité. La seule manière à laquelle je puisse penser pour désigner, correctement, objectivement, ce groupe serait juste l’organisation al-Baghdadi. » Donc, OAB?

Lire aussi :
Irak : le bras droit du chef de l'Etat islamique tué dans un raid

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7-Syrie : bombarder Assad ou les islamistes ?
Le Point - Publié le 29/08/2014

Le régime de Damas est devenu un allié objectif mais très encombrant dans la lutte contre les djihadistes. Un casse-tête pour les Occidentaux.

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Bachar el-Assad tente d'apparaître aux yeux des Occidentaux comme le seul rempart aux djihadistes.

Il est parfois difficile de choisir ses ennemis. Il y a tout juste un an, Français, Américains et Britanniques s'apprêtent à partir en guerre contre Bachar el-Assad. Raison de ce brusque accès de bellicisme : l'utilisation de gaz toxiques par le régime de Damas. Tout est prêt. Les moteurs des avions et des drones chauffent déjà. Les cibles s'affichent sur les écrans radars guidant la course des missiles de croisière. François Hollande a donné son accord pour une participation française à cette expédition. Quelques jours plus tard : patatras ! Barack Obama décide que, tout bien pesé, il est préférable de s'abstenir. Tous ses proches conseillers sont pourtant partisans de l'usage de la force. Mais le président américain décide de dire "non".

Peut-être a-t-il en tête ce vieil adage militaire selon lequel aucun plan d'état-major ne résiste à deux heures de guerre. François Hollande est pris à contre-pied. Se lancer seule dans une expédition dans les cieux syriens est, évidemment, hors de portée de la France. David Cameron, lui, est carrément humilié : la Chambre des communes, échaudée par le précédent de la guerre d'Irak et les mensonges qui l'ont accompagnée, refuse de donner son feu vert. Cerise sur le gâteau : Obama a "oublié" d'avertir le Premier ministre britannique de son possible revirement... Drôle de manière de traiter un allié privilégié.

Le jeu trouble du Qatar et de l'Arabie saoudite
Un an plus tard, les frappes sont toujours à l'ordre du jour, mais la problématique a légèrement évolué : il ne s'agit plus d'infliger une correction à Bachar el-Assad mais de stopper la progression des djihadistes sunnites qui contrôlent, notamment, la région de Rakka. Bachar a proposé de s'associer à l'affaire. Refus indigné des Américains. Après avoir diabolisé le dictateur syrien, Washington peut difficilement expliquer du jour au lendemain qu'il est redevenu, comme jadis son père Hafez el-Assad (surnommé "le Bismarck du Moyen-Orient" par Henry Kissinger), un interlocuteur valable de l'Amérique. Et ce jeudi devant les ambassadeurs réunis à l'Élysée pour l'ouverture de leur rituelle conférence annuelle, François Hollande renchérit : "Assad n'est pas un partenaire dans la lutte contre le terrorisme, c'est l'allié objectif des djihadistes. Il n'y a pas de choix possible entre deux barbaries."

De bien belles paroles et une très noble posture. Mais dans la vie réelle, les choses sont simples : les djihadistes de tout poil sont devenus la principale force militaire d'opposition à Assad. Les "modérés" de l'Armée syrienne libre sont en déshérence. Saoudiens, Qatariens et Turcs jouent un jeu des plus troubles. Comme jadis le Liban, la Syrie est devenue le réceptacle des luttes d'influence régionales. Tout le monde pousse ses pions. L'Arabie saoudite n'a qu'un souci : contrer l'Iran et accessoirement le Qatar, protecteur des Frères musulmans honnis par Riyad.

Les djihadistes prospèrent sur ce terreau fertile en embrouilles. À long terme, ils sont bien plus dangereux pour la stabilité régionale qu'un Bachar el-Assad affaibli, tenu à bout de bras par l'Iran et la Russie.

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8-"Nous devons parler la seule langue que comprend l'État islamique: celle des armes"
28/08/2014

Pour Koert Debeuf, spécialiste du Moyen-Orient, "il ne nous reste malheureusement plus qu'à parler la seule langue que l'État islamique comprenne : celle des armes."

"Nous devons parler la seule langue que comprend l'État islamique: celle des armes"
Un djihadiste de l'État islamique à Mossoul en Irak

Les images qui nous parviennent quotidiennement depuis l'État islamique (EI) en Irak et en Syrie répugnent tout le monde. Les différences d'origine, de conviction ou de croyance disparaissent devant la barbarie déployée par l'EI. Ces extrémistes sont fort comparables à l'invasion mongole au Moyen-Orient au treizième siècle et à la tentative de destruction totale de la civilisation.

À l'instar de Gengis Khan, le calife autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi installe un régime de terreur qui n'épargne rien ni personne.

L'État islamique nous concerne aussi. Les djihadistes extrémistes ont menacé plusieurs fois de semer la violence en Occident. L'attentat au musée juif à Bruxelles a prouvé que c'était possible. Il y a le problème de "nos garçons" qui rejoignent l'EI. En outre, l'État islamique se rapproche dangereusement des frontières de la Turquie, un allié de l'OTAN. Mais indépendamment de la menace directe à l'égard de l'Europe et des États-Unis, nous ne pouvons laisser un territoire de la taille de la Belgique se faire terroriser par une cruauté barbare.

Malheureusement, il n'y a pas moyen de discuter avec ces combattants fanatiques. Les condamnations venues de l'islam ou de la chrétienté ne servent à rien. Les partisans de l'EI sont convaincus d'être les seuls à avoir raison : les autres sont des infidèles dont il faut se débarrasser. Il ne reste donc malheureusement plus qu'une possibilité. Nous devenons parler la seule langue qu'ils comprennent et qui hélas, est celle des armes.

Nous sommes déjà en guerre avec l'EI
Aujourd'hui, l'Europe est déjà en guerre avec l'État islamique. Le Conseil européen des ministres des Affaires étrangères a autorisé le Royaume-Uni et la France à soutenir les États-Unis dans les bombardements aériens contre l'EI et pour donner des armes aux Peshmerga, les troupes kurdes en Irak.

Ces attaques étaient cruciales puisque les djihadistes étaient en route vers Erbil, la capitale de l'Irak kurde. En outre, des milliers d'yézidis étaient sur le point de mourir de faim. D'un point de vue psychologique, l'attaque était importante pour briser l'image de l'invincibilité des combattants de l'EI.

L'Arabie-Saoudite, la Jordanie et la Turquie doivent prendre les commandes
Cependant, il faudra aller plus loin pour faire cesser la folie de l'EI. Pour éviter les erreurs de la guerre en Irak et en Afghanistan, il est primordial que ce ne soit pas l'OTAN ou une autre alliance occidentale qui prennent les commandes dans la lutte contre l'EI. Cela serait un cadeau du ciel pour les djihadistes qui parleraient d'une nouvelle croisade et attireraient de nouvelles recrues. C'est pourquoi il faut qu'une coalition régionale prenne la tête des opérations.

Idéalement, ce serait les pays voisins : l'Arabie saoudite, la Jordanie et la Turquie. Il faut également impliquer l'Irak pour empêcher les groupes extrémistes chiites de profiter de la perte de l'EI, comme c'est parfois le cas aujourd'hui autour de Bagdad.

Assad complice de l'ascension de l'EI
Le général américain Martin Dempsey a déclaré, il y a quelques jours, qu'il serait illusoire de penser pouvoir battre l'EI en Irak sans le combattre en Syrie. Et comme en Irak, il faut donc un gouvernement inclusif, démocratique et donc antisectaire. Malheureusement, il s'est rapidement avéré lors des négociations à Genève que Bashar Al Assad ne voulait rien savoir.

Armer et renforcer les rebelles syriens
Aussi, Robert Ford, l'ancien ambassadeur américain en Syrie, conclut-il qu'il faut renforcer et armer les rebelles modérés. Ce sont en effet les seuls à avoir combattu systématiquement l'ISIS de l'époque. Le fait que l'Armée syrienne libre et les troupes kurdes soient prêtes à s'associer, ne les rend que plus crédibles comme partenaires. Finalement, dit Ford, seule une armée de rebelles forte pourra contraindre le régime à négocier et à aboutir à un gouvernement unitaire.

Lire aussi :
Chrétiens d'orient : Eric Ciotti témoigne sur le plateau du Grand Journal

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9-Musulmans ou islamistes : où sont les « modérés » ?
4 septembre 2014

Peut-on nommer musulman un islamiste ?

musulman

Voir la vidéo :  « La majorité pacifique des musulmans n'a aucune espèce d'importance »

Peut-on nommer musulman un islamiste ? Implicitement, un islamiste est un musulman violent : tous les islamistes sont musulmans. À l’inverse, un musulman n’affichant aucune intention de violence verbale ou physique est considéré comme modéré : tous les musulmans ne sont pas islamistes. De fait, en Occident, il n’existe pas à ma connaissance de cas de manifestation musulmane spontanée massive et publique opérant cette distinction : elle ne semble se pratiquer qu’au sein des états-majors politiques et des quartiers généraux médiatiques européens, à savoir en dehors de la sphère musulmane.

L’on ne sait si une certaine prudence verbale et éditoriale censée prévenir l’amalgame abusif tient d’un empressement conciliateur façon Chamberlain ou, par-delà l’apparence, de la volonté d’en découdre façon Churchill. L’avenir nous le dira peut-être : « mauvais » ou « bons » musulmans, « conformité » ou non à l’islam, (le « vrai », bien sûr), c’est à ce dernier de faire un ménage qui tarde dangereusement. La récente épidémie djihadiste touchant la « jeunesse » européenne et dont le foyer est manifestement « multiculturel » semble enfin perturber quelque peu la comateuse sieste de nos « élites ».

Au Royaume-Uni, l’on songe soudainement à confisquer les passeports pour empêcher les retours du front, cependant qu’aux Pays-Bas l’on envisage la même méthode pour empêcher… les départs. Partout, y compris en France, l’on évoque des mesures législatives d’urgence qui devraient en toute logique recevoir le soutien enthousiaste de nos musulmans « modérés ». Or, voici ce que l’on peut lire dans Algemeen Dagblad (Pays-Bas) du 2 septembre : « L’organisation musulmane fondamentaliste Hizb ut-Tahrir projette de distribuer 1 millions de “flyers” [tracts] pour protester contre les mesures récentes prises par le gouvernement [néerlandais] dirigées non seulement, selon elle, contre les extrémistes, mais contre tous les musulmans. » [...]

Encore une fois, où sont les « modérés » pour approuver ces mesures ? Ce qui me renvoie à mon soupçon premier, exprimé dès 2009 dans un ouvrage fort instructif, Anatomie d’un désastre: L’Occident, l’islam et la guerre au XXIe sièclehttp://ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=boulevard-voltaire-21&l=as2&o=8&a=2207261050 (Éditions Denoël, 2009), ouvrage publié sous pseudonyme (Enyo) d’une personne présentée comme « responsable importante du renseignement européen ». Nous lisons ceci à propos des processus de radicalisation (page 301) : [...] « D’ailleurs, les communautés islamiques qui sont les premières à identifier les processus de rupture et de radicalisation en leur sein n’aident jamais les services de police et de renseignements occidentaux à appréhender les futurs terroristes. Elles promeuvent presque toutes un double langage, selon qu’elles s’adressent aux pouvoirs publics ou à leurs fidèles. » [...]

Si c’est un membre des renseignements qui le dit…

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10-OTAN : les grandes décisions du sommet de Newport
Le Monde.fr | 05.09.2014

L'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), qui s'est réunie jeudi 4 et vendredi 5 septembre pour un sommet à Newport (Royaume-Uni), s'est prononcée notamment sur sa force de réaction rapide et sur l'Ukraine.

Les dirigeants des pays de l'OTAN, le 5 septembre à Newport.
Les dirigeants des pays de l'OTAN, le 5 septembre à Newport.

Une force de réaction rapide rénovée
La NATO response force (NRF) actuelle – 5 000 hommes, 30 à 60 jours de délai pour être mobilisée – est trop lente. Surtout, elle n'a jamais été utilisée, sauf pour des opérations humanitaires ponctuelles. La nouvelle force « très rapide », qualifiée de « fer de lance » (spearhead) doit pouvoir mobiliser un bataillon (800 hommes) dans les deux jours, une brigade (5 000 à 7 000 hommes) dans les 5 à 7 jours, et ce partout dans le monde.

La nouvelle NRF s'appuiera sur des états-majors multinationaux renforcés en France, Royaume-Uni et Pologne. De plus, des bases logistiques avancées munies d'équipements et de munitions, capables d'accueillir des troupes en cas de besoin, seront installées dans les pays Baltes, en Roumanie et en Pologne.

La demande des alliés de l'Europe d'orientale de créer de nouvelles bases permanentes au sens classique du terme a été écartée. Le « plan de réactivité » dans lequel s'inscrit la NRF comprend des exercices permanents de façon à faire « tourner » de façon continue les troupes sur tout le territoire de l'OTAN.

Un plan de soutien à l'Ukraine
L'OTAN s'engage à défendre l'intégrité territoriale de l'Ukraine. L'Alliance ne mettra pas de troupes en Ukraine, cette question se traite au niveau bilatéral. L'Ukraine ne rejoindra pas l'OTAN, ce qui exige le respect d'une série de critères sur la qualité des forces armées et le respect de l'Etat de droit.

Le communiqué final du sommet de Newport rappelle simplement la traditionnelle « politique de la porte ouverte » de l'Alliance. Un fonds, abondé au départ de 15 millions d'euros, permettra de soutenir l'armée ukrainienne et d'accompagner sa réforme. Des moyens de renseignement, ainsi qu'une aide en matière de cyberdéfense, seront aussi apportés. Un plan de traitement des blessés du conflit est mis en place.

Des mesures pour l'avenir de l'OTAN
Parmi elles, l'Alliance va renforcer ses capacités de cyberdéfense. Celle-ci est définie comme faisant partie du cœur de métier de l'OTAN, la défense collective.

« L'initiative pour le développement de capacités de défense », ensemble de mesures pour aider des pays partenaires à former leur armée, va être étendue à la Géorgie, la Moldavie et la Jordanie. Dans un temps futur elle sera applicable à l'Irak (si son gouvernement le demande) et à la Libye (si la situation sécuritaire le permet).
L'OTAN adopte un paquet de mesures de soutien aux forces géorgiennes.
Les pourparlers avec le Monténégro vont s'ouvrir au plus tard en 2015 en vue d'une intégration.

Un engagement budgétaire
Les 28 Etats membres promettent de dépenser 2 % de leur PIB au titre de la défense, et 20 % de cet effort à l'investissement dans les futurs équipements militaires. Cet objectif est fixé à l'horizon 2025. Il n'est pas contraignant. Mais c'est la première fois que l'OTAN le formalise de cette façon solennelle, dans une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord.

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11-Une coalition de dix pays occidentaux pour affronter l'Etat islamique
Par LEXPRESS.fr, publié le 05/09/2014

Les représentants de dix pays occidentaux ont décidé ce vendredi, en marge du sommet de l'Otan, la création d'une alliance autour des Etats-Unis pour combattre les djihadistes de l'Etat islamique. 

Une coalition de dix pays occidentaux pour affronter l'Etat islamique
Les États-Unis veulent impliquer leurs partenaires occidentaux dans la lutte contre l'Etat islamique.

Une coalition est en cours de formation pour épauler les États-Unis dans leur combat contre les djihadistes de l'État islamique. Réunis en en marge du sommet de l'Otan à Newport, les représentants de dix pays occidentaux sont sur le point de boucler cette alliance. 
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Des représentants du Royaume-uni, de la France, l'Allemagne, l'Italie, le Danemark, l'Australie, la Turquie, le Canada et de la Pologne, participaient à cette réunion. Elle pourrait dessiner le coeur de ce que sera la future coalition, que le secrétaire d'État américain John Kerry souhaite voir constituée d'ici l'Assemblée générale de l'ONU fin septembre. 

L'intervention de soldats alliés au sol exclue
Toutefois, l'intervention de soldats alliés au sol est d'ores et déjà exclue: "Je pense que la ligne rouge pour tout le monde autour de cette table est: 'pas de troupes au sol' ", a souligné John Kerry. 

Les États-Unis, qui ont mené depuis le 8 août plus d'une centaine de frappes ciblées contre les djihadistes afin de freiner leur avancée dans le Nord de l'Irak, veulent impliquer leurs partenaires dans la lutte contre l'EI. 

"Pour être efficace, cette coalition internationale doit s'articuler autour de plusieurs axes: soutien militaire à nos partenaires irakiens, stopper le flux des combattants étrangers, contrer le financement de l'État islamique, traiter la crise humanitaire et délégitimer l'idéologie de l'EI", ont précisé John Kerry et le secrétaire à la Défense américain et Chuck Hagel. 

La France prête à participer, mais pas en Syrie
Le président français François Hollande s'est montré ouvert à une "réponse militaire", précisant toutefois que cela devrait se faire "dans le respect du droit international", et en posant également comme préalable un "cadre politique" avec la constitution d'un gouvernement irakien. 

François Hollande a en revanche exclu pour l'heure une action en Syrie. "Sur la Syrie nous ne sommes pas engagés dès lors que nous n'avons pas la preuve suffisamment claire que ce que nous pourrions faire pourrait profiter à Bachar al-Assad", a-t-il ajouté. 

Sept pays livrent ou se sont engagés à livrer des armes aux Kurdes
La livraison d'armes aux combattants kurdes, en première ligne face aux djihadistes dans le Nord de l'Irak, entre également dans "la stratégie globale" de lutte contre l'EI. Sept pays, dont les États-Unis, la France, mais aussi l'Allemagne et l'Italie, livrent ou se sont engagés à livrer des armes aux peshmergas. 

Rompant avec sa politique traditionnelle, l'Allemagne s'apprête notamment à fournir 30 systèmes de missiles antichar, 16.000 fusils d'assaut et 8000 pistolets. 

La Grande-Bretagne, concernée au premier chef en raison des soupçons sur la nationalité britannique du bourreau qui a décapité les deux journalistes américains, laisse la porte ouverte.

Lire aussi :
Les Occidentaux préparent une coalition antidjihadiste
Obama espère le soutien des pays du Golfe dans la lutte contre l’EI

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12-Faut-il craindre une guerre avec la Russie ?
04/09/2014

Les Etats baltes redoutent de subir le même sort que l'est de l'Ukraine. L'Otan, dont les pays se réunissent jeudi, à Newport (pays de Galles, Royaume-Uni), se dit prête à réagir.

Un soldat polonais se tient devant des drapeaux américains, polonais et de l'Otan, à Swidwin (Pologne), lors de l'arrivée de 150 soldats américains pour des exercices militaires en Pologne et dans les pays baltes, le 23 avril 2014.
Un soldat polonais se tient devant des drapeaux américains, polonais et de l'Otan, à Swidwin (Pologne), lors de l'arrivée de 150 soldats américains pour des exercices militaires en Pologne et dans les pays baltes, le 23 avril 2014.

"On peut véritablement imaginer, maintenant, des scénarios très noirs." La mise en garde est signée Didier Burkhalter, le président en exercice de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Alors que la Russie nie toute implication dans le conflit en Ukraine, la perspective d'un nouveau front à la frontière russo-balte inquiète les pays occidentaux. "Moscou est pratiquement en guerre contre l'Europe", a avancé la présidence lituanienne, le 30 août.

Un sommet de l'Otan s'ouvre, jeudi 4 septembre, à Newport (pays de Galles, Royaume-Uni). Il devrait notamment acter la naissance d'un "plan de réactivité" permettant d'envoyer rapidement plusieurs milliers de soldats dans l'est de l'Europe. Le spectre d'un conflit entre la Russie et les pays membres de l'Alliance atlantique se précise-t-il ?

Oui, la Russie montre ses muscles
"Si je le veux, en deux semaines, je prends Kiev." La petite phrase du président russe, Vladimir Poutine, rapportée par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, apparaît comme une nouvelle démonstration de force de Moscou. Après avoir annexé la Crimée, la Russie est accusée d'être à la manœuvre dans l'est de l'Ukraine, aux côtés des séparatistes, ce qu'elle dément.

"Mieux vaut ne pas nous chercher", a prévenu le président russe, le 29 août, devant de jeunes militants réunis près de Moscou. "Je vous rappelle que la Russie est l'une des premières puissances nucléaires mondiales", a-t-il ajouté, avant de révéler "un renforcement de la force de dissuasion nucléaire" du pays. Le 14 août, il avait déjà promis à l'Occident une "surprise" avec "de nouvelles armes nucléaires offensives", selon le site américain Salon (en anglais).

Quelles sont ses intentions ? "Poutine envisage vraiment la possibilité de frappes nucléaires ciblées, peut-être contre une capitale balte ou une ville polonaise, pour prouver que l'Otan est une coquille vide qui n'osera pas répliquer par peur d'une plus grande catastrophe", avance une chroniqueuse du Washington Post (en anglais), citant l'analyste et dissident russe Andreï Piontkovski.

Une incursion dans les pays baltes constituerait une nouvelle manœuvre de la Russie pour étendre sa zone d'influence. Après l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud, la Crimée et l'est de l'Ukraine, Moscou pourrait chercher à reprendre dans son giron les minorités russes vivant dans l'est de l'Union européenne. Vladimir Poutine "clame haut et fort que la Russie a le droit de protéger les minorités russes 'menacées' hors de ses frontières", rappelle Libération (article payant).

Oui, l'Otan se prépare à intervenir
A la veille du sommet de l'Otan, le président américain, Barack Obama, s'est rendu, mercredi, en Estonie, où vit une importante minorité russe. Le Premier ministre estonien, Taavi Roivas, a demandé à être "sûr à 101% que tous les membres de l'Alliance seront également et fortement protégés". A Tallinn, Barack Obama a assuré que "l'Estonie ne serait jamais seule". Il a réaffirmé l'importance de l'article 5 de l'Alliance atlantique, selon lequel les Etats membres sont tenus de porter secours à l'un des leurs s'il est attaqué.

L'Alliance atlantique, qui estime que la Russie a déployé plus de 1 000 hommes en territoire ukrainien, envisage d'adopter un "Readiness Action Plan" pour pouvoir déployer "en quelques jours" des milliers de soldats des armées de l'air, de terre, et de la marine, appuyés par des forces spéciales, selon son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen. "Il s'agit d'être plus visible et de frapper fort si nécessaire", a-t-il expliqué. Des manœuvres de l'Otan ont déjà eu lieu, en juin, dans les pays baltes, et la Pologne a annoncé, mercredi, un exercice militaire international, courant septembre, en Ukraine.

"Nous courons le risque de répéter les erreurs commises à Munich en 1938", quand la passivité des Français et des Britanniques face à l'Allemagne nazie avait conduit à la seconde guerre mondiale, a affirmé le Premier ministre britannique, David Cameron, au sujet de l'Ukraine, selon des propos rapportés par La Repubblica (en italien). "Nous ne savons pas ce qui peut se produire ensuite, a-t-il ajouté. Vladimir Poutine a déjà pris la Crimée, nous ne pouvons pas le laisser prendre tout le pays."

Non, l'escalade est surtout dans les discours
Vladimir Poutine envisage-t-il vraiment de cibler des pays membres de l'Otan ? "La Russie est loin d'être impliquée dans un conflit à grande échelle, nous ne le souhaitons pas, ni ne l'envisageons", a assuré le président russe, le 29 août, tout en se disant "prêt à repousser toute agression contre la Russie". Toujours dans la nuance, le président russe reste "irrationnel et imprévisible", estime la chancelière allemande, Angela Merkel, citée par La Repubblica.

Dans le dossier ukrainien, Vladimir Poutine a présenté, mercredi, un plan en sept points de règlement de la crise, disant espérer un "accord final" entre Kiev et les rebelles pro-russes vendredi. Plus tôt dans la journée, l'Ukraine et la Russie ont fait état de progrès sur la voie d'un arrêt des hostilités. En affichant cette posture pacifiste et en gelant le conflit en Ukraine, Moscou peut espérer un statu quo et le maintien d'une présence pro-russe dans l'est du pays. Il éviterait surtout une confrontation militaire directe avec l'Occident.

"Vladimir Poutine espère que le cauchemar d'une longue guerre et de l'anarchie fera peur à l'Occident, l'obligeant à accepter ses faits accomplis", explique à La Repubblica l'ancien dissident polonais Adam Michnik. La menace sur les pays baltes, purement rhétorique, pourrait ainsi relever de cette stratégie.

Non, l'économie russe est vulnérable
En s'exposant sur un nouveau front, la Russie risquerait des sanctions occidentales et ferait face à une hausse de ses dépenses militaires. Or, le pays souffre d'une grave crise économique. Le rouble est tombé, fin août, à un niveau jamais vu face au dollar, ce qui menace d'accentuer l'inflation, déjà à plus de 7%. La hausse des prix devrait en outre être dopée par l'embargo décrété par Moscou sur la plupart des produits alimentaires des pays qui sanctionnent la Russie.

L'escalade des sanctions déjà prises contre la Russie a provoqué d'importantes fuites de capitaux, et limite l'accès de certaines entreprises, dont les grandes banques publiques, aux marchés financiers occidentaux. Les investisseurs russes pourraient ainsi faire pression sur Vladimir Poutine pour éviter une aggravation de la situation.

Enfin, "la croissance, qui a atteint 4,5% en 2010 et 4,3% en 2011, est retombée à 3,4% en 2012 et même à 1,3% en 2013", avant de friser 0% en 2014, note le site Slate, qui estime que "la Russie n'a pas les moyens de ses menaces".

Lire aussi :

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13-Des forces russes «sans précédent» à la frontière ukrainienne
04 septembre 2014

La Russie a massé à sa frontière avec l'Ukraine des troupes et du matériel «bien plus puissants que tout ce que nous avons vu» depuis le début de la crise qui oppose Kiev et les séparatistes prorusses, a affirmé le Pentagone jeudi.

Des soldats russes paradent sur la place Rouge,... (PHOTO KIRILL KUDRYAVTSEV, ARCHIVES AFP)
Des soldats russes paradent sur la place Rouge, à Moscou, à l'occasion du défilé du jour de la Victoire, le 9 mai.

Voir la vidéo : L'armée ukrainienne anéantie par les pro-russes dans presque tout le Donbass

«Les forces (russes) déployées le long de la frontière sont dotées d'une capacité exceptionnelle, leur potentiel de destruction est sans précédent», a déclaré le colonel Steven Warren, porte-parole du ministère américain de la Défense, alors que s'est ouvert un sommet de l'OTAN au pays de Galles où la crise ukrainienne domine les débats.

«Il y a des troupes au sol, une plus forte concentration de pièces d'artillerie, une plus forte concentration de systèmes de défense anti-aériens, une plus forte concentration de roquettes», a détaillé le colonel Warren, selon lequel «plus de 10 000 soldats russes» seraient massés le long de la frontière.

«Nous sommes vivement préoccupés», a-t-il conclu.
Le sommet de l'OTAN, dont l'Ukraine ne fait pas partie, compte envoyer un message de fermeté à la Russie, accusée d'attiser les tensions et de soutenir les séparatistes prorusses dans l'est du pays.

Dans la journée, le président ukrainien Petro Porochenko a annoncé en marge du sommet qu'un accord de cessez-le-feu devait être signé vendredi avec les rebelles.

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14-Pourquoi Obama ne laisse-t-il pas l’Ukraine tranquille ?
04 septembre 2014

Le président Obama a annoncé la semaine dernière qu’il était sur le point d’imposer de nouvelles sanctions à la Russie, et prendrait cette fois-ci pour cible les secteurs financier, de l’armement et de l’énergie du pays. L’Union européenne, comme à son habitude, l’a soutenu dans sa décision.

http://lebulletindamerique.institutcoppet.org/wp-content/uploads/2011/11/ron-paul-2011-2012.jpg
Ron Paul est membre du Congrès Américain, où il représente le 14° District du Texas, et a la réputation d’être un des principaux défenseur des libertés. Il est l’avocat à Washington d’un gouvernent limité, d’une fiscalité très faible, de marchés libres, et d’un retour à des pratiques monétaires saines fondées sur une monnaie gagée sur un actif réel. Il fut candidat à l’élection présidentielle américaine de 2008 (http://www.ronpaul.org/)

Ces sanctions n’auront pas les résultats attendus par Washington, mais causeront du tort aux économies américaine et européenne, tout autant qu’à la Russie.

Ces sanctions consistent selon l’administration Obama en une punition imposée à la Russie pour ce qu’elle perçoit comme étant le rôle de cette dernière dans le crash du vol Malaysia Airlines MH17, et pour ce que le président américain perçoit comme l’armement des séparatistes de l’est de l’Ukraine. Aucune de ces raisons n’a de sens, parce qu’aucune de ces accusations n’a pu être prouvée.

L’administration a commencé par blâmer la Russie pour avoir abattu l’avion commercial quelques heures seulement après le crash, avant même qu’une enquête ait été lancée. L’administration a décrété avoir des preuves de l’implication de la Russie, mais a refusé de les rendre publiques. Un peu plus tard, l’administration Obama a organisé un briefing avec des officiels des services secrets qui ont annoncé aux médias que les Etats-Unis « n’avaient pas de noms, pas de rang, et n’étaient même pas certains de la nationalité des coupables ».

Obama a donc ensuite accusé la Russie d’être coupable en raison de son support apporté aux séparatistes de l’est de l’Ukraine, qui aurait « créé les conditions nécessaires » à l’abattage de l’avion. C’est une dangereuse mesure de culpabilité, notamment lorsqu’est pris en compte le support offert par les Etats-Unis aux groupes séparatistes de Syrie et d’ailleurs.

Le gouvernement des Etats-Unis a ajouté que la Russie fournissait des armes, y compris des armes lourdes, aux rebelles ukrainiens, et tirait au travers de la frontière sur le territoire ukrainien. Ce pourrait être vrai, mais les Etats-Unis continuent de refuser d’apporter des preuves pour soutenir ces accusations, et le gouvernement russe continue de nier. Voilà qui me rappelle l’affaire des armes de destructions massive de l’Irak.

Obama a ajouté que l’Ukraine devrait régler son problème toute seule et que la Russie devait se retirer.
Je suis d'accord avec le président sur ce point. Les pays extérieurs doivent quitter l’Ukraine et la laisser résoudre ses problèmes toute seule. En revanche, dans le même temps que les Etats-Unis demandent à la Russie de se retirer, ils continuent eux-mêmes de s’impliquer dans les affaires des autres !

En juin, Washington a envoyé une armée de conseillers militaires afin d’aider l’Ukraine à combattre les séparatistes de l’est du pays. Ce genre d’équipe de « conseillers » implique souvent des forces spéciales et entraînent généralement l'implication des Etats-Unis dans le conflit.

Le président Obama demandait vendredi dernier au Congrès d’approuver l’envoi de troupes en Ukraine afin d’entraîner et équiper la garde nationale du pays. En mai dernier, le président avait pourtant promis qu’il n’enverrait pas de troupes en Ukraine. Leur déploiement sera financé à hauteur de 19 milliards de dollars grâce à un fonds destiné à combattre le terrorisme à l’international, ce qui suggère que les Etats-Unis perçoivent les séparatistes ukrainiens comme des « terroristes ».
Les attaques de drone contre ces terroristes et les forces qui leurs sont associées en sont-elles loin ?

Les Etats-Unis ont déjà fourni aux forces militaires ukrainiennes 23 milliards de dollars pour la défense nationale, 5 millions de dollars d’équipements de protection corporelle, 8 millions de dollars pour sécuriser les frontières ukrainiennes, plusieurs milliers de repas et toute une flopée d’équipements de communication. Le Congrès a demandé au président d’envoyer des forces létales dans le pays, et l’administration considèrerait actuellement l’envoi de membres des services secrets afin de localiser les troupes rebelles.

Mais n’oublions pas que cette crise a commencé avec le coup financé par les Etats-Unis contre le président élu ukrainien au mois de février dernier. Les Etats-Unis escaladent tout en demandant à la Russie de relâcher la pression. Pourquoi n’en feraient-ils pas de même ?

Même quand leur objectif est clair, l’efficacité des sanctions n’a jamais été prouvée. Elles ont très certainement des effets négatifs sur l’économie américaine aussi bien que sur l’économie russe. Pourquoi « gagner » l’Ukraine est-il si important aux yeux de Washington ? Pourquoi risquer un conflit avec la Russie pour empêcher aux Ukrainiens de choisir leur camp ? Laissons l’Ukraine tranquille !

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15-Ukraine : Obama et Cameron affichent leur unité face à Moscou
04/09/2014

A quelques heures du sommet de l'Otan, le président américain et le Premier ministre britannique jugent que l'Alliance nord-atlantique devrait mettre sur pied une présence "permanente" en Europe de l'Est.

Le président américain Barack Obama et le Premier ministre britannique David Cameron lors d'une conférence de presse commune à Bruxelles (Belgique), le 5 juin 2014.
Le président américain Barack Obama et le Premier ministre britannique David Cameron lors d'une conférence de presse commune à Bruxelles (Belgique), le 5 juin 2014.

A quelques heures du sommet de l'Otan, Barack Obama et David Cameron affichent leur unité. Le président américain et le Premier ministre britannique signent une tribune commune dans The Times (article en anglais et payant), jeudi 4 septembre, pour dénoncer une fois de plus l'attitude de Moscou dans la crise en Ukraine et en appeler à l'Alliance nord-atlantique.

"La Russie a violé les règles avec son annexion illégale et autoproclamée de la Crimée et avec l'envoi de troupes sur le sol ukrainien menaçant et sapant ainsi les fondations d'un Etat souverain", écrivent les deux dirigeants.

Une présence "permanente" de l'Otan en Europe de l'Est ?
Barack Obama et David Cameron estiment que Moscou "essaye de forcer [l'Ukraine] à abandonner son droit à la démocratie" et "détermine son avenir avec le canon d'une arme". Face à une telle situation, "nous devrions soutenir le droit de l'Ukraine à déterminer son propre avenir démocratique", jugent-ils.

Alors que le sommet de l'Otan se tient jeudi et vendredi au pays de Galles, les deux leaders défendent la mise en place d'une présence "permanente" de l'Alliance en Europe de l'Est. Elle serait soutenue par une force de réaction rapide, composée de forces spéciales terrestres, aériennes et maritimes, qui pourrait "être déployée n'importe où dans le monde très rapidement".

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16-Poutine fait miroiter un début de règlement de la question ukrainienne
Virginie Robert / Chef du Service International | Le 03/09

Les présidents ukrainien et russe se sont parlé mercredi et affirment être convenus d’une feuille de route pour rétablir la paix en Ukraine.

http://www.lesechos.fr/medias/2014/09/03/1038859_poutine-fait-miroiter-un-debut-de-reglement-de-la-question-ukrainienne-web-tete-0203739051156.jpg
Kiev et Moscou se sont accordés pour trouver une issue à la crise en Ukraine.

Est-ce un coup tactique de Moscou avant la réunion de l’Otan  ? Le résultat des déboires de l’armée ukrainienne ces dernières semaines ? Un effet des sanctions occidentales qui ont contribué à affaiblir l’économie russe à la veille d’une nouvelle vague de mesures de l’Union européenne ? Les explications sont sans doute plurielles. Toujours est-il que Vladimir Poutine et Petro Porenchenko, les présidents russe et ukrainien, ont échangé mercredi un coup de fil qui laisse entrevoir un règlement possible de la crise ukrainienne, jeudi à Minsk. A l’occasion d’une nouvelle réunion du groupe de contact qui rassemble Ukrainiens (y compris les séparatistes), Russes et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Si Kiev a d’abord assuré avoir conclu un cessez-le-feu dans l’Est, un porte-parole du Kremlin a vite rectifié le tir, puisque la Russie n’est officiellement pas en guerre. Cela n’a pas empêché Vladimir Poutine de déclarer en Mongolie, à la télévision Rossia 24, avoir « ébauché quelques réflexions, un plan d’action ». Il s’agirait d’une feuille de route en sept points qui comprendrait l’arrêt des opérations militaires dans les régions de Donetsk et de Lougansk, un contrôle international de la trêve, la création de couloirs humanitaires, l’arrêt de vols militaires dans les zones résidentielles et des échanges de prisonniers sans condition. Le président russe espère un accord « final » vendredi.

Des parachutistes américains en manoeuvres en Ukraine
C'est la première fois que des troupes américaines seront envoyées dans le pays depuis le début de la crise qui met aux prises Kiev et des séparatistes prorusses.

Deux cents parachutistes américains participeront à un exercice militaire international ce mois-ci dans l'ouest de l'Ukraine a annoncé le Pentagone mercredi. Il s'agit de parachutistes de la 173e brigade aéroportée de combat, basée en Italie, a indiqué le colonel Steven Warren, porte-parole du Pentagone.

"C'est un exercice de maintien de la paix", a-t-il déclaré. Des forces navales américaines doivent en outre participer à un autre exercice qui se déroulera en mer Noire la semaine prochaine avec des effectifs ukrainiens, a encore souligné le colonel Warren.
Washington et les pays européens ont pris plusieurs séries de sanctions à l'encontre de Moscou, accusé de violer l'intégrité territoriale de l'Ukraine en envoyant des troupes et du matériel militaire. Mais, comme l'a rappelé le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel mercredi sur CNN: "nous n'allons pas aller jusqu'à l'affrontement militaire avec la Russie".

L'exercice militaire, annoncé plus tôt mercredi par le ministère polonais de la Défense, doit se dérouler du 13 au 26 septembre à Yavoriv, à environ 60 kilomètres de Lviv, selon le porte-parole du Pentagone.

Les manoeuvres "Rapid Trident 14", prévues de longue date, se dérouleront en coopération avec des unités ukrainiennes et réuniront, entre autres, des soldats polonais, roumains, moldaves, bulgares, espagnols, estoniens, britanniques, allemands, lituaniens et norvégiens.

«  Il est trop tôt pour dire ce que ce cessez-le-feu signifie », a déclaré mercredi Barack Obama, de passage en Estonie avant le sommet de l’Otan au pays de Galles. Alors que les combats n’avaient d’ailleurs pas cessé. Le président américain attend que la Russie cesse de « prétendre » ne pas intervenir et qu’elle mette un terme aux envois de soldats et d’armes dans le Donbass. A ce jour, le conflit a fait 2.600 morts. « Les conditions n’ont cessé de se dégrader sur le terrain ces derniers jours, la présence de troupes russes a été confirmée sur le sol ukrainien, le nombre de victimes augmente et le cessez-le-feu n’est pas confirmé », constate-t-on côté français. L’Elysée a du reste fini par estimer, mercredi, à l’issue d’un conseil de défense restreint, que « les conditions n’étaient pas réunies » pour livrer un Mistral aux Russes.

Jeudi après-midi, les membres de l’Alliance atlantique doivent envisager un « plan de réactivité  » pour répondre à l’attitude de la Russie, qui fait très peur aux pays Baltes. A Tallinn, en Estonie, Barack Obama a redit son soutien « inébranlable  » au pays et à ses voisins : des forces aériennes supplémentaires vont venir s’entraîner dans la région. Selon lui, l’Alliance atlantique doit « prendre des engagements concrets pour aider l’Ukraine » et renforcer la défense des pays avec qui l’Otan a un lien de partenariat, à l’instar de la Géorgie et de la Moldavie. Prévu de longue date, un exercice militaire de l’Organisation, auquel participent une douzaine de pays, commencera à la mi-septembre dans l’ouest de l’Ukraine. De son côté, le Kremlin a annoncé l’organisation d’importantes manœuvres stratégiques en septembre au sud de la Sibérie. Une démonstration de force face à l’Otan.

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17-Guerre en Ukraine : « Poutine a presque toujours eu un temps d'avance »
Le Monde.fr | 29.08.2014

Depuis le début de la crise en Ukraine, Vladimir Poutine souffle le chaud et le froid, alternant gestes d'apaisement et provocations. A-t-il depuis le début du conflit ukrainien une véritable stratégie, suivant des étapes planifiées ? Quel est son objectif ? Directeur de la Fondation pour la recherche stratégique, Camille Grand donne des éléments de réponse.

Vladimir Poutine, le 28 mai à Moscou.
Vladimir Poutine, le 28 mai à Moscou.

Regarder la vidéo : Ukraine : comprendre les origines de la crise en cinq minutes :

Pourquoi Poutine joue-t-il ce double jeu depuis le début de la crise ukrainienne ?
Camille Grand : C'est sa méthode : il a toujours fait des allers-retours entre une approche diplomatique — comme en  juin lors des entretiens en Normandie avec Porochenko, Merkel et Hollande —, et une surenchère militaire, notamment au moment de l'annexion de la Crimée, ou, plus récemment, avec le soutien militaire aux séparatistes prorusses.

Ce double jeu et ces voltes-faces s'expliquent par le fait que Poutine est plus attentif qu'on ne le dit aux réactions des Occidentaux : quand il a l'impression que les Occidentaux sont divisés et hésitants, il en profite pour pousser son avantage. A l'inverse, quand il sent le vent tourner, il tempère et redevient plus prudent.


Comment analyser sa stratégie ?
Poutine saisit les occasions au bon moment, même lorsque ce n'est pas dans son intérêt politique à long terme, ce qui le rend imprévisible. Il y a chez lui une forme de fuite en avant.

Sa gestion de la crise ukrainienne se fait au coup par coup, en fonction des événements : quand Viktor Ianoukovitch [l'ancien président ukrainien] s'en va, il faut s'assurer qu'il n'y aura pas de nouvelle « révolution de couleur » avec des gens qui vont prendre le contrôle de l'ensemble du territoire, donc Poutine passe tout de suite aux pressions sur le gaz et à l'annexion de la Crimée.

Une fois que cette question est réglée, il tente d'imposer le fédéralisme, et pour y parvenir il utilise les séparatistes. N'y parvenant pas, il passe à une option plus militaire. Arrive le scandale du crash du MH17, qui lui impose de prendre ses distances avec les séparatistes. Puis s'imposent dans le conflit des chefs rebelles difficilement contrôlables, alors Poutine juge préférable de leur substituer des forces russes ou plus directement contrôlées.

Toutefois, je ne suis pas convaincu que Poutine ait l'intention d'aller jusqu'à déclarer la guerre à l'Ukraine. D'une part parce qu'il n'est pas sûr qu'il en ait besoin, d'autre part parce que ce serait franchir une nouvelle étape qui pourrait le pousser sur le banc des accusés, et ça, il n'y est pas prêt — il se souvient de sa position très inconfortable après le crash du MH17  —, donc il a tout intérêt à maintenir l'ambiguïté sur la nature de l'engagement russe.

Depuis le début, Poutine n'aurait donc pas eu de plan ?
Je ne pense pas, en effet, que Poutine avait anticipé tout cela. Mais son objectif n'a pas changé : s'assurer que l'Ukraine ne se stabilise pas comme un pays occidental à la frontière russe. Pour cela, il fait en sorte de maintenir des troubles durables dans l'Est de manière à ne pas permettre au président ukrainien, Petro Porochenko, d'organiser sereinement sa transition vers l'Europe et son rapprochement avec l'Occident.

Enfin, autre intérêt à faire durer l'instabilité en Ukraine : arriver à l'hiver, où les coupures de gaz deviennent une arme redoutable, contrairement à l'été, où il ne fait pas assez froid pour que ça ait un effet radical sur les Européens et les Ukrainiens.

Est-ce que de nouvelles sanctions de l'Union européenne et de Washington pourraient parvenir à le déstabiliser ?
Le problème des sanctions, c'est que ça marche à moyen et à long terme, mais là on est dans une crise qui se joue presque heure par heure. Donc que l'Union européenne mette quinze jours à décider de nouvelles sanctions qui commenceront à porter leurs fruits dans trois mois ne me semble pas être une option très efficace à court terme pour faire pression sur Poutine.

Son rapport aux sanctions est d'ailleurs assez difficile à cerner, car à chaque fois il fait mine qu'elles n'affecteront pas la Russie, alors que, par ailleurs, on voit bien que l'économie russe en pâtit déjà lourdement, avec la perte de plusieurs points de croissance.

Poutine en réunion avec son cabinet, le 30 juillet.
Poutine en réunion avec son cabinet, le 30 juillet.

Pour l'heure, qui vous semble avoir les cartes en main, Poutine ou les Occidentaux ?
Il me semble que, par cette fuite en avant, Poutine a presque toujours eu un temps d'avance. Hormis lors du drame du MH17 — où il était en très mauvaise posture —, il a presque toujours été plus dur, plus loin et plus fort que ce que les Occidentaux avaient anticipé. Il a souvent réussi à garder un coup d'avance, parfois même dans sa capacité à ouvrir un espace de négociation diplomatique quand on pensait que ce n'était pas possible. Les Occidentaux — moi compris —, ont souvent cru qu'il n'allait pas franchir certaines limites, qu'il n'enverrait quand même pas des troupes, que non il n'annexerait pas la Crimée, etc. Il a souvent pris de court diplomates et analystes par cette fuite en avant dangereuse.

Finalement, qu'est-ce qui pourrait réussir à le déstabiliser ?
Plus que les sanctions occidentales, l'opinion publique russe. La propagande de Poutine a toujours été de caricaturer le conflit en Ukraine en présentant d'un côté des nazis génocidaires ukrainiens manipulés par la CIA, de l'autre, de pauvres russophones victimes de persécutions. Or, si cette propagande a fonctionné jusque-là, elle pourrait finir par se retourner contre lui.

On le voit en ce moment avec la réapparition des comités de mères de soldat [une institution respectée des Russes, qui défend les droits humains au sein de l'armée russe], qui avaient eu un poids très important sur l'opinion publique lors des guerres de Tchétchénie et d'Afghanistan. Si de plus en plus de mères apprennent que leurs fils ont été envoyés en Ukraine sans qu'elles le sachent et pour se faire tuer, la situation pourrait se compliquer pour Poutine. C'est un mouvement qu'il faudra suivre avec attention, car il pourrait peser. 

Lire aussi :
VIDEO. Sur le front de l'Est de l’Ukraine avec les combattants pro-Russes

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18-La Russie entraîne ses cadets au combat
Par Laurent Filippi | Publié le 04/08/2014

Après le démantèlement de l’URSS en 1991, les enseignements militarisés et patriotiques dans les écoles russes n’avaient plus lieu d’être. Mais l’arrivée au pouvoir en 1999 de Vladimir Poutine a remis au premier plan les valeurs patriotiques. En pleine expansion, les corps de cadets (écoles militaires) trouvent un nouveau souffle.

S’exercer     … apprendre à viser
S’exercer au tir avec des fusils ou des Kalachnikov……et apprendre à viser avec un révolver sont au menu des cours.

Pour accueillir les nouveaux élèves, il existe aujourd’hui toutes sortes d’établissements, de l’école classique à l’internat. Les corps de cadets sont eux-mêmes extrêmement variés (cosaques, diplomatiques, musicaux…).

Comme tous les établissements scolaires, ces écoles ont pour vocation de donner des bases intellectuelles et culturelles à leurs élèves. Mais elles doivent également fournir une éducation physique de qualité et développer le sens moral des cadets. Car ceux-ci devront servir la patrie dans le domaine civil ou militaire.

Si certaines de ces écoles ont subi ces dernières années des réformes en profondeur, voulant ressembler aux internats d’élite anglais (plus d’excellence pédagogique moins de côtés militaires), beaucoup d’autres continuent d’appliquer à la lettre leur slogan : «La vie, la mère-patrie et l’honneur pour tout le monde.»

Le photographe Eduard Korniyenko a suivi pendant deux jours en avril 2014, la vie de seize cadets de l’école de Stavropol, dans le sud-est de la Russie. Il les a accompagnés dans leur quotidien lors d’une escapade pour un exercice tactique dans le village de Sengileyevskoye, à environ une trentaine de kilomètres de l’école.

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19-Hong Kong entre en "désobéissance civile"
Le Point - Publié le 01/09/2014

Le mouvement Occupy Central entame un bras de fer avec les autorités de Pékin qui ont une conception toute chinoise du processus démocratique.

http://www.lepoint.fr/images/2014/09/01/hkg-2808457-jpg_2437931_652x284.JPG
Benny Tai (à droite) et Chu You Ming (à gauche)les deux leaders du mouvement Occupy Central haranguent la foule devant le siège du gouvernement de Hong Kong le 31 août.

Pékin avance droit dans ses bottes. Dimanche, le comité permanent de l'Assemblée nationale populaire a rendu son verdict sur l'avenir démocratique de Hong Kong. Et, sans surprise, la copie ne plaît pas aux démocrates de l'ancienne colonie britannique. Le suffrage universel oui, mais la liberté des candidats non ! a décidé en substance le pouvoir central. En 2017, les électeurs de la cité de 7 millions d'habitants pourront élire leur chef exécutif, comme l'avait promis Pékin au moment de la rétrocession de l'île à la mère patrie, en 1999. Mais, détail capital, ils devront choisir parmi deux ou trois candidats "patriotes" qui auront été filtrés au préalable par un comité pro-Pékin. "C'était écrit !" déplore au Point.fr Joseph Cheng, professeur à l'université de Hong Kong.

Cette conclusion a déclenché immédiatement la colère du mouvement démocratique, dont des milliers de manifestants ont convergé dans la soirée devant le siège du gouvernement à Admiralty, au coeur de la cité. Nous ouvrons une "ère de désobéissance civile", a décrété devant la foule Benny Tai Yiu-ting, l'un des organisateurs du mouvement Occupy Central.

Oukase
 ©  Twiiter
Ces dernières semaines, cet universitaire et ses acolytes ont piloté plusieurs "sit-in" géants au coeur du quartier des affaires dénommé "Central" et même un référendum "sauvage" sur l'avenir démocratique de l'île, rassemblant plus de 790 000 votes. Un défi direct aux autorités chinoises. Lundi matin, les manifestants ont été dispersés à coup de gaz lacrymogène, alors qu'un représentant de Pékin tentait de convaincre les parlementaires du bien-fondé de sa position.

Après un été de tension croissante, la fermeté de la Chine annonce un nouveau cycle d'affrontement. Le mouvement démocratique a promis une réplique dans la rue dans les prochaines semaines et compte paralyser "Central", le quartier des affaires de cette plaque tournante financière mondiale. L'oukase de Pékin semble fermer la porte à une solution de compromis élaborée avec les démocrates plus modérés, préoccupés avant tout par les conséquences funestes d'une crise politique pour l'économie. "Aujourd'hui, toutes les chances de dialogue ont été épuisées et l'occupation de Central est irrémédiable", a déclaré le mouvement. Un point de non-retour, qui ouvre la porte à de possibles violences sur le très policé rocher, ancienne colonie de sa gracieuse Majesté.

Blindés
La semaine dernière, des blindés de l'Armée populaire de libération (APL) ont déclenché des frissons chez les habitants en roulant long des avenues de la presqu'île de Kowloon. Comme pour rappeler aux habitants de la cité autonome qu'ils étaient plus que jamais en liberté surveillée.

"Nous ne luttons pas seulement pour nos droits démocratiques, mais également pour notre dignité humaine. Nous ne voulons pas devenir une cité de plus en Chine", explique Joseph Cheng, fier de l'exception que constitue Hong Kong. "Pékin tente de présenter comme démocratique un processus où il garde un contrôle complet. Il est normal que cela déclenche l'indignation à Hong Kong", dénonce Sophie Richardson, de l'ONG Human Rights Watch.

Isoler les protestataires
Ces positions contrastent avec le point de vue de la presse officielle chinoise, qui loue "l'équilibre" de la position de Pékin. Les opposants démocrates "radicaux ne sont que des "tigres de papier", juge le Global Times, quotidien nationaliste proche du Parti. "Hong Kong n'est pas l'Ukraine. Seule une minorité de Hongkongais sont prêts à les soutenir et se confronter au gouvernement central", ajoute le journal.

Le pouvoir mise sur le "marais" apolitique de la cité rebelle pour isoler le mouvement mené par de nouvelles générations éduquées, en jouant la carte de la "stabilité" et de la croissance économique. Une crise politique prolongée affaiblira la place de Hong Kong face à ses rivales Singapour ou Shanghai, avancent les pro-Pékin. Le bras de fer ne fait que commencer.


Lire aussi :
La crise politique à Hong Kong expliquée en quatre points-clés

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20-Le casse du siècle vaut 1.000 milliards de dollars
Richard Hiault / Grand reporter | Le 03/09

Opacité, corruption, fraude fiscale... Les pays en développement sont floués de 1.000 milliards de dollars chaque année, dénonce ONE dans un rapport publié mercredi matin. Le G20 est rappelé à ses engagements.

Les pays développement floués 1.000 milliards dollars année, dénonce ONE rapport
Les pays en développement sont floués de 1.000 milliards de dollars chaque année, dénonce ONE dans un rapport

Cela pourrait être le titre d’un film. «Le casse du siècle. Un scandale à mille milliards de dollars», le rapport élaboré par l’organisation non gouvernementale (ONG) ONE fait l’objet ce matin d’une vaste campagne à quelque jours de la tenue, les 20 et 21 septembre, d’un sommet des ministres des Finances du G20 à Cairns (Australie). Au terme d’un travail acharné de plusieurs semaines qui a consisté à éplucher, entre autres, les statistiques de la Banque des règlements internationaux, une base de données du Crédit Suisse ou encore les chiffres mis à disposition par l’Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime, les auteurs de ce rapport destiné aux ministres sont parvenus à répertorier qu’au moins 1.000 milliards de dollars (750 milliards d’euros) sont dérobés chaque année aux pays en développement. C’est près de 3 fois le budget de l’Etat français. Que ce soit du fait de la corruption via des accords opaques liés à l’exploitation de ressources naturelles, de l’utilisation de sociétés écrans, de fraude fiscale ou encore de blanchiment d’argent.

Résultat des courses : une grande partie de l’argent issu de ce scandale atterrit dans les paradis fiscaux. L’ONG avance le montant faramineux de 20.000 milliards de dollars. Et sur ce montant, 3.200 milliards seraient des actifs non déclarés en provenance des pays en développement. «C’est une estimation volontairement basse. La réalité pourrait bien se situer au-delà», précise Friederike Röder, directrice France de ONE. «Nous ne voulions pas être accusés de faire de la surenchère. Mais le chiffre est suffisamment frappant quant à l’ampleur du problème alors que le G20 a fait de la lutte contre la fraude fiscale l’un de ses objectifs prioritaires. Ce rapport vient leur rappeler leurs engagements à quelques semaines du sommet des chefs d’Etat du G20 de Brisbane et du G20 Finance de Cairns», poursuit-elle. «C’est pourquoi nous demandons au ministre des Finances, Michel Sapin, et au président de la République de faire de nos propositions la priorité de la France dans les négociations du G20», ajoute-t-elle.

Quatre recommandations
Quatre recommandations sont en effet adressées aux leaders mondiaux pour mettre fin à ce scandale. D’une part, afin de lutter contre l’opacité des sociétés écrans, ONE estime nécessaire de rendre publiques les informations sur les bénéficiaires effectifs des sociétés, des trusts et des structures juridiques similaires. D’autre part, il faut renforcer les normes mondiales de transparence en matière d’exploitation des ressources naturelles (pétrole, mines…) en exigeant des entreprises concernées qu’elles rendent publiques les informations sur les paiements qu’elles effectuent aux gouvernements, pays par pays et projet par projet, pour tous les pays dans lesquels elles ont des filiales. ONE entend sévir contre la fraude fiscale par la mise en place d’un système d’échange automatique des données fiscales et le rendre accessible aux pays en développement. Enfin, l’ONG veut garantir la transparence des données afin que chaque citoyen puisse demander des comptes à son gouvernement quant à l’utilisation des ressources publiques.

Pas sûr que toutes ces revendications soient endossées par les ministres du G20 qui vont se voir remettre par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) un ensemble de préconisations destinées à faire payer un juste impôt aux entreprises multinationales qui ont recours à une optimisation fiscale trop poussée. Ce plan en 15 actions de l’OCDE, baptisé BEPS (pour «Base Erosion and Profit Shifting»), a été avalisé par les chefs d’Etat du G20 l’an passé à Saint-Pétersbourg. La réunion du G20 Finance de Cairns sera l’occasion d’annoncer de premières mesures concrète alors que, parallèlement, plusieurs pays pilotes du G20 se sont engagés à mettre en place l’échange automatique d’information à des fins fiscales d’ici à fin 2015.

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