vendredi 20 novembre 2015

Tiens... Du nouveau de Patrick !!! Merci


1-Attentats de l'Etat Islamique : la terreur va continuer, préviennent des experts 
2-Mali : fin de la prise d’otages dans un hôtel de Bamako, bilan humain incertain
3-Qui a vraiment intérêt à s'engager contre l'EI ?
4-Menace d’attentats sur l’Italie et le Vatican, selon le FBI
5-Enquête. Ce que veut vraiment l’Etat islamique
6-Aéroport de Roissy : des fichés "S" avaient accès à la piste
7-Après les attentats, l'eau sous très haute surveillance à Paris
8-Saint-Denis, c'est Raqqa... « Toutes les caves sont pleines d'armes »
9-Ruée des jeunes français vers les armées
10-Le groupe de Saint-Denis se préparait à commettre des attentats imminents à Roissy et à La Défense 
11-Peut-on asphyxier financièrement Daech ?
12-Triplement des djihadistes en France : 1683 recensés + 4091 signalements
13-Un Patriot Act à la française? Retour sur le précédent américain
14-Attentats à Paris. Gaz toxiques, le gouvernement se prépare au pire
15-Le juge Trévidic : « Le pire est devant nous, Daech prépare des massacres de masse en France »
16-Syrie: troisième raid français sur le fief de l'EI à Raqa en 48H 
17-Les attentats à Paris révèlent les limites de Daesh
18-Syrie: Moscou bombarde massivement les positions du groupe Etat islamique
19-Poutine : Daesh est financé par 40 pays, y compris par des pays-membres du G20
20-Crash - Sinaï : Moscou offre 50 millions de dollars de récompense

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1-Attentats de l'Etat Islamique : la terreur va continuer, préviennent des experts 
Afp Vendredi 20 Novembre 2015

Les attentats du 13 novembre à Paris risquent de marquer le début d’une campagne d’actions terroristes menées par le groupe Etat islamique (EI) dans les pays de la coalition qui le combattent en Syrie et en Irak, préviennent des experts.

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Selon RTL, depuis le 13 novembre, les réservations dans les salles de spectacles parisiennes ont baissées de 75%

Pour l’instant, la campagne de raids aériens visant ses installations dans les régions qu’il contrôle a peu entamé son potentiel, épargné ses chefs qui se sont mis à l’abri et elle devrait être intensifiée pour parvenir à sérieusement affaiblir l’organisation, ajoutent-ils.

«Daech (acronyme en arabe de l’EI) mène toujours parallèlement son ancrage territorial et son expansion internationale», assure à l’AFP Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris, spécialiste des mouvements jihadistes. «La séquence d’attentats Ankara (102 morts le 10 octobre), charter russe dans le Sinaï (224 morts le 31 octobre), Beyrouth (44 morts le 12 novembre), Paris (129 morts le 13 novembre) n’est pas une marque de faiblesse, bien au contraire».

«La force de Daech, dans ce type d’actions, c’est d’avoir l’initiative», ajoute-t-il. «Jusqu’à présent, il garde l’initiative partout (...) Ils peuvent nous surprendre encore dans les prochains jours. Dans leur logique, il faut frapper le plus vite possible en Europe. L’idéal pour eux maintenant serait une frappe coordonnée quelque part en Europe. Après l’avoir fait à Paris, montrer qu’ils peuvent le refaire ailleurs. Vue la facilité avec laquelle ils franchissent les frontières, ce n’est pas de l’ordre de l’impossible». 

La lettre confidentielle Intelligence Online (IO), généralement bien informée, écrivait jeudi que «plusieurs services de renseignements arabes ont transmis des informations à leurs homologues occidentaux selon lesquels six capitales ont été ciblées par Daech: Paris, Londres, Moscou, Le Caire, Riyad et Beyrouth».

Pour cela, lors d’une réunion au plus haut niveau qui s’est tenue en juin à Mossoul, «capitale» de l’EI en Irak, des émirs ont été chargés de monter cette campagne de terreur, précise IO. Pour la zone France/Espagne/Italie, c’est le belge Abdelhamid Abaaoud, abattu mercredi dans un raid policier près de Paris, qui avait été désigné responsable.

Dans son numéro 12 publié jeudi, le magazine en ligne de l’EI en anglais, Dabiq, dont la couverture, sous une photo de pompiers parisiens, clame «Just terror», félicite les «huit chevaliers qui ont mis Paris à genoux» et promet que le massacre parisien n’est qu’un début.

«Détruire ses villes» 
De nouvelles menaces ont été proférées par deux jihadistes anonymes, dans une vidéo tournée en Irak, dans la province de Dijlah et mise en ligne vendredi et intitulée «Paris avant Rome».

«Oh France de la croix, avec la permission d’Allah le tout-puissant nous allons pilonner tes monuments», clament-ils. «Nous avons commencé avec toi, nous terminerons par la Maison Blanche, qui sera noircie par notre feu».

Pour l’instant, la campagne de raids aériens de la coalition, à laquelle s’est récemment jointe la Russie, n’a pas vraiment affaibli l’EI, estiment les spécialistes. Si des jihadistes ont été tués, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, l’état-major avait pris ses précautions.

«Les bombardements, ils les avaient évidemment anticipés», estime Jean-Pierre Filiu. «La direction de Daech n’est bien sûr pas sous les bombes à Raqa. Ils sont à l’abri, dans des caches (...) Il est étonnant que les Russes aient aussi peu réagi à l’attentat contre leur avion, en commençant à bombarder sérieusement Daech. Pour l’instant le seul pays pour lequel Daech est l’ennemi numéro 1, c’est la France».

Pour avoir un véritable impact et commencer à affaiblir l’organisation, il faudrait entamer ce que l’expert australien David Kilcullen qualifie de «campagne aérienne sérieuse», dix ou vingt fois plus intense que ce qui est fait actuellement.

«Nous continuons à traiter l’EI comme une organisation terroriste, cherchant à éliminer les chefs et les caches d’armes», dit-il à l’AFP. «Il faudrait la viser comme un Etat ennemi. C’est ce qu’ils sont. Ca signifie détruire ses sources d’énergie, approvisionnement d’eau, les champs pétroliers, les villes qu’ils contrôlent».

«Il n’y a pas d’alternative», conclut-il. «Ce qui s’est passé à Paris nous a montré que ce n’est pas autrement maîtrisable».

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2-Mali : fin de la prise d’otages dans un hôtel de Bamako, bilan humain incertain
Le Monde.fr avec AFP, AP et Reuters Le 20.11.2015

La prise d’otages qui s’est déroulée, vendredi 20 novembre, dans l’hôtel Radisson Blu de Bamako a pris fin après un assaut de militaires maliens et étrangers qui a permis la libération de près de 150 de personnes retenues par un nombre inconnu de terroristes, dont certains pourraient encore être retranchés dans les étages supérieurs du bâtiment.

Afficher l'image d'origine    Une prise d’otages était en cours, le 20 novembre, à l’hôtel Radisson de Bamako, dans le centre de la capitale du Mali.

Lire aussi :
Mali : la prise d'otages de Bamako est terminée, au moins 22 morts

Le bilan des morts varie selon les sources citées par les agences de presse, de 10 à 27. Situé dans le quartier huppé d’ACI 2000, l’hôtel est un lieu prisé des étrangers. Les nationalités des victimes n’ont pas encore été communiquées. Les djihadistes d’Al-Mourabitoune, groupe lié à Al-Qaida, ont revendiqué l’attaque sur Twitter. L’authenticité de cette revendication n’a pas encore pu être vérifiée.

« Une cible évidente pour les terroristes »
En milieu de matinée, les terroristes ont pénétré dans le hall de l’établissement en tirant des coups de feu puis sont montés dans les étages et ont particulièrement ciblé le septième, selon les informations du Monde. Selon le ministère de la sécurité, les assaillants étaient au nombre de « deux ou trois », alors que des témoins font, eux, état d’une « dizaine d’assaillants » armés.

Outre les Maliens présents dans l’hôtel, des personnes d’au moins sept autres nationalités s’y trouvaient ce matin. Douze employés d’Air France, qui étaient dans l’hôtel, sont désormais « en lieu sûr », a fait savoir la compagnie aérienne, qui a annulé tous ses vols au départ et à destination de Bamako. 

Outre des policiers et des militaires maliens, des forces spéciales de la gendarmerie malienne, des gendarmes français, des membres de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et des forces spéciales américaines ont participé à l’opération.

Le président François Hollande a appelé les Français se trouvant « dans des pays sensibles » à prendre « leurs précautions », et annoncé l’envoi d’une quarantaine de membres du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) au Mali. La présidence du Mali a salué « le professionnalisme des forces de défense et de sécurité du Mali » et remercié « les pays amis pour leur assistance ».

L’hôtel Radisson est connu pour accueillir une clientèle étrangère, comme les équipages de compagnies aériennes. Un consultant français qui y descend régulièrement estime qu’il s’agit d’« une cible évidente pour les terroristes ».

« Le Radisson se trouve à un carrefour, l’une des rues était bloquée. Le contrôle est assuré par les gardiens privés. Ils passaient le détecteur de métaux sous les voitures. J’avais remarqué que lorsqu’ils connaissaient ils ne le passaient plus. »

Le 7 mars, un attentat contre un bar-restaurant de Bamako avait coûté la vie à cinq personnes – trois Maliens, un Français et un Belge. Il s’agissait de la première attaque de ce type perpétrée dans la capitale du Mali, et avait déjà été revendiquée par le groupe terroriste Al-Mourabitoune

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à Al-Qaida après la déroute de l’armée face à la rébellion, d’abord alliée à ces groupes qui l’ont ensuite évincée. Ils y ont été dispersés et en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement, en janvier 2013, à l’initiative de la France, d’une intervention militaire internationale qui se poursuit actuellement.

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3-Qui a vraiment intérêt à s'engager contre l'EI ?
19/11/2015

Pour la France, l’EI est désormais l’ennemi numéro 1. Mais est-ce le cas pour tous les pays qui se disent impliqués dans la lutte contre les jihadistes ? La position des États varie parfois selon leurs intérêts propres. Éclairage.

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Un Rafale de l'armée française avant son décollage d'une base dans le Golfe en direction de la Syrie.

Lire aussi :
Ces électrochocs qui pourraient débloquer la situation en Syrie
Que les familles des victimes du 13 novembre saisissent la Cour de justice de la République !

Le 13 novembre 2015, Paris, touché au cœur, déclarait la guerre à l’organisation de l'État islamique (EI). En usant de mots forts, la France opère ainsi un tournant dans sa politique étrangère. Car concernant le conflit syrien, Paris tenait jusqu’à ces derniers jours la position du "ni Assad, ni EI", mais désormais, l’organisation jihadiste est devenue l’ennemi numéro 1.

Devant les parlementaires français, François Hollande a ainsi appelé, lundi 16 novembre, à un rassemblement "de tous ceux qui peuvent réellement lutter contre cette armée terroriste dans le cadre d'une grande et unique coalition". Une coalition qui rassemblerait tous les pays qui luttent actuellement contre l’EI, par exemple la Syrie, la Russie ou la Turquie.

Pour œuvrer à cette coalition, le chef de l’État français sera à Washington le 24 novembre et à Moscou le 26, en dépit des divergences de point de vue qui persistent avec Vladimir Poutine, notamment sur le sort de Bachar al-Assad. Nombreux sont les analystes qui s'interrogent sur le rôle que peuvent également jouer les pays du Moyen-Orient dans la lutte contre l’EI.

Si certaines puissances occidentales, comme les États-Unis, sont prêtes à soutenir cette démarche d’union, en sera-t-il de même pour les autres parties concernées et à qui on pourrait envisager de s’allier ? Décryptage et éléments de réponse.

• La Turquie 
Très vite après le drame de Paris, Ankara a condamné les attaques sanglantes perpétrées par les jihadistes de l'EI. Mercredi 18 novembre, le chef de la diplomatie turque assurait, à l'issue d'une rencontre avec son homologue américain, que la Turquie allait intensifier ses attaques contre l'EI. "Nous ne permettrons pas à Daech [autre appellation de l'EI en langue arabe] de maintenir sa présence à nos frontières", a ainsi insisté Feridun Sinirlioglu.

Mais ces affirmations laissent sceptiques les spécialistes du sujet. "Daech n'est clairement pas la priorité de la Turquie", observe ainsi Fabrice Balanche, chercheur invité au Washington Institute et spécialiste de la Syrie. "Son principal ennemi, c’est le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et son fils spirituel, le Parti de l’union démocratique (PYD) en Syrie", poursuit-il, expliquant que les autorités turques veulent avant tout empêcher la constitution d'un état kurde de l'autre côté de leur frontière. "Or pour cela, Daech est bien utile à la Turquie, et on a pu le constater lors de la bataille de Kobané", rappelle le chercheur. Ankara n'avait alors pas manqué d'exprimer son irritation quant à l'appui apporté par les Occidentaux aux combattants kurdes qu'elle avait exclu d'aider elle-même, et avait refusé de laisser les avions américains utiliser les bases de l’Otan sur son sol.

Tancrède Josseran, spécialiste de la Turquie et attaché de recherche à l'Institut de stratégie comparée (ISC), rejoint cette analyse. Il rappelle qu'après l'attentat de Suruç, qui a fait 32 morts, et attribué à l'EI, les autorités turques ont pris soin de déclarer la guerre au "terrorisme", sans nommer l'EI. "Cela lui a permis d'englober le PKK, dont elles qualifient les membres de terroristes, et qu'elles ont d'ailleurs frappé en priorité." Sans oublier que la Turquie n'a jamais caché son soutien aux rebelles syriens, ni son souhait de voir la chute de Bachar al-Assad.

Quant à la question de la frontière, Fabrice Balanche observe qu'Ankara aurait pu depuis longtemps la fermer, ou "laisser les Kurdes s'en charger sans leur mettre des bâtons dans les roues". Il explique qu'il reste à ce jour un petit pan de la frontière turco-syrienne ouverte entre les villes d'Aazaz et de Jaraboulos. "C'est l'unique fenêtre des jihadistes en Syrie pour entrer et sortir. Et c'est par là que sont passés les terroristes des attaques de Paris". Selon lui, "en maintenant ces frontières ouvertes, en fermant les yeux sur les passages des jihadistes sur son sol, dans un sens comme dans l'autre, Ankara est complice des jihadistes.

• Le Kurdistan irakien
Il est tout à fait plausible que Paris et les forces de la coalition envisagent de s'allier aux combattants kurdes. D'autant que par le passé, la coalition a soutenu leurs efforts pour lutter contre l'EI, qu’ils combattent en priorité sur le terrain irako-syrien. "Il est vrai que les Kurdes pourraient faire partie d'une large coalition, mais ils ne seraient pas prêts à aller libérer Raqqa ou Mossoul. Ils se battent contre l'EI pour protéger leurs zones et s'ils se sont engagés pour Sinjar tout récemment, c'est pour cette raison", nuance Fabrice Balanche.

• Arabie saoudite, Qatar et monarchies du Golfe
Comme la Turquie, l'Arabie saoudite, le Qatar et les autres pétromonarchies du Golfe soutiennent ouvertement les rebelles syriens de tous bords, en leur apportant un soutien politique, financier et en armes. Selon Sanam Vakil, chercheur à la Chatham House et spécialiste du Moyen-Orient, "l'Arabie saoudite, comme d'autres pays sunnites, voit Assad comme son ennemi numéro 1 et le considère comme le mal en personne".

Il est vrai que dans les discours officiels, Riyad et Doha affirment vouloir lutter contre l'EI. Ils ont engagé leurs avions au sein de la coalition, sans pour autant mener de frappes à l'heure actuelle. Mais, d'après Fabrice Balanche, la priorité des autorités saoudiennes et qataries reste de contenir l'influence iranienne, grande puissance chiite de la région. "Or, il est indéniable que l'EI a réussi à casser l'axe chiite (Téhéran, Bagdad, Damas, Beyrouth)", explique-t-il.

• La Syrie 
Même si Paris exclut toujours tout dialogue avec le régime de Bachar al-Assad, il n'en reste pas moins que l'homme fort de Damas affirme officiellement lutter contre les jihadistes de l'EI, qui contrôlent de larges pans de son territoire. Nombre d'opposants au régime syrien, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, l'ont à maintes reprises accusé d'avoir favorisé l'ascension fulgurante du groupe.

"Pour Assad, l’ennemi numéro 1 c’est plutôt l’armée de la conquête avec Al-Nosra, l’Armée de l’islam et les autres groupes rebelles qui le menacent plus directement", observe Fabrice Balanche. "En plus, Assad a d’abord frappé les modérés pour les empêcher de devenir une alternative à son pouvoir, se doutant bien que, face à Daech, ils finiraient par voir en lui un moindre mal", poursuit-il.

• La Russie
Les attentats de Paris ont provoqué un véritable tournant diplomatique et une coopération sur le plan militaire se met en place entre Paris, Washington et Moscou, qui possède une base navale en Syrie. Preuve de sa bonne foi, la Russie a communiqué mardi son plan de frappes au Pentagone américain, une première. Doit-on y voir également un tournant dans la politique de Moscou, accusée d'avoir bombardé des positions de rebelles syriens en affirmant bombarder l'EI ?

"Dans un premier temps, il est vrai que les Russes ne sont pas pressés d’éradiquer l’EI car sa présence leur permet d’aider Assad, leur allié dans la région, à rester au pouvoir", remarque Fabrice Balanche. "Mais sur le long terme oui, l’EI est une menace. Il y a des ressortissants russes au sein de Daech qui peuvent revenir les menacer". L'organisation jihadiste a d'ailleurs revendiqué le crash de l'avion russe dans le Sinaï le 31 octobre dernier.

• L'Iran
L'Iran est un acteur majeur du conflit syrien en tant qu'allié indéfectible du régime d'Assad. Des militaires et miliciens iraniens sont même engagés sur le sol syrien.

"Comme pour Moscou, l'Iran préfère d'un côté voir Assad rester au pouvoir et la présence de Daech y participe, mais les Iraniens sont lucides et ne sous-estiment pas la puissance de l’EI", explique Fabrice Balanche. Le chercheur estime que Téhéran considère l'EI comme une menace car sa présence risquerait de rallumer la Fitna, la guerre entre les sunnites et les chiites dans les premiers temps de l'Islam, dans le monde arabe. Or, ils ont fait beaucoup d’efforts pour l’éviter et ne pas se retrouver encerclé par des pays arabes en guerre, d’autant que l'EI a mis en pièces l’axe chiite.

Il semble ainsi que "Daech a prospéré car tout le monde est dans une position d’attente relative à ses propres intérêts", résume Fabrice Balanche. Dans cette guerre contre l'EI, les Occidentaux ne peuvent pas vraiment compter sur des alliés dans la région, si ce n'est la Jordanie. Ils se heurtent, en outre, à certaines limites : la réticence de tous à envoyer des troupes au sol et de limiter autant que possible le nombre de victimes civiles, alors même que l'EI se sert de la population comme bouclier humain.

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20/11/2015

Depuis des mois, les jihadistes affirment vouloir marcher sur Rome et présentent des photomontages où le drapeau noir du califat flotte sur la Basilique Saint-Pierre.

Le pape françois arrive audience générale hebdomadaire basilique Saint Pierre

Le pape françois arrive pour son audience générale hebdomadaire à la basilique Saint Pierre
L’Italie et le Vatican, cibles de Daech. Voilà des mois que les jihadistes affirment vouloir marcher sur Rome et présentent en une de leur magazine « Dabiq » des photomontages où le drapeau noir du califat flotte sur la Basilique Saint-Pierre. La menace est désormais prise au sérieux à la suite d’informations communiquées par le FBI. La police fédérale américaine fait état d’un risque d’attentats, similaires à ceux perpétrés à Paris, pouvant viser la place Saint-Pierre à Rome, le Duomo et la Scala à Milan. Elle fournit également la liste de cinq suspects. L’ambassade américaine en Italie appelle ses ressortissants à la vigilance, notamment aux abords « des églises, synagogues, restaurants, théâtres et hôtels » des deux villes.

Matteo Renzi a rappelé qu’il fallait se prémunir de toute « hystérie » en la matière, sans toutefois sous-évaluer les risques. L’Italie est ainsi passée au niveau 2 de l’alerte sécurité, dernière étape avant le niveau maximal en cas d’attentat sur son sol. Pour conjurer une telle éventualité, la présence de forces de l’ordre a été augmentée à Rome. 1.300 militaires patrouillent déjà, et 700 hommes sur les 1.500 qui seront déployés lors du Jubilé sont déjà postés dans les rues, devant les centres commerciaux, le métro et les sites à risque, évalués au nombre de 140. 

La sécurité sera renforcée dans les grandes villes, notamment Naples et Turin, mais surtout le 7 décembre prochain à Milan à l’occasion de la traditionnelle ouverture de la saison de la Scala. Le lendemain débutera le jubilé de la Miséricorde à Rome. « Le premier jubilé de l’ère Isis », a rappelé le préfet, faisant part de sa préoccupation. Il prépare un plan anti-drones en plus du renforcement des contrôles autour des églises et de la Place Saint-Pierre. 

Une place beaucoup plus clairsemée que d’habitude pour assister à l’hebdomadaire audience générale du Pape, mercredi. François a décidé de ne pas se laisser intimider. « En de nombreux endroits, des portes blindées sont devenues normales. Nous ne devons pas nous résigner à l’idée d’appliquer ce système à toute notre vie, à celle de la famille, de la Cité, de la société et encore moins à celle de l’Eglise. Dans l’Eglise tout doit être ouvert ». 

Ca se passe en Belgique  : les enquêtes sur le terrorisme plus que triplées
Pas moins de 275 dossiers relatifs au terrorisme ont été ouverts depuis le début de l’année 2015 en Belgique, selon des chiffres publiés par le journal « L’Echo ». Un chiffre à comparer à l’année 2014, au cours de laquelle 84 dossiers avaient été ouverts au total. Les autorités disposent en tout de 130 enquêteurs, sachant qu’on estime à 500 le nombre de résidents bruxellois figurant sur la « liste syrienne ». Bruxelles a multiplié les preuves, ces derniers jours, de sa détermination à combattre le terrorisme. Le Premier ministre lui-même est monté au créneau, fustigeant implicitement les mises en cause, en particulier en provenance de France. Depuis que la commune de Molenbeek, à Bruxelles, a été identifiée comme la base arrière de plusieurs terroristes, les critiques pleuvent sur la Belgique, accusée d’avoir fait preuve de laxisme sur ce dossier. Mais la population est également outrée par les déclarations intempestives de plusieurs personnalités françaises, tout particulièrement celles d’Eric Zemmour appelant à « bombarder » Molenbeek.

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5-Enquête. Ce que veut vraiment l’Etat islamique
18-11-2015

Cette grande enquête publiée dans The Atlantic offre un éclairage sans précédent sur les objectifs et les fondements idéologiques de Daech. Soutenant la thèse selon laquelle l’organisation se définit essentiellement par sa lecture littérale du Coran, elle a suscité de nombreuses réactions. En voici, en exclusivité, l’essentiel.

http://www.courrierinternational.com/sites/ci_master/files/styles/image_original_320/public/assets/images/daech001.jpg?itok=gH6JKLtE

Image extraite d'une video de YouTube du 23 août 2013 et montrant un membre d'un groupe djihadiste affilié à l'Etat islamique dans la province d'Al-Anbar en Irak

Vidéo :
Le Dessous des Cartes Syrie, les origines de la crise Partie 1
Le Dessous des Cartes L'ISLAM EN CONFLIT (1/2) 

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Amin Maalouf  - "Personne, dans ma génération, n'en verra le bout"
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Philippe-Joseph Salazar - La manipulation rhétorique des djihadistes
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Pétrole, taxes, trafics d'humains: comment Daech se finance
L'Etat islamique et son pétrole

Qu’est-ce que l’Etat islamique [EI, Daech en arabe] ? D’où vient cette organisation et quelles sont ses intentions ? La simplicité de ces questions peut être trompeuse, et rares sont les dirigeants occidentaux qui connaissent les réponses. En décembre 2014, The New York Timesa publié des remarques confidentielles du général Michael K. Nagata, commandant des opérations spéciales pour les Etats-Unis au Moyen-Orient, qui admettait être encore très loin de comprendre l’attrait exercé par l’Etat islamique. “Nous ne comprenons pas cette idéologie.”

L’organisation s’est emparée de Mossoul, en Irak, en juin 2014 et règne déjà sur une zone plus vaste que le Royaume-Uni. A sa tête depuis mai 2010, Abou Bakr Al-Baghdadi est monté le 5 juillet 2014 à la chaire de la Grande Mosquée Al-Nour, à Mossoul, en se présentant comme le premier calife depuis des générations. Il s’en est suivi un afflux mondial de djihadistes, d’une rapidité et dans des proportions sans précédent.

Nos lacunes sur l’EI sont d’une certaine façon compréhensibles : l’organisation a fondé un royaume isolé et peu de gens en sont revenus. Abou Bakr Al-Baghdadi ne s’est exprimé qu’une seule fois devant une caméra. Mais son discours ainsi que d’innombrables vidéos et brochures de propagande de l’EI sont accessibles sur Internet et les sympathisants du califat se sont donné beaucoup de mal pour faire connaître leur projet.

Nous avons mal compris la nature de l’EI pour deux raisons. Tout d’abord, nous avons tendance à appliquer la logique d’Al-Qaida à une organisation qui l’a clairement éclipsé. Les sympathisants de l’EI avec qui j’ai discuté font toujours référence à Oussama Ben Laden sous le titre honorifique de “cheikh Oussama”, mais le djihadisme a évolué depuis l’âge d’or d’Al-Qaida (de 1998 à 2003) et nombreux sont les djihadistes qui méprisent les priorités et les dirigeants actuels de l’organisation.

Oussama Ben Laden considérait le terrorisme comme un prologue au califat, qu’il ne pensait pas connaître de son vivant. Son organisation était informelle, constituée d’un réseau diffus de cellules autonomes. L’EI, au contraire, a besoin d’un territoire pour asseoir sa légitimité, ainsi que d’une structure hiérarchisée pour y régner.

En second lieu, nous avons été induits en erreur à cause d’une campagne bien intentionnée mais de mauvaise foi visant à nier la nature religieuse médiévale de l’EI. Peter Bergen, qui a produit la première interview avec Ben Laden en 1997, a intitulé son premier ouvrage Guerre sainte, multinationale [éd. Gallimard, 2002], notamment pour affirmer que le leader d’Al-Qaida était un produit du monde laïc moderne.

Ben Laden a organisé la terreur sous la forme d’une entreprise comptant des franchises. Il exigeait des concessions politiques précises, comme le retrait des troupes américaines d’Arabie Saoudite. Le dernier jour de sa vie, Mohamed Atta [l’un des responsables des attentats du 11 septembre 2001] a fait des courses à Walmart et dîné à Pizza Hut.

Mahomet à la lettre
Il est tentant de reprendre cette observation – les djihadistes sont issus du monde laïc moderne, avec des préoccupations politiques de leur temps, mais déguisés avec des habits religieux – pour l’appliquer à l’EI. Pourtant, beaucoup de ses actions paraissent insensées si on ne les envisage pas à la lumière d’une détermination sincère à faire revenir la civilisation à un régime juridique du VIIe siècle et à faire advenir, à terme, l’apocalypse.

La vérité est que l’EI est islamique. Très islamique. Certes, le mouvement a attiré des psychopathes et des gens en quête d’aventures, souvent issus des populations défavorisées du Moyen-Orient et d’Europe. Mais la religion que prêchent les plus fervents partisans de l’EI est issue d’interprétations cohérentes et même instruites de l’islam.

Presque chaque grande décision ou loi proclamée par l’EI obéit à ce qu’il appelle la “méthodologie prophétique”, qui implique de suivre la prophétie et l’exemple de Mahomet à la lettre. Les musulmans peuvent rejeter l’EI, comme le fait l’écrasante majorité d’entre eux. Néanmoins, prétendre que ce n’est pas une organisation religieuse millénariste dont la théologie doit être comprise pour être combattue a déjà conduit les Etats-Unis à sous-estimer l’organisation et à soutenir des plans mal pensés pour la contrer.

Nous devons apprendre à mieux connaître la généalogie intellectuelle de l’EI si nous voulons réagir non pas de façon à le rendre plus fort, mais plutôt de façon à faire qu’il s’immole lui-même dans un excès de zèle.

I.Dévotion
En novembre 2014, l’EI a diffusé une vidéo de promotion retraçant ses origines jusqu’à Ben Laden. Le film mentionnait Abou Moussab Al-Zarqaoui, le violent dirigeant d’Al-Qaida en Irak de 2003 jusqu’à sa mort, en 2006, faisant de lui un mentor plus direct. Il citait également deux autres chefs de guérillas ayant précédé Abou Bakr Al-Baghdadi, le calife. Aucune mention en revanche du successeur de Ben Laden et dirigeant actuel d’Al-Qaida, le chirurgien ophtalmologiste égyptien Ayman Al-Zawahiri.

Al-Zawahiri n’a pas fait allégeance à Abou Bakr Al-Baghdadi et il est de plus en plus haï par ses confrères djihadistes. Son isolement est renforcé par son manque de charisme. Mais la rupture entre Al-Qaida et l’EI est amorcée depuis longtemps.

Une autre figure importante est aujourd’hui en disgrâce : Abu Muhammad Al-Maqdisi, un religieux jordanien de 55 ans qui est l’un des grands architectes intellectuels d’Al-Qaida. Sur presque toutes les questions de doctrine, Al-Maqdisi et l’EI sont d’accord. Ils sont étroitement liés à l’aile djihadiste d’une branche du sunnisme appelée le salafisme, d’après l’expression arabe al salaf al salih, “les pieux devanciers”. Ces “devanciers” sont le Prophète lui-même et ses premiers disciples, que les salafistes honorent et imitent.

Al-Maqdisi a été le mentor d’Al-Zarqaoui, qui est allé en Irak avec ses conseils en tête. Avec le temps, l’élève a toutefois surpassé son maître, qui a fini par le critiquer. Leur contentieux concernait le penchant d’Al-Zarqaoui pour les spectacles sanglants – et, d’un point de vue doctrinaire, sa haine des musulmans non salafistes, qui allait jusqu’à les excommunier et les exécuter.

Dans l’islam, le takfîr, ou excommunication, est une pratique dangereuse d’un point de vue théologique. Si l’accusateur a tort, alors il est lui-même apostat car il s’est rendu coupable d’une fausse accusation – un acte puni de mort. Et pourtant, Abou Moussab Al-Zarqaoui a imprudemment allongé la liste des comportements pouvant rendre les musulmans infidèles.

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Abou Bakr Al-Baghdadi, chef de l’organisation Etat islamique dans une capture d’écran d’une vidéo diffusée le 5 juillet 2014 et tournée à la mosquée de Mossul, en Irak, quelques jours auparavant, le 29 juin

Abu Muhammad Al-Maqdisi a écrit à son ancien élève qu’il devait se montrer prudent et ne pas “émettre de larges proclamations de takfîr” ou “déclarer des personnes coupables d’apostasie en raison de leurs péchés”. La distinction entre apostat et pécheur est un des désaccords fondamentaux entre Al-Qaida et l’EI.

Nier la sainteté du Coran ou les prophéties de Mahomet relève clairement de l’apostasie. Mais Abou Moussab Al-Zarqaoui et l’organisation qu’il a créée estiment que de nombreux actes peuvent justifier d’exclure un musulman de l’islam, comme vendre de l’alcool et des drogues, porter des vêtements occidentaux, se raser la barbe ou encore voter lors d’une élection.

Etre chiite est aussi un motif d’exclusion, car l’EI estime que le chiisme est une innovation, or innover par rapport au Coran revient à nier sa perfection initiale. Ainsi quelque 200 millions de chiites sont menacés de mort. Il en va de même pour les chefs d’Etat de tous les pays musulmans, qui ont élevé le droit des hommes au-dessus de la charia en se présentant à des élections ou en appliquant des lois qui ne viennent pas de Dieu.

Conformément à sa doctrine sur l’excommunication, l’EI s’engage à purifier le monde en exterminant de larges groupes de personnes. Les publications sur les réseaux sociaux laissent penser que les exécutions individuelles se déroulent plus ou moins en continu et que des exécutions de masse sont organisées à quelques semaines d’intervalle. Les “apostats” musulmans sont les victimes les plus nombreuses. Il semble en revanche que les chrétiens qui ne résistent pas au nouveau pouvoir échappent à l’exécution automatique. Abou Bakr Al-Baghdadi les laisse vivre tant qu’ils paient un impôt spécial, appelé jizya, et qu’ils se soumettent.

Retour à un islam “ancien”
Des siècles se sont écoulés depuis la fin des guerres de religion en Europe. Depuis, les hommes ont cessé de mourir en masse pour d’obscurs différends théologiques. C’est peut-être pour cette raison que les Occidentaux ont accueilli la théologie et les pratiques de l’EI avec tant d’incrédulité et un tel déni.

De nombreuses organisations musulmanes traditionnelles sont même allées jusqu’à affirmer que l’EI était “contraire à l’islam”. Toutefois, les musulmans qui emploient cette expression sont souvent “embarrassés et politiquement corrects, avec une vision naïve de leur religion” qui néglige “ce qu’elle a impliqué, historiquement et juridiquement”, suggère Bernard Haykel, chercheur de Princeton d’origine libanaise et expert de premier plan sur la théologie de l’EI.

Tous les universitaires à qui j’ai posé des questions sur l’idéologie de l’EI m’ont renvoyé vers Bernard Haykel. Selon ce dernier, les rangs de l’EI sont profondément imprégnés d’ardeur religieuse. Les citations du Coran sont omniprésentes. Pour lui, l’argument selon lequel l’EI a déformé les textes de l’islam est grotesque et on ne peut le soutenir que par ignorance volontaire. “Les gens veulent absoudre l’islam, explique-t-il, d’où le mantra affirmant que ‘l’islam est une religion pacifique’. Comme s’il existait un ‘islam’! Ce qui compte, c’est ce que font les musulmans et comment ils interprètent leurs textes. Les membres de l’EI ont la même légitimité que n’importe qui d’autre.”

Tous les musulmans reconnaissent que les premières conquêtes de Mahomet ont été chaotiques et que les lois de la guerre transmises par le Coran et les récits sur le règne du Prophète étaient adaptées à une époque troublée et violente. Bernard Haykel estime que les combattants de l’EI représentent un authentique retour à un islam ancien et qu’ils reproduisent fidèlement ses pratiques guerrières. Cela englobe un certain nombre de pratiques que les musulmans modernes préfèrent ne pas reconnaître comme faisant partie intégrante de leurs textes sacrés.  

L’esclavage, la crucifixion et les décapitations ne sont pas des éléments que des [djihadistes] fous sélectionneraient dans la tradition médiévale”, affirme Bernard Haykel. Les combattants de l’EI sont “en plein dans la tradition médiévale et ils la transposent dans son intégralité à l’époque contemporaine”. 

Le Coran précise que la crucifixion est l’une des seules sanctions permises contre les ennemis de l’islam. La taxe imposée aux chrétiens est clairement légitimée par la sourate At-Tawbah, neuvième chapitre du Coran, qui intime aux musulmans de combattre les chrétiens et les juifs “jusqu’à ce qu’ils versent la capitation [la taxe] de leurs propres mains, après s’être humiliés”.

Lorsque l’EI a commencé à réduire des gens en esclavage, même certains de ses sympathisants ont renâclé. Néanmoins, le califat a continué à pratiquer l’asservissement et la crucifixion. “Nous conquerrons votre Rome, briserons vos croix et asservirons vos femmes, a promis Mohamed Al-Adnani, porte-parole de l’EI, dans l’un des messages qu’il a adressés à l’Occident. Si nous n’y parvenons pas, nos enfants et nos petits-enfants y parviendront. Et ils vendront vos fils sur le marché aux esclaves.”

II.Territoire
En novembre 2014, je me suis rendu en Australie pour rencontrer Musa Cerantonio, un trentenaire identifié comme l’une des deux plus importantes “nouvelles autorités spirituelles” guidant les étrangers pour qu’ils rejoignent l’EI. Pendant trois ans, il a été télévangéliste sur Iqraa TV, au Caire, mais il est parti quand la chaîne a contesté ses appels fréquents à la création d’un califat. Maintenant, il prêche sur Facebook et Twitter.

Musa Cerantonio, un homme grand et avenant à l’air studieux, raconte qu’il blêmit à la vue des vidéos de décapitations. Il déteste voir la violence, même si les sympathisants de l’EI sont contraints de la soutenir. Il a une barbe broussailleuse qui rappelle certains fans du Seigneur des anneaux, et son obsession pour l’idéologie apocalyptique de l’islam m’était familière.

En juin 2014, Musa Cerantonio et son épouse ont tenté d’émigrer – il n’a pas précisé où (“Il est illégal de partir en Syrie”, précise-t-il méfiant) – mais ils ont été arrêtés en route, aux Philippines, et expulsés vers l’Australie. En Australie, chercher à rejoindre l’EI ou se rendre sur son territoire est une infraction ; le gouvernement a donc confisqué le passeport de Musa Cerantonio. Jusqu’à présent, toutefois, il est libre. C’est un idéologue sans affiliation officielle, mais dont la parole fait autorité auprès des autres djihadistes pour ce qui touche à la doctrine de l’EI.

Nous nous sommes donné rendez-vous pour déjeuner à Footscray, une banlieue multiculturelle très peuplée de Melbourne. Musa Cerantonio a grandi là, dans une famille italo-irlandaise.

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Musa Cerantonio, prédicateur de l’Etat islamique - Capture d’écran de YouTube

Il me raconte sa joie lorsque Abou Bakr Al-Baghdadi a été déclaré calife, le 29 juin 2014, ainsi que l’attraction que l’Irak et la Syrie ont commencé à exercer sur lui et ses amis. “J’étais dans un hôtel [aux Philippines] et j’ai vu la déclaration à la télévision. J’étais ébahi et je me disais ‘Qu’est-ce que je fais coincé dans cette foutue chambre ?’”

Le dernier califat historique est l’Empire ottoman, qui a connu son âge d’or au XVIe siècle, avant de subir un long déclin jusqu’à sa disparition en 1924. Mais Musa Cerantonio, comme de nombreux sympathisants de l’EI, met en doute la légitimité de ce califat, car il n’appliquait pas intégralement la loi islamique, qui requiert lapidation, esclavage et amputations, et parce que ses califes ne descendaient pas de la tribu du Prophète, les Quraychites.

Abou Bakr Al-Baghdadi a longuement insisté sur l’importance du califat dans le sermon qu’il a prononcé à Mossoul. Il a expliqué que faire renaître l’institution du califat – qui n’a existé que de nom pendant environ mille ans – était une obligation commune. Lui et ses fidèles s’étaient “empressés de déclarer le califat et de nommer un imam” à sa tête, a-t-il déclaré. “C’est le devoir des musulmans, un devoir qui a été négligé pendant des siècles… Les musulmans commettent un péché en l’oubliant et ils doivent constamment chercher à l’établir.”

Comme Oussama Ben Laden avant lui, Abou Bakr Al-Baghdadi s’exprime avec emphase, utilisant de nombreuses allusions coraniques et en affichant une grande maîtrise de la rhétorique classique. Mais contrairement à Ben Laden et aux faux califes de l’Empire ottoman, il est Quraychite.

Le califat, m’a expliqué Musa Cerantonio, n’est pas uniquement une entité politique mais également un véhicule du salut. La propagande de l’EI relaie régulièrement les serments de bay’a (allégeance) des autres organisations djihadistes. Musa Cerantonio m’a cité un proverbe attribué au Prophète selon lequel mourir sans avoir fait vœu d’allégeance revient à mourir jahil(ignorant) et donc à “mourir hors de la foi”.

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Le prédicateur Musa Cerantonio - Capture d’écran de YouTube

Pour être calife, il faut remplir les conditions précisées par le droit sunnite : être un homme musulman adulte descendant de Quraych, manifester une probité morale, une intégrité physique et mentale, et faire preuve de ’amr, c’est-à-dire d’autorité. Ce dernier critère, selon Musa Cerantonio, est le plus difficile à remplir, et il exige que le calife ait un territoire sur lequel faire régner la loi islamique.

Après le sermon d’Abou Bakr Al-Baghdadi, les djihadistes ont commencé à affluer quotidiennement en Syrie, plus motivés que jamais. Jürgen Todenhöfer, auteur allemand et ancienne figure politique qui s’est rendu dans les territoires contrôlés par l’EI en décembre 2014, a déclaré avoir vu affluer, en deux jours seulement, 100 combattants au poste de recrutement installé sur la frontière turque.

A Londres, une semaine qui a précédé mon déjeuner avec Musa Cerantonio, j’ai rencontré trois anciens membres d’un groupe islamiste interdit appelé Al-Muhajiroun (Les émigrés) : Anjem Choudary, Abu Baraa et Abdul Muhid. Tous trois souhaitaient émigrer pour rejoindre l’EI, mais les autorités ont confisqué leurs passeports. Comme Musa Cerantonio, ils considéraient le califat comme le seul gouvernement légitime. Dans nos entretiens, leur principal objectif était de m’expliquer ce que représente l’EI et en quoi sa politique reflète la loi de Dieu.

Anjem Choudary, 48 ans, est l’ancien chef du groupe. Il apparaît souvent dans les émissions d’information sur le câble car il est l’une des seules personnes que les producteurs peuvent inviter en étant assurés qu’il défendra l’EI avec véhémence – jusqu’à ce qu’on coupe son micro. Au Royaume-Uni, il a une réputation de détestable fanfaron, mais lui et ses disciples croient sincèrement en l’EI et ils diffusent sa doctrine. Anjem Choudary et consorts sont très présents sur les fils Twitter des habitants des territoires contrôlés par l’EI et Abu Baraa gère une chaîne YouTube pour répondre aux questions sur la charia.

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Depuis septembre 2014, les autorités mènent une enquête sur ces trois hommes, qui sont soupçonnés d’apologie du terrorisme. En raison de cette enquête, ils ont dû me rencontrer un par un : toute communication entre eux aurait enfreint les termes de leur liberté conditionnelle. Anjem Choudary m’a donné rendez-vous dans une confiserie de la banlieue d’Ilford, à l’est de Londres.

Logement gratuit pour tous
Avant le califat, “environ 85 % de la charia n’était pas appliquée, m’explique-t-il. Ces lois étaient en suspens jusqu’à ce que nous ayons un khilafa [un califat], et c’est maintenant le cas”. Sans califat, par exemple, il n’y a pas d’obligation d’amputer les mains des voleurs pris en flagrant délit. Avec l’établissement d’un califat, cette loi ainsi que toute une jurisprudence reprennent soudain vie. En théorie, tous les musulmans sont obligés d’émigrer vers le territoire où le calife applique ces lois.

Anjem Choudary affirme que la charia est mal comprise en raison de son application incomplète par des régimes comme l’Arabie Saoudite, qui décapite les meurtriers et ampute les mains des voleurs.

Le problème, explique-t-il, c’est que des pays comme l’Arabie Saoudite appliquent uniquement le code pénal et ne mettent pas en œuvre la justice socio-économique de la charia. Et ils ne font qu’engendrer de la haine pour la loi islamique.”

Cet ensemble de mesures, selon lui, inclut la gratuité pour tous du logement, de la nourriture et des vêtements, même si tout le monde a bien sûr le droit de travailler pour s’enrichir.

Abdul Muhid, 32 ans, a prolongé cette réflexion. Il portait une élégante tenue moudjahidine lorsque je l’ai retrouvé dans un restaurant local : barbe broussailleuse, chapeau afghan et portefeuille porté dans ce qui ressemblait à un étui de revolver à l’épaule. Il avait à cœur d’aborder la question des aides sociales. L’EI applique peut-être des sanctions médiévales contre les crimes moraux, mais son programme d’aides sociales est, du moins à certains égards, suffisamment progressiste pour plaire à des commentateurs de gauche. Les soins de santé, affirme-t-il, sont gratuits. Fournir des aides sociales n’était pas selon lui un choix politique, mais une obligation en vertu de la loi de Dieu.

III.L’apocalypse
Tous les musulmans reconnaissent que Dieu est le seul à savoir de quoi sera fait l’avenir. Ils s’accordent aussi à dire qu’il nous en a offert un aperçu dans le Coran et les récits du Prophète. L’EI s’écarte cependant de presque tous les autres mouvements djihadistes actuels car il pense être le personnage central des textes sacrés.

Oussama Ben Laden mentionnait rarement l’apocalypse et, quand c’était le cas, il semblait partir du principe qu’il serait mort depuis longtemps quand le glorieux châtiment divin se produirait enfin. “Ben Laden et Al-Zawahiri sont issus de familles sunnites appartenant à l’élite, qui méprisent ces spéculations et les voient comme une préoccupation des masses”, affirme Will McCants, qui travaille pour la Brookings Institution et écrit un livre sur la pensée apocalyptique de l’EI.

Pendant les dernières années de l’occupation américaine en Irak, les fondateurs directs de l’EI voyaient, au contraire, de nombreux signes de la fin des temps. Ils s’attendaient à l’arrivée sous un an du Mahdi, la figure messianique destinée à conduire les musulmans vers la victoire avant la fin du monde.

Pour certains croyants – ceux qui rêvent de batailles épiques entre le bien et le mal – les visions de massacres apocalyptiques répondent à un profond besoin psychologique. Parmi les sympathisants de l’EI que j’ai rencontrés, c’est Musa Cerantonio, l’Australien, qui a exprimé le plus grand intérêt pour l’apocalypse. Certains aspects de cette prédiction lui sont propres et n’ont pas encore le statut de doctrine. D’autres éléments viennent de sources sunnites traditionnelles et apparaissent partout dans la propagande de l’EI. Il s’agit notamment de la croyance qu’il n’y aura que 12 califes légitimes (Abou Bakr Al-Baghdadi étant le huitième), que les armées de Rome se rassembleront pour affronter les armées de l’islam dans le nord de la Syrie et que la grande bataille finale de l’islam contre un anti-messie se déroulera à Jérusalem après une dernière période de conquête islamique.

La bataille de Dabiq
L’EI accorde une importance cruciale à la ville syrienne de Dabiq, près d’Alep. Il a nommé son magazine de propagande d’après elle et il a organisé de folles célébrations après avoir conquis (non sans mal) les plaines de Dabiq, qui sont inutiles d’un point de vue stratégique. C’est ici, aurait déclaré le Prophète, que les armées de Rome installeront leur camp. Les armées de l’islam les y affronteront et Dabiq sera pour Rome l’équivalent de Waterloo.

Les propagandistes de l’EI se pâment à cette idée et sous-entendent constamment que cet événement se produira sous peu. Le magazine de l’EI cite Abou Moussab Al-Zarqaoui, qui aurait déclaré : “L’étincelle a été allumée ici, en Irak, et sa chaleur continuera de s’intensifier jusqu’à brûler les armées des croisés à Dabiq.” Maintenant qu’il s’est emparé de Dabiq, l’EI y attend l’arrivée d’une armée ennemie, dont la défaite déclenchera le compte à rebours précédant l’apocalypse. “Nous enterrons le premier croisé américain à Dabiq et nous attendons avec impatience l’arrivée du reste de vos armées”, a proclamé un bourreau masqué dans une vidéo de novembre 2014 montrant la tête tranchée de Peter Kassig, travailleur humanitaire qui était retenu en otage depuis 2013.

Après la bataille de Dabiq, explique Musa Cerantonio, le califat s’agrandira et ses armées pilleront Istanbul. Certains pensent qu’il se lancera ensuite à la conquête de la Terre entière, mais Musa Cerantonio estime qu’il ne dépassera jamais le Bosphore. Dajjal, un antimessie de la littérature musulmane apocalyptique, arrivera de la région du Khorasan, à l’est de l’Iran, et tuera un grand nombre des combattants du califat jusqu’à ce qu’il n’en reste que 5 000, piégés à Jérusalem. Alors que Dajjal se préparera à les éliminer, Jésus – le deuxième Prophète le plus vénéré dans l’islam – reviendra sur Terre, transpercera Dajjal d’une lance et conduira les musulmans jusqu’à la victoire.

Selon cette théorie, même les revers essuyés par l’EI n’ont pas d’importance. Dieu a de toute façon ordonné d’avance la quasi-destruction de son peuple.

IV.La lutte
A Londres, Anjem Choudary et ses étudiants m’ont décrit en détail la façon dont l’EI doit mener sa politique étrangère maintenant qu’il est a fondé un califat. Il a déjà entrepris le “djihad offensif”, conformément à la charia, soit l’expansion par la force dans des pays qui ne sont pas gouvernés par des musulmans. “Jusqu’à présent, nous ne faisions que nous défendre”, déclare Anjem Choudary. Sans califat, le djihad offensif est un concept inapplicable. En revanche, faire la guerre pour agrandir le califat est un devoir crucial du calife.

Abu Baraa, confrère d’Anjem Choudary, m’a expliqué que la loi islamique n’autorisait des traités de paix temporaires que durant une décennie. De la même manière, accepter des frontières est anathème, comme l’a déclaré le Prophète et comme le répètent les vidéos de propagande de l’EI. Si le calife consent à une paix à plus long terme ou à une frontière permanente, il sera dans l’erreur. Les traités de paix temporaires sont renouvelables, mais ils ne peuvent s’appliquer à tous les ennemis en même temps : le calife doit mener le djihad au moins une fois par an.

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Anjem Choudary s’adressant à des manifestants musulmans regroupés devant l’ambassade des Etats-Unis à Londres le 14 septembre 2012. Ils protestaient contre un film prétendument insultant pour la foi musulmane - Leon Neal/AFP

Il faut insister sur le fait que l’EI pourrait être paralysé par son radicalisme. Le système international moderne, né de la paix de Westphalie, en 1648, repose sur la disposition de chaque Etat à reconnaître des frontières, même à contrecœur. D’autres organisations islamistes, comme les Frères musulmans et le Hamas, ont succombé aux flatteries de la démocratie et à la perspective d’une invitation au sein de la communauté des nations. Pour l’EI, ce n’est pas envisageable : ce serait une apostasie.

Les Etats-Unis et leurs alliés ont réagi contre l’EI tardivement et avec stupéfaction. Les ambitions de l’organisation et les grandes lignes de sa stratégie étaient manifestes dans ses déclarations et sur les réseaux sociaux dès 2011, quand l’EI n’était qu’un mouvement parmi les nombreux groupes terroristes présents en Syrie et en Irak. En 2011, Abou Bakr Al-Baghdadi s’était déjà qualifié de “commandeur des croyants”, un titre habituellement réservé aux califes.

Si nous avions identifié les intentions de l’EI plus tôt et compris que le vide politique en Syrie et en Irak lui donnerait tout l’espace nécessaire pour les mettre en œuvre, nous aurions au minimum poussé l’Irak à renforcer sa frontière avec la Syrie et à négocier des accords avec sa population sunnite. Et pourtant, début 2014, Barack Obama a déclaré au New Yorker qu’il voyait l’EI comme un partenaire plus faible d’Al-Qaida. “Si une équipe de basketteurs junior enfile des maillots de la NBA, ça ne fait pas d’eux Kobe Bryant”, a-t-il ironisé.

Les dessous de l’exécution de Peter Kassig
Notre incapacité à comprendre la rupture entre l’EI et Al-Qaida, ainsi que les différences cruciales qui les séparent, a entraîné de dangereuses décisions. A l’automne 2014, le gouvernement américain a accepté un plan désespéré pour sauver l’otage Peter Kassig. Ce plan requérait l’interaction de figures fondatrices de l’EI et d’Al-Qaida.

L’objectif était qu’Abu Muhammad Al-Maqdisi, mentor d’Al-Zarqaoui et haute figure d’Al-Qaida, contacte Turki Al-Binali, principal idéologue de l’EI et ancien étudiant d’Al-Maqdisi. Les deux hommes s’étaient brouillés car ce dernier avait critiqué l’EI. L’érudit jordanien avait déjà appelé l’EI à se montrer clément envers le Britannique Alan Henning. En décembre 2014, The Guardian a révélé que le gouvernement américain, en utilisant un intermédiaire, avait demandé à Al-Maqdisi d’intervenir auprès de l’EI en faveur de l’otage Peter Kassig.

Al-Maqdisi vivait librement en Jordanie, mais il lui était interdit de communiquer avec des terroristes à l’étranger et il était étroitement surveillé. Quand la Jordanie a autorisé les Etats-Unis à organiser une rencontre avec Turki Al-Binali, le Jordanien a acheté un téléphone avec de l’argent américain et il a pu correspondre à son aise avec son ancien étudiant pendant quelques jours avant que le gouvernement jordanien ne mette un terme à la conversation et ne se serve de ce prétexte pour l’incarcérer. Quelques jours plus tard, la tête tranchée de Peter Kassig est apparue dans une vidéo filmée à Dabiq.

Intentions génocidaires
La mort du travailleur humanitaire était une tragédie, mais le succès du plan des Etats-Unis aurait été une catastrophe. La réconciliation d’Abu Muhammad Al-Maqdisi avec Turki Al-Binali aurait réduit le fossé entre les deux plus importantes organisations djihadistes au monde. Il est possible que la Maison-Blanche ait seulement voulu faire parler Turki Al-Binali pour obtenir des renseignements ou pour l’assassiner. De multiples tentatives visant à obtenir une réponse du FBI à ce sujet sont restées infructueuses. Quoi qu’il en soit, vouloir rabibocher les deux principaux ennemis terroristes des Etats-Unis révèle un manque de discernement lamentable.

Punis de notre indifférence initiale, nous attaquons maintenant l’EI sur le champ de bataille en soutenant Kurdes et Irakiens, ainsi qu’au moyen de frappes aériennes régulières. Certains observateurs ont appelé à une intensification de la riposte, parmi lesquels plusieurs porte-parole de la droite interventionniste qui se sont exprimés en faveur du déploiement de dizaines de milliers de soldats américains.

Ces appels ne doivent pas être rejetés précipitamment : une organisation qui ne cache pas ses intentions génocidaires se trouve à deux pas de ses victimes potentielles et commet quotidiennement des atrocités sur le territoire qui est déjà sous son contrôle. En outre, si l’EI perd son emprise sur les territoires syrien et irakien, il cessera d’être un califat. Celui-ci ne pourra plus être au cœur de sa propagande, ce qui fera disparaître le supposé devoir religieux d’émigrer pour le servir. Et pourtant, les risques d’une escalade de la violence sont considérables. Une invasion représenterait une grande victoire pour la propagande des djihadistes du monde entier, qui pensent tous que les Etats-Unis veulent s’embarquer dans une croisade des temps modernes pour tuer les musulmans. A quoi s’ajoute notre maladresse lors de nos précédentes tentatives d’occupation. La montée de l’EI, après tout, n’a été possible que parce que notre occupation [de l’Irak] a ouvert un espace pour Zarqaoui et ses successeurs.

Etant donné tout ce que nous savons sur l’EI, continuer de le saigner peu à peu au moyen de frappes aériennes et de batailles par alliés interposés semble la moins mauvaise solution. Le coût humanitaire de l’EI est élevé, mais la menace qu’il représente pour les Etats-Unis est limitée. Le noyau d’Al-Qaida fait figure d’exception parmi les organisations djihadistes en raison de son intérêt pour “l’ennemi lointain” (l’Occident). Les principales préoccupations de la majorité des organisations djihadistes concernent des questions plus proches de chez eux. C’est particulièrement vrai pour l’EI. Abou Bakr Al-Baghdadi a demandé à ses agents saoudiens de “régler la question des rafida [chiites] d’abord, puis des Al-Sulul [sympathisants sunnites de la monarchie saoudienne], avant de s’attaquer aux croisés et à leurs bases”.

Les combattants étrangers (ainsi que leurs femmes et leurs enfants) se rendent dans le califat avec un aller simple : ils veulent vivre selon la véritable charia et nombre d’entre eux cherchent à devenir des martyrs.

Quelques “loups solitaires” soutenant l’EI ont attaqué des cibles occidentales et d’autres attentats se produiront. Toutefois, la plupart des agresseurs se sont avérés des amateurs frustrés, incapables d’émigrer vers le califat. Même si l’EI se réjouit de ces attentats, notamment dans sa propagande, il n’a planifié ni financé aucun d’entre eux. (L’attaque contre Charlie Hebdo à Paris était principalement une opération d’Al-Qaida.)

S’il est contenu, il est probable que l’EI cause lui-même sa chute. Il n’est allié à aucun autre pays et son idéologie garantit que cela ne changera pas. Les terres qu’il contrôle, certes vastes, sont pour l’essentiel inhabitées et arides. A mesure qu’il stagnera ou que son territoire rétrécira lentement, sa prétention d’être le moteur de la volonté de Dieu et l’agent de l’apocalypse perdra de sa valeur. A mesure qu’augmenteront les informations sur la misère qui y règne, les autres mouvements islamistes radicaux seront discrédités : personne n’a jamais cherché à ce point à appliquer strictement la charia en faisant appel à la violence. Voilà à quoi cela ressemble.

V.Dissuasion
Il serait facile d’évoquer, concernant l’EI, un “problème avec l’islam”. La religion autorise de nombreuses interprétations et les sympathisants de l’EI sont moralement responsables de celle qu’ils ont choisie. Et pourtant, en faire une institution contraire à l’islam peut être contreproductif, notamment si ceux qui entendent ce message ont lu les textes sacrés et vu que de nombreuses pratiques du califat y sont clairement décrites.

Les musulmans peuvent affirmer que l’esclavage n’est plus légitime aujourd’hui, et que la crucifixion est condamnable à ce stade de l’Histoire. Nombre d’entre eux tiennent précisément ce discours. En revanche, ils ne peuvent condamner l’esclavage et la crucifixion dans l’absolu sans contredire le Coran et l’exemple donné par le Prophète.

L’idéologie de l’EI exerce un attrait puissant sur une certaine population. Les hypocrisies et les incohérences de la vie s’évanouissent face à elle. Musa Cerantonio et les salafistes que j’ai rencontrés à Londres sont incollables : aucune de mes questions ne les a pris de court. Volubiles, ils m’ont exposé leurs idées – et même de manière convaincante si l’on accepte leurs postulats. Juger celles-ci contraires à l’islam revient selon moi à les inviter à un débat qu’ils gagneraient.

Les non-musulmans ne peuvent dicter aux musulmans la manière correcte de pratiquer leur religion. Mais les musulmans ont lancé ce débat depuis longtemps dans leurs rangs. Il existe une autre branche de l’islam qui offre une solution radicale à l’EI : elle est tout aussi intransigeante, mais aboutit à des conclusions opposées.

Ce n’est pas mon califat
Abou Bakr Al-Baghdadi est salafiste. Le terme “salafiste” est devenu péjoratif, notamment parce que de véritables criminels ont lancé des batailles au nom de cette école de pensée. Mais la plupart de ses partisans ne sont pas djihadistes et ils adhèrent généralement à des mouvances religieuses qui rejettent l’EI. Ils sont déterminés, comme le note Bernard Haykel, à agrandir le Dar Al-Islam, la terre de l’Islam, y compris au moyen de pratiques monstrueuses comme l’esclavage et l’amputation – mais pas tout de suite. Leur priorité est la purification personnelle et l’observance religieuse. Pour eux, tout ce qui menace ces objectifs est interdit, comme provoquer une guerre ou des troubles risquant de perturber les vies, la prière et les études.

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Image issue du site djihadiste Welayat Salahuddin et montrant des membres du l’Etat islamique dans un véhicule volé aux forces de sécurité iraquiennes, le 14 juin 2014 dans la province de Salah ad-Din, province natale de Saddam Hussein 

A l’automne 2014, je suis allé à Philadelphie dans la mosquée dirigée par Breton Pocius, 28 ans, un imam salafiste qui se fait appeler Abdullah. Il s’est converti au début des années 2000 après avoir été élevé dans une famille polonaise catholique à Chicago. Tout comme Musa Cerantonio, il parle comme un livre et montre une grande familiarité avec les textes anciens.

Lorsque Abou Bakr Al-Baghdadi a fait son apparition, Breton Pocius a adopté le slogan “Ce n’est pas mon califat”. “L’époque du Prophète était baignée de sang, m’a-t-il expliqué, et il savait que les pires conditions de vie pour n’importe quel peuple étaient le chaos, notamment pour l’umma [communauté musulmane].” Pour cette raison, poursuit Breton Pocius, le bon choix pour les salafistes n’est pas de semer la discorde en créant des factions et en réduisant les autres musulmans à des apostats.

Au contraire, Breton Pocius pense – comme une majorité de salafistes – que les musulmans devraient se retirer de la vie politique. Ces salafistes “quiétistes”, comme ils sont qualifiés, sont d’accord avec l’EI pour affirmer que la loi de Dieu est la seule valable. Ils rejettent aussi les pratiques comme les élections et la création de partis politiques. Toutefois, la haine du Coran pour la discorde et le chaos signifie pour eux qu’ils doivent se soumettre à quasiment n’importe quel dirigeant, même si certains sont manifestement pécheurs.

Le Prophète a dit : tant que le dirigeant ne s’abandonne pas clairement au kufr [mécréance], obéissez-lui”, m’a expliqué Breton Pocius. 

Et tous les “livres de principes” classiques mettent en garde contre les troubles sociaux. Vivre sans prêter serment, affirme Breton Pocius, rend effectivement ignorant ou ignare. Mais la bay’a n’implique pas de faire allégeance à un calife, et certainement pas à Abou Bakr Al-Baghdadi. Cela signifie, dans une perspective plus large, adhérer à un contrat social religieux et s’engager pour une société de musulmans, qu’elle soit dirigée ou non par un calife.

Breton Pocius ressent beaucoup d’amertume contre les Etats-Unis à cause de la façon dont il y est traité – “moins qu’un citoyen”, selon ses termes (il affirme que le gouvernement a payé des espions pour infiltrer sa mosquée et a harcelé sa mère à son travail pour savoir s’il était un terroriste). Pourtant son salafisme quiétiste est un antidote islamique au djihadisme selon la méthode d’Abou Bakr Al-Baghdadi.

Les dirigeants occidentaux devraient sans doute s’abstenir de donner leur avis sur les débats théologiques islamiques. Barack Obama lui-même a presque tenu les propos d’un mécréant lorsqu’il a affirmé [l’an dernier] que l’EI n’[était] “pas islamique”. Je soupçonne que la plupart des musulmans ont apprécié l’intention du président américain : il était à leurs côtés contre Abou Bakr Al-Baghdadi et les chauvins non musulmans qui cherchent à les impliquer dans les crimes de l’EI. La majorité des musulmans ne sont toutefois pas susceptibles de rejoindre le djihad. Ceux qui le sont auront vu leurs suspicions confirmées : les Etats-Unis mentent sur la religion pour servir leurs intérêts.

Ne pas sous-estimer l’attrait de l’organisation
Dans le cadre limité de sa théologie, l’EI bourdonne d’énergie et même de créativité. En dehors de ce cadre, il pourrait difficilement être plus austère et silencieux : sa vision de la vie est faite d’obéissance, d’ordre et de soumission au destin. Dans la conversation, Musa Cerantonio et Anjem Choudary sont capables de passer de la question des massacres et des tortures à une discussion sur les vertus du café vietnamien et des pâtisseries sirupeuses – affichant un intérêt identique pour les deux. J’ai pu apprécier leur compagnie, en tant qu’exercice intellectuel et avec mauvaise conscience, mais seulement jusqu’à un certain point.

Lorsqu’il a fait la critique de Mein Kampf, en mars 1940, George Orwell a confessé qu’il n’avait “jamais été capable de détester Hitler”. Quelque chose chez lui percevait l’image d’un outsider, même si ses objectifs étaient lâches ou détestables.

Le fascisme, poursuivait George Orwell, est “psychologiquement bien plus solide que n’importe quelle conception hédoniste de la vie. […] Le socialisme et même le capitalisme, à contrecœur, ont affirmé au peuple : ‘Je peux vous offrir du bon temps.’ De son côté, Hitler a déclaré : ‘Je vous propose la lutte, le danger et la mort’, à la suite de quoi une nation tout entière s’est jetée à ses pieds. […] Nous ne devons pas sous-estimer son attrait émotionnel.

Dans le cas de l’EI, il ne faut pas non plus sous-estimer son attrait religieux ou intellectuel. Le fait que l’EI tienne pour un dogme la réalisation imminente d’une prophétie nous indique au moins la trempe de notre ennemi. Les outils idéologiques peuvent convaincre certains candidats à la conversion que son message est erroné. Les outils militaires peuvent limiter les horreurs que l’EI commet. Mais sur une organisation aussi imperméable à la persuasion, il n’y a pas d’autres mesures susceptibles d’avoir un impact. Même si elle ne dure pas jusqu’à la fin des temps, la guerre risque d’être longue.

Les coulisses de l’article “Ce que veut vraiment l’Etat islamique”
C’est en août 2014 que Graeme Wood a commencé à travailler sur son grand article paru en une de The Atlantic sous le titre “Ce que veut vraiment l’Etat islamique”. “C’était devenu presque un cliché de dire que [l’Etat islamique] est un mouvement laïc qui utilise l’islam”, explique-t-il à Courrier international. Pourtant, à mesure qu’il lisait davantage sur Daech et sa propagande, le mouvement lui semblait bien plus informé que ce qu’il imaginait. C’est ce qui l’a poussé à rechercher “ce qui fondait sa prétention d’être islamique” et quelle était son interprétation de l’islam.

Interrogé sur les nombreuses critiques qu’a suscitées l’article - et en particulier la formule selon laquelle “l’Etat islamique est très islamique” - Graeme Wood déclare qu’il “s’attendait aux critiques”, mais qu’il “ne s’attendait pas à ce qu’elles soient, pour beaucoup, aussi détachées des faits relatifs à l’Etat islamique”. Il déplore que beaucoup des réactions “ne s’intéressent pas à l’article lui-même (…) mais à la question de savoir si l’EI est la meilleure représentation de l’islam, une question qui ne m’intéresse pas du tout”.

Pour en savoir plus, voici un aperçu des innombrables réponses qu’a suscitées l’article à sa parution :
Non, l’Etat islamique n’est pas “très islamique”

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6-Aéroport de Roissy : des fichés "S" avaient accès à la piste
20-11-2015

Selon nos informations, plusieurs employés d'Air France faisant l'objet d'une fiche "S" disposaient d'un badge pour accéder à des endroits sensibles de l'aéroport. Leur agrément leur a été retiré.

Le tarmac de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle le 27 décembre 2012

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Mercredi 19 novembre, deux perquisitions administratives ont été menées à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, au sein des sociétés Air France Cargo et Fedex. Dans les locaux de la compagnie aérienne, les enquêteurs, qui ont fouillé un millier de casiers, ont découvert que plusieurs employés, fichés "S" pour des soupçons de radicalisation islamistes, disposaient comme les autres d'un badge d'accès à la piste. Jeudi, des perquisitions ont été menées chez Servair, une filiale d'Air France de restauration et de logistique aéroportuaire.

Les contrôles se multiplient
Depuis son arrivée le préfet de Seine-Saint-Denis, Philippe Galli, a demandé de multiplier les contrôles dans les entreprises situées dans l’aéroport de Roissy. Une priorité qui semble montrer ses premiers résultats. Selon nos informations, 58 badges ont été retirés à des employés lors de ces multiples opérations.

Vu le contexte, le badge de ces personnes leur a été retiré.
On compte environ 10.000 fichés "S" en France, certains pour des soupçons de radicalisation islamistes, d'autres pour des liens présumés avec le hooliganisme ou des mouvances extrémistes.
Que faire avec les "fichés" S ?

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7-Après les attentats, l'eau sous très haute surveillance à Paris
20 Nov. 2015

SPECIAL ATTENTATS. Pour détecter une éventuelle attaque du réseau d'eau de Paris par des armes chimiques, sa sécurité est renforcée. La quantité de chlore dans l'eau est notamment augmentée pour mieux détecter toute anomalie.

Paris (XIVe). Le réservoir de Montsouris est l’un des cinq sites qui alimentent Paris en eau potable. Les stockages, comme tous les autres lieux de production et de distribution de la société publique Eau de Paris, sont passés au niveau de protection état d’urgence depuis samedi.

Paris (XIVe). Le réservoir de Montsouris est l’un des cinq sites qui alimentent Paris en eau potable. Les stockages, comme tous les autres lieux de production et de distribution de la société publique Eau de Paris, sont passés au niveau de protection état d’urgence depuis samedi.

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L'eau du robinet des Parisiens serait-elle une cible potentielle en cas d'attaque chimique ou bactériologique ? En tout cas, la menace est prise très au sérieux chez Eau de Paris, la société publique qui coordonne pour la Ville de Paris la production, le stockage et la distribution d'eau potable auprès des 3 millions d'usagers de la capitale.

Selon nos informations, Eau de Paris a augmenté le niveau de protection en passant d'alerte attentat à état d'urgence depuis samedi.

Désormais, l'accès des sites de l'entreprise est limité au strict nécessaire. Seul le personnel de service est autorisé à rentrer sur les lieux et à contrôler systématiquement. « Nos huit responsables sécurité, seuls à être accrédités par le ministère de la Défense, sont en lien permanent avec la cellule terrorisme de la préfecture de police », indique-t-on chez Eau de Paris.

Un jour de consommation d'avance en cas de problème
Six sites d'importance vitale implantés dans la capitale (des lieux de stockage notamment) sont étroitement surveillés. Ils sont clôturés et protégés. Mais en plus, des capteurs installés tout autour signalent la moindre intrusion. « Ces capteurs sont relayés au centre de contrôle, et, en cas d'alerte, une équipe de police est envoyée immédiatement sur place », indique Célia Blauel, adjointe à la mairie de Paris et présidente d'Eau de Paris.

Pour limiter tout risque de contamination, le réseau Eau de Paris fonctionne avec cinq lieux différents d'approvisionnement. A l'approche de la COP21, la vigilance a en plus été renforcée sur le réseau de distribution par l'addition de chlore. « L'eau est toujours un peu chlorée par souci d'hygiène, mais là, la dose injectée a été augmentée », indique Célia Blauel. Le chlore est un marqueur. Ajouté à la sortie de l'usine de production, il permettra de vérifier à la sortie du réseau de distribution qu'il n'y a pas d'anomalie. 

« Lorsque le niveau de chlore baisse, c'est qu'il y a contamination bactériologique », précise la présidente d'Eau de Paris. Le niveau de chlore est contrôlé tout au long du réseau. « Cela nous permet -- si besoin -- de pouvoir isoler très précisément le secteur touché sans interrompre tout le réseau », ajoute-t-elle. « Les contrôles sont faits de façon continue actuellement », précise-t-on par ailleurs à l'Hôtel de Ville.

En cas de contamination, la procédure consisterait à isoler le secteur touché et à n'approvisionner que la liste d'abonnés prioritaires d'Eau de Paris : hôpitaux, centres de secours... « Nous produisons chaque jour un million de mètres cubes d'eau potable, et la consommation quotidienne est de 478000 m3. Nous avons donc toujours un jour de consommation d'avance », précise Célia Blauel. « Mais de toute façon, les installations parisiennes sont extrêmement sûres », assure la responsable.
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8-Saint-Denis, c'est Raqqa... « Toutes les caves sont pleines d'armes »
par Mylène Vandecasteele · 19 nov. 2015 

Les caves sont pleines d’armes dans notre rue. Dehors, il y a un dealer tous les 100 mètres. Les plus jeunes nous cambriolent (...) Et les plus grands, c’est de notoriété publique dans le quartier, font des allées et retours en Syrie en toute impunité".

http://media3.express.be/pictures/lowres/web/misc/police_raid_in_saint-denis.png


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Ce témoignage, c'est celui que Caroline Chomienne, déléguée générale d’Altermédia, une école du cinéma basée à Saint-Denis, en région parisienne, a donné hier au journal français Le Parisien. L'école est située près de l'immeuble où le raid a eu lieu mercredi contre des djihadistes. Au cours de cet assaut, qui a fait deux morts, dont une femme kamikaze, plus de 5000 balles ont été tirées (voir la vidéo). Sept personnes ont été interpellées.

Chomienne affirme qu'elle n'est pas surprise que les terroristes aient choisi ce quartier pour s'y cacher. "Au début, il y avait une vrai mixité ici. Mais, ces dernières années, tout le monde part, peu à peu. Et les quelques jeunes couples qui viennent s’installer sont horrifiés. (...) Depuis un an, le climat est affreux dans la rue. Le dernier tournage, dans la rue, on s’est fait caillasser ! C’est très dur", confie-t-elle.

Selon le ministère français de l'Intérieur, les raids menés sur les trois derniers jours ont permis de saisir 75 armes, dont 11 armes de guerre.

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9-Ruée des jeunes français vers les armées
Le Monde.fr | 19.11.2015

C’est du jamais vu. Les jeunes français se ruent à la porte de l’armée, pour s’engager. Depuis les attentats du 13 novembre, les demandes reçues par le site internet sengager.fr de la défense ont triplé. « Je suis sur le c… ! », n’hésite pas à s’exclamer jeudi 19 novembre le colonel Eric de Lapresle, chef du bureau marketing et communication du recrutement pour l’armée de terre, « c’est un phénomène totalement inédit ».

L'armée a pris position à Saint-Denis durant l'assaut de la rue Corbillon,  mercredi 18 novembre.

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La défense n’a pas voulu communiquer sur ce phénomène durant la période de deuil national, gênée de pouvoir laisser penser qu’elle « surfait sur les morts du 13 novembre ». Aujourd’hui, elle donne ses chiffres : elle reçoit 1 500 demandes par jour contre 500 avant les derniers attentats.

L’armée de terre, qui exprime traditionnellement les plus gros besoins en effectifs, vivait déjà en 2015 une année exceptionnelle. En effet, après les attentats de janvier contre Charlie et l’Hyper Casher, le président de la République avait décidé de sauver une grande partie des postes qui devaient être supprimés dans la défense, et les bureaux de recrutement avaient dû repartir en campagne. Les régiments auront embauché 15 000 jeunes d’ici à la fin 2015, contre 10 000 en 2014.

16 000 recrutements en 2016
Depuis les attaques du Bataclan, François Hollande a décidé de conserver tous les effectifs de la défense. L’armée de terre devrait passer à 16 000 recrutements en 2016. Aujourd’hui, les trois quarts des engagés volontaires sont en CDD, et les besoins de renouvellement des armées exercent une pression considérable sur chaque classe d’âge. Les campagnes de publicité habituelles ont, en 2015, été développées de façon exceptionnelle, cinq vagues au lieu des trois.

Mais cet appel d’air n’explique pas tout. « Même quand nous avons arrêté la publicité, les chiffres ne redescendaient pas ou peu », poursuit le colonel de Lapresle. Le site internet du recrutement recevait en 2014 autour de 130 demandes par jour, chiffre montant autour de 300 à 400 quand les spots télévisuels et les affiches de la campagne « L’armée de terre au contact » étaient diffusés. Début 2015, dans la période qui a suivi les attentats Charlie, les chiffres sont respectivement montés à 500 (sans publicité) et 800 (avec campagne).

Même si les recruteurs militaires relativisent cet engouement - ils disent que la génération actuelle, marquée par sa générosité, est aussi celle des multi-candidatures - le phénomène est bien « exceptionnel ». D’autant que dans le même temps, les cinq Centres d’information et de recrutement des forces armées (Cirfa), dans toutes les régions, connaissent eux aussi un afflux ; leurs chiffres restent à consolider.

L’armée de terre devrait ainsi au total recevoir 160 000 candidatures en 2015 contre 120 000 en 2014. Sur 160 000 curieux, le nombre de ceux qui vont aller jusqu’à passer les tests d’évaluation (physique, médicale, psychologique) dans un Cirfa ne sera plus que de 60 000. Ensuite, 35 000 environ seront déclarés aptes si les tendances normales se prolongent. Et 15 000 nouveaux soldats rejoindront les rangs.

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10-Le groupe de Saint-Denis se préparait à commettre des attentats imminents à Roissy et à La Défense 
18-11-2015

Le groupe terroriste de Saint-Denis, qui a fait l'objet d'un assaut, mercredi 18 novembre au petit matin, se préparait à commettre des attentats imminents à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle et au centre commercial des Quatre Temps, à La Défense (Hauts-de-Seine), selon les informations de France 2, mercredi 18 novembre, s'appuyant sur des sources policières.

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Pour les enquêteurs, ce groupe de Saint-Denis constitue une quatrième équipe, en plus des trois groupes déjà impliqués dans les attentats perpétrés à Paris, vendredi 13 novembre, dans lesquels au moins 129 personnes ont trouvé la mort.

Mercredi, des policiers lourdement armés ont mené un assaut à Saint-Denis, aux portes de Paris et qui s'est soldé par deux morts et sept interpellations. Des vérifications sont en cours pour savoir si le jihadiste belge se trouvait dans l'appartement ciblé. L'un des deux morts est une femme, qui a déclenché son gilet explosif au début de l'assaut, un acte sans précédent en France.

Abaaoud dans le viseur des enquêteurs
L'intervention avait pour but de dénicher Abaaoud, surnommé Abou Omar Soussi ou Abou Omar al-Baljiki, membre de l'organisation Etat islamique (EI), organisateur présumé des attentats du 13 novembre et qui les a revendiqué. Grâce à "la téléphonie", les "surveillances" et les "témoignages", les policiers disposaient d'éléments laissant penser qu'il était "susceptible de se trouver dans un appartement" à Saint-Denis, a expliqué sur place le procureur de la République de Paris.

Trois personnes ont été interpellées et aussitôt placées en garde à vue. En plus de la femme kamikaze, un homme a été retrouvé mort "à l'issue de l'opération, atteint par des projectiles et des grenades". Deux autres personnes ont été interpellées "alors qu'elles étaient en train de se cacher dans les gravats", a précisé le procureur. Deux personnes ont été arrêtées à proximité et placées en garde à vue. Il s'agit d'un homme qui a dit à l'AFP avoir hébergé deux personnes "qui venaient de Belgique", à la demande d'un ami, et d'une de ses connaissances.

Les personnes tuées et arrêtées dans l'appartement sont en cours d'identification.

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11-Peut-on asphyxier financièrement Daech ?
18/11/2015

La tâche est délicate, en raison de la multiplicité des sources de revenus de l'organisation terroriste et de l'absence de coordination entre les pays.

Grâce au pétrole syrien, Daech tire entre un et trois millions de dollars de revenus quotidiens

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La lutte contre Daech ne se mène pas seulement sur le terrain militaire. Une lutte pour empêcher son financement est également engagée. Son financement ? Plutôt faudrait-il évoquer ses financements compte tenu des nombreuses sources de revenus dont dispose l'organisation terroriste.

Même si les estimations précises sont délicates, les experts arrivent approximativement à évaluer ces ressources. Outre le pillage des coffres de la banque centrale de Mossoul en juin 2014, qui lui a rapporté environ 500 millions de dollars, citons parmi ces sources de revenus la contrebande de matières premières (pétrole, coton, phosphates, blé), les recettes tirées de la vente de produits contrefaits (cigarettes, articles textiles...), le zakat, un financement communautaire transféré via le hawala, notamment, ou encore le « mécénat » discret de quelques grandes fortunes du Golfe, notamment par le financement d'organisations "humanitaires". A elle seule, la vente de barils de brut syrien des champs pétrolifères de Deir-ez-Zor rapporterait entre 1 et trois millions de dollars par jour à l'organisation terroriste.

Daech fonctionne comme une entreprise
" De ce point de vue, l'Etat islamique applique les mêmes règles que n'importe quel projet économique, il diversifie ses sources de revenus ", explique le rapport de Thomson-Reuters intitulé Islamic State : the economy-based terrorist funding rédigé par Jean-Charles Brisard et Damien Martinez.

Cette stratégie marche. Selon leurs estimations, Daech est assis sur un tas d'or dont la valeur est estimée à 2,9 milliards de dollars, faisant de l'EI l'organisation terroriste la plus puissante financièrement. Ces réserves lui permettent de salarier ses troupes ! Les 50.000 à 60.000 soldats de l'EI touchent une  solde estimée chaque mois à 450 euros.

Un casse-tête pour identifier et démonter les trafics
Pour les pays qui luttent contre Daech, détecter traquer et supprimer cette multiplicité des sources de revenus est un casse-tête. Lui couper les vivres est une tâche délicate, encore plus délicate que dans le domaine militaire où la coordination entre les pays de la coalition est déjà complexe. Lors du G20, Vladimir Poutine a mis les pieds dans le plat en expliquant que plusieurs pays de l'organisation permettaient à Daech de se financer en fermant les yeux sur les trafics en cours.

Dans son viseur, à mots couverts ? La Turquie, qui organise le G20, et à qui les membres de la coalition anti-Daech reproche la porosité de ses frontières. Avant le président russe, Michel Sapin, le ministre des Finances avait déclaré lundi que la France voulait " des décisions concrètes en matière de lutte contre le financement du terrorisme ".

Que peut faire le gouvernement sur le sol national ? La lutte contre la contrefaçon est renforcée, tout comme la traque par Tracfin des transferts d'argent liquide suspects, qui contournent les banques, produit des recettes des petits trafics. Mais, comme le reconnaît Tracfin dans son rapport annuel 2014 le combat est ardu, en raison de la modestie des sommes échangées, souvent inférieur à 1.000 euros.

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12-Triplement des djihadistes en France : 1683 recensés + 4091 signalements
juin 2015

La situation en France est la suivante : Sur près de 3000 djihadistes européens, 1700 sont issus de la France soit 55%.
Leur nombre a triplé en un an. La grande majorité est dans la nature alors qu’ils sont connus des services secrets. L’Etat islamique infiltre ses combattants parmi les migrants. La gestion chaotique par l’Europe du dossier des migrants et l’absence de contrôles aux frontières accélère encore plus l’arrivée de djihadistes en France.

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92 cas de radicalisation djihadiste en Champagne-Ardenne :

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Des chiffres alarmants
M. ÉRIC CIOTTI, Président et M. PATRICK MENNUCCI, Rapporteur. Députés.

D’après les chiffres communiqués par le ministre de l’Intérieur le 19 mai 2015, 1 683 individus ont été recensés, ce qui représente un triplement depuis janvier 2014. 
Les chiffres communiqués à la date du 26 mai font état de 1 704 personnes impliquées.
Ce nombre recouvre des situations différentes et on distingue parmi ces personnes :

recensement djihadistes en France


– 457 individus présents en Syrie ou en Irak, dont 137 femmes et 80 mineurs (dont 45 jeunes filles) ;
– 320 individus considérés comme en transit entre la France et la Syrie ;
– 278 individus détectés comme étant repartis de la zone, dont 213 sont revenus en France ; les autres sont principalement localisés en Turquie et dans les pays du Maghreb ; depuis les premières frappes de la coalition en septembre 2014, le nombre de volontaires ayant regagné la France est passé de 121 à 212, soit une progression de 57 % ;
– 105 présumés morts dont 8 dans des opérations suicides ;
– 2 détenus en Syrie ;
– 521 ayant des projets de départ.

En agrégeant les personnes qui sont présentes dans cette zone, celles qui y sont décédées ou détenues, celles qui sont en transit pour la rejoindre, la France apparaît actuellement comme le principal pays européen de départ, suivie par le Royaume-Uni, avec 700 départs, l’Allemagne, 600, et la Belgique, 250 environ.

4091 signalements de radicalisation en 13 mois
Il convient cependant d’interpréter ces chiffres avec prudence, dans la mesure où ils ne concernent que les cas de radicalisation ayant fait l’objet d’un signalement, émanant en règle générale de la famille, et comportent donc différents biais. Ainsi, la part des convertis s’y trouve surreprésentée car les familles de culture arabo-musulmane utilisent moins le dispositif de signalement, ce qui peut être lié à des différences de perception sociale de la radicalisation. La proportion importante de signalements concernant des femmes peut, quant à elle, s’expliquer par une attention plus importante des familles à leur égard.

NOMBRE TOTAL DE SIGNALEMENTS ENREGISTRÉS PAR LE CNAPR ET PAR LES CELLULES DÉPARTEMENTALES ENTRE LE 29 AVRIL 2014 ET LE 21 MAI 2015 (FRANCE MÉTROPOLITAINE)
nombre de signalements en France en 13 mois

Le profil des djihadistes
Les personnes ayant quitté la France pour la zone irako-syrienne constituent une population jeune. Un nombre croissant de mineurs est concerné, certains adolescents élaborant des projets de départ vers la zone irakosyrienne à l’insu de leur famille tandis que d’autres mineurs, parfois très jeunes, sont partis avec leurs familles.

Une diversification des profils est observée. Plus de 20 % sont des femmes. Celles-ci sont souvent les épouses de djihadistes ayant accompagné ou rejoint leur mari, parfois avec leurs enfants mais des jeunes filles ont également rejoint la zone irako-syrienne (45 jeunes filles sur 80 mineurs).

Par ailleurs, si la majorité des djihadistes est issue de familles de culture arabo-musulmane, plus de 20 % de convertis sont cependant comptabilisés, cette proportion atteignant 25 % s’agissant des femmes.

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13-Un Patriot Act à la française? Retour sur le précédent américain
18 NOVEMBRE 2015

François Hollande l'a martelé : «C'est la guerre». Et si les pleins pouvoirs ne lui ont pas été octroyés, les mesures annoncées devant le Parlement ont comme quelque chose d'un Patriot Act hexagonal, sur le modèle américain pourtant controversé.

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Les militaires se déploient dans paris

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Interrogé sur la Matinale de France Inter, Manuel Valls a été clair : «Je crois que les Français attendent de nous, que pour assurer la sécurité des Français, parfois on doit restreindre un certain nombre de nos libertés».

Il revenait ainsi sur les différentes mesures annoncées par François Hollande lors de son discours devant le Parlement réuni en Congrès. Parmi ces mesures, celles concernant une prolongation de l'état d'urgence mais aussi l'éventuelle déchéance de nationalité pour les binationaux, la mise en place de contrôles coordonnés aux frontières de l'Union européenne, la formation d'une garde nationale constituée de réservistes et une réforme constitutionnelle.

Un Patriot Act à la française déjà contesté
Si l'annonce de ces mesures a été accueilli de façon plutôt favorable par l'ensemble des députés, certains demandent même que les mesures aillent plus loin. Ainsi Valérie Pécresse, tête de liste Les Républicains pour les élections régionales en Ile-de-France, estime qu'il faut «repenser complètement notre système de sécurité». Laurent Wauquiez, du parti Les Républicains, estime que «ceux qui sont de nationalité française doivent être massés dans des camps d'internement».

Mais des voix critiques des mesures envisagées se sont faites entendre, surtout à l'extrême gauche de l'échiquier politique.
Le porte-voix du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon a très vite critiqué la «sidérante contribution à l'imaginaire sécuritaire sur la nationalité, les migrants et la délinquance antichambre du terrorisme». Autre voix discordante, celle Noël Mamère, député ex-EELV qui a fustigé «ce Patriot Act à la française qui ne dit pas son nom», tout en annonçant qu'il «ne votera pas en l'état» les textes.

De son côté, le secrétaire national du Parti de gauche, Eric Coquerel, a estimé que proposer de déchoir de leur nationalité les binationaux menaçant la sécurité de la France «renvoie à l'idée nauséabonde qu'il y deux sortes de citoyens». Il a précisé : «la dérive sécuritaire de la Vème République a franchi un nouveau cap», estimant que «plus globalement Hollande constitutionnalise un Patriot Act».

Le syndicat de la Magistrature a quant à lui dans un communiqué que «le discours martial repris par l'exécutif et sa déclinaison juridique dans l'état d'urgence, décrété sur la base de la loi du 3 avril 1955, ne peuvent qu'inquiéter». Le syndicat ajoute : «La France a tout à perdre à cette suspension – même temporaire – de l'Etat de droit. Lutter contre le terrorisme, c'est d'abord protéger nos libertés et nos institutions démocratiques en refusant de céder à la peur et à la spirale guerrière. Et rappeler que l'Etat de droit n'est pas l'Etat impuissant».

Le précédent américain
Cela fait à peu près un an que l'on évoque un Patriot Act à la française, depuis la préparation du projet de loi sur le renseignement, mais surtout depuis les événements de janvier à Paris. Si une loi calquée sur le Patriot Act américain venait à être adoptée en France, les conséquences sur les libertés individuelles seraient importantes.

Concrètement cette loi, mise en place au lendemain des attaques du 11 Septembre, a compris un élargissement des pouvoirs du FBI, CIA, NSA dans la lutte contre le terrorisme, au détriment de libertés fondamentales. Véritable loi d'exception, le Patriot Act a été vivement dénoncé par les défenseurs des libertés civiles qui pointaient à quel point le texte, jugé liberticide, contrevenait à des principes aussi fondamentaux que la présomption d'innocence, les Conventions de Genève sur le statut de prisonnier de guerre, le droit à la vie privée, aux opinions libres ou encore au droit de propriété.

Ainsi cette loi a permis la surveillance de masse des communications sur Internet et a autorisé les écoutes téléphoniques. Les perquisitions, saisies de documents ou de biens ont été possibles, sans que le propriétaire en ait été informé. Plus encore, ces agences gouvernementales étaient autorisées aussi à accéder aux données informatiques sans autorisation. Même la justification d'un lien avec une enquête terroriste n'était plus un préalable requis. Enfin le Patriot Act a créé une catégorie juridique bancale, celle du «combattant ennemi» qui a permis de détenir sans limite et sans inculpation toute personne soupçonnée de projet terroriste. 

Cette mesure a permis Guantanamo notamment. C'est sur cette base militaire qu'étaient détenus ceux qualifiés de «combattants illégaux», 750 au total, en dehors de toute légalité internationale.

Depuis le scandale de Guantanamo et les révélations d'Edward Snowden sur le programme d'écoutes massives ont posé aux Etats-Unis de vastes remises en question de cette loi. De plus, les détracteurs de la loi ont fait remarquer que l'ampleur du système de surveillance n'avait pas empêché l'attentat de Boston, en avril 2013, au cours duquel deux bombes avaient explosées, tuant trois personnes et en blessant 264 autres.

Le Patriot Act, malgré tout, n'a jamais été abrogé alors qu'il ne devait être appliqué que durant 4 ans. Prolongé en 2005, puis pérennisé en 2006, il est toujours en place. Barack Obama avait appelé à le «réformer» en 2013, à la suite de l'affaire Snowden. Mais la loi a été reconduite deux fois, en 2006 et en 2011. Les Républicains ont toujours appelé quant à eux à une reconduction permanente des mesures.

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14-Attentats à Paris. Gaz toxiques, le gouvernement se prépare au pire
17 novembre

Le gouvernement français n'exclut pas des attaques aux gaz neurotoxiques. Le service de santé des armées va approvisionner les hôpitaux en antidote avant la COP21.

La Pharmacie centrale des armées va approvisionner les services d'urgence en antidote contre les gaz toxiques

La Pharmacie centrale des armées va approvisionner les services d'urgence en antidote contre les gaz toxiques 

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Attaque chimique: La France va fournir au Samu des antidotes de l'armée
Arrêté du 14 novembre 2015 autorisant l'utilisation de sulfate d'atropine, solution injectable 40 mg/20 mL PCA antidote des neurotoxiques organophosphorés

Selon un décret paru au Journal officiel ce lundi, le Service des armées va approvisionner les services d'aide médicale urgente en sulfate d'atropine.

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Fabriqué par la Pharmacie centrale des armées, le sulfate d'atropine est le seul antidote efficace pour la prise en charge des personnes exposées à des risques neurotoxiques. En clair, le sulfate d'atropine est injecté aux personnes ayant été en contact avec du gaz sarin, du Vx ou du Tabun.

Cette décision d'avoir recours aux stocks de l'armée est bien sûr la conséquence des attentats meurtriers de vendredi et des risques élevés qui planent depuis sur la France. « Le risque d'attentats terroristes et le risque d'exposition aux neurotoxiques organophosphorés constituent des menaces sanitaires graves qui appellent des mesures d'urgence. »

Un nombre potentiellement important
Elle résulte aussi de la tenue prochaine de la COP21 à Paris. En effet, le délai est trop court pour l'industrie pharmaceutique de produire suffisamment de doses sulfate d'atropine. Car, comme le précise le décret « il convient de prendre toute mesure utile en cas d'exposition d 'un nombre potentiellement important de victimes ». 

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15-Le juge Trévidic : « Le pire est devant nous, Daech prépare des massacres de masse en France »
01.10.2015

Le vice-Président du tribunal de grande instance de Lille, le juge Trévidic, a affirmé mercredi que le pire en matière d’attaques terroristes islamiste est à venir pour la France, la cible prioritaire du groupe État islamique (EI).

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Le juge Trévidic, vice-Président du tribunal de grande instance de Lille

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"On manque d'hommes pour neutraliser les terroristes"

« La menace est à un niveau maximal, jamais atteint jusqu’alors. D’abord, nous sommes devenus pour l’EI l’ennemi numéro un. La France est la cible principale d’une armée de terroristes aux moyens illimités. », a déclaré l’ancien patron du Pôle judiciaire antiterroriste dans un entretien accordé à Paris Match.

« J’ai acquis la conviction que les hommes de Daech [acronyme de l'Etat islamique] ont l’ambition et les moyens de nous atteindre beaucoup plus durement en organisant des actions d’ampleur, incomparables à celles menées jusqu’ici. Je le dis en tant que technicien : les jours les plus sombres sont devant nous. La vraie guerre que l’EI entend porter sur notre sol n’a pas encore commencé. », a-t-il mis en garde.

« Nous avons en face de nous un groupe ­terroriste plus puissant que jamais. Bien plus puissant qu’Al-Qaïda à sa grande époque. L’EI, fort d’environ 30 000 “soldats” sur le terrain, a recruté plus de membres que l’organisation fondée par Ben Laden en quinze ans ! Et ce n’est pas fini. La France est, de fait, confrontée à une double menace. Celle du déferlement de ce que j’appelle les “scuds” humains du djihad individuel, ces hommes qui passent à l’action sans grande formation ni préparation, agissant seuls, avec plus ou moins de réussite, comme on a pu le voir ces derniers temps. Et celle, sans commune mesure, que je redoute : des actions d’envergure que prépare sans aucun doute l’EI, comme celles menées par Al-Qaïda, qui se sont soldées parfois par des carnages effroyables. », a poursuivi M. Trévidic.

« Les hommes de Daech ont les moyens, l’argent et la faculté d’acquérir facilement autant d’armes qu’ils veulent et d’organiser des attaques de masse. Le terrorisme est une surenchère ; il faut toujours aller plus loin, frapper plus fort. Et puis, il reste “le prix ­Goncourt du terrorisme” à atteindre, et je fais là référence aux attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center. Je n’imagine pas un instant qu’un homme tel qu’Abou Bakr ­al-Baghdadi et son armée vont se satisfaire longtemps d’opérations extérieures de peu d’envergure. Ils sont en train de penser à quelque chose de bien plus large, visant en tout premier lieu l’Hexagone. », a expliqué le magistrat.

Selon M. Trévidic, « les juges, les policiers de la DGSI, les hommes de terrain, sont complètement débordés ». « Nous risquons d’aller dans le mur. », a-t-il conclu.

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16-Syrie: troisième raid français sur le fief de l'EI à Raqa en 48H 
18-11-2015

L'aviation française a frappé mardi pour le troisième jour consécutif le fief du groupe Etat islamique (EI) à Raqa dans le nord de la Syrie, a annoncé le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

Rafales français, le 17 novembre 2015


Voir la vidéo :
Syrie : les raids français et russes ont fait au moins 33 morts dans les rangs de l'Etat islamique
Toulon: le porte-avions Charles-de-Gaulle en route pour la Méditerranée oriental

"En ce moment même, dix chasseurs de l'armée de l'air française sont en train de frapper sur Raqa", a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision TF1, quatre jours après les sanglants attentats de Paris revendiqués par l'EI.
Les dix Rafale et Mirage 2000 engagés ont "bombardé successivement deux centres de commandement" de l'EI, a précisé peu après le ministère de la Défense dans un communiqué.

"Les premières frappes ont été déclenchées à partir de 19H30 (heure française)", soit 18H30 GMT, les avions ayant rallié la zone depuis les Emirats arabes unis pour les Rafale et la Jordanie pour les Mirage 2000.
"En 48 heures, trois raids aériens français ont ainsi permis de détruire six objectifs d’importance contrôlés par Daech (acronyme de l'EI en arabe)", a affirmé le ministère.

"La France a un ennemi caractérisé, c'est Daech, il faut le combattre avec détermination, avec tous les moyens, à la fois à l'intérieur et l'extérieur (..) jusqu'à ce qu'il soit anéanti", a insisté M. Le Drian.
Dans la foulée des pires attentats jamais commis en France, le président François Hollande a averti que la réponse de la France serait "impitoyable" et annoncé une intensification des frappes contre l'EI en Syrie.

Elle va pour cela dépêcher le porte-avions Charles-de-Gaulle en Méditerranée orientale, ce qui triplera sa capacité de frappes dans la région, avec 26 chasseurs à bord. Ils s'ajouteront aux 12 Mirage 2000 et Rafale stationnés en Jordanie et aux Emirats arabes unis. 
Le bâtiment appareillera mercredi pour "continuer les frappes sur un certain nombre de sites privilégiés, en particulier autour de Raqa et Deir Ezzor, qui sont les sites principaux de la formation de combattants étrangers", a précisé M. Le Drian.

"C'est là qu'il faut toucher Daech dans ses forces vives", a-t-il dit, en citant aussi parmi les cibles privilégiées les centres de commandement et les postes de ravitaillement pétrolier qui permettent à l'organisation de se financer.
Dix chasseurs français avaient déjà opéré des raids dimanche soir ainsi que dans la nuit de lundi à mardi sur Raqa, détruisant des centres de commandement et d'entraînement présumés de l'EI.

Il s'agit de raids d'une ampleur sans précédent, par le nombre d'appareils mobilisés, depuis le début des frappes françaises en Syrie fin septembre. Jusque-là entre deux et quatre chasseurs étaient généralement engagés.
Les frappes contre l'EI deviennent aussi plus fréquentes au fur et à mesure que l'aviation française accumule du renseignement, via ses vols de reconnaissance.

Depuis les attentats, les Etats-Unis ont par ailleurs décidé d'accroître leurs échanges de renseignements avec la France, lui donnant ainsi accès à des informations de première importance réservées aux alliés les plus proches de Washington.

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17-Les attentats à Paris révèlent les limites de Daesh
NOV. 16, 2015 

FLORENCE, Italie — Comme l’a déclaré le Président François Hollande, la France est bien en guerre contre Daesh. La France considère le groupe Islamiste comme son ennemi numéro un. Elle le combat en première ligne avec les Américains au Moyen-Orient, et comme seule nation occidentale dans le Sahel. Elle a engagé dans cette lutte, commencée au Mali en 2013, un pourcentage de son armée bien supérieur à celui des troupes américaines.

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Inside Isis Inc: The journey of a barrel of oil: http://ig.ft.com/sites/2015/isis-oil/

Vendredi soir la France en a payé le prix. Depuis, les messages de solidarité pleuvent de tout le monde occidental. Et pourtant elle est curieusement seule. Jusqu’à maintenant, aucun autre état ne traitait Daesh comme la principale menace stratégique dans le monde aujourd’hui.

Au Moyen-Orient, les principaux acteurs ont d’autres adversaires qui leur semblent plus importants.

Pour Bachar al-Assad, il s’agit de l’opposition syrienne — maintenant aussi la cible principale de l’intervention militaire russe qui le soutient. M. Assad gagnerait en effet à ce qu’il n’y ait rien entre lui et Daesh. Cela lui permettrait de se poser en ultime rempart contre le terrorisme islamique, et de regagner aux yeux de l’Occident la légitimité qu’il a perdue en réprimant la population syrienne aussi violemment que son régime l’a fait.

Le gouvernement turc est très clair : son ennemi principal c’est l’irrédentisme kurde. Et une victoire des Kurdes de Syrie sur Daesh pourrait permettre au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) de se créer un sanctuaire et de reprendre la lutte armée en Turquie.
Les Kurdes, qu’ils soient syriens ou irakiens, ne cherchent pas à écraser Daesh, seulement à défendre leurs nouvelles frontières. Ils espèrent que le monde arabe sera plus divisé que jamais. Reprendre Sinjar, oui, car c’est une zone kurde ; attaquer Mossoul, non, car ce serait faire le jeu de Bagdad.

Pour les Kurdes d’Irak, la menace principale c’est la reconstitution d’un état central fort à Bagdad, qui pourrait contester l’indépendance de fait dont jouit le Kurdistan irakien aujourd’hui. Daesh en empêche la création.

Les Chiites irakiens, malgré les pressions américaines, ne semblent pas prêts à mourir pour reprendre Fallouja. Ils défendent leur frontière confessionnelle, et ne laisseront jamais Bagdad tomber. Mais ils ne semblent pas pressés de ramener la minorité arabe sunnite dans le jeu politique irakien : il leur faudrait alors partager le pouvoir.

Pour les Saoudiens l’ennemi principal n’est pas Daesh — qui est, après tout, l’expression d’un radicalisme sunnite qu’ils ont toujours soutenu idéologiquement. Ils ne font donc rien contre, leur ennemi avant tout étant l’Iran.

Les Iraniens, quant à eux, veulent contenir Daesh, mais pas forcément l’anéantir, puisque son existence même empêche le retour d’une coalition sunnite arabe du type qui leur a fait tant de mal lors de leur guerre avec l’Irak de Saddam Hussein.

Enfin il y a Israël, qui ne peut que se réjouir de voir le Hezbollah se battre contre des Arabes, la Syrie s’effondrer, l’Iran s’engluer dans une guerre incertaine, et tout le monde oublier la cause palestinienne.

En un mot, aucun acteur régional n’est prêt à lancer ses troupes, baïonnettes au canon, pour reprendre les terres de Daesh. 
Et à la différence de l’après-11 septembre, les Etats-Unis non plus. La stratégie américaine aujourd’hui consiste à mener une guerre à distance centrée sur les bombardements aériens. Washington n’a pas la volonté politique d’envoyer des troupes au sol, et se contente de faire du containment, mettant à mort les terroristes à coups de bombes et de drones.

Et pourtant, une guerre ne se gagne pas sans infanterie au sol.
La France, peut-être elle seule, voudrait éradiquer Daesh. Et elle essaye. Seulement elle n’a pas de quoi mener une telle guerre sur deux fronts, et dans le Sahel et au Moyen-Orient.

Mais si elle n’a pas les moyens de ses ambitions, heureusement pour elle, Daesh non plus. Après de remarquables et rapides gains territoriaux, les succès de Daesh résident de plus en plus, comme ceux d’Al Qaeda naguère, dans la manière que le groupe à de faire la une des journaux et d’occuper les réseaux sociaux. Le système Daesh a déjà atteint ses limites.

Il était fondé sur deux éléments : une expansion territoriale fulgurante et un effet de terreur qui visait à sidérer l’ennemi. Daesh n’est pas un « état » islamique ; contrairement aux Talibans, il ne revendique pas de frontières ou de territoire précis. Il s’agit plutôt d’un califat dans une logique de conquête permanente — occupant de nouvelles terres, ralliant les musulmans du monde — à l’image de l’expansion musulmane au premier siècle de l’islam. Ceci aura valu à Daesh des milliers de volontaires, séduits par l’idée de se battre pour un Islam global plutôt qu’un morceau de Moyen-Orient.

Mais l’expansion de Daesh est bornée, parce que le mouvement a atteint la limite des zones où les populations arabes sunnites voient en lui un défenseur. Les Kurdes au nord, les Chiites irakiens à l’est, les Alaouites, maintenant sanctuarisés par les Russes, à l’ouest — tous résistent. Au sud, ni les Libanais, inquiets de la présence des réfugiés syriens, ni les Jordaniens, scandalisés par l’horrible exécution d’un de leurs pilotes, ni les Palestiniens ne sont tombés dans la fascination de Daesh. Bloqué au Moyen-Orient, Daesh se lance dans une fuite en avant : le terrorisme globalisé.

L’attentat de Beyrouth contre le Hezbollah, l’attentat de Charm El-Cheikh contre les Russes et les attentats de Paris ont le même objectif : maintenir l’effet de terreur.
Mais de même que l’exécution du pilote jordanien a suscité le patriotisme au sein d’un peuple jordanien pourtant peu homogène, de même les attentats de Paris transforment la lutte contre Daesh en cause nationale. Daesh va tomber dans la même impasse que Al Qaeda : le terrorisme globalisé n’est pas plus efficace, en termes stratégiques, que des bombardements aériens sans support terrestre. Comme Al Qaeda, Daesh n’a aucun soutien populaire dans les populations musulmanes vivant en Europe ; il n’y recrute qu’à la marge.

Reste maintenant à traduire sur le terrain l’indignation suscitée par les attentats. Une opération occidentale terrestre massive comme celle conduite en Afghanistan en 2001 est sans doute à exclure ; toute intervention de ce type s’enliserait dans d’interminables conflits locaux. Une offensive terrestre coordonnée des acteurs locaux reste improbable tant sont diverses leurs motivations et leurs arrière-pensées. Pour cela il faudrait d’abord trouver un accord politique entre les acteurs régionaux, à commencer par l’Arabie saoudite et l’Iran.

La route est donc encore longue, à moins d’un effondrement soudain de Daesh du simple fait de la vanité de son projet d’expansion permanente ou des tensions entre ses volontaires étrangers et les populations arabes locales. En tout cas, Daesh est son propre pire ennemi.

Olivier Roy est Professeur à l’Institut Universitaire Européen de Florence et l’auteur de “La Sainte Ignorance.”

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18-Syrie: Moscou bombarde massivement les positions du groupe Etat islamique
Publié le 17/11/2015

La Russie a massivement bombardé mardi les positions de l'organisation État islamique (EI) en Syrie après avoir annoncé que le crash de son avion de ligne fin août dans le Sinaï égyptien qui avait fait 224 morts était bien un "attentat".

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Vladimir Poutine a juré de "trouver et de punir" les responsables de cette attentat, le plus meurtrier pour des Russes depuis plus de dix ans, revendiqué par les jihadistes de l'EI dès les premiers jours.

Les services secrets russes ont promis une récompense de 50 millions de dollars à toute personne les aidant à "identifier les terroristes" responsables du crash du vol A321 dans le Sinaï égyptien le 31 octobre.

Les autorités égyptiennes ont pour leur part affirmé que les causes de la tragédie qui a bouleversé la Russie n'avaient toujours pas été déterminées par l'enquête, ordonnant néanmoins le renforcement des mesures de sécurité dans tous les aéroports du pays.

"Pendant le vol, un engin explosif artisanal d'une puissance équivalente à un kilogramme de TNT s'est déclenché", avait indiqué lors d'une réunion lundi soir le chef du FSB, Alexandre Borotnikov, alors que jusqu'à présent l'hypothèse d'une bombe à bord de l'avion avait été évoquée par Washington et Londres mais mise en doute par Moscou.

"L'avion s'est désintégré dans l'air, ce qui explique pourquoi (nous avons retrouvé) des morceaux du fuselage dans un large rayon" dans le désert égyptien, a-t-il expliqué à Vladimir Poutine.

L'appareil, à destination de Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie), avait perdu le contact avec la tour de contrôle 23 minutes après son décollage de la station balnéaire égyptienne de Charm-el-Cheikh.

"Nous ne sécherons pas nos larmes. Cela nous marquera à jamais. Mais cela ne nous empêchera pas de trouver et punir les criminels", a promis Vladimir Poutine.

Les débris de l'Airbus A321 à Wadi al-Zolomat, dans le Sinaï égyptien le 1er novembre 2015 © Khaled Desouki AFP/Archives
Les débris de l'Airbus A321 à Wadi al-Zolomat, dans le Sinaï égyptien le 1er novembre 2015 

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"Nous devons le faire sans tarder, trouver leur identité", a poursuivi le chef de l'Etat russe sans nommer les jihadistes de l'EI. "Nous les trouverons en n'importe quel point de la planète et nous les punirons".

- Bombardiers stratégiques en Syrie -
La réponse russe n'a pas tardé: l'état-major russe a annoncé dans la soirée avoir pour la première fois fait intervenir en Syrie des bombardiers stratégiques à long rayon d'action, qui ont décollé depuis la Russie. Ces avions ont une puissance de feu supérieure aux bombardiers et avions d'attaque au sol utilisés de coutume en Syrie par l'aviation russe. Ils sont notamment capables d'un effet "tapis de bombe".

Des bombardiers Tu-22 ont ainsi frappé mardi matin des cibles de l'EI dans les provinces de Raqa (nord-est) et de Deir Ezzor (est), tandis que des Tu-160 et des Tu-95MC ont bombardé les provinces d'Alep (nord-ouest) et d'Idleb (nord-ouest), selon l'armée russe.

Un bombardier russe sur la base aérienne de Hmeimim en Syrie, le 3 octobre 2015 © ALEXANDER KOTS KOMSOMOLSKAYA PRAVDA/AFP/Archives
Un bombardier russe sur la base aérienne de Hmeimim en Syrie, le 3 octobre 2015 

Les frappes russes en Syrie, qui ont débuté le 30 septembre, seront "intensifiées pour que les criminels se rendent compte que le châtiment est inévitable", a annoncé le président russe.

M. Poutine s'est ailleurs entretenu par téléphone avec son homologue français François Hollande, avant une rencontre prévue le 26 novembre à Moscou. Les deux chefs d'Etat, qui opèrent un rapprochement spectaculaire, se sont mis d'accord pour une "coordination plus étroite" de leurs agences de renseignement sur le conflit syrien après les attentats de Paris, selon le Kremlin.

La France a également annoncé avoir frappé Raqa lundi et dans la nuit, après des attentats revendiqués par l'EI qui ont fait vendredi soir au moins 129 morts et 352 blessés à Paris. Ces bombardements se poursuivront "en mobilisant la communauté internationale", a affirmé le Premier ministre français Manuel Valls.

François Hollande a ainsi annoncé lundi vouloir "unir" l'action des forces françaises avec celles de la Russie et des États-Unis contre l'EI. 

De son côté, le président russe a appelé lundi à "unir (les) efforts dans la lutte contre ce mal, le terrorisme", alors qu'il participait au G20 à Antalya, en Turquie.

Selon lui, les récentes attentats "prouvent que (la Russie) a eu raison" de vouloir organiser une coalition antiterroriste internationale élargie en Syrie contre l'EI, un projet cher au Kremlin mais qui a échoué cet été en raison de la réticence des Occidentaux et des pays arabes à s'allier avec le régime de Damas.

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19-Poutine : Daesh est financé par 40 pays, y compris par des pays-membres du G20
16 nov. 2015

Au sommet du G20, qui s’est tenu du 14 au 16 novembre en Turquie, le président russe a souligné que la Russie avait présenté des exemples de financement des terroristes par des personnes physiques venant de 40 pays, y compris des pays-membres du G20. 

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Voir la vidéo :

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Qui sont ces "pays du G20" qui financeraient Daech ?
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Lors du sommet «j’ai donné des exemples basées sur nos données du financement de Daesh par des individus privés. Cet argent vient de 40 pays, parmi lesquels participent des pays-membres du G20», a précisé Vladimir Poutine.

Vladimir Poutine a aussi évoqué la nécessité urgente d’empêcher la vente illégale de pétrole.
«J’ai montré à nos partenaires de nombreuses photos prises depuis l’espace et depuis les aéronefs sur lesquelles on voit clairement le volume que représente la vente illégale pétrolière effectuée par Daesh».

Le président russe a aussi précisé que ce n’était pas le moment de rechercher quel pays était le plus efficace dans la lutte contre Daesh. «Il vaut mieux unir les efforts internationaux pour combattre ce groupe terroriste», a déclaré Vladimir Poutine.
«Nous avons besoin du soutien des Etats-Unis, des pays européens, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et de l’Iran», a-t-il poursuivi.
A propos des relations avec les Etats-Unis, le président Poutine a mis en évidence que la position de Washington avait changé après les attentats de Paris.

«Nous avons besoin d’organiser un travail qui se concertera sur la prévention des attaques des terroristes à l’échelle globale. Nous avons proposé d’unir nos efforts avec les Etats-Unis dans la lutte contre Daesh. Malheureusement, nos partenaires américains ont refusé. Ils nous ont envoyé une note écrite qui dit : "Nous rejetons votre proposition". Mais la vie change toujours assez vite, en nous donnant des leçons. Et je crois que maintenant tout le monde commence à comprendre qu’on ne peut combattre effectivement Daesh qu’ensemble», a précisé le président russe.

Compte tenu des différences d’approche dans la lutte contre l’EI, Vladimir Poutine a précisé qu’avant tout, il était important de définir quelles étaient les organisations qui peuvent être considérées comme terroristes et celles qui font légitimement partie de l’armée d’opposition syrienne. «Nos efforts doivent être concentrés sur la lutte contre des organisations terroristes», a insisté le président russe.

Après que le gouvernement russe a entamé une campagne de bombardements militaires en Syrie depuis le 30 septembre, la Russie a été largement critiquée par les pays occidentaux mais Vladimir Poutine a répondu aujourd’hui.

«Il est vraiment difficile de nous critiquer. Ils ont peur de nous donner des informations sur les territoires que nous ne devons pas frapper, craignant que cela devienne l’endroit exact de nos frappes futures et que nous allons les trahir. Il est évident que ce point de vue est basé sur leur propre conception de la décence humaine», a déclaré le président russe.

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20-Crash - Sinaï : Moscou offre 50 millions de dollars de récompense
17/11/2015

La Russie a enfin reconnu que le crash du vol A321 était un attentat. Les renseignements offrent une récompense pour identifier les "terroristes".

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé une intensification des frappes en Syrie. Image d'illustration.


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Pour la première fois, Moscou reconnaît que le crash de l'avion russe dans le Sinaï le 31 octobre était un "attentat"

L'hypothèse d'une bombe à bord de l'avion avait été évoquée par Washington et Londres, mais mise en doute par Moscou. La Russie vient de confirmer que le crash du vol A321 dans le Sinaï égyptien était un attentat. Ce crash avait fait 224 morts le 31 octobre. 

« Pendant le vol, un engin explosif artisanal d'une puissance équivalente à un kilogramme de TNT s'est déclenché », a précisé le chef des services secrets russes (FSB), Alexandre Bortnikov. « En conséquence, l'avion s'est désintégré dans l'air, ce qui explique pourquoi [nous avons retrouvé] des morceaux du fuselage dans un large rayon ».

La branche égyptienne du groupe djihadiste État islamique avait assuré être responsable du crash de l'appareil dans le désert du Sinaï, qui a coûté la vie aux 224 passagers et membres de l'équipage, presque tous des Russes.

Les renseignements sont prêts à offrir 50 millions de dollars pour obtenir des informations sur l'identité des « terroristes ». « Le FSB s'adresse à la communauté russe et internationale pour l'aider à identifier les terroristes. Une récompense de 50 millions de dollars sera versée pour des informations qui aideraient à détenir ces criminels », a annoncé le FSB dans un communiqué publié sur son site internet.

Intensification des frappes russes en Syrie
Estimant que le crash de l'avion « marquera à jamais » la Russie, Vladimir Poutine a promis de « trouver et punir les criminels », sans nommer pour autant l'EI. « Nous devons le faire sans tarder, trouver leur identité. [...] Nous les trouverons en n'importe quel point de la planète et nous les punirons », a poursuivi le président. « L'action militaire de notre aviation en Syrie doit être non seulement poursuivie, mais aussi intensifiée pour que les criminels se rendent compte que le châtiment est inévitable », a-t-il déclaré.

Le crash de l'Airbus A321 de la compagnie russe Metrojet, en provenance de Charm el-Cheikh et à destination de Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie), est la pire catastrophe aérienne ayant jamais frappé le pays et le pire attentat contre des Russes en dix ans.

L'annonce du Kremlin intervient quatre jours après des attentats ayant fait au moins 129 morts et 352 blessés dans le centre de Paris, revendiqués par les djihadistes de l'EI. Lundi, alors qu'il participait au G20 à Antalya, en Turquie, le président russe a appelé à « unir [les] efforts dans la lutte contre ce mal, le terrorisme ». Les récents attentats « prouvent que [la Russie] a eu raison » de vouloir organiser une coalition antiterroriste internationale élargie en Syrie, où Moscou mène des frappes aériennes quasi quotidiennes depuis fin septembre à la demande du régime de Damas.

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