vendredi 15 janvier 2016

Un peu de lecture.... Merci Pat !!


1-L'Etat islamique en difficulté en Irak et en Syrie
2-Daech : Obama pense qu'il n'y a pas de "troisième guerre mondiale"
3-Indonésie : au moins quatre morts dans une série d'attaques terroristes à Jakarta
4-Irak: un raid de la coalition contre une banque aurait détruit des millions de dollars de Daesh 
5-Un attentat-suicide a visé les Occidentaux à Istanbul
6-L’Islam : « incompatible avec la civilisation occidentale »
7-Etats-Unis : il tire 11 balles sur un policier de Philadelphie «au nom de l'Islam»
8-Libye: Daesh revendique un attentat ayant tué plus de 55 personnes 
9-Attentats de Paris: "2015 n'était peut-être qu'un entraînement"
10-Terrorisme - François Molins : "Aucune raison d'être optimiste"
11-L'Iran dévoile un entrepôt souterrain plein de missiles balistiques 
12-"L’Arabie saoudite est en pleine surenchère avec Daech"
13-Daech pourrait fabriquer des missiles capables d'abattre des avions
14-Daech, des experts médiatiques à la recherche du coup d'éclat permanent
15-Journal de bord d'un Français parti combattre Daech
16-"L'Etat islamique est à la tête d'un véritable trafic d’êtres humains, spécialement de femmes, à des fins sexuelles"
17-Syrie : les djihadistes français vomissent leur haine de la France
18-Le terrorisme est-il l’ennemi que l’on croit ?
19-Maldives. Sous la terreur, la plage
20-La ruée vers la Libye des jihadistes de Daech

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1-L'Etat islamique en difficulté en Irak et en Syrie
14.01.2016

Et si l'Etat islamique avait entamé son déclin? L'organisation jihadiste est aujourd'hui en difficulté sur le terrain, en Irak comme en Syrie, où elle a déçu les populations sunnites et où la sortie de crise sera d'abord le fait des acteurs locaux, estiment des experts.

Les forces de sécurité irakiennes évacuent des civils alors qu'ils dégagent le quartier de Sufia près de Ramadi le 14 janvier 2016
Les forces de sécurité irakiennes évacuent des civils alors qu'ils dégagent le quartier de Sufia près de Ramadi le 14 janvier 2016

Les députés français ont entendu cette semaine des spécialistes reconnus du monde arabe, avec les premières auditions d'une Mission d'information parlementaire sur les "moyens de Daech" (acronyme de l'EI en arabe).

"Les bombardements ont incontestablement mis en difficulté le groupe", qui a subi ces derniers mois plusieurs défaites sur le terrain, a expliqué aux députés Myriam Benraad, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Surtout, "la promesse d'une restitution des services de base, de la mise en place d'une justice sociale, n'a pas été tenue", selon Mme Benraad. Les populations sont déçues. Loin du califat idéal, elles ont plutôt assisté à la mise en place d'un nouveau système mafieux".

"L'EI est aujourd'hui significativement mis en difficulté sur le terrain en Syrie et en Irak, mais le groupe est plus résilient sur sa base d'origine, l'Irak. C'est là que se livrera la vraie bataille finale", a-t-elle souligné.

Le groupe jihadiste "a une antériorité irakienne qui remonte à l'embargo et à la mise en place de la contrebande de pétrole qui a été sa conséquence dans l'ouest irakien, avec une stratégie du régime de Saddam Hussein de déléguer ce trafic aux tribus locales", a rappelé Mme Benraad.

"Une territorialité économique s'est ainsi construite, consolidée autour du trafic de pétrole. (...) Cette économie politique s'organise aujourd'hui autour de plusieurs sources de revenus, différant en cela fondamentalement d'al-Qaïda".

- 'Invasion coloniale'-
Selon l'analyste, ces sources de revenus sont: le pillage des devises dans les banques lors de l'assaut sur Mossoul à l'été 2014, les impôts et rackets imposés aux populations, le pillage et le juteux trafic d'antiquités --"qui a cours depuis l'intervention américaine en 2003 et se poursuit à l'échelle internationale dans la plus grande hypocrisie"--, l'exploitation du pétrole, l'agriculture qui assure une forme d'auto-suffisance alimentaire, et enfin les dons extérieurs, "qui devraient augmenter à mesure des difficultés militaires du groupe".

"Il est très difficile d'identifier les acteurs de cette économie de contrebande, structurée autour d'une multitude d'acteurs, de réseaux, et d'une nébuleuse de sympathisants. Une telle économie politique est très résiliente", a souligné Mme Benraad.

Autre ressource de Daech, l'internet: "l'EI a un sentiment d'impunité totale sur les réseaux sociaux", bénéficiant de l'incompréhensible passivité des grandes compagnies du net, s'est étonnée cette spécialiste.

Sur les moyens humains, "l'avant-garde qui a fondé le projet de l'EI est fondamentalement irakienne. Et l'EI reste organisé autour de cette élite". La résolution de la crise politique en Irak "reste donc centrale" pour affaiblir ou neutraliser Daesh.

Quant aux combattants étrangers, "leur présence est vécue par les populations comme une invasion coloniale", a jugé Mme Benraad.
L'EI est un "projet néo-colonial et impérial qui veut à tout prix supprimer toute référence aux Etats irakien et syrien", a-t-elle résumé.

-'Pompiers pyromanes'-
Pour une véritable sortie de crise, en Irak comme en Syrie, "il faut d'abord miser sur des acteurs locaux, et les élites de ces deux pays. La solution n'est pas au niveau des acteurs régionaux, qui sont des pompiers pyromanes. Elle est en Irak et en Syrie même", a souligné Mme Benraad.

En Syrie notamment, "c'est une illusion complète de croire que la paix se fera à l'issue de négociations entre l'Arabie Saoudite et l'Iran", a-t-elle insisté. La sortie de crise est "au niveau local, et passe par des accords, des trêves, des cessez-le-feu négociés entre ces acteurs sur le terrain".

Pour autant, "nous avons été incapables jusqu'à présent d'identifier des interlocuteurs" parmi les rebelles syriens, a déploré François Burgat, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la région.

"Nous avons voulu générer une opposition syrienne qui soit à notre image. Sous prétexte qu'ils n'étaient pas assez laïques, nous avons ignoré des islamistes qui raisonnaient pourtant dans un cadre national. Ce faisant, nous avons nourri les extrêmes", a-t-il pointé. 

"L'écrasement militaire de Daech ne suffira pas, car il n'y a pas aujourd'hui de relève politique pour les sunnites", a expliqué M. Burgat, qui a mis en garde: "si on détruit Daech sans solution institutionnelle alternative, nous allons fabriquer quelque chose de pire encore".

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2-Daech : Obama pense qu'il n'y a pas de "troisième guerre mondiale"
13/01/2016

Pour son ultime discours sur l'état de l'Union, le président américain a défendu son bilan et a appelé à la raison face aux déclarations des républicains.

"Ceux qui prétendent que l’Amérique est en déclin sont en pleine fiction", a clamé Barack Obama pendant son dernier discours sur l'état de l'Union.

Voir la vidéo :
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États-Unis : la méthode Coué du professeur Obama

Déterminé à marquer le contraste avec les républicains qui espèrent lui succéder à la Maison-Blanche en 2017, Barack Obama, très à l'aise, enjoué, a invité les Américains mardi soir à accompagner les « extraordinaires changements » en cours.

À l'attention de ses adversaires, Barack Obama a mis en garde, à la tribune du Congrès, contre les déclarations excessives sur l'EI selon lesquelles le monde serait engagé dans « la troisième guerre mondiale ». « Elles font le jeu » des djihadistes, a-t-il averti. « Des masses de combattants à l'arrière de pick-up et des esprits torturés complotant dans des appartements ou des garages posent un énorme danger pour les civils et doivent être arrêtés. Mais ils ne représentent pas une menace existentielle pour notre nation », a-t-il martelé lors de son ultime discours sur l'état de l'Union.

Sûr de son effet, il a ajouté : « Si vous doutez de l'engagement de l'Amérique, ou du mien, pour que justice soit faite, demandez à Oussama Ben Laden ! » Ce rendez-vous traditionnel était pour le 44e président des États-Unis la dernière occasion de s'adresser aux Américains en prime time avant que Washington et le reste du pays ne basculent complètement dans une véritable frénésie électorale.
Candidats démocrates et républicains à la présidentielle s'apprêtent à entrer, enfin, dans le vif du sujet avec le début des primaires, le 1er février dans l'Iowa. Parler du déclin de l'économie américaine est « une fiction politique », a encore lancé Barack Obama, dans une référence à peine voilée aux déclarations alarmistes du milliardaire Donald Trump.

« Découvertes médicales »
Évoquant les bouleversements profonds qui ont touché les États-Unis au cours de l'histoire, avec en particulier des vagues d'immigrations successives, il a appelé à garder le cap : « À chaque fois, certains nous disaient d'avoir peur de l'avenir. (...) À chaque fois, nous avons vaincu ces peurs. » Début décembre, la Maison-Blanche a dénoncé des propos « cyniques » et « destructeurs » de Donald Trump après sa proposition visant, sur fond de crainte d'attentats djihadistes, à interdire temporairement l'entrée des États-Unis aux musulmans.

Les bouleversements en cours sont chargés de promesses, telles que « des découvertes médicales fantastiques », a encore souligné Barack Obama, avant d'annoncer un « nouvel effort national » contre le cancer. Et de citer le vice-président Joe Biden selon lequel « l'Amérique pourrait soigner le cancer comme elle a su conquérir la Lune ».

Le président a aussi replacé au premier plan une ancienne promesse de campagne sur laquelle il a jusqu'ici échoué : fermer la prison de Guantanamo, ouverte après les attentats du 11 septembre 2001. « Elle coûte cher, elle est inutile, et elle n'est qu'un tract de recrutement pour nos ennemis », a-t-il lancé, sous des applaudissements nourris.

« Levez l'embargo ! »
Mettant en avant le chemin parcouru depuis l'annonce il y a un an du rapprochement avec Cuba, il a une nouvelle fois appelé le Congrès à lever l'embargo économique américain. « Cinquante ans passés à isoler Cuba n'ont pas réussi à promouvoir la démocratie et nous ont fait reculer en Amérique latine. Vous voulez renforcer notre leadership et notre crédibilité sur le continent ? Admettez que la guerre froide est finie. Levez l'embargo ! » a-t-il lancé.

Sur les trois sénateurs républicains candidats à la succession de M. Obama, seul Marco Rubio (Floride) était présent dans l'hémicycle. Ted Cruz (Texas) avait lui décidé de poursuivre sa campagne dans le New Hampshire, loin de la capitale fédérale dont il dénonce inlassablement les turpitudes. À douze mois de son départ, le bilan de Barack Obama divise l'Amérique : selon un sondage CBS/NYT, 46 % approuvent son action à la Maison-Blanche, 47 % la désapprouvent.

Dans les tribunes du public étaient présents plusieurs femmes musulmanes en hijab, invitées par des élus démocrates, ainsi qu'un réfugié syrien récemment arrivé aux États-Unis. Jim Obergefell, l'un des plaignants du fameux procès ayant conduit à la légalisation du mariage entre personnes de même sexe, était assis derrière la première dame. Dans la tribune en face d'eux, la greffière du Kentucky Kim Davis, qui avait refusé d'appliquer l'arrêt de la Cour suprême, a assisté stoïque au discours.

Les chants des sirènes
Dans la traditionnelle réponse au président, prononcée cette année par Nikki Haley, gouverneur de l'État conservateur de Caroline du Sud, les républicains ont, sans le nommer, décoché de sévères piques contre Donald Trump. Le succès de ce dernier dans les sondages affole l'appareil du Grand Old Party, car il est jugé trop extrémiste pour remporter la présidentielle.

« Dans cette période anxieuse, il peut être tentant de suivre les chants des sirènes des voix les plus en colère. Nous devons résister à cette tentation », a lancé Nikki Haley. Sur Twitter, Donald Trump a ignoré la gouverneur et ironisé sur un discours présidentiel « ennuyeux, plat et léthargique ». « Sept années de progrès. Il faut bâtir dessus, ne pas revenir en arrière », a de son côté lancé Hillary Clinton, grandissime favorite pour être la candidate démocrate lors du scrutin du 8 novembre. « Je crois au changement, car je crois en vous », a conclu Barack Obama en écho aux slogans de la campagne qui l'avait porté au pouvoir, en 2008.

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3-Indonésie : au moins quatre morts dans une série d'attaques terroristes à Jakarta
14/01/2016 

Six explosions et des coups de feu ont retenti dans le centre de la capitale indonésienne.

La police prend position derrière un véhicule après une série d'explosions dans le centre de Jakarta (Indonésie), le 14 janvier 2016.
La police prend position derrière un véhicule après une série d'explosions dans le centre de Jakarta (Indonésie), le 14 janvier 2016.

Au moins quatre personnes ont été tuées dans une série d'explosions, jeudi 14 janvier, dans le centre de Jakarta (Indonésie). Des coups de feu ont par ailleurs été entendus à l'extérieur d'un café à l'approche de policiers armés. Le président indonésien, Joko Widodo, a déclaré que les explosions étaient des "actes terroristes".

• Au moins quatre victimes. "Quatre personnes sont mortes, un officier de police et trois civils", a déclaré un porte-parole de la police. Un journaliste de l'AFP a constaté que des corps étaient allongés au sol sur une artère de la capitale indonésienne, près d'un poste de police où les explosions ont retenti.

• Six détonations. La télévision indonésienne a évoqué un total de six détonations. L'une d'elles a détruit un poste de police. La police a déclaré qu'au moins une des explosions pourrait avoir été provoquée par un kamikaze.

• Des tirs aux abords d'un café. Des coups de feu ont été entendus à l'extérieur d'un café Starbucks. "Pour le moment, les coups de feu ont cessé mais des tireurs sont toujours en fuite, nous redoutons de nouveaux coups de feu", indique la police. Selon la chaîne Metro TV, qui cite la police, entre 10 et 14 assaillants ont participé aux attaques.

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4-Irak: un raid de la coalition contre une banque aurait détruit des millions de dollars de Daesh 

La coalition internationale s’attaque physiquement au portefeuille de Daesh. Selon un responsable américain cité par la BBC, deux bombes de 900 kg ont détruit lundi une banque située dans la ville irakienne de Mossoul, un fief des jihadistes de l'organisation Etat islamique.

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Le bâtiment abritait de l’argent liquide appartenant au groupe terroriste à la tête de la ville depuis 2014. Le montant du butin, dont on ignore dans quelle monnaie il était stocké, pourrait représenter des "millions de dollars", selon les responsables américains. Une somme issue du trafic de pétrole, de pillages et d’extorsions.

Le groupe Etat islamique a par ailleurs posté lundi une vidéo qui montrerait la destruction de cette banque. Des témoins sur place ont confirmé à Reuters qu’un bombardement avait bien eu lieu dans le quartier de Mossoul où se situe cette banque.

Toucher les finances de Daesh pour l'affaiblir
Des repérages aériens et par drones avaient eu lieu avant le bombardement, rapporte CNN, qui indique que des civils résidant dans le quartier pourraient avoir péri dans l'attaque. Des responsables américains ont indiqué à la chaîne américaine que le risque de pertes humaines n'avait pas stoppé l'opération, compte tenu de l'importance de la cible. 

Les finances du groupe Etat islamique sont devenues une bataille clé dans la lutte contre Daesh pour la communauté internationale. En décembre dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution pour tenter de paralyser les finances des groupes terroristes, en particulier celles de Daesh. 

Le texte invitait les Etats à faire du financement du terrorisme "un grave crime dans leurs lois nationales". Le montant exact des ressources du groupe Etat islamique est difficile à connaître précisément, les estimations variant de 2 à 200 milliards d’euros. Une somme obtenue par l’impôt que prélève le groupe sur la population, le trafic d’antiquités ou encore de pétrole.

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5-Un attentat-suicide a visé les Occidentaux à Istanbul
12 janvier 2016 

Turquie Le cœur touristique d'Istanbul a été frappé par un attentat suicide attribué à l'Etat islamique. Il a fait au moins 10 morts, dont 8 touristes allemands, et 15 blessés.

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Les secours se pressent autour des victimes d'une violente explosion le 12 janvier 2016 à Istanbul

L'attaque s'est produite en milieu de matinée dans le quartier de Sultanahmet, sur l'ancien hippodrome qui borde la basilique Sainte-Sophie et la Mosquée bleue, les deux monuments les plus visités de l'ancienne Byzance. 
Elle intervient alors que le pays est en état d'alerte maximum depuis l'attentat le plus meurtrier de son histoire, déjà signé par le mouvement djihadiste selon les autorités turques, qui avait fait 103 morts en octobre devant la gare d'Ankara. 

Le kamikaze serait syrien 
«Nous avons déterminé que l'auteur de cette nouvelle attaque terroriste (...) est un étranger membre de Daech (acronyme arabe de l'EI)», a affirmé le Premier ministre Ahmet Davutoglu lors d'une brève déclaration télévisée à Ankara. 
Selon le vice-Premier ministre Numan Kurtulmus, il s'agit d'un Syrien né en 1988 et arrivé récemment en Turquie, qui n'était pas connu des services de renseignements. D'après l'agence de presse Dogan citant des sources policières, il est né en Arabie saoudite. 

Longtemps soupçonné de complaisance envers les rebelles radicaux syriens, le régime islamo-conservateur turc a rejoint l'été dernier la coalition antidjihadiste internationale. Depuis octobre, il a multiplié les arrestations de membres présumés de l'EI, affirmant plusieurs fois avoir déjoué d'autres projets d'attentat. 

Deux blessés graves 
Témoins de la violence de la déflagration, les premières photos prises sur place montraient plusieurs corps démembrés couchés sur le sol pavé de la grande esplanade traversée chaque année par des millions de touristes. 
Redoutant une deuxième explosion, les forces de l'ordre ont fermé les accès à la place. Plusieurs sites touristiques, dont la basilique Sainte-Sophie, ont également été évacués. 

Toutes les victimes étrangères 
«Toutes les victimes sont de nationalité étrangère», a précisé le Premier ministre turc. «Il y a au moins 9 Allemands parmi les 10 tués», a précisé un responsable sous couvert de l'anonymat. M. Davutoglu a lui-même téléphoné à la chancelière allemande Angela Merkel pour lui présenter ses condoléances. Mme Merkel a elle fait état d'au moins 8 Allemands tués. 
La chancelière, exprimant son «sentiment de solidarité avec la Turquie», a estimé que les auteurs d'attentats, où qu'ils frappent, visent toujours la même cible, à savoir «notre vie libre et notre société libre». 

Selon Lima, le dixième mort serait péruvien. Le premier bilan livré par le bureau du gouverneur d'Istanbul a également fait état de 15 blessés, dont deux dans un état grave. Parmi eux figure un citoyen norvégien, selon Oslo, et neuf Allemands, selon Berlin. 
Berlin a recommandé «avec insistance» aux Allemands d'éviter «provisoirement» les lieux publics et les «attractions touristiques» à Istanbul. Côté suisse, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) met en garde sur son site de conseils aux voyageurs contre le risque d'attentats «dans tout le pays». 

L'Etat turc, nouvelle cible 
«Le mode opératoire, un kamikaze, et la cible, un groupe de touristes, suggèrent un attentat djihadiste», a commenté mardi un diplomate occidental. «Si c'est le cas, c'est le signe que Daech a décidé de s'en prendre directement à l'Etat turc», a-t-il ajouté. «Jusque-là, ses cibles en Turquie étaient les Kurdes». 

La Turquie est également secouée depuis l'été dernier par la reprise de combats meurtriers entre ses forces de sécurité et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui ont fait voler en éclat un cessez-le-feu qui tenait depuis plus de deux ans. Les rebelles kurdes visent en priorité les militaires et les policiers. 

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a promis à plusieurs reprises d'éradiquer le PKK. «La fermeté de la Turquie n'a pas changé», a déclaré mardi l'homme fort du pays. «La Turquie est la première cible de toutes les organisations terroristes actives dans la région parce qu'elle les combat toutes avec la même détermination», a-t-il ajouté. 

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6-L’Islam : « incompatible avec la civilisation occidentale »
8 janvier 2016

L’islam est fondamentalement incompatible avec la civilisation occidentale. Avec son nouvel ouvrage, le jeune Drieu Godefridi secoue le « politiquement correct ». 

Prière de rue

Drieu Godefridi est un penseur libéral classique. Il a fondé l’institut Hayek à Bruxelles, du nom d’un des grands penseurs du 20e siècle. Il a publié, ces dernières années, divers essais de grande qualité qui ont l’immense intérêt d’aller à l’encontre de l’air vicié du temps présent. L’un de ces essais, coécrit avec l’économiste français, Henri Lepage, s’appelle « Le GIEC est mort : Vive la science ! ». Un autre, plus récent, s’appelle « La Loi du genre* et, comme son titre l’indique, porte sur la « théorie du genre », ce dogme qui prétend nier la différence des sexes, le masculin et le féminin.

Un essai, plus récent encore, puisqu’il vient de paraître, est consacré à l’islam (La Trahison des Clercs : Lettre à un combattant de l’islam*) et constitue un apport très utile aux débats en cours sur le sujet.

L’islam radical est, pour l’essentiel, un retour à la lettre du Coran, qui exige d’être pris à la lettre.

Drieu Godefridi y adopte la forme d’une lettre adressée à un Musulman. Il y réfute l’idée que l’islamisme (ou islam radical) est distinct de l’islam et la réfutation magistrale, à laquelle il procède, permet, à elle seule, d’en finir avec les ineptes élucubrations qu’on ne cesse d’entendre dans les grands médias : l’islam est tout à la fois davantage qu’une religion et autre chose qu’une religion, un dogme de type totalitaire, une « norme complète, immuable » englobant tous les aspects de la vie humaine, de la société et de l’histoire du monde. 
L’islam radical est, pour l’essentiel, un retour à la lettre du Coran, mais le Coran exige, c’est une évidence, pour quiconque le lit, d’être pris à la lettre.

Trahison des clercs
Drieu Godefridi, La Trahison des Clercs : Lettre à un combattant de l’islam*, Texquis, 2015, 32p., 4€

Drieu Godefridi montre, ainsi, l’incompatibilité de l’islam avec la civilisation occidentale, qui, à la différence de l’islam, repose sur la Loi, mais aussi sur la possibilité de distinguer ce qui relève de Dieu et ce qui relève de l’esprit humain et dès lors, sur le fait que si des normes fondamentales existent, celles-ci ne sont ni complètes, ni immuables et ne peuvent aucunement prétendre l’être.

Il montre à quel point les explications données pour expliquer la violence islamique envers l’Occident (explication par la condition sociale défavorisée des Musulmans violents, explication par le racisme des Occidentaux, explication géopolitique par l’impérialisme occidental) sont des prétextes.

Il souligne, enfin, et c’est pourquoi il reprend l’expression « trahison des clercs », que ceux qui, dans le monde occidental, parlent de l’islam sont des gens qui, pour la plupart, ignorent quasiment tout du sujet dont ils parlent : parler de ce qu’on ignore est un travers de nombre d’ « intellectuels », tout particulièrement, hélas, en contexte francophone, j’ai déjà eu l’occasion de le souligner et c’est au cœur de mon livre « Voici revenu le temps des imposteurs »*.

Mais parler de ce qu’on ignore, en présentant un dogme délétère comme ce qu’il n’est pas, peut aisément devenir un crime, car cela équivaut à anesthésier ceux qui peuvent être victimes du dogme délétère. Nombre de ceux qui parlent d’islam en France parlent de ce qu’ils ignorent. Certains, ce qui est pire, n’ignorent rien et trahissent encore davantage, puisqu’ils mentent sciemment : s’ils sont musulmans, ils pratiquent la dawa, s’ils ne sont pas musulmans, c’est pire encore.

Les portes de l’interprétation de l’islam sont fermées depuis huit siècles
Ma seule réserve, assez minime, par rapport au livre de Drieu Godefridi est qu’il laisse la porte ouverte à une évolution possible de l’islam par le biais de la réouverture des portes de l’interprétation (ijtihad) et de la jurisprudence islamique (fiqh) : j’ai longtemps pensé, moi-même, que cette réouverture était possible.

J’ai, aujourd’hui, des doutes assez profonds sur ce sujet. Les portes de l’interprétation sont fermées depuis huit siècles. Le fiqh n’a pas bougé depuis mais, même au temps où les portes de l’interprétation n’étaient pas fermées, la limite à l’interprétation était que la récitation (al-quran) était considérée, ce qui est toujours le cas, comme la parole de Dieu devant être prise à la lettre. Le courant al-muʿtazilah, influencé par la philosophie aristotélicienne, a, même avant la fermeture des portes de l’interprétation, été marginalisé. 

L’œuvre d’Ibn Sina a été vivement critiquée et traitée comme relevant de l’apostasie par al-Ghazali, qui fut bien plus influent que lui. Il en va de même pour Ibn Rushd, qui fut banni de Cordoue et vit ses livres brûlés en 1195, en Andalousie, à un moment où dans le califat abbasside à Bagdad, il n’était déjà plus question d’interprétation depuis des décennies.

Les intellectuels musulmans, qui tentent d’ouvrir à nouveau les portes de l’interprétation, sont quasiment tous en Occident et sans aucun impact sur le monde musulman, où c’est plutôt le retour strict au dogme tel qu’il s’est enclenché avec Muhammad ibn ʿAbd al-Wahhab et continué avec les théologiens d’ al-nahda et avec les penseurs de l’islam radical, tels Sayyid Qutb, qui gagne du terrain aujourd’hui.
Plutôt que parler de réserve minime, je devrais peut-être parler d’infime désaccord.

Le livre de Drieu Godefridi est clair, précis, remarquablement argumenté, en somme indispensable. Il a l’avantage d’exposer, en peu de mots, des points essentiels.

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7-Etats-Unis : il tire 11 balles sur un policier de Philadelphie «au nom de l'Islam»

L'homme qui a tenté d'abattre un policier dans sa voiture de patrouille à Philadelphie, dans l'est des Etats-Unis, le blessant grièvement, se revendique de l'Etat islamique, a annoncé ce vendredi la police.
Le Parisien

Le suspect de 30 ans, Edward Archer, a expliqué qu'il «avait prêté allégeance à l'Etat islamique» et a indiqué avoir agi «au nom de l'islam», a indiqué la police lors d'une conférence de presse, précisant qu'il avait tiré «au moins à 11 reprises à bout portant» en direction du policier. Archer a également déclaré qu'il considérait que la police défendait des lois qui sont contraires à l'Islam.

L'attaque a eu lieu un peu avant minuit dans la nuit de jeudi à vendredi. L'homme qui était à pied, a visé la voiture dans laquelle circulait le policier Jesse Hartnett, 33 ans. Il s'est progressivement rapproché de la voiture, continuant à tirer.

«Cet homme a essayé d'exécuter le policier», avait déclaré dans la nuit le chef de la police de Philadelphie Richard Ross dans une conférence de presse. «Le policier ne savait pas qu'il approchait. C'est incroyable qu'il ait survécu», a-t-il ajouté, précisant que Jesse Hartnett, 33 ans, avait eu le bras gauche cassé, atteint par trois balles.

La police a montré des images vidéo de l'attaque, survenue au niveau d'un carrefour de Philadelphie. On y voit le suspect, portant une longue robe blanche au-dessus de ses vêtements, tirer en se rapprochant de la voiture. Le policier a apparemment réussi à sortir de sa voiture et a riposté, blessant son agresseur. Ce dernier a pris la fuite puis a été appréhendé par d'autres policiers.

L'arme du tireur avait été volée au domicile d'un policier en 2013, selon Richard Ross. La police cherche à savoir comment l'arme s'est trouvée en possession d'Archer et si elle est passée entre d'autres mains.

La police de Philadelphie a remercié sur son compte Twitter tous ceux qui ont manifesté leur soutien. «Nous vous sommes reconnaissants pour l'effusion de soutien à l'égard de notre brave officier, Jesse Hartnett. Merci de le garder dans vos pensées et vos prières pendant sa convalescence», a-t-il été écrit sur Twitter.

La police de Philadelphie a également publié une photo de son agent, en uniforme :

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Selon ABC News, la mère d'Edward Archer a déclaré au journal The Philadelphia Inquirer que son fils entendait des voix depuis quelque temps et que la famille lui avait demandé de consulter. Elle a confirmé qu'il était pieux.

Le maire de la cinquième plus grosse ville des Etats-Unis, Jim Kennedy, a déclaré que cette agression «odieuse» et «terrible» «n'a rien à voir avec le fait d'être musulman ou d'avoir foi en l'Islam». «C'est un criminel avec une arme volée qui a essayé de tuer un de nos policiers», a-t-il estimé.

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8-Libye: Daesh revendique un attentat ayant tué plus de 55 personnes 

Le groupe islamiste Daesh a revendiqué ce vendredi l'attentat au camion piégé qui a fait la veille en Libye plus de 55 morts dans un centre de police à Zliten, à 170 km à l'est de Tripoli.

http://img-s-msn-com.akamaized.net/tenant/amp/entityid/CCimM6.img?h=592&w=1123&m=6&q=60&o=f&l=f

Dans un communiqué, Daesh affirme qu'un kamikaze nommé Abdallah al-Muhajair "a fait exploser son camion au milieu d'une base appartenant aux forces des apostats libyens" et donne un bilan de "près de 80" morts et 150 blessés.

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9-Attentats de Paris: "2015 n'était peut-être qu'un entraînement"

Les services de renseignement européens craignent que des attaques terroristes d'une ampleur inégalée se produisent en 2016. "On va vers un 11 Septembreeuropéen", assure un responsable de la lutte antiterroriste. 

Des spectateurs évacués du Bataclan le 13 novembre 20145 à Paris.
Des spectateurs évacués du Bataclan le 13 novembre 20145 à Paris.

Lire aussi :
Patrick Pelloux: "Soyons lucides, on attend le prochain attentat"

Tuerie de Charlie Hebdo, attaques du 13 novembre... 2015 a été l'année de la prise de conscience de la menace terroriste. L'année 2016 pourrait être celle d'attentats djihadistes multiples, coordonnés dans plusieurs pays européens, craignent les services antiterroristes du continent. 

"Je pense qu'hélas en 2015 on n'a rien vu", confie sous le sceau de l'anonymat, un responsable de la lutte antiterroriste. "On va vers une espèce de 11 Septembreeuropéen : des attaques simultanées, le même jour dans plusieurs pays, plusieurs endroits. Un truc très coordonné. Nous savons que les terroristes travaillent là-dessus". 

"Nous assistons actuellement dans les régions tenues par Daech au recrutement de groupes de jeunes Européens, à leur entraînement, dans le but de les renvoyer frapper dans leurs pays d'origine", ajoute-t-il. "Ils ont les faux papiers nécessaires, la maîtrise de la langue, des lieux, des armes. Nous en arrêtons beaucoup, mais il faut le reconnaître, nous sommes submergés par le nombre. Certains passeront. Sont déjà passés". 

Des djihadistes "ultras radicaux et très aguerris"
Le profil des djihadistes qui rentrent en Europe ajoute à l'inquiétude. "On voit revenir des gens ultra-radicaux, très aguerris, qui auraient dû rester là-bas. Certains sont chassés par les bombardements russes, qui au moindre soupçon de présence djihadiste dans un village vitrifient tout le secteur. Mais d'autres rentrent pour mener à bien des missions en Europe". "Avant, on avait surtout le retour de gens qui s'étaient trompés, qui n'avaient pas réalisé que la guerre, ça pique", ajoute-t-il. "Là, on assiste au retour de gars qui tiennent la route". 

Une attaque à l'échelle européenne a déjà échoué en 2010, note par ailleurs Yves Trotignon, ancien analyste des services antiterroristes de la DGSE, les services secrets français. "A l'époque, c'était encore Al-Qaïda, mais l'idée a été reprise, bien sûr, par l'EI", dit-il. "Ce genre d'attaques multiples fait partie des scénarios du pire pour 2016", poursuit Yves Trotignon. "Je sais que dans les capitales européennes, à Londres notamment, les services spécialisés travaillent sur cette hypothèse". 

Si policiers, militaires, analystes, législateurs tentent sans cesse d'adapter leurs réponses et leurs modes opératoires aux méthodes employées par les assaillants djihadistes, l'autre camp fait de même, et souvent de façon plus rapide et plus efficace, estiment les deux spécialistes. 

"Pessimisme horrible autour de 2016"
"Il n'y a pas que nous qui tirons les leçons, l'Etat islamique aussi", fait valoir le responsable de la lutte antiterroriste. "Par exemple ils ont compris qu'il ne faut pas toucher au téléphone, ou très peu, que tout est écouté. Chaque attaque, même ratée, est mise à profit". 

En jargon militaire, c'est ce qu'on appelle les "Retours d'expérience" (Retex). "Et des Retex, ils en font aussi", confirme Yves Trotignon. "Ils profitent des enquêtes de presse, lisent tout ce qui s'écrit sur le sujet. Ils ont vu qu'il a fallu deux heures et demie pour donner l'assaut au Bataclan"la salle de spectacle visée à Paris. "Que leurs explosifs ne sont pas bons, donc qu'il faut en changer, que les gars ont laissé trop de traces. Ils apprennent vite". 

"Le 13 novembre a montré qu'on peut se faire avoir par des gars qui n'étaient pas de très haut niveau opérationnel", conclut-il. "Donc si le niveau des agresseurs augmente, on va avoir un problème. Il y a un pessimisme horrible chez tous les professionnels autour de 2016. Peut-être que dans un an on se dira que l'année 2015 n'a été qu'une répétition, une espèce de validation opérationnelle".  

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10-Terrorisme - François Molins : "Aucune raison d'être optimiste"

Le procureur de la République de Paris était l'invité de France Inter et a livré de nombreux détails sur les enquêtes post-attentats.

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C'est un François Molins réaliste mais extrêmement noir qui s'est exprimé sur France Inter vendredi matin. Le procureur de la République de Paris n'a pas mâché ses mots sur une menace terroriste « grandissante et protéiforme ». « Le risque zéro n'existe pas et n'existera jamais, a-t-il dit. À travers la diversité du public et la diversité des modes de passage à l'acte, et les incidences du conflit avec Daech en Syrie, nous sommes dans quelque chose qui risque de durer encore quelques années. » Rien de très rassurant.

Le procureur de la République s'est défendu sur son omniprésence médiatique au lendemain des attentats de novembre. « Personne ne m'a demandé de communiquer de cette façon », a lancé le magistrat. « C'était une habitude que j'avais prise en Seine-Saint-Denis », une juridiction sinistrée, pour « valoriser le travail institutionnel des équipes », a-t-il ajouté. « Le parquetier qui parle le fait avec une éthique, en respectant les grands principes de la procédure et de la présomption d'innocence. J'ai estimé qu'il fallait le faire compte tenu du trouble qu'avaient causé ces attentats », a-t-il dit. Et pour éviter, peut-être, que d'autres ne le fassent à sa place.

Amedy Coulibaly n'était pas censé agir seul
Les attentats ont-ils été coordonnés depuis la Belgique ? « Je pense que c'est évident. Nous sommes dans le cadre d'un attentat concerté, avec des équipes coordonnées à partir de la Syrie. Ces gens sont sous la coupe d'individus regroupés dans des katibas en Syrie. » Des gens comme Abdelhamid Abaaoud étaient présents pour vérifier que tout se passait comme ils l'avaient prévu.

En ce qui concerne les attentats de janvier, les meurtres d'Amedy Coulibaly renvoient à Daech, ceux des frères Kouachi à Aqpa. En réalité, « ces deux équipes ont agi en totale complémentarité », a expliqué François Molins. Et le procureur de livrer un enseignement glaçant : « Le projet qu'a commis Amedy Coulibaly devait certainement être commis avec d'autres personnes qui ne l'ont finalement pas rejoint », a-t-il dit. Amedy Coulibaly a donc agi seul, et dans l'improvisation, alors que toutes les étapes qui avaient précédé son passage à l'action avaient été minutieusement préparées.

Huit smartphones qui n'ont jamais pu être pénétrés
Le procureur a ensuite avoué son impuissance devant « certains logiciels de cryptage que l'on retrouve à chaque fois ». « Si la personne (interpellée, NDLR) ne veut pas donner le code d'accès (de son propre chef, NDLR), on ne peut plus entrer dans les téléphones. On a évoqué ces choses sur le plan international. (...) C'est un problème qui nous rend aveugles dans certains cas. Dans l'affaire Sid Ahmed Ghlam, on a toujours un téléphone que l'on n'a jamais pu pénétrer. L'année dernière, en tout, ce sont huit smartphones, en matière terroriste, qui n'ont jamais été pénétrés. On se prive de moyens d'investigation », a-t-il expliqué.

215 saisines du parquet antiterroriste
Le magistrat a botté en touche sur la déchéance de nationalité, se revendiquant de son devoir de réserve. Il a, en revanche, évoqué les futures mesures que le gouvernement compte prendre pour lutter contre le terrorisme. Le parquet de Paris compte 132 magistrats, a-t-il dit. Depuis le 4 janvier, la section antiterroriste est désormais composée de 11 magistrats. « Compte tenu des chiffres exponentiels que l'on connaît du nombre de dossiers, c'est suffisant pour le moment, ça ne le sera plus dans quelques mois », affirme François Molins. « Aujourd'hui, nous sommes à 215 saisines, qui concernent 711 individus, dont 240 ont été mis en examen et 443 qui font l'objet le plus souvent d'un mandat d'arrêt ou un mandat de recherche », a-t-il souligné. En cas d'urgence, le procureur dispose d'une liste mobilisable de 60 magistrats, ce qui permet une grande flexibilité dans l'action.

Sur la nouvelle loi antiterroriste : « Il ne faut pas opposer le parquet et l'instruction. La lutte antiterroriste est un travail d'ensemble. Il y a des juges d'instruction qui sont extrêmement compétents, extrêmement investis. On peut analyser cela comme des pouvoirs supplémentaires donnés au parquet. Mais, en matière terroriste, on continuera dans tous les dossiers qui nous sont soumis à aller, à un moment ou à un autre, vers les juges d'instruction. »

35 mineurs en voie de radicalisation suivis par le parquet
« Pour les mineurs en voie de radicalisation, on considère au parquet de Paris qu'ils sont en danger », a assuré le magistrat. Ces mineurs font l'objet d'un circuit spécifique et sont suivis par le juge des enfants. Plus d'un tiers des Français en Irak et en Syrie sont des femmes. « La plupart d'entre elles vont là-bas pour épouser un combattant ou accompagner la famille », a dit François Molins. « On a beaucoup de femmes qui adhèrent à des conceptions religieuses fanatisées », a lancé le magistrat. Certaines d'entre elles sont cantonnées à des tâches ménagères ou destinées à enfanter. « On a également des femmes victimes, qui sont battues et violées. Nous avons l'exemple d'une femme qui a été défenestrée. (...) À l'opposé, nous avons également des femmes combattantes. Je pense à l'une d'entre elles qui se promenait en Syrie avec une ceinture d'explosifs. »

François Molins s'est dit légèrement gêné par les manifestations d'empathie qui le concernent et les nombreux portraits élogieux qui lui ont été consacrés dans la presse. « Je suis plutôt quelqu'un de timide et de modeste, cela ne va pas très bien avec ma personnalité », a-t-il dit.

Pour conclure, le procureur de la République de Paris s'est exprimé sur la responsabilité des médias. « Le droit à l'information a des limites (...) qui renvoient à la sécurité des gens et à la dignité des victimes. On est en train de poursuivre ceux qui sont à l'origine de la diffusion de la carte d'identité d'un des frères Kouachi. Mais également ceux qui ont diffusé le procès-verbal de ce témoin qui nous a mis sur la piste de Hasna Aït Boulahcen, et qui mettent la vie de ce témoin en danger (il s'agit de Valeurs actuelles, NDLR). » Sur l'initiative qui a consisté en Belgique à diffuser des photos de chats pendant l'intervention des forces de l'ordre, François Molins a dit trouver cela « assez amusant, et finalement assez efficace ». « En termes de discipline collective, j'ai souri au début. Mais si, derrière, cela assure un consensus autour du secret des investigations en cours, pourquoi pas ! »

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11-L'Iran dévoile un entrepôt souterrain plein de missiles balistiques 
Iran - Modifié le 06/01/2016

La télévision iranienne a dévoilé, ce mardi, la présence d'une nouvelle base souterraine contenant des missiles d'une portée de 1 700 kilomètres. Washington s'inquiète.

L'Iran diffuse des images d'un entrepôt de missiles balistiques.
L'Iran diffuse des images d'un entrepôt de missiles balistiques.

Ils auraient une portée de 1 700 kilomètres et seraient entreposés dans une nouvelle base souterraine. Ces missiles balistiques, Emad notamment, font grand bruit en Iran, et donc dans le monde et surtout à Washington, depuis que les images diffusées par Irib, la télévision d'État, ont dévoilé la présence de cet entrepôt jusqu'ici inconnu.

Le président du Parlement visite tranquillement l'entrepôt
Sur fond de tension avec les États-Unis qui envisagent des sanctions liées au programme balistique de Téhéran, on y voit pourtant le président du Parlement Ali Larijani en train de tranquillement visiter cette base souterraine non localisée.

Pour rappel, l'Iran avait effectué au moins un essai réussi de ce type de missile en octobre et, selon des experts de l'ONU, cela constituait une violation d'une résolution datant de 2010 interdisant l'utilisation par l'Iran de missiles balistiques de peur qu'ils ne soient dotés d'une tête nucléaire.

« Nous manquons d'espace pour stocker nos missiles » 
Quant à la télévision d'État, elle avait déjà montré en octobre, peu après l'essai d'un missile Emad, des images d'une base souterraine remplies de missiles, l'une des nombreuses dont affirme disposer l'Iran à travers tout le pays. 

« Nous manquons d'espace pour stocker nos missiles », a même déclaré, ce vendredi, le général Hossein Salami, numéro deux des Gardiens de la révolution, armée d'élite de la République islamique d'Iran. Pourtant, l'Iran a toujours nié chercher à se doter de l'arme nucléaire et affirme que ses missiles ne sont pas conçus pour supporter une telle bombe.

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12-"L’Arabie saoudite est en pleine surenchère avec Daech"
04/01/16

Le royaume saoudien partage avec Daech la même idéologie religieuse qu’il exporte jusqu’en Europe à coup de milliards. Les deux se font concurrence pour montrer qui applique l’islam le plus rigoriste. Avec 47 personnes – activistes d’al-Qaida et opposants chiites – décapitées ou fusillées en une seule journée le 2 janvier, les dirigeants saoudiens ont décidé la plus grande exécution de masse dans leur pays depuis 35 ans. L’objectif est de montrer à l’ensemble du monde sunnite que le royaume n’est pas moins radical que Daech et qu’il ne tolère aucune opposition. Ce régime reste officiellement notre allié et surtout le meilleur client de notre industrie d’armement. Interview de Pierre Conesa, expert en stratégie *.

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Voir la vidéo :
Décapitations ordinaires en Arabie Saoudite

Capital : Des soupçons de financement de groupes terroristes pèsent depuis longtemps sur l’Arabie saoudite. Pourquoi Riyad joue-t-il à ce jeu-là ?
Pierre Conesa : Il existe une forte connivence intellectuelle entre la société saoudienne et l’islam radical, et donc son avatar guerrier, le djihadisme. Outre la monarchie absolue, l’autre pilier du royaume est en effet le wahhabisme, une pratique de l’islam littéraliste et passéiste. A chaque fois que le régime est contesté, notamment quand il fait appel à l’Occident – à l’occasion de la première guerre du Golfe, par exemple – il lui faut donner des gages à sa hiérarchie religieuse. A l’extérieur, tous les groupes armés qui ont été soutenus par l’Arabie saoudite depuis l’invasion soviétique en Afghanistan ont exporté cette vision ultrarigoriste et punitive de l’islam, avec l’aval des autorités politiques et du clergé du pays. De ce point de vue, il y a clairement une continuité entre certains moudjahidin qui ont combattu les Russes en Afghanistan, les talibans – littéralement "étudiants en religion", formés dans des écoles coraniques financées par l’Arabie saoudite au Pakistan – le GIA en Algérie, al-Qaida, puis aujourd’hui Daech, pour ne nommer qu’eux. Tous ces groupes se montrent implacables avec les autres musulmans ou leurs prisonniers, n’hésitant pas à les mutiler avant de les exécuter. Des pratiques similaires, extrêmement cruelles, sont d’ailleurs légales en Arabie saoudite.

Capital : Peut-on affirmer aujourd’hui que l’Arabie saoudite contribue à remplir les caisses de Daech ?
Pierre Conesa : Elle y contribue sans aucun doute, mais c’est très dur à prouver et à mesurer. Les circuits financiers de la diplomatie religieuse saoudienne sont à la fois opaques et complexes. Nombre de princes (il y en a une dizaine de milliers) et de riches Saoudiens voyagent pour s’aérer l’esprit et vont faire la fête à Dubaï, par exemple. A leur retour au pays, ils s’offrent des indulgences en faisant des dons à des ONG. Cet argent peut servir à financer l’achat de médicaments dans des camps de réfugiés, mais il peut aussi bien être récupéré par des groupes combattants, dont certains classés terroristes, comme Daech. Par ailleurs, l’argent officiel qui alimente la propagande religieuse circule via diverses organisations ombrelles, dont la plus connue est la Ligue islamique mondiale, créée dans les années 1960 par l’Arabie saoudite pour s’opposer à l’expansion du nationalisme arabe de Nasser et répandre la charia. Selon des câbles diplomatiques sortis l’été dernier par WikiLeaks, la monarchie saoudienne a mis en place depuis des dizaines d’années un système d’influence financé par les pétrodollars. Pour promouvoir sa version rigoriste de l’islam et contrer l’Iran chiite, à qui il ne veut pas laisser la main sur l’islam politique, le royaume finance l’édification de mosquées – plusieurs milliers, dit-on –, des madrasas (écoles religieuses) avec des manuels, des bourses et le couvert, ainsi que des ONG. En France, comme dans d’autres pays européens, cet argent a été utilisé pour la construction de mosquées, de centres culturels et pour l’envoi d’imams salafistes. Certains estiment que l’investissement total est de 2 à 3 milliards de dollars par an. C’est colossal.

Capital : Peut-on vraiment considérer l’Arabie saoudite comme un allié ?
Pierre Conesa : Le pays est officiellement membre de la coalition internationale qui lutte contre Daech. Mais il n’y pèse pas très lourd et, comme les autres Etats du Golfe, il refuse d’accueillir un seul réfugié syrien. La contradiction n’a jamais été aussi visible dans les liens qu’entretiennent les pays occidentaux avec le royaume. On veut détruire Daech et on est l’allié de l’Arabie, dont l’idéologie religieuse est la même que celle de l’Etat islamique. On peut même dire que les deux se font concurrence et se livrent à une véritable surenchère pour montrer qui applique l’islam le plus rigoriste. Comme l’a écrit le journaliste algérien Kamel Daoud dans le "New York Times" : "L’Arabie, c’est un Daech qui a réussi."

Capital : Mais alors pourquoi François Hollande a-t-il réservé sa première visite dans le Golfe à Riyad ?
Pierre Conesa : Vous savez, l‘Arabie saoudite, comme le Qatar, est un très ancien partenaire de la France. C’est de loin le premier client de notre industrie militaire depuis une vingtaine d’années. Elle nous a acheté des hélicoptères de combat, des blindés, des frégates. Elle vient même de régler les factures d’armement de l’Egypte (les ex-Mistral russes) et du Liban. Depuis des décennies, l’argumentaire de notre relation avec Riyad, c’est qu’il y a 10 milliards de contrats dans les tuyaux ! Ce n’est ni de droite, ni de gauche. En gros, la ligne officielle c’est "un bon client, ça se respecte". Et les lobbys de l’armement, de l’énergie, du luxe et des biens d’équipement se chargent de le rappeler à nos gouvernants. D’ailleurs, vous pouvez observer que ces derniers donnent des leçons sur les Droits de l’homme à la terre entière sauf à l’Arabie saoudite. La dimension économique l’emporte largement sur toute autre considération.

Capital : Quel peut être l’impact de la chute du prix du pétrole, dont les exportations représentaient 85% des recettes budgétaires du pays ?
Pierre Conesa : Dans le passé, l’Arabie saoudite, qui dispose de réserves colossales, a déjà dû gérer des crises. Mais celle–ci est plus violente : le royaume a vu ses recettes s’effondrer quand le prix du pétrole a été divisé par deux il y a un an. Il affiche aujourd’hui un déficit budgétaire équivalent à 20% de son PIB et a fait savoir que pour la première fois il allait recourir à l’emprunt sur les marchés internationaux. Si le cours du brut ne remonte pas, l’ajustement risque d’être brutal et les effets sur le marché du travail redoutables. Souvenez-vous de 2013 : Riyad a expulsé 4 millions d’immigrés, surtout des Africains, des Indiens et des Yéménites. Les Saoudiens ne s’en sont pas offusqués.

Capital : Arrivé au pouvoir il y a un an, le roi Salmane, vingt-cinquième fils du fondateur du royaume, a-t-il l’ambition de libéraliser le régime ?
Pierre Conesa : Je ne le pense pas. Certains le disent libéral car, au niveau économique, il a supprimé l’obligation d’avoir un partenaire saoudien pour créer une entreprise locale. Mais c’est un conservateur, très lié au clergé. Le régime pourrait même se durcir, car il fait face à une montée des périls inédite. D’une part, il est en compétition avec Daech et, d’autre part, il voit avec angoisse le retour sur la scène de l’Iran, son grand rival régional. Ajoutez-y la crise du pétrole, et on peut comprendre que la dynastie ait du mal à dormir.

Propos recueillis par Patrick Chabert et Eric Wattez
* Pierre Conesa est un spécialiste des questions de stratégies internationales. Après avoir longtemps travaillé au ministère de la Défense, il a dirigé un important cabinet d’intelligence économique. Historien, enseignant à Sciences po Paris et essayiste, il a publié notamment "La Fabrication de l’ennemi" (éditions Robert Laffont) en 2011.
http://www.capital.fr/var/cap/storage/images/media/images/photos/capital-prod/arabie-carte/16260537-1-fre-FR/arabie-carte_medium.jpg
Les dates clés :
1932 : Création du royaume par Ibn Saoud, qui en fait une monarchie absolue avec l’islam wahhabite pour religion d’Etat.
1945 : Alliance avec les Etats-Unis, lors du pacte du Quincy : accès au pétrole contre protection militaire.
1979 : Prise d’assaut de la Grande Mosquée de La Mecque par des ultraconservateurs et, sous la pression, virage fondamentaliste du régime.
2015 : Le roi Salmane monte sur le trône.

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13-Daech pourrait fabriquer des missiles capables d'abattre des avions

Le groupe terroriste Etat islamique se serait doté des moyens de fabriquer des armes capables d'abattre des avions militaires et civils, ainsi que de produire des voitures piégées commandées à distance.

Un lance-missile

Selon la chaîne de télévision Sky News, des chercheurs et des experts militaires travaillant pour Daech à Rakka, "capitale" du groupe en Syrie, auraient fabriqué des accumulateurs de chaleur artisanaux pour les missiles sol-air, ce qui permet de construire des têtes chercheuses à infrarouge.

Sur des vidéos dont dispose la chaîne, on voit qu'à l'heure actuelle les djihadistes sont capables de remettre en service des milliers de missiles considérés comme obsolètes et retirés de l'exploitation par les gouvernements occidentaux.

Sky News signale que les têtes chercheuses à infrarouge pourraient être utilisées pour attaquer des avions de ligne et des avions de guerre et que leur précision de guidage atteindrait 99%.

Le quotidien Independent communique, se référant à des experts, que des groupes terroristes avaient depuis longtemps accès à de telles armes, cependant la construction d'un accumulateur de chaleur indispensable pour le fonctionnement des missiles est un problème extrêmement compliqué en l'absence de connaissances techniques.

En outre, les vidéos montrent des expériences faites avec des voitures piégées commandées à distance et qui ont un mannequin à la place du conducteur.

Le groupe terroriste Etat islamique présente actuellement une des principales menaces à la sécurité mondiale. En trois ans, les terroristes sont parvenus à s'emparer de territoires énormes en Irak et en Syrie. Ils tentent de propager leur influence en Afrique du Nord, notamment en Libye. Selon certaines estimations, la superficie des territoires contrôlés par Daech est évaluée à 90.000 kilomètres carrés.

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14-Daech, des experts médiatiques à la recherche du coup d'éclat permanent

Les «reporters» de l'État islamique sont considérés comme «des cadres importants sinon essentiels dans le fonctionnement du ‘califat'», selon un rapport de Reporter sans frontière publié cette semaine.

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Lire aussi :
Daech, décapitation collectives par explosifs
En Syrie, la journaliste qui narguait Daech exécutée
Une journaliste syrienne aurait été exécutée par Daech 

À Raqqa, les «journalistes» de l'État islamique sont traités comme des princes. Dans un rapport publié lundi, l'association Reporter sans frontière (RSF) détaille la mécanique à l'oeuvre derrière la propagande déversée quotidiennement par l'organisation terroriste sur les réseaux sociaux. Regroupés dans des «brigades médiatiques», les photographes, cameramen et reporter de Daech sont «des cadres importants sinon essentiels dans le fonctionnement du ‘califat'», estime l'association de défense des journalistes. La plupart d'entre eux ont déjà une expérience dans le domaine antérieure à leur recrutement, qu'ils soient anciens journalistes, vidéastes amateurs ou bon connaisseurs des forums et réseaux sociaux. Après une formation au maniement des armes, ils intègrent les unités combattantes, mais bénéficient de nombreux privilèges, matériels ou financiers. «Certains sont payés jusqu'à sept fois plus que le fantassin de base», détaille RSF, ajoutant qu'ils bénéficient d'une voiture de fonction, d'un smartphone et d'un équipement informatique dernier cri. «Ils sont exemptés d'impôts ; parfois, leur famille est même logée dans l'une des ‘villas' que le califat met à disposition de ses cadres les plus méritants», poursuit le rapport. En réalité, le traitement des plus expérimentés s'apparente à celui des «émirs», les officiers supérieurs de Daech. Ils sont donc traités comme des cibles militaires par la coalition internationale, qui a déjà tué certains d'entre eux dans des frappes ciblées. 

Décapitation, fiançailles ou simple coucher de soleil
Le système médiatique de Daech est aussi nébuleux que cloisonné. Un jeune déserteur marocain interrogé par le Washington Post, ex-cameraman pour l'organisation terroriste, décrit une «véritable armée médiatique». Les photographes et cameraman sont les «ouvriers» qui collectent les informations sur le terrain. Ils reçoivent leurs consignes au jour le jour. Sur un petit bout de papier marqué du sceau de l'État islamique, ils n'obtiennent généralement que le lieu dans lequel ils doivent se rendre. À ce stade, ils ne savent pas s'ils vont filmer une exécution de masse, une décapitation ou un repas de rupture de jeune, des fiançailles voire un simple coucher de soleil. Pour s'assurer de leur docilité, une épée de damoclès pèse en permanence au-dessus de leur tête. «Vous savez que vous pouvez à tout moment prendre la place des suppliciés que vous filmez», explique le déserteur. Les images sont ensuite récupérées par les réalisateurs. Enfin, les dernières étapes de la publication de la vidéo sont supervisées par les plus hautes instances de l'organisation, de la rédaction des commentaires au choix de la date de diffusion. 

Un réseau médiatique diversifié
Leur production est diffusée par un réseau de médias extrêmement bien organisé et hiérarchisé. À Mossoul, capitale du Nord de l'Irak, au moins cinq chaînes de télévision et une radio, al-Bayan, diffusent ces contenus. Deux autres chaînes diffusent à Raqqa, et le magazine Dabiq est traduit en plusieurs langues pour atteindre un public occidental. Le dernier rapport du think tank britannique Quilliam, spécialiste du contre-terrorisme, identifie la «Fondation Base» comme le centre de commandement des médias de l'État islamique. Sept branches médiatiques en sont issues, chacune ayant sa propre spécialité entre la vidéo, le texte, les photos, la radio ou les traductions. Ce sont les fondations al-Furqan, al-Itisam, al-Himma, ajnad, la radio al-Bayan, al-Hayat Media center et l'agence A'maq. Cette dernière agence, probablement basée à Raqqa, compile des informations en provenance de trente-huit «bureaux» à travers le monde (en Syrie, Irak, Afghanistan, Afrique de l'Ouest ou encore dans le Caucase, en Algérie, Égypte, Yémen, Libye, Tunisie, Arabie saoudite… détaille RSF.) L'organisation serait chapotée par Abou Mohammed Al-Adnani, principal porte-parole du califat et parfois présenté comme l'un des «cerveaux» des attentats du 13 novembre 2015 à Paris.

Terrifier pour maintenir l'attention
Insatiable machine à propagande, la Fondation Base publie quelque 15.000 documents par an, dont 800 vidéos et une vingtaine de magazines, le tout en onze langues dont le mandarin, a compté Charlie Winter du think tank britannique Quilliam. La grande majorité des vidéos dépeignent une vie quotidienne idéalisée dans le califat. Elles mettent en scène des djihadistes qui administrent la ville, règlent la circulation, construisent des écoles, dînent dans des restaurants... Ensuite, les vidéos de manoeuvres guerrières représentent un bon tiers des contenus. Dans cet agglomérat hétéroclite, seuls 2,13% des contenus sont violents. Mais ces images atroces sont le fer de lance de la communication de Daech vers l'occident. Elles ont pour fonction de terrifier les néophytes, mais aussi de séduire de nouvelles recrues. Pour maintenir l'attention médiatique, les djihadistes se renouvellent constamment dans l'horreur. Aux décapitations se sont substituées les exécutions de masse, suivies de corps noyés, brûlés dans des cages, écartelés par des pick-up... Le tout mis en scène conformément aux codes du cinéma d'action d'aujourd'hui, avec ralentis et effets spéciaux. Dans ces tournages qui durent plusieurs heures, ce n'est pas le bourreau mais l'équipe de vidéastes qui décide du moment de l'exécution. Une fois mises en ligne, ces vidéos deviennent instantanément virales. Car la véritable caisse de résonance de la propagande de Daech reste incontestablement le web.

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15-Journal de bord d'un Français parti combattre Daech

Martin, militaire à la retraite parti combattre l'État islamique en Irak aux côtés des Peshmergas, nous a confié son journal de bord, écrit lorsqu'il était au front.

Martin (au centre), a vécu un mois et demi aux côtés des Peshmergas à Sinjar. Son visage est flouté, car il désire rester anonyme.
Martin (au centre), a vécu un mois et demi aux côtés des Peshmergas à Sinjar. Son visage est flouté, car il désire rester anonyme.

Martin* approche de la soixantaine. Dans une autre vie, il a été sous-officier dans l'armée française, dans laquelle il a passé 18 ans. En mars dernier, après avoir assisté impuissant aux attentats de Charlie Hebdo et à la montée en puissance de l'État islamique, il prend la décision de partir combattre Daech par ses propres moyens. Ils sont alors plusieurs Français à avoir la même idée. Après un premier voyage en septembre, il décide, bouleversé par les attentats du 13 novembre, de retourner au Kurdistan irakien, à Sinjar, où les Peshmergas se battent contre Daech. 

Martin se trouvait sur le front kurde à Sinjar, non loin de Mossoul.

Il n'appartient à aucune association, aucune de «ces milices» qui, dit-il, veulent «gagner du pognon». Il est parti seul, fort de son expérience. Pendant un mois et demi, il a vécu aux côtés des Peshmergas. Il nous livre un document exceptionnel: son journal de bord, qu'il a écrit sur le front, pour tromper l'ennui d'une guerre de positions et coucher sur le papier ses émotions. En voici, en exclusivité pour Le Figaro, quelques extraits, qui permettent de mieux comprendre une guerre à la fois proche et lointaine, et les raisons qui poussent certains de nos compatriotes à y prendre part.

• Sur les causes de son engagement
«Est-ce le besoin de s'engager pour des causes auxquelles j'adhère sur un simple coup de cœur (simple vraiment?). Le Rwanda, Gaza et maintenant le Kurdistan. La facilité toute relative de pouvoir ‘épouser' ces causes est aussi à prendre en compte. La crise des soixante ans? Réaliser que l'on est à mi-pente, voire plus (la pente descendante dans mon cas) et que c'est sans doute la dernière opportunité de réaliser quelque chose de constructif, d'épanouissant hormis peut-être m'occuper un jour de mon petit-fils ou de ma petite-fille?»

• «Je ne suis pas un croisé»
«Régulièrement, les Peshmergas nous montrent sur leur iPhone des vidéos de propagande de l'EI: l'égorgement et la décapitation d'un Peshmerga, resté digne durant le laïus de son bourreau (les reflets du soleil sur l'écran m'ont heureusement empêché d'assister à l'insoutenable); regroupement de civils avant le tir d'un missile anti-char au milieu du groupe. En prenant Sinjar, l'EI a d'emblée exécuté trois cents civils à l'instar des S.S lors de la Deuxième Guerre mondiale. La deuxième constatation de la soirée est que le véhicule qui sera synonyme de salut pour les blessés au combat porte le Croissant Rouge et non pas la Croix-Rouge. Cette remarque afin de signifier clairement à ceux qui pourraient le croire que je ne suis pas venu ici vêtu de l'habit des Croisés.»

«Je préfère laisser la vedette aux Peshmergas car ce sont eux les véritables héros. Personnellement je n'ai rien fait qui justifie un tel compliment.»

«Je préfère laisser la vedette aux Peshmergas car ce sont eux les véritables héros. Les survivants des différents conflits, en dépit de leurs actes héroïques, s'accordent tous à dire que les véritables héros sont les camarades morts au combat. Personnellement je n'ai rien fait qui justifie un tel compliment.»

• Dimanche 6 décembre: «Ma décision de contrer le mal est prise depuis longtemps»
«Matin [NDLR: un autre combattant étranger] prend le premier tour de garde. Là encore, l'équipe nous chouchoute car, comme avec les précédents, nous «écopons» des tranches horaires les plus sympas: de dix-neuf heures à minuit. Nous faisons un roulement entre nous, il va de soi. Allongé sur mon matelas, je sens que quelqu'un jette sur moi une couverture ; il s'agit d'un jeune capitaine, musulman, pratiquant de surcroît. Quelle belle leçon de générosité, de partage encore: H…, le musulman pratiquant jetant sa couverture sur les épaules de Martin, le baptisé(...)

Le soir, après le combat, Martin (à droite) et ses camarades Peshmergas. (DR)

Au moment où j'écris, nos anges gardiens [NDLR: Les Rafales français qui bombardent les positions de Daech] sont en train de «taper dur» au loin sur Daech. Sans doute, passerons-nous tous les trois Noël sur la ligne de front comme les militaires français engagés au Mali, au Tchad et ailleurs ainsi que les marins-pêcheurs, les marins de la Marchande, les humanitaires, les femmes enlevées par Boko-Haram et Daech et tous les autres. Mais peu importe. Pas d'état d'âme, pas de nostalgie. J'ai consulté, avant de revenir ici, la galerie de portraits des victimes des attentats de Paris. Toutes ces personnes tuées au nom d'une idéologie détestant notre mode de vie «décadent». Nous ne sommes pas là, nous les «Occidentaux» partis combattre Daech tous pour les mêmes raisons, j'en conviens. Mais pour ma part, ces visages, jeunes pour la plupart, se fondent en un seul visage: celui de ma fille. Ma décision de contrer le «Mal», d'une manière ou d'une autre, est prise depuis longtemps. Me manquait d'une part l'argent, d'autre part le bon canal pour parvenir sur place. La Syrie a été quelque temps envisagée. Mais la complexité pour y arriver dans un premier temps, puis l'imbroglio politique qui règne autour des parties en présence dans un second temps, m'ont orienté sur l'Irak.»

• Mercredi 9 décembre: «Beaucoup viennent d'un peu partout pour se joindre au combat contre Daech»
«Nous-mêmes occupons l'ex-demeure d'un général. Il me dit avoir rejoint les Peshmergas depuis l'Angleterre où il vivait avec sa famille. Beaucoup viennent d'un peu partout, principalement d'Europe, pour se joindre au combat contre Daech. Ainsi se côtoient avocat de haut vol, trader et même un ancien trafiquant repenti et farouche guerrier, ayant combattu dans les rangs du PKK. Le fait d'avoir des interlocuteurs anglophones permet le contact avec les autres soldats. Sinon, avec force gestes et quelques mots appris au fil des jours, on arrive toujours à se faire comprendre (....)

Nous sommes interloqués car les traçantes montent vers le ciel. Le bruit caractéristique nous permet de repérer un drone. Certes, les Peshmergas nous ont montré la photo d'un drone capturé chez l'ennemi et mesurant en tout et pour tout entre un mètre cinquante et deux mètres d'envergure. Mais c'est sans commune mesure avec celui qui nous survole. Celui que j'observe dans mes jumelles est sans conteste un drone d'observation de la Coalition, américain sans doute (Ameriki comme me dit un officier). Son pilote est-il installé dans un container aux États-Unis, en Turquie, à Berlin, en Jordanie? Quoi qu'il en soit, grâce à son optique embarqué, de nombreux yeux scrutent le relief en avant de nos positions. Nous avons eu l'occasion, tous trois d'entr'apercevoir la tablette du capitaine en charge des frappes aériennes. Depuis son séjour parmi nous, les frappes ont été plus nombreuses et particulièrement la nuit dernière. Un trait de lumière dans la nuit, à l'instar d'une étoile filante, c'est un missile qui file vers sa cible accompagné d'un bruissement caractéristique. Les djihadistes désireux de mourir en martyrs afin de bénéficier des soixante-dix ou soixante-douze vierges ont-ils été exaucés?»

• Lundi 14 décembre: «Beaucoup de similitudes entre les Poilus de 14-18 et ces Peshmergas»
Temps pluvieux, vent d'Est. Un temps à mettre à mal mon moral ou tout au moins m'amène à envisager un retour en France. La monotonie de ces derniers jours nous pèse aussi. La matinée passe ainsi, sans relief, insipide. Et puis en début d'après-midi, une première alerte, ponctuée par les premiers tirs de mortiers, nous fait tous cavaler vers les postes de combat. L'occasion de rencontrer d'autres Peshmergas. Fin d'alerte, retour à la maison, et rebelote. De nouveau aux postes. Zangel me dit avoir aperçu ses premiers djihadistes dans sa lunette. Le village duquel ils nous tirent dessus se trouve à environ mille, mille deux cents mètres. Lors de la troisième alerte, je me joins à un trio de capitaines qui dorment avec nous, dont le capitaine B…, le boute en train. Nous rejoignons dans un abri aménagé une douzaine de Peshmergas. Dans la pénombre qui règne à l'intérieur, les visages sont gommés, estompés. Seul un chauffage au gas-oil, une meurtrière et les bouts incandescents des cigarettes nous évitent d'être plongés dans une totale obscurité. Les soldats et les officiers plaisantent. Même si je ne comprends pas un traître mot de ce qui se dit, leurs rires et leurs sourires que je devine plus que je ne les vois apportent une certaine chaleur à cet ersatz de bunker. Certains portent le casque en kevlar, d'autres sont nu-tête, certains ont un bonnet style cagoule de motards. Et je me dis que si un peintre avait eu l'occasion de croquer cette scène, il aurait pu appeler cette peinture «Le soldat intemporel». A cet instant et seulement à cet instant bien sûr, un Voyageur du Temps trouverait beaucoup de similitudes entre les Poilus de 14-18 (La Der des Ders soi-disant) et ces Peshmergas.

Dans un abri avec les Peshmergas.

• Mercredi 16 décembre: attentat kamikaze
«La journée débute tranquillement. Puis après le petit déjeuner, les capitaines nous informent qu'un élément du bataillon qui a relevé le nôtre sur l'ancienne position le 24 novembre a été victime d'un attentat kamikaze. Un individu profitant du relief escarpé et d'un brouillard dense a réussi à pénétrer dans une maison abritant une section et s'est fait exploser à l'intérieur. Bilan: huit morts et dix blessés dont deux généraux. La perte de ces camarades n'affecte en rien le moral du bataillon. Ces Peshmergas sont devenus des «Shahid» mais en défendant leur patrie, leur vie et leurs familles. Pour eux aussi la journée s'annonçait sans histoire. Et le Ciel qui leur tombe, non qui leur explose au visage.»

• Jeudi 17 décembre: une guerre de positions
«On est loin d'une guerre en phase dynamique. Chaque maison occupée par un détachement peshmerga devient un véritable fortin, les engins déversant des tonnes de terre sur le pourtour de chacune d'entre elles. Ce boudin de terre, haut de deux mètres et plus, large de deux à trois mètres, constitue un rempart efficace contre les tirs de mortiers aux alentours ou contre des tirs de R.P.G, ces petites roquettes lancées à partir d'un tube portatif. Cette noria d'engins me laisse même à penser que l'on envisage l'éventualité d'une tentative de reprise de Sinjar par Daech.»

On est loin d'une guerre en phase dynamique. Chaque maison occupée par un détachement peshmerga devient un véritable fortin, les engins déversant des tonnes de terre sur le pourtour de chacune d'entre elles. (Crédits: DR)

• Mardi 22 décembre: amputé pour avoir fumé à Mossoul
«En discutant avec un petit groupe de partants, l'un d'entre eux me montre une de ses mains dont le majeur est amputé de deux phalanges. Vivant à Mossoul, conquise par l'EI, il a été surpris en train de fumer dans la rue par une patrouille avec son ami. Condamné à être amputé séance tenante de deux doigts, il a réussi à obtenir la clémence de ses bourreaux et a sauvé ainsi un de ses doigts. Son ami qui s'est rebellé, a eu moins de chance et a été exécuté sur le champ d'une balle dans la tête.»

«Quand un Peshmerga me dit de ne pas rester au milieu de la meurtrière du poste de combat sauf pour tirer, eh bien je me mets derrière la pile de sacs de sable. Celui qui persiste à ne pas tenir compte de ces conseils avisés et de ces comportements responsables est à mon humble avis un inconscient, voire un irresponsable. Devenir Shahid, c'est à dire tué au combat du fait des aléas de la guerre, d'accord. Mourir connement par le non-respect des règles les plus élémentaires de sécurité, non. À moins d'être en proie à des pulsions suicidaires, nous rapprochant ainsi sur ce point de ceux d'en face.»

• 2 janvier 2016: le retour
«Après une quarantaine de jours passés auprès des Peshmergas, c'est le désœuvrement qui a raison de ma détermination. À aucun moment, je n'ai craint pour ma vie. Il suffit de respecter certaines règles tout comme dans l'exercice de certains travaux ou dès lors que l'on sort de chez soi. J'avoue qu'il est tentant pour certains via les réseaux sociaux de se créer un personnage de Contes et Légendes, en quête de reconnaissance ou dans le simple but de se sortir de l'uniformité de la vie. On peut se retrouver ici pour de multiples mauvaises raisons. Se faire photographier sur le toit d'une maison à Dohuk avec une kalachnikov entre les mains et de «partager», je dirai plutôt imposer, cette photo sur sa page Facebook, ce fait nous a été rapporté à mes camarades et moi-même par un soldat de Dwekh Nawsha. 

Poser son Iphone ou son Ipad (je ne connais toujours pas la différence) sur le sac de sable devant soi et se filmer en train de vider un chargeur, faisant croire ainsi que l'on se retrouve face à une horde d'assaillants, je l'ai vu faire c'est vrai.Mais le personnage en question n'est pas resté une semaine parmi nous, raillé de tous côtés. Le côté frime ne peut exister très longtemps au sein de troupes aguerries.. (...)

Danse de Peshmergas dans la base.

«C'est un immense honneur pour moi d'avoir partagé leur quotidien durant ces quelques quarante jours. J'espère avoir la force de ne pas renier mon engagement une fois revenu dans le cocon d'une vie tranquille»

«C'est un immense honneur pour moi d'avoir partagé leur quotidien durant ces quelques quarante jours. Et ce sentiment sera toujours aussi fort à mon retour. J'espère avoir la force de ne pas renier mon engagement une fois revenu dans le cocon d'une vie tranquille, loin des crépitements des Doushkas, le fracas des bombes, des missiles et des mortiers, la boue, le froid. À l'heure où j'écris ces lignes les Anges Gardiens survolent Dohuk, lors de leurs rondes bienveillantes au-dessus du Kurdistan.»

Martin est revenu en France le 4 janvier. Il espère repartir dès qu'on aura besoin de lui, sur le front, peut-être à l'occasion de l'offensive contre Mossoul. «C'est sûr, je reviendrai, j'ai trop d'attaches là-bas», confie-t-il. 

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16-"L'Etat islamique est à la tête d'un véritable trafic d’êtres humains, spécialement de femmes, à des fins sexuelles"
30/12/2015

Pour la fondation Scelles, le magistrat Yves Charpenel a enquêté sur l'exploitation sexuelle des femmes au sein du groupe Etat islamique. Entretien

Des déplacés yézidis marchent vers la frontière syrienne pour fuir une offensive jihadiste, le 11 août 2014 en Irak.
Des déplacés yézidis marchent vers la frontière syrienne pour fuir une offensive jihadiste, le 11 août 2014 en Irak

Le groupe Etat islamique ne se finance pas seulement avec l'argent du pétrole. Il vit aussi de la prostitution. C'est l'une des conclusions du rapport de la fondation Scelles, qui paraîtra en début d’année 2016. Depuis 20 ans, cette fondation observe les phénomènes liés à l’exploitation sexuelle à travers le monde. Pour francetv info, son président, le magistrat Yves Charpenel, analyse les rapports entre crime organisé et terrorisme.

Comment avez-vous établi que l'Etat islamique a mis en place un véritable réseau de prostitution ?
Yves Charpenel : Au début de l’année 2015, j’étais à New-York (Etats-Unis) avec des membres de la division antiterroriste de l’ONU. Nous avons évoqué l’apparition d'informations concordantes faisant état en Irak et en Syrie d’une véritable organisation de trafic d’êtres humains, spécialement de femmes, à des fins sexuelles. Avec le procureur de la république de Paris, nous avons recoupé ces informations, nous avons aussi recensé les tweets émanant de jihadistes de Daesh.

L’Etat islamique théorise et assume le fait que les femmes sont une marchandise. Notamment celles venues des zones conquises. La plupart du temps, Daesh considère qu’elles ne sont pas de bonnes musulmanes, et les traite comme des esclaves. C’est d’ailleurs le terme qui est employé par les jihadistes. "Esclave" signifie que l’on est offerte aux combattants ou proposée à des tarifs "avantageux" – si l'on peut dire – aux aspirants combattants, dans des véritables maisons de prostitution.

Pourtant, l'Etat islamique cherche à attirer des femmes, notamment occidentales...
Le phénomène est difficile à quantifier. On parle de quelques centaines de femmes au total, dont un peu plus de 200 pour la France. L’organisation Etat islamique fait beaucoup de publicité pour attirer à lui des femmes venues de l’Occident. Ses messages ont changé ces derniers mois : les jihadistes montrent bien moins de décapitations et autres atrocités qu‘auparavant au profit d’images que je qualifierais de "bisounours" ou "Club Med".

Leur propagande se décompose en deux temps. D’abord, ils disent à ces jeunes femmes qui sont souvent de confession musulmane et en situation de grande vulnérabilité : "Sachez qu’en occident vous n’êtes que des prostituées". C’est un discours manifestement écrit par des occidentaux puisqu’il affirme aussi : "Vous êtes moins bien payées que les hommes, vous êtes considérées comme des objets sexuels, donc au regard du Coran, vous êtes bel et bien des prostituées. Soyez plutôt des esclaves de l'islam en venant en Syrie. Vous serez les mères des futurs combattants et vous rencontrez l’émir aux 'yeux verts'." C’est un thème récurrent, fantasmagorique qui en fait, signifie : "Vous serez enfin considérée, et vous serez utile." On est là dans un fonctionnement de type sectaire, avec des personnes attirées vers la promesse d’une vie meilleure.

Comment font-elles le chemin jusqu'en Syrie ?
Ces femmes sont prises en mains localement par des relais de l’Etat islamique. Elles sont ensuite acheminées par des étapes désormais connues, d’abord la Turquie puis la Syrie, où elles vont avoir en réalité le même sort que les femmes capturées. Elles sont proposées comme épouses aux futurs combattants après une cérémonie d’à peine quelques minutes. Celles qui n’ont pas plu ou qui n’ont pas trouvé "preneurs" sont ensuite revendues notamment aux maisons de prostitution libanaises. Et là, des tarifs, des prix ont été fixés, nous sommes dans l’exploitation sexuelle que l’on connaît malheureusement fort bien avec des premiers barèmes pour des "femmes" de 8 ans. Ces dernières étant "plus chères" que celles de 12 ans et ainsi de suite au fur et à mesure de l’âge de la personne. Il y a de véritables catalogues comme dans les maisons de passe "professionnelles". En plus des femmes occidentales, on trouve aussi des marocaines assez nombreuses tombées dans le même piège d’une promesse d’épanouissement religieux. 

Comment s’établissent les relations entre clients, chefs de réseaux et prostituées ?
Les commandes, les échanges, les messages... Tout se fait par les réseaux sociaux : Twitter, Facebook. Quant au paiement, à l'échange marchand proprement dit, on se rend compte que cela ressemble aux conclusions auxquelles nous étions parvenus après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats Unis. A l’époque, à l’occasion d’un travail que j’avais effectué pour le gouvernement, nous avions établi que le terrorisme, en particulier Al-Qaïda, n’était pas financé par des opérations économiques et financières grandioses mais plutôt par des actes de petite criminalité telles que prostitution, toxicomanie, et contrefaçon. L’Etat islamique utilise les mêmes techniques qui le conduisent à être en rapport avec des réseaux de prostitution, en particulier au Liban, que nous connaissons bien.

Le groupe Etat islamique n'est donc ni le premier groupe terroriste, ni le seul, à utiliser la prostitution pour prospérer ?
Evidemment non. Les membres du mouvement jihadiste africain Boko Haram utilisent par exemple des techniques plutôt classiques du type razzia de villages où les femmes deviennent "des butins de guerre". L’ONU estime qu’il pourrait y avoir jusqu’à 50 000 femmes concernées. A partir du moment où les femmes sont capturées – elles sont généralement d’ethnies ou de confessions (chiite ou yazidi) différentes des sunnites de Boko Haram – le groupe les utilise comme "gratification" pour ses combattants. On est donc là face à l’exploitation sexuelle de victimes en temps de guerre, un phénomène hélas bien connu. Boko Haram se finance à peu près exclusivement de cette vente de femmes et d’enfants. 

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17-Syrie : les djihadistes français vomissent leur haine de la France
30/12/2015

Au travers de vidéos de propagande, ils adressent régulièrement des messages de haine, en s'appuyant sur les attentats de janvier et de novembre.

Des djihadistes de l'Etat islamique, photo d'illustration.

Depuis les attentats du 13 novembre, comme ceux de janvier, les vidéos de djihadistes francophones se sont multipliées. Ils laissent libre cours à leur haine pour la France, « tête des croisés », nourrissant ainsi la propagande du groupe État islamique (EI). Selon les derniers chiffres, plus de mille personnes ont rejoint de France la Syrie et l'Irak, dont environ 600 y sont toujours. Quelque 500 Belges ont été identifiés, dont 270 encore sur place. Ces combattants francophones sont régulièrement mis à contribution pour menacer la Belgique et la France, « ennemi numéro 1 » de l'EI, comme la décrit un djihadiste dans une de ces vidéos diffusées notamment via les réseaux sociaux. Pour le spécialiste du terrorisme Alain Rodier, du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), les griefs entretenus par les djihadistes envers la France sont nombreux, en commençant par l'image de « la France, fille aînée de l'Église, d'où sont parties les croisades au Moyen-Âge ».

« À cela vient s'ajouter la conviction absolue qu'ils ont que les musulmans sont maltraités en France, avec les lois sur le voile à l'école et la laïcité », ainsi que « les campagnes de bombardements en Syrie et en Irak » : « la France devient l'ennemi absolu, abominable, avant même les Américains », notamment pour l'EI. Dans un message lu et diffusé le 14 novembre, le Toulousain Fabien Clain prévient « la France et ceux qui suivent sa voie (...) qu'ils restent les principales cibles de l'État islamique et qu'ils continueront à sentir l'odeur de la mort », notamment pour avoir frappé la Syrie « avec leurs avions qui ne leur ont profité en rien dans les rues malodorantes de Paris ».

« La France à genoux »
Le ton est donné pour les vidéos qui suivent. Les premières, le 16 novembre, « Combattez tous les associateurs » ou « Joie des musulmans de l'attaque de Paris », sont en arabe, avec notamment un discours d'Abou Mohamed Al Adnani, porte-parole du groupe djihadiste. Mais apparaissent très vite des films en français ou bilingues. Le 17, « Combattez-les, Allah par vos mains les châtiera » s'ouvre sur un djihadiste francophone qui félicite les tueurs de Paris « venus pour venger les musulmans ». « Dieu nous a accordé une bonne victoire », renchérit un autre, « Abou Omar al-Faransi » (le Français), dont les enquêteurs pensent qu'il s'agit d'un converti, Christophe Ouerad.

« C'est un honneur pour la communauté de savoir qu'il y a encore des lions qui sont aux aguets et qu'ils arrivent à pénétrer les frontières de ces diables, pour les humilier », poursuit le djihadiste filmé en train de prier. Un autre conclut : « On continuera à frapper chez vous, dans le coeur de votre capitale. » « Par leurs vidéos de propagande », les organisations djihadistes « veulent que des personnes se reconnaissent dans les actions comme les attentats de Paris, qu'elles les reproduisent », expliquait il y a quelques mois une source policière française. « J'encourage tous les frères français et tous les frères dans le monde de faire la même chose, de se préparer, de les combattre comme ils nous combattent », exhorte ainsi un homme encagoulé dans « Paris s'est effondré », mise en ligne le 20 novembre.

« Empoisonnez-les, tuez-les avec des couteaux, prenez leurs armes, rentrez dans leurs maisons, égorgez-les, terrorisez-les ! » demande dans « Faites exploser la France », diffusée le 21, un homme que les services spécialisés pensent avoir identifié comme un Français de 23 ans. « Oui, nous sommes des terroristes ! » revendique-t-il. « Vous êtes la cible numéro 1, vous la France, vous la tête des croisés ! » « Nous avons des frères prêts à exploser la France dans les quatre coins de France ! » Dans « La France à genoux », « Abou Tayssir al Faransi » prévient ses compatriotes : « Pour vous, vivre en paix sera un rêve et un luxe. » Face à cet activisme sur Internet, lieu de radicalisation de nombreux jeunes, le gouvernement français a lancé sa propre campagne avec le site stop-djihadisme.gouv.fr, pour diffuser un contre-discours.

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18-Le terrorisme est-il l’ennemi que l’on croit ?
17 décembre 2015 Par David Stockman

Quelle est la véritable ampleur de la menace terroriste ?

Orage foudre CC Flickr Toby1909
Orage foudre

L’année dernière, Sonya Jones est morte alors qu’elle était en train de cueillir des myrtilles ; Carla Grow a été tuée au cours d’un pique-nique en famille ; Megan Nickell est morte en jouant au volley-ball sur une plage ; et Gage McFadden connut le même sort en jouant au disc golf. William Clevenger fut frappé alors qu’il était en train de rassembler son bétail, tout comme Frankie Roberts tandis qu’il promenait ses chiens.

Dans tous ces cas, il n’y avait qu’un seul assassin : la foudre !

Selon les services météorologiques du pays, depuis le 11 septembre 2001, plus de 400 personnes ont été tuées aux États-Unis par la foudre.

En outre, au cours des quatorze années qui séparent les événements terribles et à la fois improbables du 11 septembre et le massacre du 2 décembre à San Bernardino, seuls six civils ont été tués sur le sol américain par des terroristes djihadistes, deux à l’aéroport de Los Angeles en 2002 et quatre lors du marathon de Boston en 2013.

On compte également cinq morts dus aux attaques non élucidées à l’anthrax en 2001, attaques qui n’étaient vraisemblablement pas l’œuvre de terroristes, sans oublier la fusillade meurtrière à Fort Hood en 2009 et la tuerie au centre militaire de Chattanooga l’été dernier. Mais la plupart des Américains n’ont jamais mis le pied sur une base militaire et n’ont guère de risque de se retrouver exposés à la violence qui pourrait se déclencher dans de telles infrastructures.

Clairement, la semaine dernière, nous avons assisté à un acte commis par des loups solitaires, ce qu’un correspondant de guerre de CNN a décrit comme du « terrorisme amateur. »

Cependant, la meilleure chose que les dizaines de millions de citoyens ordinaires puissent faire face à ce danger est de ne pas écouter ce que les hommes politiques ont à dire à ce sujet.

Le rôle des politiques
Pourquoi ? Parce que pour 99,99% des gens, le risque d’être tué ou blessé par un loup solitaire jihadiste est plus faible que celui d’être frappé par la foudre ; et il est très certainement bien plus faible que leur exposition à l’éruption périodique de massacres par des psychopathes nationaux et des déments mécontents qui ont lieu avec une inquiétante régularité.

Rien que ces quatre dernières années, dans une dizaine de villes différentes à travers tous les États-Unis, 105 personnes ont été tuées et 100 blessées par des fusillades qui n’étaient pas le fait de jihadistes. J’inclus ici les récents événements dans un centre de planning familial à Colorado et sur le campus de la ville de Roseburg, en Oregon, ainsi que la terrible fusillade dans une église noire à Charleston en juin dernier, la tuerie à l’école élémentaire de Newton en décembre 2012 et le massacre dans un cinéma de la ville d’Aurora en juillet 2012.

Au total on dénombre 26 fusillades depuis le 11 septembre, y compris celle du campus de l’université de Blacksburg qui a fait une cinquantaine de morts et de blessés. Environ 425 Américains ont été tués ou blessés durant ces fusillades, des crimes commis principalement par des jeunes gens malades, avec souvent la suprématie de la race blanche comme support idéologique ou d’autres motivations basées sur la haine.

Ces deux types de terrorisme pourraient-ils être supprimés, les agissements haïssables et déments des Syed Rizwan Farook et des Dylann Storm Roof ? Les responsables politiques ne peuvent quasiment rien faire, excepté ne pas empirer les choses en essayant de bombarder, d’envoyer des drones, d’envahir et d’occuper des régions dans l’espoir d’éradiquer la forme djihadiste du terrorisme.

Après tout, n’est-il pas évident, après deux décennies de terrorisme djihadiste, qu’il soit quasi-organisé, inspiré à distance ou en loups solitaires, que celui-ci est entretenu en réaction au chaos généré par l’impérialisme de Washington ? Et plus particulièrement par la terrible violence militaire du 21ème siècle que les États-Unis ont infligé aux populations musulmanes au Moyen-Orient ?

Image
Ville Miettinen-Whale oil tanks

La violence militaire infligée par les États-Unis au Proche-Orient a son lot de responsabilités dans la situation géopolitique actuelle, disions-nous récemment. Le fait est que le terrorisme n'a pas soudainement surgi des enseignements d'une religion vieille de 1.300 ans. Et on ne vient pas de découvrir que certains pays du Moyen-Orient exècrent la liberté, la prospérité et la culture matérialiste des États-Unis.

Le terrorisme djihadiste n'est arrivé aux États-Unis qu'après que Washington a formé et armé les moudjahidines dans les années 1980 ; qu'après avoir mené une guerre délibérée en Arabie et en Mésopotamie dans les années 1990 ; et qu'après avoir nourri par la suite l'anarchie des États en déliquescence du Moyen-Orient.

De fait, une fois que les néoconservateurs ont pris totalement le pouvoir lors des élections de 2000, Washington a fauché ces États, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Somalie, Yémen, avec l'empressement d'un terroriste djihadiste. À présent, tous ces États en déliquescence sont devenus un terreau fertile pour le terrorisme, mais aucun d'entre eux n'avait fricoté avec le terrorisme jusqu'à ce que les partisans du changement aient gain de cause sur les différents régimes tyranniques et autoritaires qui auparavant régnaient sur ces régions désolées.

Rien de nouveau sous le soleil…
Le meilleur symbole de cela est sans doute Syrte, la ville natale de Kadhafi, qui, ces derniers mois, est devenue la seconde capitale de Daech ; ou bien le soi-disant « gouvernement » que Washington a installé à Bagdad et qui n'est même pas parvenu à garder la ville natale de Saddam, Tikrit.

Il n'y a rien de nouveau sous le soleil : l'État Islamique n'est pas en soi plus menaçant pour les États-Unis que ne l'était Al-Qaida à l'apogée de sa gloire. S'il peut même se déclarer comme un État, c'est uniquement grâce aux innombrables cadeaux que lui ont fait Washington et ses alliés.

En effet, Daech a réussi à occuper une étroite bande de terre désolée où se nichent des villages pauvres et poussiéreux sur le cours supérieur de l'Euphrate en Syrie, une étendue désertique à l'ouest de l'Irak, les villes dévastées par la guerre des provinces d'Anbar et de Mossoul. Cela parce que Daech a pu s'emparer des immenses caches d'armes que le Pentagone avait laissées derrière lui après avoir « libéré » l'Irak. Par ailleurs, il a gagné encore plus de puissance de feu grâce aux soi-disant « modérés » Syriens tués, capturés, passés à l'ennemi ou en fuite, auxquels la CIA, le Qatar, l'Arabie Saoudite et d'autres marchands d'armes et contrebandiers de la région ont fourni les meilleures armes de pointe américaines.

L'importance du pétrole
En outre, la tyrannie brutale de Daech, même dans ses redoutables reculées, ne pourrait durer plus que quelques mois sans les revenus du pétrole passé en contrebande au vu et au su de tous via la Turquie, alliée de l'OTAN, et, à en croire certains, avec l'intermédiation de l'entreprise commerciale appartenant à la famille Erdogan.

L'idée que ce crypto-État pourrait en fait subvenir à ses besoins grâce aux rançons, à la vente d'esclaves sexuelles et au prélèvement de tarifs douaniers intérieurs sur une activité économique quasi inexistante dans la limite de ses frontières putatives est une pure fiction de Washington. Fermons la frontière turque, et les jours de Daech seront comptés.

En outre, on ne peut pas dire que la Turquie possède la plus grande organisation militaire au sein de l'OTAN, avec une armée de 500 000 hommes, 1 000 avions militaires et 3 000 tanks, vu qu'elle est incapable de fermer ses frontières. Sa frontière nord-est, contrôlée par les Kurdes, est un souk à ciel ouvert pour le transit de pétrole, d'armes et d'hommes. Cela n'est possible que parce que Washington et l'Occident ont donné leur feu vert à sa campagne pour renverser le gouvernement de son voisin syrien.

Si le président américain, bien intentionné mais incapable, veut réellement éliminer l'État Islamique, il n'a qu'à faire la paix avec Damas et dire à Erdogan de retourner au nord de sa frontière et de la fermer ; à défaut de quoi, il sera expulsé de l'OTAN.

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19-Maldives. Sous la terreur, la plage
Jean-Jacques RéGIBIER Vendredi, 18 Décembre, 2015

Des députés européens ont appelé les agences de voyage à retirer les Maldives de leurs catalogues. Ils demandent également aux touristes de ne plus se rendre dans l’archipel, en raison du régime de dictature autocratique instaurée par le président Yameen.

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Les Maldives, ses eaux bleu turquoise, ses plages de sable blanc, ses lagons paradisiaques… 
Sauf qu’aujourd’hui, comme l’ont fait remarqué la plupart des députés européens, tous groupes confondus, ce n’est pas le paradis mais un véritable enfer qui se cache sous la carte postale.

Pour les Verts, la députée française Michèle Rivasi, auteure de la proposition de résolution, a dressé un tableau édifiant de l’envers du décor de rêve: le seul président à avoir été élu démocratiquement, détenu arbitrairement en prison ; le retour de la peine de mort, y compris pour les enfants à partir de 7 ans, le condamné devant attendre sa majorité pour être exécuté; des peines de fouet pour des femmes ayant des relations sexuelles hors mariage ; un pouvoir judiciaire aux mains exclusives de la famille du président en exercice ; un état d’urgence instauré en novembre, privant les citoyens de tous leurs droits fondamentaux, dans le seul but d’éviter une manifestation populaire ; des avocats, des députés d’opposition, des défenseurs des droits de l’Homme intimidés, agressés ou emprisonnés ; des groupes islamistes radicaux collaborant avec la police pour agresser ceux qui prônent la laïcité et la liberté d’expression ; la presse muselée ( Ahmed Rilwan, un journaliste disparu en 2014, est aujourd’hui considéré comme mort ), etc… la liste est longue des atteintes aux droits démocratiques qu’ont pu établir les enquêteurs européens, complétant des constats déjà dressés par plusieurs organisations internationales, dont l’ONU. 

Cette situation chaotique fait suite à une dégradation de la situation politique intervenue depuis 2 ans dans l’archipel des Maldives, cette petite république de l’Océan Indien qui compte 350 000 habitants, suite au début d’un processus démocratique qui avait commencé à se mettre en place quelques années plus tôt.

En 2008 en effet, après 30 ans de dictature, un président, Mohamed Nasheed, est élu pour la première fois au suffrage universel.
Pourtant, 4 ans plus tard, Mohamed Nasheed est contraint de quitter le pouvoir, après avoir ordonné l’arrestation sans motif d’un juge de la Cour suprême. Un coup d’état et des émeutes le poussent à la démission. De nouvelles élections sont organisées, et c’est un nouveau président, élu dans des conditions controversées, qui arrive au pouvoir : Yameen, le demi-frère de l’ancien dictateur Abdul Gayoom, chassé 4 ans plus tôt.

A partir de là, s’enchaînent les dérives autoritaires et les atteintes aux droits de l’homme, à commencer par l’arrestation en 2013, en pleine rue, de l’ancien président Nasheed, le seul à avoir été élu démocratiquement, qui sera condamné à 13 ans de prison à l’issue d’une caricature de procès, instruit entièrement à charge. 

En 2014, la charia est rétablie. Les Maldives sont aujourd’hui considérés comme l’une des régions qui fournit le plus régulièrement des combattants allant rejoindre les rangs de Daesch en Syrie et en Irak. Selon plusieurs observateurs, des drapeaux de Daesch fleurissent d’ailleurs partout dans les rues de la capitale des Maldives, Malé.

De nombreux députés ont dénoncé ce matin l’attitude complaisante des tours operators qui font comme si de rien n’était, continuant à vendre les Maldives comme une destination de rêve, à l’heure où une chape dictatoriale s’est abattue sur l’archipel.
Le Parlement européen demande à la Commission et aux états membres de prévenir de toute urgence les touristes sur la situation catastrophique des droits de l’homme aux Maldives. 

Il exige également que les membres de la famille dirigeante soient interdits de séjour dans les pays européens et que leurs avoirs détenus à l’étranger soit gelés dans les plus brefs délais.

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20-La ruée vers la Libye des jihadistes de Daech

Solidement enracinés en Syrie et en Irak, les combattants étrangers de l’EI commencent à faire de ce pays en plein chaos leur nouveau sanctuaire.

(Transterra Media .)
Derna ( Libye). Les « vétérans » de la Syrie ont pour mission d’unifier les nombreux groupes libyens qui s’affrontent sous la bannière noire de l’Etat islamique. Outre leur bastion à Syrte, ils contrôlent 250 km de côtes et sont présents dans la ville de Derna. (Transterra Media .)

Un nouvel Eldorado se dessine pour tous les candidats au jihad : la Libye. Les aspirants du groupe Etat islamique (EI, ou Daech, en arabe) empruntent désormais les routes qui mènent vers ce pays, ravagé par des guerres tribales depuis l’intervention militaire de la coalition internationale en 2011 qui a provoqué la chute du régime de Kadhafi. Sur ce chaos, Daech prolifère, et entend poursuivre son expansion territoriale.

Le phénomène est encore marginal, mais il inquiète au plus haut point les autorités françaises. « De plus en plus de combattants étrangers s’orientent vers la Libye », confie une source officielle.

Selon nos informations, les services de renseignement évaluent à un peu moins d’une cinquantaine le nombre d’Européens qui se trouvent sur place depuis cet été. Les Français ne sont pas en reste. « Ils ne sont encore qu’une poignée. Mais leur nombre va augmenter », pronostique un fin connaisseur du dossier. Sur les réseaux sociaux, dont sont très friands les jihadistes pour répandre leur propagande, des appels à rejoindre la Libye ne cessent d’être relayés. Ils ont été entendus en France : une filière libyenne de recrutement pour l’EI a ainsi été démantelée par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Deux Français partis y faire le jihad ont été arrêtés dans le Sud tunisien le 12 novembre alors qu’ils tentaient de rejoindre un camp d’entraînement, à Syrte, dans le Nord libyen, pour apprendre le maniement des explosifs.

C’est dans cette ville que se trouve la « capitale » libyenne de Daech. Depuis la fin de l’année 2014, des volontaires, essentiellement originaires de la Tunisie voisine (459 km de frontière commune), sont envoyés en Libye. Avec l’intensification des frappes de la coalition internationale en Syrie et en Irak, des cadres de l’EI (de nationalités syriennes, irakiennes ou de pays du Golfe) sont réaffectés en Libye. Il y aurait déjà plusieurs centaines de familles syriennes et irakiennes installées à Syrte avec leurs familles. Là, les « vétérans » de la Syrie ont pour mission d’unifier la myriade de groupes qui s’affrontent sous la bannière noire de l’Etat islamique. Outre leur bastion, ils contrôlent 250 km de côtes et sont présents dans la ville de Derna. « Al-Baghdadi (NDLR : le chef de l’EI) comprend qu’il essuie des revers en Syrie, explique une source du renseignement. Il investit donc dans ce nouveau pays et cherche à prendre le contrôle de Tripoli. »

L’expansion territoriale s’y poursuit depuis février dernier. Il y a neuf mois, l’organisation avait publié un sinistre faire-part pour annoncer son arrivée en Libye : la vidéo terrifiante de 21 Egyptiens, des chrétiens coptes, égorgés sur les rives de la Méditerranée. Depuis, les attentats s’y succèdent à mesure que l’organisation tisse sa toile dans ce pays déchiré. Un essor qui ne doit rien au hasard. Il serait même planifié. Selon nos informations, les contacts sont réguliers entre des cadres de l’EI en Libye et le commandement de l’organisation en Syrie. Pour l’heure, aucun pays occidental ne semble enclin à intervenir militairement. Mais vendredi, l’Elysée a annoncé que l’aviation française menait des vols de reconnaissance au-dessus de Syrte… au cas où.

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LE MOT : califat
Un califat est un territoire qui reconnaît l’autorité d’un calife, c’est-à-dire d’un successeur du prophète Mahomet. Ce souverain musulman, représentant de Dieu sur terre, est investi d’un pouvoir spirituel. C’est lui qui dirige la communauté des croyants. Plusieurs califats ont existé, comme celui des Omeyyades ou encore celui des Abbassides.

L’expression a été invoquée l’année dernière. Le 29 juin 2014, Abou Bakr al-Baghdadi, porte-parole des jihadistes de l’organisation terroriste qui s’appelle alors l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), annonce depuis Mossoul le rétablissement du califat. Il lui donne un nom : l’Etat islamique, instauré sur les territoires qu’il contrôle. Baghdadi se proclame calife et prend le nom d’Ibrahim.

Depuis lors, l’organisation ne cache pas ses velléités expansionnistes. Si le groupe Etat islamique (EI ou Daech) contrôle un territoire aussi vaste que la Grande-Bretagne, à cheval entre la Syrie et l’Irak, ses cadres n’entendent pas en rester là : ils veulent construire un califat qui s’étendrait du Pakistan et de l’Afghanistan jusqu’au Maghreb.

« L’Etat islamique se prépare à des avancées futures depuis la Libye jusqu’en Algérie, au Maroc, en Mauritanie et au Soudan », est-il ainsi écrit dans le magazine « Dabiq », revue diffusée sur Internet par l’EI. Pour y parvenir, l’organisation cherche notamment à s’appuyer sur les groupes établis dans une quinzaine de pays qui lui ont déjà prêté allégeance.

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