samedi 15 octobre 2016

Est-ce connu ou bien un futur proche????


1-Dimension des pays et liberté
2-À Davos, l'élite soutient la société sans cash
3-Philippe de Villiers: « La barbarie va nous faire redécouvrir notre civilisation »
4-Les robots ne font pas grève à Davos! 
5-Inégalités : ce qu'on voit, et ce qu'on aimerait bien voir
6-Pourquoi les pétroles de schiste sont les nouveaux subprimes
7-« Un tsunami de défaillances sur dettes va s’abattre sur le monde »
8-Bourse: l’homme qui surfait sur la chute de Shanghai
9-Sortie de "Flash Boys", le livre qui enflamme Wall Street, en français
10-Pétrole : la Russie lance un appel à l’Opep
11-Italie. Pour les beaux yeux de l’Iran, l’Occident abdique ses valeurs
12-Colombie : plus de 20.000 cas du virus Zika, dont 2.000 femmes enceintes
13-Brésil : le virus Zika inquiète Rio
14-5 millions de véhicules en plus rappelés pour les airbags défectueux
15-Pourquoi il faut empêcher les gens de marcher dans les escalators du métro
16-Ces stars de YouTube qui font la pluie et le beau temps dans la mode et la beauté
17-Russie: un haut responsable arrêté pour avoir démonté et revendu une autoroute 
18-Le Japon maintient une gare en service pour une seule passagère 
19-Voici les 20 villes les plus violentes du monde
20-Les méthodes du milliardaire le plus secret de la planète

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1-Dimension des pays et liberté
31 JANVIER 2016

Y a-t-il un rapport entre la taille d'un pays et la liberté qui y règne ?

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Lire aussi :
Nouvel indice de la liberté humaine : la France classée 33ème !

Quel type d'État est en général le plus compatible avec la liberté ? Celui exerçant son autorité sur un territoire de grande dimension ou celui présentant une étendue plus modeste ? Dans le cas de la France, en faisant abstraction du poids de l'histoire, une pluralité d'États aux dimensions des nouvelles régions (5 millions d'habitants) serait-elle préférable à l'organisation actuelle ?

Les facteurs susceptibles d'influer sur la réponse sont nombreux. Un État unique sur le territoire considéré permet a priori une plus grande liberté de circulation et d'investissement car même si l'on supposait que les petits États composant l'ensemble pratiquent l'ouverture économique, la diversité des règles juridiques applicables présenterait toujours une difficulté pour les entreprises. Un autre avantage du grand État est d'être a priori moins vulnérable aux agressions extérieures. En revanche, les décideurs étant plus éloignés de la population, il leur est plus facile de manipuler les institutions et à s'extraire du contrôle trop strict de la population.

Ici, la question de leur capacité respective à faire face à la montée de l'extrémisme sera suivie d'une comparaison empirique des États grands et petits.

Grands et petits États face à l'extrémisme 
Un premier examen semble accréditer les avantages d'une souveraineté s'exerçant sur un territoire étendu.

Si l'on s'accorde sur le préalable que pour les pays de toute dimension, une majorité extrémiste est moins probable que le contraire, la perspective d'avoir une majorité extrémiste diminue nécessairement en fonction de l'étendue du pays. En effet, un plus grand nombre d'expérience fait coïncider probabilité et fréquence : plus le nombre de lancers d'un dé non pipé est grand et plus les chances d'avoir, par exemple, une majorité de 6, diminuent. Or, l'expérience de la confrontation entre l'extrémisme dans un grand pays correspond au cumul d'expériences semblables de petits pays potentiels. On peut trouver une confirmation de cette idée dans le fait que le Front national serait en capacité de gagner une région alors qu'une victoire nationale semble plus délicate.

Cette idée générale est exprimée par Madison, dans la lettre X du fédéraliste :
« L'influence des chefs factieux peut allumer la discorde dans leurs États particuliers, elle ne pourra amener un incendie général dans les autres États ; une secte religieuse peut dégénérer en une faction politique dans une partie de la confédération ; mais la variété des sectes répandues sur sa surface totale met les conseils de la nation à l'abri de tout danger à cet égard ; la fureur pour l'établissement du papier monnaie, pour l'abolition des dettes, pour le partage égal des propriétés, ou pour tout autre projet absurde ou désastreux, s'emparera plus difficilement du corps entier de l'Union, que de l'un de ses membres particuliers ; de même qu'une maladie de ce genre peut infecter un comté ou un district plus facilement que la totalité d'un État. »

Il faut noter que le caractère improbable d'une majorité extrémiste dans un grand pays s'applique aussi bien à un extrémisme unique ou à une pluralité d'extrêmismes dont les forces cumulées seraient majoritaires, situation favorable à une guerre civile.

Toutefois, la raison de la supériorité de l'État de grande dimension sur les États de petite dimension ne sera pas claire tant que l'origine de l'extrémisme n'aura pas été identifiée avec suffisamment de précision.

Comme beaucoup de phénomènes humains, nous sommes amenés à nous demander s'il est avant tout lié aux particularités intrinsèques de la personne ou à l'influence qu'exerce sur elle son environnement. Si la première hypothèse était vraie, il existerait de tout temps un certain pourcentage de chances pour qu'un individu pris au hasard soit extrémiste. Nous pourrions alors compter sur le fait que ce pourcentage représenterait également la proportion d'extrémistes dans la société. L'avantage d'un grand État sur le petit du point de vue de la protection contre l'extrémisme serait alors dérisoire. Si la probabilité qu'une personne donnée soit extrémiste était par exemple de 15 %, une population d'un millier de personnes serait très largement suffisante pour écarter le risque de voir une tendance extrémiste devenir majoritaire.

De toute manière, l'hypothèse d'un extrémisme s'exprimant de façon aléatoire au niveau des individus sans influence de l'environnement n'est pas crédible au vu de l'histoire. Les Allemands qui avaient vingt ans en 1970 étaient très différents des Allemands qui avaient vingt ans en 1940. Pourtant les premiers étaient les enfants des seconds. Expliquer ce basculement sans faire jouer l'environnement et le jeu complexe des relations entre individus serait trop difficile. Bien que les thèses environnementalistes fassent preuve de leur cécité lorsqu'elles tentent d'expliquer exclusivement le basculement extrémiste d'un individu par les circonstances sociales qu'il a connues, c'est sur la base d'une explication de l'extrémisme intégrant largement l'environnement des individus que nous devons rechercher les mérites des grands et petits pays pour lutter contre le phénomène.

Or l'avantage du grand État sur le petit pourrait ne pas être si grand que cela sur ce point. Le grand État, malgré la diversité des territoires qui le composent, reste un État unique. En tant que tel, il crée un contexte favorable à l'uniformisation des phénomènes sociaux existant sur l'ensemble du territoire sur lequel sa souveraineté s'exerce. Les politiques appliquées sont uniques et leurs conséquences sur les populations ainsi que la manière dont elles les ressentent sont assez proches. Dans le cas du Nazisme, malgré la diversité des régions allemandes, elles étaient toutes touchées par un chômage très fort. Au plus fort de la crise, la région allemande la moins touchée par le chômage l'était sans doute davantage que la région la plus touchée en France. Ensuite, la méthode pour réagir aux contraintes posées par les règles uniques étant de réformer le pouvoir unique, la population aura tendance à concerter des solutions globales et nationales. Il y a une influence de l'uniformité des règles juridiques et du cadre politique sur l'uniformisation de l'opinion.

Mais surtout, le modèle du petit État, que nous avons plutôt présenté sur la défensive jusque-là puisque son argumentation a consisté à contester l'ampleur des avantages du grand État et non leur réalité, peut prendre l'offensive si nous changeons le terrain où se livre la bataille. La comparaison relative à l'extrémisme a porté jusqu'ici entre le grand État et la moyenne des petits États potentiels. Pourtant ne serait-il pas tout aussi judicieux de raisonner à partir du territoire susceptible d'être administré par un État unique ou par une pluralité d'États de dimension modeste ? La question serait ainsi posée : dans quel cas est-il plus probable de voir une domination extrémiste sur la totalité du territoire ? dans le cas d'un État unique ou d'une myriade d'États ? Ce n'est plus avec les petits États qu'est le danger. L'émiettement politique semble une application du principe de prudence consistant à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. L'argumentation se renforce lorsque l'analyse est replacée dans un cadre dynamique. La diversité des États permet une diversité d'expériences, de comparaisons qui permettront au modèle libre de montrer sa supériorité et finalement de triompher.

Est-il possible de mesurer empiriquement le phénomène ?

Mesure empirique du phénomène
Pour ce faire, il faut préciser les critères de comparaison relatifs à la dimension d'un pays et à leur degré de liberté. Nous n'avons pas précisé si l'importance de la population ou l'étendue d'un territoire était le critère fondamental. Il est vrai que quand il est question d'administrer un territoire entier par un ou plusieurs États, les critères se recoupent mais cela n'est plus le cas dans les comparaisons empiriques des différents modèles.

L'importance de la population me semble le critère adéquat. Pour donner un ordre d'idée sur 200 pays listés par Wikipedia selon leurs populations, le 50ème compte 25 millions d'habitants, le centième 7 millions et demi et le 150ème, un million 600.000.
L'indice de liberté humaine de l'institut Fraser est une bonne approche de la liberté dont jouissent les différentes populations.

Sur les 10 premiers de l'indice, deux comptent plus de 25 millions d'habitants (Royaume-Uni et Canada), deux sont entre 25 et 7,5 millions et les 6 autres entre 7,5 et 1,6 million. Les pays les mieux représentés seraient alors autour de la médiane. Toutefois, la validité de la démonstration porte surtout sur les démocraties. Parmi elles, les petits pays font nettement mieux que les grands.

En complément, pour mieux exclure les différences culturelles et limiter la comparaison à des démocraties, j'ai également utilisé l'indice de démocratie de The economist. Cet indice ne se cantonne pas à prendre en compte l'arithmétique électorale mais est une évaluation globale des libertés civiles.

En prenant en compte les pays anglos-saxons et d'Europe de l'ouest (ce qui exclut les anciens pays communistes) on obtient une liste de 23 pays classés ainsi par population (les chiffres sont donnés en millions d'habitants) :

  • États-unis 318 Allemagne 81 France 66 Royaume-Uni 63 Italie 60 Espagne 46 Canada 35 Australie 23 Pays Bas 16 Belgique 11 Portugal 10 Grèce 9 Suède 9 Autriche 8 Suisse 8 Danemark 5 Finlande 5 Norvège 5 Nouvelle Zélande 4 Irlande 4 Luxembourg 0,5 Malte 0,4 Islande 0,3
  • La Grèce marque une séparation entre le groupe des 11 pays les plus peuplés et des 11 pays les moins peuplés.

Le classement des 23 pays est le suivant (j'ai fait apparaître en gras les pays les plus peuplés) :

Norvège 9,93 Suède 9.73 Islande 9,58 NZ 9,26 Danemark 9,11 Suisse 9,09 Canada 9,08 Finlande 9,03 Australie 9,01 Pays Bas 8,92 Luxembourg 8,88 Irlande 8,72 Allemagne 8,64 Autriche 8,54 Malte 8,39 Royaume-Uni 8,31 États-Unis 8,11 Espagne 8,05 France 8,04 Belgique 7,93 Italie 7,85 Portugal 7,79 Grèce 7,45

Le score moyen des 11 pays les plus peuplés est de 8,34 et de 9,11 pour les pays les moins peuplés.

Pour expliquer cet avantage des petits pays, Il faut en revenir aux facteurs cités plus haut : la proximité du contrôle exercé par la population sur les élus ? La lutte contre l'extrémisme ? Le dynamisme lié à la mise en concurrence de systèmes différents ? Si nous avons longuement évoqué le deuxième thème parce qu'il nous paraissait intéressant dans l'absolu, il ne nous semble pas déterminant pour comprendre les différences observées. Les gouvernements des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Italie, de la France de l'Allemagne ou de l'Espagne peuvent difficilement être qualifiés d'extrémistes. De plus, l'avantage du modèle des petits pays devrait, selon notre analyse, être mis en relief par une comparaison des zones géographiques caractérisées par la multiplicité ou l'unicité des expériences politiques, examen qui ne peut être fait que sur une longue durée et en tentant d'exclure les facteurs liés à la culture spécifique de chaque zone.

Le meilleur candidat pour expliquer la plus grande liberté des citoyens des petits pays est probablement la plus grande proximité des dirigeants avec la population.

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2-À Davos, l'élite soutient la société sans cash
31 JANVIER 2016

Davos est la grand-messe du capitalisme de copinage : chacune de nos transactions enrichira nécessairement l'un de ces acteurs.

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Crossroads Foundation … Davos

Davos est la grand-messe du capitalisme de copinage et non la grande kermesse de l'ultra-libéralisme comme on l'entend souvent. À ce forum économique mondial se rencontrent lobbyistes, industriels, financiers, hauts fonctionnaires et politiciens. C'est là que bien souvent notre vie quotidienne se décide, à notre insu. C'est là que se montrent – quoique partiellement et bien maquillés pour leur numéro de claquette sous les projecteurs – les serviteurs de l'État de l'ombre, ce que mes collègues américains appellent le Deep State (un jeu de mots hélas intraduisible). C'est à Davos que ces technocrates débattent des grands problèmes, imposent leurs grandes solutions, financées avec notre argent.

Le thème de 2016 était La quatrième révolution industrielle, rien de moins. Selon le fondateur de cette kermesse, Klaus Schwab, cette révolution digitale « brouille les lignes entre les sphères physiques, numériques et biologiques ». À Davos, on n'hésite pas à tricoter les sphères et les droites !

Le discours d'ouverture nous rappelle que :
  • la première révolution était à la vapeur et a permis de mécaniser la production,
  • la deuxième était à l'électricité et a permis la production de masse
  • la troisième à l'électronique et a débouché sur les automatisations
  • la quatrième est digitale donc.

Un gros sujet débattu à Davos fut la monnaie digitale liée à l'avancement de la société sans cash. De Bill Gates (Microsoft), à Blythe Masters (ex. JP Morgan, maintenant Blockchain) en passant par Michel Sapin (ministre de l'Économie), Christine Lagarde (FMI) ou William White (OCDE) tous sont favorables à la société sans cash. Qui sera le roi ? « Qui sera le roi de ce monde sans cash ? » s'interrogeait le site officiel de Davos.

« La révolution sans cash est en marche. Les gouvernements, les entreprises, les startups et les consommateurs peuvent avoir des motivations différentes pour détrôner le cash mais le résultat final sera probablement le même.

Mais avec la mondialisation ou 'gros' est traditionnellement 'beau', ce sont les plus petits acteurs — startups, petites entreprises et consommateurs — qui vont en définitive façonner le nouvel ordre mondial. Et pour ceux qui aiment l'innovation et les idées nouvelles ce ne peut être qu'une bonne chose ».

Voilà un très bel exercice de désinformation. Ceux qui veulent maintenir le cash sont rétrogrades (arriérés). Une société sans cash profite aux petits qui la façonneront selon leurs désirs. Visiblement, le gratin de Davos n'a jamais entendu parler des difficultés des petits dès qu'ils ont voulu mettre en place une monnaie digitale. Immédiatement, ils sont accusés de couvrir des activités criminelles, terroristes ou de blanchiment.

Il serait plus juste de dire que la société sans cash est évidemment une bonne chose pour les invités de Davos.
Une telle société permet de transformer chacun en pantin docile des gouvernements, des banques centrales et des banques commerciales et de quelques grandes entreprises du numérique.

Voici un magnifique exercice de capitalisme de copinage : chacune de nos transactions enrichira nécessairement l'un de ces acteurs, point de passage obligé. Pas de révolte possible, sinon, en un clic on vous piquera votre fric.

De toute façon, il faudra en passer par là. C'est le jubilé, dont parle William White de l'OCDE à ce même Davos de 2016, ou le big reset de l'économie mondiale déjà évoqué par Christine Lagarde au Davos de 2014. Il devient nécessaire d'effacer les mauvaises dettes publiques et privées par la force puisque les banques centrales n'arrivent pas à créer d'inflation. À la prochaine crise, il faudra taper directement dans les dépôts bancaires, comme le stipule la Directive de résolution bancaire. Ça tombe bien, avec la société sans cash, il n'y aura pas de fuite possible devant ce super-impôt décrété par l'État de l'ombre.

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dimanche 22 novembre 2015 CIVILISATION • Philippe de Villiers

Philippe de Villiers réagit aux attentats du vendredi 13 novembre. Selon lui, de cette tragédie pourrait naître un sursaut salutaire.

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Philippe de Villiers est le créateur du Puy du Fou et le fondateur du Mouvement pour la France. Il s'est présenté aux élections présidentielles françaises de 1995 et de 2007. Il est également écrivain. Son dernier livre Le moment est venu de dire ce que j'ai vu est paru le 1er octobre 2015 aux éditions Albin Michel.

<< Dans mon dernier livre [1], je l'avais écrit en toutes lettres: « Nous allons devoir affronter la guerre que nous ne voulons pas nommer. Et la classe politique va connaître le chaos. »

Nous y sommes : la guerre est là. Et le chaos va suivre. Les fautes sont trop lourdes. L'imputation sera terrible. Comment les élites mondialisées pourraient-elles en effet s'exonérer de leur responsabilité devant l'histoire, d'avoir installé chez nous, depuis les années soixante-dix, une colonisation à rebours, préparant ainsi les prodromes d'une nouvelle guerre de religion inouïe depuis le XVIème siècle.

Les gens qui se sont succédé au pouvoir depuis l'ère giscardienne et maastrichtienne ont failli. La France officielle qui a importé au cœur de notre pays, une autre nation, a vécu sur deux principes : un «espace sans frontière», au nom de l'hubris européen; et une « société multiculturelle », au nom de l'idéologie mondialiste.

On nous a expliqué, pendant vingt ans, que « les frontières étaient inutiles ». Aujourd'hui, il y a 5000 kalachnikovs qui, après un long voyage, dorment sagement dans les caves des « territoires perdus de la République ». Personne n'en a contrôlé l'entrée. On y trouvera bientôt des stocks de gaz sarin. Il y a aussi 3000 kamikazes - selon nos services de renseignement - qui vont et viennent sans souci pour aller chercher en Belgique ou en Syrie leurs ceintures explosives.

Et voilà que soudain, on nous dit « On va fermer les frontières ». Il faut se pincer pour être sûr d'avoir bien entendu. Le salto arrière est impressionnant. Aucun mea culpa. La médiacaste éberluée s'extasie : « va pour les frontières ! Chapeau l'artiste !». Il faudra des années pour reconstituer une infrastructure douanière. Que de temps perdu !

De la même manière, depuis vingt ans, au nom du multiculturalisme, on a voulu en finir avec la fameuse « assimilation » des étrangers. C'était un «concept désuet ». Il fallait « insérer », « intégrer ». Et on a désintégré et assimilé à l'envers les petits Français de souche au mode de vie hallal.

La bipartition du monde impose le Djihad : il y a le monde islamisé le Dar El Islam « la maison de la paix ». Et il y a le monde à islamiser le Dar El Harb « la maison de la guerre ». Pour les « jeunes Croyants », imprégnés de sourates, et ceinturés d'explosifs, qui ont frappé à Paris, depuis Molenbeek et la Syrie, la France doit être islamisée puisqu'elle fait partie du Dar El Harb.

Ainsi a-t-on changé le visage de la France ! Dans certains quartiers, dans certaines villes, il suffit de descendre dans la rue : il y a des voiles partout. On a inscrit dans nos paysages, avec la « mixité sociale », la « politique de la ville », un damier communautaire.

Les hommes politiques savent que, selon la loi de l'islam, l'humanité entière est destinée à se reconnaître musulmane, à se soumettre au Dieu du Coran. La bipartition du monde impose le Djihad: il y a le monde islamisé - le Dar El Islam - « la maison de la paix ». Et il y a le monde à islamiser - le Dar El Harb - « la maison de la guerre ». Pour les « jeunes Croyants », imprégnés de sourates, et ceinturés d'explosifs, qui ont frappé à Paris, depuis Molenbeek et la Syrie, la France doit être islamisée puisqu'elle fait partie du Dar El Harb.

Il y a un autre mensonge qui vient d'expirer sous nos yeux dans le Paris ensanglanté : nos élites ont voulu nous faire croire que la « laïcité droit de l'hommiste » était une réponse suffisante - et même la seule réponse convenable - à la gangrène djihadiste.

Or on voit bien ce qui se passe aujourd'hui : les laïcards font le vide et les islamistes le remplissent. Ils nous frappent parce qu'ils nous méprisent. Le nihilisme occidental, prenant congé d'une chrétienté flageolante, s'exprime comme une neutralisation religieuse de l'espace public.

Nous pleurons sur les Français et sur la France. Sur ce pauvre pays si cher, qui enterre les victimes d'une religion de conquête et que nos politiciens n'ont pas su protéger, par lâcheté, par inconséquence et par une détestation hystérique de la France chrétienne.

Il faut rendre le pays à ses fiertés. Et sortir aussi la France du protectorat américain où elle s'abîme. Nos élites sont veules. Elles obéissent à Washington où elles vont chercher consignes et argent de poche. A cause de l'Amérique, nous avons lâchement abandonné les Chrétiens d'Orient. Il faut un renversement d'alliance : sortir de l'OTAN et ouvrir un partenariat avec les Russes, faire la grande Europe de l'Atlantique à l'Oural, l'Europe des chrétientés charnelles.

Quelle tristesse ! Le bain de sang, le grand deuil… Tant de larmes… Et puis la torpeur… l'incompréhension, parfois la prostration. Tant de gens qui ont cru à la fable du « vivre ensemble » et au slogan « L'islam, religion de paix », ainsi qu'à l'impératif catégorique à l'intention des islamo-sceptiques : « Pas de stigmatisation! Pas d'amalgame ! ».

La France pleure. Nos cœurs saignent. Nous pleurons sur les Français et sur la France. Sur ce pauvre pays si cher, qui enterre les victimes d'une religion de conquête et que nos politiciens n'ont pas su protéger, par lâcheté, par inconséquence et par une détestation hystérique de la France chrétienne. Au surlendemain des attentats [2], le président des maires de France, M. Baroin, a demandé qu'on expulse de l'espace public les crèches de Noël. Et pourtant, dans les noirceurs de cette tragédie, s'est allumée une petite lumière. Bientôt émergera le carré de la dissidence. Un jour viendra - peut-être un jour prochain - où des milliers de mains vont se tendre les unes vers les autres. Des mains qui ne se connaissent pas. Fragiles, hésitantes. Celles des jeunes branchés du vendredi soir, agressés les premiers et dont la colère les portera vers la vérité. Leurs parents soixante-huitards leur avaient dit : « il n'y aura plus jamais de guerre ». Maintenant, ils savent. Un peu plus loin, il y a d'autres jeunes, qui vivent tapis dans les banlieues et qu'on appelle les « petits blancs ». Ceux-là n'en peuvent plus de baisser la tête et de longer les murs. Ils regardent aujourd'hui les terrasses ensanglantées, ils se sentent frères de détresse sinon de mode de vie avec les morts du Bataclan. Eux aussi vont se redresser en criant: « On est chez nous ! ».

Les événements en auront fait eux, les fils de consommateurs compulsifs des combattants instinctifs de notre identité patrimoniale.

Et puis il y a tous ces jeunes veilleurs de la Manif Pour Tous qui ont passé quelques nuits au poste et ont compris que la gent politicienne les avait manipulés. Ils savent que notre civilisation est mortelle. Ils sont entrés en dissidence, dans la grande catacombe. Enfin, il a les jeunes ruraux, qui se sentent abandonnés par la fameuse « politique de la Ville » et qui voient arriver dans les campagnes le flot des migrants où se glissent quelques terroristes syriens.

Toutes ces jeunesses vont se lever et opérer leur jonction. Ils porteront des lucioles, comme celles qu'ils ont déposées dans les rues de Paris. Ils les brandiront au nom de l'Âme Française. Toutes ces petites Marseillaises qui viennent de partout signalent déjà ces fiertés bourgeonnantes. Les événements en auront fait - eux, les fils de consommateurs compulsifs - des combattants instinctifs de notre identité patrimoniale.

Alors, peut-être qu'avec le recul, dans quelques années, on pensera : ce premier acte de guerre des islamistes à Paris, qui a semé la terreur et la panique, ce fut en fait la première faute stratégique du Califat. Car il a réveillé les Français - les jeunesses françaises -. et les a arrachés à leurs somnolences et crédulités.

Avec les prochains attentats, hélas prévisibles, nous allons connaître le point de retournement. La France est en dormition mais elle n'est pas morte. La barbarie va nous faire redécouvrir notre civilisation. Les yeux vont s'ouvrir. Et peut-être aussi les âmes. >>

Philippe De Villiers

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4-Les robots ne font pas grève à Davos! 
24 janv. 2016

Le Forum Economique Mondial qui s’est tenu à Davos regroupe les puissants de ce monde autour de ce gigantesque défi posé à nos sociétés : la quatrième révolution industrielle. Celle des robots. Et l’humain dans tout cela ? 

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Lire aussi :
A Davos, les patrons se préparent à l'ère de la robotique

Nos « maîtres du monde » - qui ont décidé d’améliorer notre vie par une économie ultralibérale et mondialisée -  ont glosé ces derniers jours à Davos sur les défis d’une croissance stagnante voire même négative. Alors qu’une nouvelle crise boursière s’annonce, que les pays émergents sont en pleine stagnation économique, que les inégalités sont encore plus grandes qu’avant et que la planète est en guerre un peu partout pour le plus grand bonheur des marchands d’armes. « Business as usual »? « Le réveil de la force », comme le fanfaronne notre ministre Alexander De Croo ? (1) Qui évoque la reprise en main du monde du travail en Belgique pour donner de meilleures conditions de profits aux entreprises… « Le coût du travail a baissé, lancer une entreprise coûte moins cher, et les impôts sur les revenus ont été abaissé de manière significative, la consommation a donc été stimulée. », prétend Alexander De Croo qui annonce des milliers d’emplois à créer mais jette un voile pudique sur le nombre effarant de chômeurs et l’augmentation de la pauvreté. 

Avant cette réunion de tout haut niveau, Oxfam avait remis son habituel panorama de la véritable situation mondiale : les 1% les plus riches détiennent à présent plus que les 99 % du reste du monde. L’écart entre riches et pauvres s’est encore agrandi en 2015. « Nous ne pouvons pas continuer à laisser des centaines de millions de personnes souffrir de la faim, alors que les ressources qui pourraient les aider sont amassées par quelques personnes en haut de l’échelle » explique Manon Aubry, responsable plaidoyer Justice fiscale et inégalités d’Oxfam France. (2)

En effet, selon Oxfam, « le patrimoine de la moitié la plus pauvre de la population mondiale s’est réduit de mille milliards de dollars depuis 2010. Cette baisse de 41 % s’est produite alors même que la population mondiale augmentait de 400 millions de personnes. Dans le même temps, la fortune des 62 premières fortunes mondiales – dont 53 sont des hommes pour seulement 9 femmes, a augmenté de plus de 500 milliards de dollars pour atteindre un total de 1 760 milliards. Ces chiffres confirment une tendance observée par Oxfam : depuis le début du XXIème siècle, la moitié la plus pauvre de l‘humanité a bénéficié de moins d’1 % de l’augmentation totale des richesses mondiales, alors que les 1 % les plus riches se sont partagés la moitié de cette hausse. »

La révolution digitale
Dans ce contexte plutôt catastrophique, nos 1% les plus riches du monde voient dans la révolution digitale une opportunité intéressante. Klaus Schwab, président de ce Forum Economique Mondial, a rappelé qu’après la phase de mécanisation de la production grâce à la vapeur, suivie de la production de masse avec l’électricité, la troisième révolution fut celle de l’électronique et des technologies de l’information pour automatiser la production. Celle-ci a généré dès le milieu du XXe s.la quatrième révolution, la digitale, qui fusionne les sphères physiques, digitales et biologiques. (3)

« Les possibilités de milliards des gens connectés par des dispositifs mobiles, avec la puissance de traitement des données, sans précédent, la capacité de stockage et l'accès à la connaissance, sont illimitées. Et ces possibilités seront multipliées par des percées technologiques dans des domaines comme l'intelligence artificielle, la robotique, Internet des objets, des véhicules autonomes, l'impression de 3-D, la nanotechnologie, la biotechnologie, la science des matières, le stockage d'énergie et le calcul  quantique», explique Klaus Schwab qui souligne l’extraordinaire rapidité de ces évolutions. Elles vont changer radicalement notre mode de production, de commerce et de gouvernance.

L’intelligence artificielle pose déjà des problèmes philosophiques et politiques majeurs, nous l’avons déjà évoqué le 2 septembre 2015 dans cette rubrique. (4) 

Des politiques impuissants
Evidemment souligne Klaus Schwab, cette révolution profite surtout aux plus riches, aux plus intellectuels, aux plus créatifs et accroît les inégalités en défaveur des plus pauvres, des moins technologiquement formés, des moins créatifs. Bref, les travailleurs des secteurs primaires et même les classes moyennes souffrent et cela va empirer. Le chômage va encore s’accroître. L’économie va se centrer sur les besoins des consommateurs (ceux qui savent payer et qui sont interconnectés). Les gouvernements devront tenir compte des opinions des citoyens informés et connectés et, d’autre part, ils auront plus de moyen de les contrôler grâce aux systèmes de surveillances digitaux et invasifs.  Ils devront aussi se plier aux nouvelles formes de démocratie participative rendues possibles par les nouvelles technologies. Le rôle de régulation du pouvoir politique ne pourra plus se faire qu’en étroite collaboration avec le monde des entreprises et la société civile, conclut Klaus Schwab. 

Si l’on en juge par la difficulté de négocier de manière transparente le projet de Traité transatlantique, on est loin de cette vision idyllique du futur de nos démocraties!

Même la nature de la sécurité et de la guerre change avec cette primauté des technologies de surveillance, des armes gérées par l’intelligence artificielle, des techniques utilisées aussi par des petits groupes combattants un peu partout dans le monde. 

Les atteintes de plus en plus fortes à notre vie privée et la perte de contrôle sur nos données personnelles, sont vues comme un des plus grands dangers de cette nouvelle révolution, de même que l’interaction de plus en plus étroite entre l’humain et l’intelligence artificielle (IA). « De même les révolutions de la biotechnologie et de l’IA, qui redéfinissent la définition  d'être humain, des seuils actuels de durée de vie, la santé, la connaissance et les capacités, nous contraindront à redéfinir nos frontières morales et éthiques. », dit Klaus Schwab.

Commençons par l’éthique du monde des affaires. Force est de constater que les timides entreprises des pouvoirs publics pour lutter contre l’énorme évasion fiscale des capitaux des multinationales ont été balayées par l’intense lobbying de celles-ci. (Voir notre livre "Juger les multinationales", écrit avec Eric David, éd. GRIP/Mardaga). Or, cet argent permettrait de résoudre la plupart des problèmes de mal développement de nos économies. Mêmes les Etats-Unis, du moins le parti Démocrate, commencent à s’en rendre compte et font de la lutte contre les inégalités un slogan de campagne.  

Et que dire de notre petite Belgique qui refuse de récupérer 700 millions d’euros de cadeau fiscal aux grandes entreprises au motif que cela les ferait fuir ? Allez-dire cela aux chômeurs que l’on traque inlassablement alors qu’il n’y a pas d’emplois disponibles.  

Que dire de l’Europe qui poursuit les négociations secrètes sur le projet de Traité Transatlantique (TTIP) alors que les études les plus sérieuses démontrent qu’il ne serait bénéfique que pour les plus grandes entreprises du monde et pas pour les petites PME qui créent l’essentiel de l’emploi dans nos pays… Voilà  nos frontières morales et éthiques européennes. Elles se teintent de noir, celui d’une extrême-droite qui progresse, sur la vague de crainte levée par les actes terroristes et l’arrivée de réfugiés de pays que nous avons déstabilisés et jetés dans la guerre.

Où se cache l’éthique politique ?

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5-Inégalités : ce qu'on voit, et ce qu'on aimerait bien voir
22 JANVIER 2016

Étude Oxfam sur la pauvreté : ce qu'on voit, ce qu'on ne voit pas, et ce qu'on aimerait voir...

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aveugles suivant des aveugles

Comme chaque année, Oxfam vient de publier sa dernière étude sur les inégalités de patrimoines dans le monde, et révèle que les 1% les plus riches possèdent plus que les 99% restants de la population. Malheureusement, et c'est devenu une habitude, les bonnes questions ne sont absolument pas posées. Au lieu de cela, nous avons droit à la rhétorique et aux fausses bonnes idées habituelles, qui font presque figure de marronnier à ce stade.

Ce que l'on voit
-Oui, les inégalités de richesses entre les plus pauvres et les plus riches n'ont jamais été aussi prononcées.
-Oui, la classe moyenne occidentale n'a pas vu de réelle hausse de son niveau de vie sur les vingt dernières années.
-Oui, il y a encore une extrême pauvreté et des injustices insupportables dans le monde.
Mais vivons-nous dans un monde où les 10% les plus pauvres sont avant tout des occidentaux ?

Ce que l'on ne vous dit pas
La mesure d'Oxfam est très biaisée, puisque le patrimoine est une chose qui est décorrélée des revenus, et est très instable. L'étude ne dit pas : « 1% de la population gagne plus que les 99% les moins riches », mais bien « 1% possède l'équivalent de ce que les 99% possèdent », en comptant les dettes en négatif. Qu'est-ce que cela signifie ? Qu'un pauvre paysan cambodgien possède quelques dollars et ses vêtements, mais il est considéré plus riche qu'un diplômé d'Harvard qui sort de l'université. Pourquoi ? Parce que le patrimoine est la somme de ce que l'on possède, moins les dettes, selon les données du Crédit Suisse, utilisées par Oxfam. On arrive donc à quelques bizarreries : l'américain moyen est moins (!) riche que l'espagnol moyen (49 787$ contre 52 223$), et les États-Unis sont le deuxième (!) pays contenant le plus grand nombre de pauvres, avec 10% de sa population faisant partie des 10% les plus pauvres du monde, juste devant l'Inde qui compte 20% de sa population parmi les 10% les plus pauvres.

Cet indicateur n'est pas dénué de sens, mais il faut impérativement garder à l'esprit qu'il est très limité, et que dans les pays qui ont fortement recours à l'endettement privé, la « pauvreté » (dans le sens d'absence de solde positif sur le patrimoine) sera biaisée. De même, des riches gestionnaires de fonds de pensions, ou des CEO qui ont accumulé des fortunes en termes d'actions (qui sont aujourd'hui à des niveaux stratosphériques) vont forcément voir leur patrimoine s'envoler à des niveaux inimaginables, sans que cela n'ait de corrélation avec leurs revenus réels.

Le patrimoine est un stock, et les valeurs absolument pharaoniques que Oxfam évoque ne sont vraies que parce que les plus riches sont sagement assis sur leurs tas d'or, sans oser le transformer en cash. Le jour où ne serait-ce qu'une minorité d'entre eux décide d'en revendre une quantité conséquente pourrait tout à fait se traduire par un effondrement de leurs valeurs boursières. Pour répéter : la richesse des riches n'a de valeur que tant qu'elle reste dans les sphères spéculatives.

Pourquoi est-ce qu'Oxfam ne parle absolument pas du rôle des banques centrales dans cette affaire ? Est-ce que leur agenda politique leur interdit de constater que trop de pouvoir entre les mains de bureaucrates crée le fameux problème qu'ils essaient de mettre sur le dos du capitalisme ? Ne veulent-ils pas reconnaître que leur solution favorite – plus d'État, plus de centralisation, plus de bureaucratie – revient à jeter de l'huile sur le feu ?

Et enfin, dernier point, « 63 personnes possèdent autant que la moitié la moins fortunée du monde » est en conséquence une mesure extrêmement biaisée et de la plus grande mauvaise foi. Pour « sortir » des 10% des plus pauvres au niveau mondial, il suffit de posséder plus de 132$, et au niveau américain il suffit de posséder plus de -6 723$. Oui, il faut avoir plus qu'un montant négatif, car la richesse incluant les dettes, même un sans-abri sans le sou est déjà considéré comme plus riche que 10% des Américains les plus pauvres. Donc, bien entendu, quand vous additionnez des volumes de dettes impressionnants, vous allez forcément tirer vers le bas la « richesse » totale des 3,5 milliards d'habitants les moins fortunés, parmi lesquels se trouvent déjà 720 millions d'individus vivant sous le seuil d'extrême pauvreté, alors forcément une poignée de Bill Gates sous stéroïdes monétaires vont amasser une fortune invraisemblable en comparaison.

Ce que l'on aimerait voir
Comme je l'avais précédemment pointé du doigt, les banques centrales (en particulier la réserve fédérale américaine) ont été capturées par des intérêts privés, qui font tourner la planche à billets en leur faveur. Il n'y a à ma connaissance aucune explication rationnelle à la bulle spéculative que l'on observe (en particulier dans les secteurs de la high-tech), si ce n'est la politique agressive des banques centrales et leur vaine tentative de mettre en pratique une version « à jour » de la théorie du versement, avec l'efficacité que l'on peut tous observer.

Parmi les questions non posées, pourquoi est-ce que la dernière crise, contrairement aux précédentes crises historiques, n'a pas corrigé ces inégalités de patrimoine ? Les cours des actions sont toujours les premiers à être touchés lors des crises, et les plus riches voient souvent leur fortune fondre en quelques jours. Loin de moi l'idée de pleurer sur leur sort, mais j'aurais voulu que cette question soit posée. Je n'ai sincèrement pas de réponse à apporter, mais j'ai le sentiment que c'est une pièce manquante dans le puzzle de la question des inégalités, et ne pas l'aborder est dommage.

Et pourquoi se concentrer uniquement sur les inégalités de patrimoine ? Non seulement cette mesure est fortement biaisée (j'insiste : la majeure partie de l'extrême pauvreté mondiale vit en Occident selon cette mesure), mais elle est déconnectée de l'idée qu'on se fait des inégalités. Mais pourquoi n'en parle-t-on pas ? Parce que, encore une fois, Oxfam a un agenda très précis, et la réalité ne correspond pas à leur idéologie, alors ils doivent choisir leurs statistiques avec beaucoup de précaution pour trouver le résultat qu'ils cherchent. 

Ce qui m'énerve le plus avec cette étude d'Oxfam n'est pas qu'elle pointe du doigt des inégalités injustes à travers le monde. Celles-ci existent toujours, mais doivent être adressées de façon sérieuse, et avec un esprit rationnel. Balancer des statistiques biaisées avec un enrobage populiste n'est absolument pas une réponse appropriée. Une taxe globale, que beaucoup voudraient voir naître en réponse, ne fera absolument rien pour combattre la malnutrition ou le manque de soins et d'éducation qui font cruellement défaut aux plus pauvres. Cette étude est, et demeure, une vaste blague pseudo-scientifique.

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6-Pourquoi les pétroles de schiste sont les nouveaux subprimes
21/01/2016

Alors qu'un minikrach frappe les principales places mondiales, Benjamin Masse-Stamberger analyse les risques d'explosion de la bulle liée aux prêts aux acteurs du pétrole de schiste aux Etats-Unis. Une situation qui rappelle celle qui a précédé la crise de 2008.

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Lire aussi :
La baisse du pétrole inquiète toujours les Bourses mondiales

Benjamin Masse-Stamberger est journaliste, membre fondateur du Comité Orwell. Ancien grand reporter à L'Express, il est co-auteur de Casser l'euro pour sauver l'Europe aux éditions des Liens qui libèrent. Il tient le blog basculements

There will be blood! Voici la phrase qui revient en boucle, en ce moment, sur les marchés financiers. Pourquoi? D'abord, parce que les acteurs financiers vivent depuis le début de l'année un krach rampant, avec des baisses de plus de 10 % des principales places mondiales. Ensuite, parce que l'économie mondiale tangue: difficultés chinoises, Europe à peine convalescente, risque de problèmes graves sur certains pays émergents, qui souffrent de la chute des prix des matières premières et du pétrole. Enfin, certains aperçoivent déjà des risques concernant l'économie américaine. Bien sûr, ce n'est pas l'avis des «experts», qui rappellent qu'en 2015, le pays a créé 2,7 millions d'emplois (moins de 5 % de taux de chômage), et que la croissance a progressé à un rythme de plus de 2 %. Mais les acteurs des marchés financiers savent depuis longtemps que s'ils veulent gagner de l'argent, ce n'est surtout pas les conseils des «experts», qui s'adressent à M. Tout-le-Monde, qu'il faut écouter. 

Or, que voient-ils justement? Que les États-Unis, après six ans de croissance ininterrompue, sont en fin de cycle. Ils voient, également, qu'une grande partie de cette croissance est due à la Fed, la banque centrale américaine, qui, après la crise, a baissé ses taux d'intérêt, et déversé des centaines de milliards de dollars sur l'économie - via le secteur financier - pour éviter un effondrement. Or, où est allée cette manne? Partout où il y avait du «rendement», comme on dit dans le secteur financier, c'est-à-dire des prêts plus ou moins risqués qui pouvaient rapporter gros. 

Un secteur a été particulièrement apprécié des investisseurs, pour sa capacité justement à offrir de gros rendements: l'énergie. Ce secteur représente ainsi aujourd'hui 16 % des dettes à risque émises par les entreprises américaines, contre seulement 4 % il y a quelques années. Les financiers ont notamment massivement prêté aux compagnies développant le pétrole de schiste aux Etats-Unis. Au total, on estime ainsi que ce sont 5400 milliards de dollars qui ont été investis dans l'industrie des «shale oil». Comme à la fin des années 1990 avec l'économie numérique, puis au milieu des années 2000 avec l'immobilier, ce «boom» a soutenu la croissance américaine, créant des dizaines de milliers d'emplois - le Nord Dakota, où le pétrôle de schiste est particulièrement développé, est ainsi l'un de ceux où le taux de chômage est le plus faible - et faisant baisser le coût de l'énergie pour les industriels américains. 

D'où la thématique de la « réindustrialisation » américaine, qui a fleuri après la crise. Avec l'idée que, cette fois, la croissance reposait sur des fondamentaux solides.

D'où la thématique de la «réindustrialisation» américaine, qui a fleuri après la crise. Avec l'idée que, cette fois, la croissance reposait sur des fondamentaux solides. Mais, comme souvent, cette idée était en partie un leurre, qui a aussi servi aux acteurs du pétrole de schiste - et à beaucoup d'acteurs financiers - de s'enrichir. Pourquoi? Parce que toute cette belle histoire repose sur le fait que les acteurs du pétrole de schiste puissent être rentables. Or, pour la plupart, leur plan de développement s'est fait avec un prix du Brent à 100 dollars.

Beaucoup estiment qu'en-deçà de 80 dollars, voire de 50 dollars pour les plus optimistes, leur pérennité est menacée. Or, il est aujourd'hui aux alentours de seulement 30 dollars, semble-t-il durablement. C'est ce que les plus malins parmi les acteurs du secteur financier sont en train de comprendre. D'où, aussi, l'expression There will be blood, allusion au film de Paul Thomas Anderson, qui se déroule sur fond de ruée vers l'or noir. Car, à moins de 30 dollars, un grand nombre de compagnies spécialisées dans le pétrôle de schiste vont forcément finir par mettre la clé sous la porte. 

Mais ce que certains acteurs du marché ont compris, surtout, c'est que cette fin de cycle - qui se traduit également, comme en 2008, par une hausse des taux de la Fed-, avait une signification: il faut se débarrasser au plus vite de ces prêts devenus trop risqués. Et, surtout, ne pas être parmi les derniers à se retrouver «collés» avec ce papier devenu invendable. L'ambiance est si tendue que l'économiste crédit de la banque RBS a même fait le conseil suivant à ses clients: «Vendez tout», en ajoutant: «Dans une salle bondée, la porte de sortie est petite». D'où la faillite du fonds spéculatif «Third Avenue», en décembre dernier: il détenait beaucoup de crédits risqués aux acteurs de l'énergie. Ses clients ont soudainement et massivement demandé à récupérer leurs avoirs, ce à quoi le fonds s'est trouvé dans l'incapacité de répondre. Un phénomène semblable à celui rencontré au début de la crise des subprimes, lorsque deux fonds de la banque Bear Stearns, exposés aux crédits immobiliers, avaient également dû fermer rapidement, dans l'incapacité de répondre aux demandes de retraits d'argent massifs de ses clients. 

Le phénomène rappelle en effet beaucoup l'éclatement de la bulle des subprimes: une fois que le mouvement de désengagement est enclenché, il est presque impossible de l'arrêter. Comme le disait le milliardaire Warren Buffet: «c'est lorsque la marée descend, que l'on voit ceux qui se baignent nus.» Or, le total des prêts accordés au secteur des pétroles de schiste représente 1600 milliards de dollars, contre 1300 milliards pour les subprimes avant l'éclatement de la bulle financière. Où sont passés ces crédits? Une grande partie a été titrisée, c'est-à-dire transformée en produits financiers complexes, et disséminée un peu partout dans le secteur financier. Où sont-ils exactement aujourd'hui? Bien malin celui qui peut répondre à cette question, alors que le shadow banking, la fameuse finance de l'ombre non régulée (fonds spéculatifs, fonds d'investissement), n'a cessé de se développer depuis 2008. 

Autant dire que c'est un risque majeur qui plane sur la croissance mondiale, sans compter que pourrait s'y ajouter, si le pétrole demeurait à un niveau si bas, le défaut d'un grand pays émergent dépendant des hydrocarbures, comme le Venezuela, ou même à terme la Russie. Autant dire que les marchés financiers ont raison: il va bel et bien y avoir du sang. 

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7-« Un tsunami de défaillances sur dettes va s’abattre sur le monde »
21 janvier 2016

La situation actuelle est pire qu’en 2007: le système  financier mondial est devenu dangereusement instable, et nous pourrions prochainement assister à une cascade de défaillances et de faillites qui éprouveront nos stabilités sociale et politique, affirme William White, qui préside le comité d’examen des situations économiques et des problèmes de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et qui est aussi l’ancien chef économiste de la Banque des Règlements Internationaux (BRI). 

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“Nous avons épuisé toutes nos munitions macroéconomiques pour lutter contre les crises économiques”, a-t-il dit, expliquant que l’accumulation des dettes au cours des 8 dernières années a atteint de tels niveaux dans le monde entier qu’elle pose de très grands dangers. "Lors de la prochaine récession, il sera de plus en plus évident qu’une partie de ces dettes ne seront jamais remboursées, et cela sera très inconfortable pour beaucoup de gens qui pensent que leurs actifs valent quelque chose”, ajoute-t-il.

White affirme que les banques européennes, qui ont déjà admis qu’elles avaient 1000 milliards de dollars de créances en souffrance dans leurs bilans, seront particulièrement vulnérables, et qu’elles devront accepter des abandons de créance importants. Elles sont beaucoup exposées aux marchés émergents, et n’ont probablement pas révélé l’ampleur réelle de leurs créances à risque. De plus, le continent est de plus en plus vulnérable aux difficultés économiques de la Chine. 

De nouveaux sauvetages de banques à prévoir en Europe
Il faudra donc sans aucun doute actionner les nouvelles règles de “bail-in” (en vigueur depuis le début de cette année), c’est à dire de sauvetage des banques européennes par les actionnaires et les clients des banques disposant de dépôts excédant les 100.000 euros, et recapitaliser massivement les banques  européennes. 

White critique les politiques de "QE" menées par les grandes banques centrales au lendemain de la crise financière, dont il dit qu’elles ont encouragé l’endettement et créé des bulles de crédit dans le monde entier, ce qui signifie que le problème des dettes excessives a gagné les pays émergents. “Les pays émergents faisaient partie de la solution après la crise Lehman. Maintenant, ils font aussi partie du problème”, a-t-il dit.

Les prédictions de White sont d’autant plus menaçantes qu'il fait partie d’une minorité d’experts qui ont averti l’Occident de l’imminence d’une très grave crise financière entre 2005 et 2008.

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8-Bourse: l’homme qui surfait sur la chute de Shanghai

Le hedge fund de Huang Weimin a gagné 6.200 % en 2015. Pour, 2016, il conseille de vendre sans attendre  !

La Bouse chinoise bas 13 ans, hedge fund surfe vague gagné 6.200  % an
La Bouse chinoise est au plus bas depuis 13 ans, mais un hedge fund surfe sur la vague et a gagné 6.200  % en un an
Dans un pays comptant 99 millions d’investisseurs individuels, Huang Weimin a tout d’un modèle. Ce gérant de hedge fund a dégagé l’an dernier un retour sur investissement de 6.200 % ! Inconnu il y a encore un an, il est devenu une star grâce à des paris gagnants sur l’évolution des bourses de Shenzhen et Shanghai. Dernier exemple  : un gain de 35  % le 22 janvier, en misant sur la baisse des actions chinoises. 

Et alors que la Bourse de Shanghai est au plus bas depuis 13 mois après une nouvelle journée noire mardi (- 6,4%), le gérant vient de jeter un pavé dans la mare. Il conseille en effet de « vendre toutes les actions maintenant, avant qu’il ne soit trop tard » ! Il anticipe en effet une baisse supplémentaire de 15 % du marché au premier semestre, fruit du ralentissement économique, de la baisse du yuan dans un contexte de sorties de capitaux et en raison du risque d’arrivée de nombreuses IPO en Chine . «Je recommande de tout garder en liquide, d’attendre et de regarder ». 

700 fonds ont fermé en Chine
Un avis qui n’est pas sans rappeler celui, il y a quelques jours, d’une grande institution britannique, RBS, à ses clients concernant l’ensemble de la classe actions. Même si les deux institutions n’ont pas grande chose en commun. Car le plus étonnant finalement est que Huang Weimin puisse autant faire entendre sa voix dans le marasme qui touche la Bourse locale. Son fonds, Yourong, n’a ouvert qu’en 2014 et il ne gère, pour l’instant que 15 millions de dollars d’actifs. Une paille sur un marché qui capitalise encore 5.600 milliards de dollars. 

Mais le Yourong Fund a réussi là où de nombreux concurrents se sont cassés les dents à l’instar des 700 fonds qui, rapporte Bloomberg, ont dû fermer boutique l’an dernier. Huang Weimin affiche aussi, et de loin, la meilleure performance des 310 fonds privés chinois selon la société Shenzhen Rongzhi Investment consultant… Au premier semestre, il avait largement profité de la flambée historique des actions chinoises, avant de prendre ses bénéfices en mai, puis de commencer à spéculer sur une baisse du marché. S’il n’est sans doute pas en odeur de sainteté auprès de Pékin, son parcours a fait sensation auprès des millions de petits porteurs sortis rincés du krach. « C’est comme le surf, vous devez pouvoir danser au sommet de la vague », a-t-il expliqué dans un aphorisme digne de Warren Buffett. Ancien cadre d’un groupe étatique reconverti sur les marchés depuis 2006, Huang Weimin n’a pas encore l’aura de l’Oracle d'Omaha, mais il a attiré en décembre pas moins de 90 « admirateurs-investisseurs  » venus écouter attentivement ses prévisions pour 2015 dans la ville portuaire de Wiamen. 

Un marché chinois en manque de repère
Mais au-delà de son poids sur les marchés, son avertissement semble plus être le reflet d’un marché en manque total de repère, ballotté par les décisions parfois contradictoires des autorités locales. « Les marchés boursiers chinois sont déconnectés de la réalité », prévient ainsi la société de gestion d’actifs Aberdeen. « Lorsque les cours résultent de l’interaction entre les manipulations du marché opérées par l’Etat et les instincts spéculatifs de millions d’investisseurs particuliers, ils ne permettent plus de juger de la qualité d’une entreprise, pas plus qu’ils ne donnent un aperçu de la santé d’une économie ». Cela n’empêche pas les marchés mondiaux de rester très attentifs aux hauts et surtout aux bas de la Bourse de Shanghai. Car la vague n’est pas faite seulement de sommets, mais aussi de creux…

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9-Sortie de "Flash Boys", le livre qui enflamme Wall Street, en français
28-01-2016

Dans son dernier livre intitulé "Flash Boys", le journaliste américain Michael Lewis accuse les traders à haute fréquence de manipuler Wall Street. Le livre à succès sort dans sa version française ce 28 janvier aux éditions du Sous-Sol.

Sortie de "Flash Boys", le livre qui enflamme Wall Street, en français
Flash Boys, au coeur du trading haute fréquence, de Michael Lewis, sortie ce 28 janvier aux éditions du Sous-Sol (Le Seuil)

Selon le journaliste américain Michael Lewis, la Bourse de New York serait truquée, au profit d'automates bourrés d'algorithmes qui achètent et vendent à la vitesse de la lumière, grugeant au passage les petits investisseurs... Zoom sur des pratiques boursières qui dérangent. 

"Quiconque investit en Bourse est une proie pour les traders à haute fréquence !" Lâchée tout récemment dans une interview sur la chaîne américaine CBS, la petite phrase de Michael Lewis n'a pas manqué sa cible. En comparant les investisseurs traditionnels à de frêles oiseaux pour le chat, l'ancien courtier de Wall Street a relancé outre-Atlantique le débat sur les méfaits présumés du courtage électronique à grande vitesse. 

Pour lui, cela ne fait aucun doute : les cours de la Bourse américaine (NYSE, Nasdaq, etc.) sont systématiquement faussés par ce que dans le jargon on appelle le high frequency trading, c'est-à-dire le trading à haute fréquence, ces programmes informatiques complexes qui prennent tout le monde de vitesse en achetant et en vendant des actions, des devises, des produits dérivés, des matières premières, bref, n'importe quel instrument financier. En quelques millionièmes de secondes, soit bien plus vite qu'un clignement d'oeil. 

Argent, vitesse et technologie Auteur de livres à succès sur les coulisses de la finance, Michael Lewis n'en est pas à son premier coup d'essai. Ex-trader reconverti dans le journalisme et l'écriture, il s'est rendu célèbre avec des ouvrages comme Liar's Poker en 1989 ou The Big Short en 2010 (sur la crise des crédits à risque). 

Une critique acerbe de l'univers du trading à haute fréquence
Dans Flash Boys. A Wall Street Revolt, il nous livre cette fois-ci une critique acerbe de l'univers du trading à haute fréquence. Un univers, écrit-il, qui n'a plus rien à voir avec celui de la finance à l'ancienne, celui des courtiers classiques et de Gordon Gekko, héros du film Wall Street d'Oliver Stone (1987). 
« Les marchés financiers ont changé trop rapidement, au cours de la dernière décennie, par rapport à la représentation mentale que nous nous en faisons encore. L'image des courtiers traditionnels aux vestons de couleur, hurlants les uns avec les autres, est dépassée. Aujourd'hui, les échanges boursiers ne se font plus sur le floor du New York Stock Exchange ou sur les différents marchés de Chicago, mais au départ de boîtes noires logées dans des immeubles bien gardés situés dans le New Jersey ou à Chicago. Ce qui se passe dans ces boîtes noires ? Personne ne le sait exactement. Même pas les experts. Dans ce monde du courtage à grande vitesse, les êtres humains ont été remplacés par une intelligence financière d'un nouveau genre, faite d'ordinateurs superpuissants, programmés pour se comporter d'une manière autre que ne le ferait son concepteur à titre personnel." 

Les marchés détournés
La thèse défendue par Lewis est claire : les marchés américains sont détournés par ces "HF traders" qui se branchent juste à côté des ordinateurs des places boursières. Selon lui, ces sociétés de robots spéculateurs, dont les plus connues se nomment Getco, Virtu, Citadel ou encore Optiver, profitent de la technologie la plus sophistiquée en matière d'algorithmes, de serveurs et de fibres optiques pour gagner quelques millièmes de seconde et passer des ordres massifs (jusqu'à plusieurs dizaines de milliers d'opérations par seconde sur un seul titre), histoire de toujours avoir un coup d'avance sur les investisseurs classiques, petits particuliers ou grands fonds de pension. C'est-à-dire nous tous. 

Vous voulez acheter des actions Microsoft ? Invisibles et très rapides, les HF traders peuvent déceler votre envie, les acquérir avant vous sur une autre plateforme boursière pour vous les revendre finalement à un prix plus élevé, affirme Michael Lewis, pour qui c'est évident : nous sommes en présence d'une arnaque. Légale, certes. Mais une arnaque quand même. Une sorte de hold-up technologique, ni vu ni connu... Comme si vous arriviez au cinéma pour voir le dernier film dont tout le monde parle. Vous prenez place dans la file devant la caisse, et quand arrive votre tour un inconnu surgit devant vous, et prend votre place. Ainsi de suite, avec un deuxième, puis un troisième, jusqu'à ce que la salle soit pleine. A ce moment, l'inconnu se tourne vers vous et vous propose de vous revendre son billet. Plus cher...

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10-Pétrole : la Russie lance un appel à l’Opep
28-01-2016

Le ministre de l’énergie russe a indiqué que son pays était prêt à participer à une politique globale de soutien des prix.

Après déclarations ministre russe l’énergie, pétrole rebondi 5 %.
Après les déclarations du ministre russe de l’énergie, le pétrole a rebondi de 5 %.
Le chaud et le froid. Les marchés pétroliers ne savent plus à quel saint se vouer, ballotés au gré des déclarations contradictoires. Le ministre russe de l’énergie Alexander Novak a en effet créé l’émoi jeudi en indiquant que son pays (qui n’est pas membre de l’Opep) était prêt à participer à une réunion en vue d’une possible « coordination » face à l’effondrement des prix. « Actuellement, les pays de l’Opep tentent de convoquer une réunion avec la participation de pays membres et de pays non membres en février », a-t-il indiqué, évoquant même une proposition de l’Arabie Saoudite de réduire la production de chaque pays de 5 %.

Selon un délégué de l’Opep, cité par l’agence Reuters, « les pays membres du Golfe sont prêts à coopérer », et « toutes les solutions sont envisageables  ». Mais quatre autres délégués du cartel, interrogés par l’agence Bloomberg, ont indiqué n’avoir jamais entendu parler de telles discussions. « Il est possible que la Russie teste l’idée pour jauger les réactions des membres de l’OPEP à l’idée de réductions de production », commentait jeudi Jason Bordoff, directeur du Center of Global Energy Policy de Columbia University, cité par Bloomberg.

Le pétrole remonte au-dessus des 35 dollars
Les déclarations d’Alexander Novak ont en tout cas fait rebondir les cours, qui ont gagné plus de 5 % dans la foulée, à 35,8 dollars le baril pour le brent, la référence de la mer du Nord, et 34,8 dollars pour le WTI, à New York. Ils sont depuis retombés, à 34,3 pour le brent et 33,4 pour le WTI. 

Un tel accord global, qui verrait les producteurs de pétrole (membres et non membres de l'Opep) s’entendre pour réduire leur production afin de soutenir les prix, constituerait un véritable retournement de situation. Tous ces pays y auraient intérêt, car la baisse de revenus liée à une réduction des barils vendus serait largement compensée par la remontée des cours, tombés à des niveaux difficilement soutenables pour la plupart d’entre eux. Mais il supposerait une entente globale et surtout une confiance mutuelle qui n’existe pas vraiment aujourd’hui. 

Un coût de production bas
L’Arabie Saoudite, chef de file du l’Opep, argue depuis le début de la crise il y a dix-huit mois que toute réduction de la part de l’Opep serait inutile, car immédiatement compensée par les producteurs de schiste aux Etats-Unis. L’argument est certainement exact, mais comment obtenir de milliers de petits producteurs américains qu'ils réduisent simultanément leur production ? Le royaume wahhabite est d’autant plus réticent à réduire sa production que son coût de production est particulièrement bas, et qu’il a les moyens de résister plus longtemps. L’Irak et l’Iran, deux autres producteurs importants (membres du cartel), ne veulent de leur côté pas entendre parler de restrictions. Ayant été soumis à des embargos, ils estiment avoir aujourd’hui le droit de ne pas brider leur production. Enfin, « des pays comme le Venezuela, dont les finances sont exsangues, disent avoir besoin de chaque baril pour combler leur déficit », souligne un expert.

Lors des trois réunions de l’Opep qui se sont tenues depuis dix-huit mois, les membres du cartels n’ont pu aboutir à un accord . La dernière, le 4 décembre dernier, a même conduit à l’abandon de toute référence à un plafond de production. L’Arabie Saoudite a toujours dit qu'un accord ne pourrait être obtenu que si des pays non-membres s’y associaient. Reste à savoir si elle répondra à l’appel lancé jeudi par la Russie.

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11-Italie. Pour les beaux yeux de l’Iran, l’Occident abdique ses valeurs
27/01/2016

En visite à Paris ce 27 janvier, le président iranien Hassan Rohani était en Italie les deux jours précédents. A cette occasion, des statues de nus ont été dissimulées dans les musées du Capitole. Une concession inacceptable, réagit la presse italienne.

http://www.courrierinternational.com/sites/ci_master/files/styles/image_original_320/public/assets/images/000_7e51l.jpg?itok=r5Y52bMc

Contre le terrorisme, il nous faut apporter “une réponse globale, qui ne soit pas seulement militaire, mais aussi politique, culturelle et civile”. Ainsi parlait Matteo Renzi, au lendemain des attentats de Paris, rappelle le quotidien Il Foglio. Le Premier ministre avait insisté sur le besoin d’une “réponse culturelle” et annoncé avec une apparente sagesse que chaque Italien de 18 ans recevrait un bon de 500 euros pour des activités culturelles.

Ce même Renzi accueillait le président iranien Hassan Rohani, ces 25 et 26 janvier, à l’occasion de sa visite historique en Europe après la signature non moins historique de l’accord sur le nucléaire iranien en juillet dernier. Au programme romain de Rohani, des rencontres avec le pape, le Premier ministre et le président, mais aussi des visites, dont celle des musées du Capitole où, par précaution, les statues de nus ont été recouvertes de caissons de bois.  

C’est donc ça, notre réponse culturelle ? fulmine Il Foglio. Mettre la burqa à quatre mille ans de tradition occidentale quand arrive un chef d’Etat en vêtement islamique ?”Nous voilà “humiliés chez nous”, renchérit le quotidien romain Il Tempo, qui sanctionne en titre cette “burqa d’Etat”. Même formulation à la une du journal de droite Libero, qui s’interroge : les 17 milliards d’euros de contrats qui seraient en jeu pour les entreprises italiennes “sont-ils un juste prix pour s’agenouiller face à l’islam et accepter la soumission ?
  • « Mais oui, visiblement, 17 milliards méritent même qu’on évite les questions embarrassantes comme celles-ci : est-il vrai qu’en 2015 980 condamnations à mort ont été appliquées, soit 3 par jour ? Qu’on pend les homosexuels et les personnes coupables d’adultère ? » 

Le poids des symboles
La presse conservatrice n’est pas la seule à s’insurger. Dans son éditorial intitulé “Soumission”, La Stampa s’emporte contre ce comportement “sans dignité” qu’elle juge typiquement italien et qui consiste à “traiter l’invité comme s’il était le patron”. Pour Il Tempo, c’est même faire offense à l’Iran que de dissimuler le patrimoine de la Rome antique, alors que ce pays est lui-même l’héritier de la riche tradition persane – qu’il est loin de renier – et ne doit surtout pas être associé aux barbares de l’organisation Etat islamique. D’ailleurs, reprend La Stampa dans un autre article, “on ne comprend pas très bien si les statues ont été occultées à la demande des Iraniens ou par excès de zèle des Italiens”.

De son côté, le journal de centre gauche La Repubblica se penche sur la question de l’ouverture et du poids des symboles, et interroge :  
  • « Ce que nous faisons volontiers pour un hôte qui vaut 17 milliards, ne devrions-nous pas le faire pour les nouveaux Italiens qui, lorsqu’ils arrivent ici (quand ils y parviennent), n’ont qu’eux-mêmes (et encore…) et retirer par exemple les crucifix des écoles et des tribunaux de notre Etat laïc ? » 

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12-Colombie : plus de 20.000 cas du virus Zika, dont 2.000 femmes enceintes
30/01/2016

Bogota - La Colombie a annoncé samedi recenser 20.297 cas de personnes infectées par le virus Zika, dont 2.116 femmes enceintes atteintes par cette maladie bénigne en apparence mais soupçonnée de provoquer une grave malformation congénitale. 

Opération d'éradication de moustiques porteurs du virus Zika, le 28 janvier 2016 à Cali en Colombie
Opération d'éradication de moustiques porteurs du virus Zika, le 28 janvier 2016 à Cali en Colombie

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) tiendra lundi une réunion d'urgence sur ce virus, transmis par piqûre de moustique et qui se propage "de manière explosive" sur le continent américain, avec 3 à 4 millions de cas attendus cette année, dont déjà 1,5 million au Brésil, pays le plus touché. 

La Colombie est jusqu'à présent le deuxième pays le plus affecté par la maladie, qui provoque des symptômes grippaux bénins (fièvre, maux de tête, courbatures) mais pourrait, quand elle touche une femme enceinte, entraîner une grave malformation congénitale, la microcéphalie (réduction du périmètre crânien chez le nouveau-né, néfaste au développement intellectuel). 

Le lien entre les deux maladies est jugé probable par les scientifiques mais n'a pas encore été prouvé. 
Sur les plus de 20.000 cas recensés en Colombie, la grande majorité ont été confirmés par des examens médicaux, seuls 2.132 étant encore classés comme suspects. Le virus touche plus les femmes, qui représentent 63,6% des malades. 

Le pays a décrété mardi le premier niveau d'alerte, verte, afin que les hôpitaux se préparent à répondre à une expansion de la maladie. 
Les autorités ont également recommandé aux couples de reporter de six à huit mois leurs grossesses. 

Le virus Zika est transmis par le moustique tigre et le moustique Aedes aegypti, également vecteurs de la dengue, de la fièvre jaune et du chikungunya. 

Le gouvernement colombien prévoit plus de 600.000 personnes infectées par le virus cette année et quelque 500 cas de microcéphalie, tandis que l'OMS a prévenu que tout le continent américain serait touché par le virus Zika, à l'exception du Canada et du Chili. 

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13-Brésil : le virus Zika inquiète Rio
26/01/2016

Alors que le carnaval approche et que les Jeux olympiques sont dans sept mois, le virus, transmis par les moustiques, provoque une psychose dans la ville brésilienne.

Le virus est transmis par un moustique.

L'inquiétude grandit à quelques jours du légendaire carnaval de Rio. La psychose du virus Zika, transmis par une piqûre de moustique et associé à une explosion de cas de bébés microcéphales, augmente dans la ville qui accueillera les Jeux olympiques en août.

Malgré les promesses des autorités municipales d'éviter la prolifération du moustique tigre, porteur du virus, Roberto Medronho, épidémiologiste à l'Université de Rio (UFRJ), souligne une présence très importante du moustique au Brésil due à « l'urbanisation désordonnée et des programmes de contrôle de faible efficacité ». « Il est très difficile de contrôler le moustique Aedes aegypti à Rio, où un tiers de la population vit dans les favelas avec de nombreux foyers de prolifération » comme les eaux stagnantes, déclare-t-il. 

Dimanche, la mairie de Rio a assuré que « les inspections seront intensifiées pour les Jeux olympiques d'août, bien que ce soit une période pendant laquelle il y a moins de moustiques », puisque la région sera plongée dans l'hiver austral.

« Mais pendant le carnaval, en plein été et avec une grande circulation de personnes, il y a un risque objectif de contracter le Zika », affirme l'épidémiologiste. Le ministre de la Santé, Marcelo Castro, s'est montré peu optimiste vendredi, estimant que le moustique Aedes aegypti était en train de remporter la « guerre » que lui mènent depuis trente ans les autorités sanitaires au Brésil. Il a explicitement recommandé aux femmes « d'éviter de tomber enceintes en ce moment ».

« Je ne sortais plus de chez moi »
Certaines ambassades (Royaume-Uni et France) ont fait passer des messages de précaution à leurs sportifs et ressortissants au Brésil tandis que celle des États-Unis a recommandé aux femmes enceintes d'éviter les voyages en Amérique latine. Le Zika « va continuer à s'étendre » à tout le continent américain, à l'exception du Canada et du Chili, a prévenu lundi l'Organisation mondiale de la santé qui y voit un « sérieux sujet d'inquiétude ». Comme toutes les Brésiliennes enceintes, Manuela Mehl, procureur de 37 ans, relate l'expérience traumatisante d'avoir appris le lien entre Zika et bébé microcéphale au tout début de sa grossesse, la période considérée comme la plus dangereuse pour le foetus. « Dans les premières semaines, vraiment j'étais très nerveuse. Je ne sortais plus de chez moi », raconte cette habitante de Copacabana qui en est à sa 16e semaine de grossesse. « Mon médecin m'a dit de me protéger avec de l'antimoustique, c'est le seul moyen de ne pas se faire piquer », ajoute-t-elle en montrant une trentaine de produits qu'elle a stockés en hâte, car ils avaient pratiquement disparu des étagères des pharmacies. « On voulait ce deuxième enfant. Mais si je n'avais pas été enceinte au moment où les informations ont surgi, j'aurais retardé ma grossesse pour éviter tout ce stress », confie-elle, rappelant que l'avortement est interdit au Brésil sauf en cas de viol ou de foetus acéphale (sans cerveau).

Près de 4 000 cas
Depuis 2015, 3 893 cas de microcéphalie chez des nourrissons, une malformation de la tête qui altère le développement intellectuel, ont été recensés au Brésil - la plupart dans le nord-est du pays - et sont probablement liés au virus Zika contracté par la mère et qui contamine le placenta, selon le ministère de la Santé. En 2014, 147 cas seulement avaient été dénombrés. « Certains bébés ne survivent même pas et d'autres auront des séquelles. Au long des années pourront surgir d'autres anomalies comme la surdité, comme cela a été le cas avec la rubéole. C'est sans doute seulement la pointe de l'iceberg aujourd'hui, affirme Roberto Medronho. Pour lui, la situation est « comparable à celle de la thalidomide (médicament, NDLR) dans les années 1960 où nous avons eu une génération de bébés sans bras ou jambes ».

« Il y a un risque d'enfants microcéphales avec des neuropathies qui ne pourront ni étudier ni travailler. C'est une tragédie pour les familles, généralement les plus pauvres. L'épidémie va passer, mais les microcéphales seront toujours là et cela va surcharger le système de santé », souligne le chercheur. L'infection en elle-même, non contagieuse, se manifeste par des symptômes grippaux (fièvre, maux de tête, courbatures) avec des éruptions cutanées.

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14-5 millions de véhicules en plus rappelés pour les airbags défectueux
26/01/2016

Un dixième décès porte maintenant le rappel calamiteux des airbags Takata à près de 30 millions de véhicules dans le monde, essentiellement aux États-Unis.

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Ce n'est pas l'airbag qui cause un risque majeur mais la cartouche de mise à feu, dont le conteneur projette des éclats.  

C'est un malencontreux croisement le 22 décembre 2015 entre une vache et un vieux Ford Ranger de 2006 qui a causé le dixième décès de l'affaire Takata. Le constructeur japonais d'airbags, confronté à un scandale d'une autre ampleur que celui de Volkswagen, s'enfonce dans un puits sans fond. La fatalité survenue en Caroline du Sud, a hélas écrit un scénario bien connu maintenant. Pour la 10e fois, la cartouche de mise à feu de l'airbag a éclaté sous la force du gaz, une lame de métal venant se loger dans le cou de l'infortuné conducteur.

Selon les documents déposés par l'avocat du défunt et notamment le rapport d'autopsie qui certifie que la mort de l'homme a été causée par des éclats de métal, Takata se voit placé au centre de l'enquête qui a été diligentée à la suite du dépôt de plainte. Les éléments sont suffisants en tout cas pour que les régulateurs américains lancent une autre campagne de rappel de véhicules équipés d'airbag de la marque japonaise, ajoutant 5 millions de voitures à la liste conséquente des modèles déjà suspectés de défaillances.
Audi, Volkswagen et Mercedes aussi

Car l'autre mauvaise nouvelle est que ce vieux Ford Ranger élargit la liste des modèles impliqués dont l'identité exacte sera dressée dans les prochains jours par la NHTSA, l'équivalent de la Sécurité routière. En effet, on devrait passer à plus de 28 millions de véhicules concernés en ajoutant à la liste de rappel des – pas de chance – Volkswagen, Audi et Mercedes-Benz. Mais pas seulement puisque ce dernier rappel concernera également les véhicules fabriqués par Ford, Saab, Mazda et Honda. La NHTSA doit solliciter les archives des constructeurs pour retrouver tous les véhicules qui ont été équipés de ces cartouches de déploiement défectueuses.

Annoncée ce vendredi 22 janvier, la campagne de rappel mettra plusieurs mois à identifier les véhicules à risque et à prévenir leurs propriétaires. Encore faut-il que ceux-ci se plient au passage en atelier ce que les rappels précédents décrivent comme non garanti. En effet, bien qu'informés et sollicités pour cette mise à niveau gratuite, bon nombre d'automobilistes font la sourde oreille et n'ont toujours pas, plusieurs mois après avoir reçu leur courrier de mise en garde, rejoint l'atelier le plus proche.

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15-Pourquoi il faut empêcher les gens de marcher dans les escalators du métro
19.01.2016

Pour accélérer la circulation des passagers dans les couloirs du métro, il ne faut pas réserver la gauche des escalators aux gens qui veulent les grimper.

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Cela peut sembler complètement illogique mais encourager les gens à rester immobiles sur les escalators permet d’accélérer la circulation des passagers dans les couloirs du métro. C’est la conclusion d’un test conduit pendant trois semaines à la station de Holborn, dans le métro de Londres, rapporte The Guardian.

Sur un escalator, il est d’habitude convenu que l’espace de gauche soit réservé aux gens qui veulent monter les marches, alors que les voyageurs qui préfèrent ne pas bouger restent à droite (même en Grande-Bretagne). À Holborn, le Transport for London (TfL), l’équivalent londonien de la RATP, a envoyé une équipe d’employés pour encourager les gens à rester immobiles sur un escalator de vingt-trois mètres de long.

L’idée, inspirée de Hong Kong, est que plus de personnes peuvent voyager en même temps sur le même escalator lorsqu’elles sont immobiles, dans la mesure où le mouvement crée un désordre qui réduit la capacité de l’escalator.

Habitudes immobiles
Les résultats préliminaires de l’expérience à Holborn sont convaincants. Lorsque les gens peuvent bouger à gauche, un escalator de cette station transporte en une semaine environ 12.745 passagers de 8h30 à 9h30. Mais lorsque les passagers ont été encouragés à tous rester immobiles, 16.220 personnes ont été transportées, une augmentation supérieure aux prévisions du TfL.

Une amélioration de la gestion des flux de passagers est particulièrement nécessaire dans une ville en pleine croissance comme Londres: de 8,6 millions actuellement, la population devrait atteindre les 10 millions en 2030. Ceci dit, malgré l’efficacité du test, le problème reste de convaincre la population de changer ses habitudes. Pendant les trois semaines expérimentales, de nombreux passagers ont en effet déclaré que c’était une idée stupide et se sont plaints qu’on les empêche de marcher. 

La prochaine étape est de voir si les Londoniens cessent de bouger sans une équipe d’employés qui les encouragent au haut-parleur. À la place, les autorités envisagent de tester des hologrammes qui rappelleraient aux passagers de rester immobiles des deux côtés.

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16-Ces stars de YouTube qui font la pluie et le beau temps dans la mode et la beauté
Le 27/01/2016

Les youtubeuses sont bien plus visibles sur les réseaux sociaux que les médias traditionnels, selon une étude NPA.
Ces jeunes femmes possèdent un énorme pouvoir de prescription. 

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Ces stars de YouTube qui font la pluie et le beau temps dans la mode et la beauté
Elles s'appellent Marie, Horia, Léa, Sananas… Elles sont jeunes, souvent jolies, et leurs faits et gestes sont suivis par des millions de fans sur Internet. Ce ne sont pas des chanteuses ou des actrices, mais des youtubeuses. Des jeunes femmes presque ordinaires, qui ont un pouvoir immense, selon une étude de NPA Conseil sur les youtubeuses mode-beauté. « Un secteur qui représente un énorme marché publicitaire », souligne Philippe Bailly, du cabinet NPA. 

Premier indice de cette puissance : leur audience, qui a de quoi rendre jaloux les médias traditionnels. NPA a cumulé les communautés YouTube, Facebook, Twitter et Instagram. Avec près de 8 millions d'« abonnés » (ou « followers », etc.), EnjoyPhoenix fait mieux sur les réseaux numériques que des chanteuses connues mais aussi que « Elle », « Grazia », « Marie Claire », « Glamour », « Cosmo » et « Biba » réunis. Et d'autres stars de YouTube sont loin devant les magazines féminins (voir graphique). Certes, cette étude ne prend pas en compte les sites Internet des titres de presse et reste focalisée sur les jeunes - le public cible de ces réseaux sociaux -, mais ces chiffres « illustrent la capacité des youtubeuses à créer des communautés fortes avec lesquelles elles entretiennent une vraie proximité, explique Xavier Campo, de La Factory NPA . Alors que les médias traditionnels utilisent plutôt les réseaux sociaux comme de simples chambres d'écho des informations qu'ils ont diffusées ». « Elles parlent le même langage que leurs fans, avec un ton plus intime, ajoute Virginie Maire, chez Finder Studios qui gère plusieurs de ces talents. Elles répondent à un nouveau mode de consommation des jeunes qui sont moins sur les médias classiques. »

Des conseils très suivis
Surtout, leurs conseils sont extrêmement suivis par leurs fans. En témoigne le résultat d'une enquête en ligne réalisée par NPA auprès de plus de 16.000 fans de youtubeuses mode-beauté - des femmes (97 %), jeunes (15-25 ans), hyperconnectées (84 % se connectent une fois par jour à YouTube). Près de 9 répondants sur 10 déclarent avoir déjà fait des achats à la suite d'une vidéo vue sur YouTube ! La vidéo YouTube est ainsi le contenu qu'elles regardent le plus pour décider de leurs achats, largement devant les articles de presse ou les publicités .« Les youtubeuses ont un énorme pouvoir de prescription, grâce à la relation de confiance qu'elles ont tissée et à leur pouvoir d'identification », résume Philippe Bailly. « On n'est pas des égéries, ni des mannequins. On donne des conseils de la même manière que l'on parlerait à une copine », dit, du haut de ses dix-neuf ans, Léa, qui a créé la chaîne YouTube Je ne suis pas jolie. Et, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, une citation de marque par une youtubeuse est bien perçue : c'est un avis utile pour 55 % des sondés, un conseil (26 %) mais pas une publicité déguisée (10 %). « ll faut que l'on aime le produit pour en parler. On refuse beaucoup de propositions de marques », assure Léa. 

Les enseignes ont bien compris ce potentiel, multipliant les partenariats avec ces jeunes filles. Ainsi, les marques qui travaillent avec des youtubeuses - comme Gemey avec EnjoyPhoenix - sont citées trois fois plus en moyenne que celles qui n'utilisent pas cette stratégie. « Les fans reportent plus facilement leur capital confiance sur les marques », reprend Philippe Bailly. 

Les sociétés ont tout intérêt à les chouchouter et à les faire vivre, via des spots publicitaires diffusés avant leurs vidéos - les revenus sont alors partagés avec YouTube - ou des contrats (pour apparaître dans des vidéos, des opérations spéciales, etc.). Si les salaires ou les chiffres d'affaires générés sont gardés jalousement secrets, on sait que 1 million de vidéos vues génère environ 1.000 dollars de publicité, selon Finder Studios. Pour les quelques jeunes femmes qui font entre 2 millions et plus de 10 millions de vues par mois, cela commence à faire un beau pactole… 

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17-Russie: un haut responsable arrêté pour avoir démonté et revendu une autoroute 
13/01/16 

Un haut responsable de l'administration pénitentiaire russe a été arrêté pour corruption et est accusé d'avoir fait démonter les plaques de béton recouvrant 50 km d'une route pour les revendre, a annoncé mercredi le comité d'enquête russe.

Russie: un haut responsable arrêté pour avoir démonté et revendu une autoroute
Une autoroute russe

Le général Alexandre Protopopov, responsable de l'antenne locale du service d'application des peines dans la république des Komis (nord), est soupçonné de "détournement de biens publics à grande échelle" et d'"abus de pouvoir", un délit passible de peines allant jusqu'à 10 ans de prison, a indiqué le comité dans un communiqué.

Il a été arrêté avec l'assistance des services russes de sécurité (FSB) et des "perquisitions sont effectuées à son domicile et celui de ses proches", selon la même source.

Selon les enquêteurs, M. Protopopov est notamment soupçonné d'avoir fait procéder au démontage d'environ 7.000 plaques en béton recouvrant quelque 50 km d'une route passant près d'un camp de détention dans cette république, revendues par la suite par la société ayant effectué les travaux.

Un responsable de cette société, Ramal Djabbarly, ainsi que l'ex-adjoint de M. Protopopov, Valéri Ivanov, et le directeur du camp, Roman Korjov sont également visés par l'enquête, précise le communiqué. Le préjudice porté à l'État russe est estimé à plus de 6 millions de roubles (environ 72.600 euros).

En 2008, deux hauts responsables de la police des transports russe ont été condamnés à deux ans de camp pour avoir fait démonter et revendre les rails sur un tronçon important d'un des principaux chemins de fer russes, près d'Arzamas, dans la région de Nijni Novgorod (Volga).

La corruption est un mal endémique en Russie, minant la confiance de la population en ses institutions, et considérée comme un des principaux freins au développement économique.

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18-Le Japon maintient une gare en service pour une seule passagère 
12-01-2016

Chaque jour, une étudiante prend le train à la station de Kami-Shirataki, sur l'île d'Hokkaido. Les autorités se sont engagées à desservir cet arrêt jusqu'à ce qu'elle obtienne son diplôme.

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Sur Twitter, un internaute poste une photo de la gare en question

L'histoire semble tout droit sortie d'un dessin animé de Miyazaki. Depuis trois ans, la gare de Kami-Shirataki, sur l'île japonaise d'Hokkaido, n'est desservie que deux fois par jour : à 7h04 et 17h08. Le Japon a décidé de maintenir cette station pour une seule passagère, une lycéenne, rapporte le site Metronews, lundi 11 janvier, citant les médias chinois. 

La compagnie Japan Railway s'est en effet engagée à desservir cette gare jusqu'à ce que l'étudiante obtienne son diplôme, en mars 2016. Elle a même adapté les horaires de ses trains, afin qu'ils correspondent à ceux de la jeune fille, précise la chaîne de télévision chinoise CCTV sur sa page Facebook

"Aucun enfant n'est laissé sur le bord de la route"
L'information, relayée à la fin de l'année 2015, a déclenché une avalanche de commentaires positifs, les internautes saluant l'attachement du Japon à l'éducation de ses concitoyens. "Tel est le sens de la bonne gouvernance. Chaque citoyen compte. Aucun enfant n'est laissé sur le bord de la route", peut-on lire sur la page Facebook de la CCTV.

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19-Voici les 20 villes les plus violentes du monde
28/01/2016

En tête du classement, Caracas, au Venezuela, compte 119 meutres pour 100 000 habitants.

Un policier contrôle des hommes pendant une patrouille, dans le quartier pauvre de Petare, à Caracas (Venezuela), le 28 septembre 2012.
Un policier contrôle des hommes pendant une patrouille, dans le quartier pauvre de Petare, à Caracas (Venezuela), le 28 septembre 2012

Caracas, au Venezuela, est en tête d'un bien triste classement. Parmi les 50 villes les plus violentes du monde, en 2015, 41 se trouvent en Amérique latine, dont 21 au Brésil, selon les données publiées par le Conseil citoyen mexicain pour la sécurité publique (en anglais), jeudi 28 janvier. En comparant les taux d'homicides volontaires des villes de plus de 300 000 habitants, l'organisation souligne la violence qui règne dans les régions touchées par "le trafic de drogue, les guerres de gangs et l'instabilité politique", résume Statista (en anglais), qui publie cette carte des 20 villes les plus violentes du monde.

Infographic: The 20 Most Violent Cities Worldwide | Statista

A Caracas, on compte 119,87 homicides volontaires pour 100 000 habitants. La ville détrône ainsi San Pedro Sula, au Honduras, où la lutte contre la criminalité semble commencer à porter ses fruits. D'autres villes sont carrément sorties du tableau, comme Juarez (Mexique) et Medellin (Colombie), qui étaient pourtant parrmi les villes les plus violentes pendant les années 1990 et 2000.

Les Etats-Unis sont également bien présents dans le classement. en 15e position arrive St Louis, puis Baltimore (19e), Detroit (28e) et la Nouvelle Orléans (32e). Le Cap, en Afrique du Sud, apparaît aussi dans les 10 premières villes. L'Afrique du Sud est d'ailleurs le seul pays africain représenté dans ce classement, avec quatre villes. Aucune ville européenne n'atteint le taux d'homicides volontaires le plus faible du classement (Obregon, au Mexique, avec 28,29 pour 100 000)

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14/04/2015

Moins médiatique que la plupart de ses pairs, le Brésilien Jorge Lemann domine des pans entiers de l'alimentation américaine (Heinz, Budweiser, Burger King, etc.). Il est impitoyable lorsqu'il s'agit de réduire les coûts. 

Le Brésilien Jorge Lemann s'est exilé Suisse 1999. Il y figure fortune pays.
Le Brésilien Jorge Lemann s'est exilé en Suisse en 1999. Il y figure aujourd'hui comme la deuxième fortune du pays
Il a passé sa jeunesse à surfer sur les plages de Leblon, le quartier huppé qui ferme la baie de Rio. Il montre aussi un certain talent au tennis : sacré cinq fois champion du Brésil, il a joué le tournoi de Wimbledon et deux Coupes Davis. Cela aurait pu être l'accomplissement d'une vie. Mais, pour Jorge Lemann, ce fut un drame : ces tournois l'ont convaincu qu'il ne s'imposerait jamais parmi les dix meilleurs mondiaux. L'homme a donc mis sa raquette au placard et s'est rabattu sur les affaires.

La reconversion lui a plutôt réussi. Et personne ne doute qu'il se range, cette fois-ci, parmi les meilleurs. Jorge Lemann a beau être inconnu du grand public, il suscite une sorte de dévotion dans le cercle des milliardaires. « C'est le meilleur », estime Bill Ackman, un investisseur de Wall Street qui cède pourtant rarement à la flagornerie. « Jorge Lemann est un grand maître », affirme Warren Buffett, qui tente de faire autant d'affaires qu'il le peut avec lui. Sa notoriété reste très inférieure à celle de ses pairs : il a beau figurer parmi les trente plus riches du monde, il demeure certainement le milliardaire le plus secret de la planète. Ni lui ni son entourage n'ont souhaité répondre à nos questions. A soixante-quinze ans, il nourrit toujours la même haine des journalistes et exhorte ses collaborateurs à ne jamais prononcer son nom en public. Les marques qu'il détient parlent pour lui : des bières Budweiser à la chaîne de fast-foods Burger King, en passant par les ketchups Heinz et les cafés Maxwell, il domine des pans entiers de l'alimentation américaine. Son fonds 3G, qui ne dit rien à personne, est en passe de s'imposer comme l'un des conglomérats les plus puissants d'Amérique. Le tennis n'est jamais très loin : Roger Federer est, paraît-il, l'un de ses principaux actionnaires…

Mais revenons aux années 1960 : c'est à cette époque que Jorge Lemann délaisse la terre battue pour rejoindre les bancs de Harvard. « Mon niveau de tennis a beaucoup joué dans l'acceptation de mon dossier », ­confiait-il récemment à la promotion 2013. Le jeune homme ne brille pas spécialement par son sérieux. Au bout d'un an, il manque même de se faire renvoyer pour avoir déclenché un feu d'artifice sur le campus. « L'école m'a suggéré de prendre une année sabbatique pour mûrir un peu. »Mais plutôt qu'allonger sa scolarité, Jorge Lemann décide de la raccourcir : il concentre ses cours au maximum pour obtenir son diplôme en deux ans, plutôt que trois.

Adieu Boston, retour à Rio. Le jeune homme renoue avec les joies du surf, mais ne sait toujours pas quoi faire de sa vie. Il joue les stagiaires chez Credit Suisse, avant de s'essayer quelques mois au journalisme - un comble pour qui fuira la presse le restant de sa vie. Il faudra attendre dix ans pour que Jorge Lemann trouve enfin sa voie. A trente et un ans, il rachète Garantia, un bureau de courtage miteux du centre-ville. Au lieu de débaucher des banquiers confirmés, il recrute de jeunes Brésiliens pauvres, prêts à tout pour réussir. Il les appelle les « PSD » - « poor and smart with a deep desire to get rich » .

En dix ans, il construira une banque de premier plan, réalisant jusqu'à 1 milliard de profits annuels. La « Goldman Sachs » du Brésil, comme la surnomme la presse nationale. Jorge Lemann a effectivement cloné la star de Wall Street : il récompense les meilleurs en imposant des salaires fixes plus bas que la moyenne et des bonus pouvant représenter plusieurs fois le salaire annuel. Il ouvre le capital aux plus méritants. Parmi eux figurent Carlos Sicupira et Marcel Telles, deux garçons devenus ses frères, qui l'ont accompagné dans la création du fonds 3G, quarante ans plus tard. Le nom rend hommage à l'amitié qui unit les trois hommes et à cette banque Garantia qui a fait leur première fortune.

Copier les secrets des meilleurs PDG
Les « trois mousquetaires » - c'est leur surnom - ont à peine trente ans et veulent copier ce qui se fait de mieux dans le monde. « Ce ne sont pas des génies, mais des éponges », raconte l'homme d'affaires Claudio Galeazzi, qui les a beaucoup côtoyés dans les années 1980. « Ils n'éprouvent aucune honte à copier les meilleurs modèles de management. Ils les améliorent, en apportant leur propre touche »,ajoute-t-il. Les trois hommes écrivent ainsi aux plus grands PDG du monde pour comprendre les secrets de leur réussite.

Le fondateur de Walmart, Sam Walton, accepte de les recevoir dans son fief de l'Arkansas. Il confie sa haine des dépenses inutiles. Les jeunes Brésiliens ont trouvé leur mentor. C'est de lui que viendrait leur soif inaltérable d'économies. « Les coûts sont comme les ongles. Il faut les couper constamment », a l'habitude de dire Carlos Sicupira.

Le fondateur de General Electric, Jack Welsh, est leur autre modèle. Les trois amis ont repris à leur compte le fameux principe du 20-70-10 : promouvoir les 20 % au sommet, conserver les 70 % au centre et remercier les 10 % plus mauvais.

Au milieu des années 1990, Jorge Lemann se trouve au sommet de sa gloire. Il a racheté les bières brésiliennes Brahma. Une marque en déclin qui, de fusion en fusion, donnera naissance au numéro un mondial AB InBev, que l'on connaît aujourd'hui.

Dès cette époque, Jorge Lemann instaure la méthode qui constitue encore sa marque de fabrique et consiste à remettre en cause toutes les dépenses chaque année, sans tenir compte de celles des années précédentes. Cette méthode, dite du « budget base zéro », est la plus radicale pour réduire les coûts. « Cela peut conduire à supprimer des services entiers, qui ne ­devaient leur maintien qu'au fait qu'ils avaient toujours existé », explique Paul Cichocki, chez Bain Consulting. En quelques années, la moitié des salariés de ­Brahma perdent ainsi leur poste. La brutalité de Jorge Lemann devient à ce point légendaire qu'elle lui vaut la visite de Margaret Thatcher en 1994.

Jorge Lemann prend aussi des risques… trop de risques. Il se lance à corps perdu dans l'achat d'obligations brésiliennes, sans se douter qu'un mouvement de panique majeur va bientôt embraser les pays émergents (1997). Les taux d'intérêt montent en flèche, provoquant des centaines de millions de dollars de pertes chez Garantia. L'année suivante, Jorge Lemann est ­contraint de vendre sa banque à Credit Suisse pour 675 millions de dollars - une fraction de ce qu'elle valait quelques mois plus tôt.

Les managers renvoyés dans l'open space
L'ancien tennisman, qui ne s'est toujours pas habitué aux défaites, broie du noir. Aux déboires professionnels s'ajoute un drame personnel. Un matin de mars 1999, des hommes tentent de prendre ses trois enfants en otage, alors qu'ils se rendent à l'école en voiture. Les kidnappeurs tirent vingt coups de feu, mais un seul parvient à briser les vitres blindées, blessant le chauffeur. Les enfants étant indemnes, le père les envoie directement à l'école. Il ne manquera lui-même aucune réunion ce jour-là. Tout juste s'en souviendra-t-on comme de la seule fois où il est arrivé en retard au travail. Le traumatisme est pourtant profond : quelques semaines plus tard, il quitte le Brésil et installe sa famille en Suisse - la patrie de ses grands-parents paternels, auxquels il doit le nom de Lemann.

Il y vit toujours, s'imposant même comme la deuxième fortune du pays. Mais il n'est pas du genre à entasser des magots dans les banques genevoises. Sa fortune a été réinvestie à New York, où il a créé son fonds d'investissement 3G en 2004. C'est de Manhattan qu'il espère former l'un des ­conglomérats les plus puissants d'Amérique. Ces dix dernières années donnent déjà le ton. En 2008, Jorge Lemann profite de ses participations dans la bière pour s'offrir la marque Budweiser, et derrière elle l'empire Anheuser-Busch. Deux ans plus tard, il met la main sur les fast-foods Burger King. Puis c'est au tour des ketchups Heinz, en partenariat avec Warren Buffett, qui, en plus de sa fortune, lui apporte une forme de caution morale auprès des salariés et des investisseurs. Les deux compères se sont encore payé le groupe Kraft le mois dernier, s'adjugeant ainsi de nouvelles icônes (cafés Maxwell, fromages Philadelphia, etc.). Des condiments aux hamburgers, en passant par les bières et les saucisses, Jorge Lemann domine ainsi tous les maillons de la « malbouffe » américaine. Mais, contrairement à son ami Warren Buffett, qui avoue « manger les mêmes cochonneries qu'un enfant de six ans », l'ascète Lemann reste fidèle aux fruits secs et aux salades vertes. Il n'avait jamais mangé chez Burger King avant d'en faire l'acquisition. « Trop gros ! », a-t-il lâché en avalant son premier burger…

Sa seule passion, c'est de faire maigrir les entreprises qu'il juge obèses… quand bien même elles ne sont qu'en léger surpoids. Le groupe Heinz avait déjà subi les ardeurs de Nelson Peltz, un investisseur activiste lui aussi adepte du « cost killing ». Mais ce n'était rien comparé au régime « Lemann » : en reprenant le groupe, le Brésilien a licencié le quart des salariés au siège et 5 % des équipes dans le monde. Il a fermé 7 usines et supprimé les bureaux individuels, obligeant les managers à rejoindre les open spaces. Sur les 12 directeurs, il n'en a gardé qu'un. Oubliés, les séjours dans les hôtels Carlton : les patrons de l'entreprise logent maintenant dans des Holiday Inn, beaucoup plus modestes.

Les salariés de Burger King ne sont pas mieux lotis : ils ont droit de faire 200 photocopies par mois, pas plus. Ceux qui travaillent au siège se souviennent tous de leur rencontre avec Bernardo Hees, alors PDG du groupe, qui avait reçu chacun d'entre eux pendant quinze minutes pour leur poser trois questions : qu'avez-vous fait pour l'entreprise ? En quoi cela a-t-il augmenté les ventes ? Quelles suggestions faites-vous pour la société ? Ceux qui n'ont pas su répondre ont été remerciés. La formule 3G passe aussi par des managers plus jeunes et moins chers : le nouveau PDG de Burger King est un transfuge du fonds âgé de trente-trois ans. Son directeur financier en a vingt-six…

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