mercredi 19 octobre 2016

Il s'en passe des choses....


1-Climat : accord pour mettre fin au gaz à effet de serre HFC
2-New York bientôt sous les eaux ?
3-Le réchauffement climatique pourrait augmenter de 54% le risque de conflit en Afrique d’ici 2030, selon une étude 
4-L'Algérie peut devenir le premier producteur mondial d'énergie solaire, selon Gille Bonafi 
5-Déclaration de Marrakech : 27 pays s’engagent en faveur de l’adaptation de l’agriculture africaine au changement climatique 
6-Et si le réchauffement climatique était une chance pour le vin
7-Au Groenland, une base militaire secrète américaine refait surface 
8-La population des éléphants d'Afrique a enregistré sa plus importante chute depuis 25 ans
9-Réchauffement climatique : les climatologues tirent la sonnette d'alarme
10-Liberia: Gigawatt Global planche sur la construction d'une centrale solaire de 10 MW à Monrovia
11-En 2060, la pollution de l’air fera toujours plus de morts
12-Nicolas Hulot accuse Nicolas Sarkozy d'un revirement sur le climat
13-Climat: une trentaine de pays vont rejoindre l'accord de Paris
14-313 milliards $ ont été injectés dans les énergies renouvelables en 2015, selon l’IEA
15-Matières premières : comment les traders suisses écoulent du carburant toxique en Afrique
16-En Afrique, on consomme du carburant 150 fois plus polluant qu’en Europe et aux Etats-Unis 
17-Grande Barrière de corail : la mine géante du groupe Adani devrait voir le jour
18-Préparez-vous à entrer dans l'anthropocène, une nouvelle ère géologique
19-Ces « guerres de l'eau » qui nous menacent 
20-130 investisseurs pesant 13 000 milliards $ d’actifs incitent le G20 à œuvrer pour le climat

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1-Climat : accord pour mettre fin au gaz à effet de serre HFC
15/10/2016

Ce gaz est utilisé dans les réfrigérateurs et climatiseurs. Il est l'un des principaux gaz à effet de serre, largement devant le C02.

Cet accord, sous la forme d'un amendement au Protocole de Montréal sur la protection de la couche d'ozone, a été applaudi par les diplomates.

C'est une belle avancée. La communauté internationale a adopté samedi matin à Kigali un calendrier en vue de l'élimination progressive des hydrofluorocarbures (HFC), gaz extrêmement nocifs pour le climat utilisés dans les réfrigérateurs et climatiseurs. Les pays riches sont appelés à agir plus vite que les pays en voie de développement. Cet accord, sous la forme d'un amendement au Protocole de Montréal sur la protection de la couche d'ozone, a été copieusement applaudi par les diplomates exténués par une nuit entière passée à le peaufiner.

« L'année passée à Paris (lors de la COP21), nous avions promis de protéger le monde des pires effets du changement climatique », a réagi le directeur du programme des Nations unies pour l'environnement, Erik Solheim, cité dans un communiqué. « Aujourd'hui, nous honorons cette promesse. » L'Agence américaine pour la protection de l'environnement a, quant à elle, qualifié l'accord d'« historique». « Nous nous souviendrons de ce jour comme un des plus importants dans nos efforts pour sauver la seule planète dont nous disposons. » Avec le pacte de Paris, la communauté internationale s'est engagée à agir pour contenir la hausse de la température dans le monde « bien en deçà de 2 °C » par rapport au niveau préindustriel et à « poursuivre les efforts » pour la limiter à 1,5 °C.

Une élimination progressive
Or, l'élimination des HFC pourrait réduire de 0,5 °C le réchauffement mondial d'ici à 2100, selon une étude publiée en 2015 par l'Institute for Governance and Sustainable Development (IGSD), un groupe de réflexion. À l'horizon 2030, elle permettrait d'éviter jusqu'à 1,7 gigatonne d'équivalent CO2 par an, soit les émissions annuelles du Japon. Juridiquement contraignant, l'accord de Kigali est une avancée majeure dans la lutte contre le réchauffement climatique et permet aussi de donner un signal positif à quelques semaines de la prochaine grande conférence annuelle sur le climat (COP22), à Marrakech (Maroc).

L'élimination des HFC, présents dans certains aérosols ou pour la fabrication de mousses isolantes, est une question épineuse pour des pays tels que l'Inde, immense puissance économique en voie de développement. Et il aura fallu plusieurs réunions bilatérales vendredi, notamment avec le secrétaire d'État américain John Kerry, pour débloquer les négociations. « Tout accord doit être souple pour toutes les parties prenantes. Clairement, notre position a été élaborée pour prendre en compte nos intérêts nationaux », avait déclaré jeudi Ajay Narayan Jha, haut responsable du ministère indien de l'Environnement. Le calendrier finalement adopté samedi prévoit qu'un premier groupe de pays, ceux dits « développés », réduise sa consommation de HFC de 10 % d'ici à 2019 par rapport aux niveaux de 2011-2013, ce chiffre devant passer à 85 % d'ici à 2036.

Un deuxième groupe de pays « en voie de développement », dont la Chine et les pays africains, s'est engagé à entamer la transition en 2024. Une réduction de 10 % par rapport aux niveaux de 2020-2022 devra être atteinte pour 2029, cette réduction devant atteindre 80 % d'ici à 2045. Un troisième groupe de pays également « en voie de développement » incluant l'Inde, le Pakistan, l'Iran, l'Irak et les pays du Golfe s'est, quant à lui, engagé à commencer le gel en 2028, une diminution de 10 % par rapport à la période 2024-2026 devant être atteinte pour 2032, puis de 85 % pour 2047.

Un puissant gaz à effet de serre
Les HFC sont de redoutables gaz à effet de serre (GES), ceux dont les émissions augmentent le plus vite, à un rythme de 10-15 % par an. Ils sont utilisés depuis les années 1990 en remplacement des CFC (chlorofluorocarbures), principaux responsables de la destruction de la couche d'ozone. Mais s'ils sont bons pour l'ozone, ils se sont révélés désastreux pour le climat, d'où l'idée lancée dès 2009 d'un amendement au Protocole de Montréal pour leur suppression. 

« L'amendement de Kigali élimine le réchauffement issu de l'un des six plus importants gaz à effet de serre », s'est d'ailleurs félicité l'IGSD. D'autant que des solutions de rechange aux HFC existent déjà, sous forme d'hydrocarbures, de dioxyde de carbone, d'ammoniac, d'eau ou d'hydrofluoroléfines (HFO).

Les participants ont par ailleurs confirmé leur engagement à financer la transition. Fin septembre, 16 pays (États-Unis, Japon, Allemagne, France...) et 19 organismes et donateurs privés réunis à New York avaient déjà promis une aide de 80 millions de dollars (71,5 millions d'euros) pour les pays en voie de développement. Le financement de la transition, dont le total est estimé à plusieurs milliards de dollars à l'échelle mondiale, fera l'objet de nouvelles discussions fin 2017 dans le cadre du Protocole de Montréal.

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2-New York bientôt sous les eaux ?
11/10/2016

Selon des chercheurs, la fréquence des graves inondations causées par des tempêtes sera au pire multipliée par 17 d'ici à l'année 2100.

Ces scènes, des inondations à New York en 2012, pourraient se multiplier dans le futur.

La Grosse Pomme bientôt noyée ? New York verra une nette augmentation de graves inondations causées par de gigantesques tempêtes de l'ampleur de l'ouragan Sandy de 2012 au cours des prochaines décennies, ont mis en garde des chercheurs lundi. « Dans le pire des scénarios, la fréquence sera multipliée par 17 d'ici à l'année 2100 », selon une étude publiée dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Dans le meilleur des cas, ces tempêtes seront de trois à quatre fois plus fréquentes, selon les auteurs.

Des dégâts de plus en plus coûteux
Les chercheurs des universités américaines Princeton et Rutgers ainsi que de l'Institut océanique Woods Hole se sont appuyés sur des simulations informatiques pour évaluer l'impact de la montée du niveau des océans combiné à celui des montées et inondations ponctuelles provoquées par des tempêtes. « Les choses vont empirer d'ici à 2100 », a martelé Benjamin Horton, professeur de sciences marines et côtières à Rutgers. « Même si rien ne change du côté des ouragans, la montée des eaux provoquera à elle seule l'augmentation de la fréquence d'événements comme Sandy d'ici à 2100. »

L'ouragan Sandy avait provoqué de graves inondations en octobre 2012 sur la côte nord-est des États-Unis, notamment dans les États de New York, du New Jersey et du Connecticut, faisant plus de 150 morts, dont plus d'une quarantaine à New York. Les dégâts ont été estimés à quelque 71 milliards de dollars, faisant de Sandy le deuxième ouragan le plus coûteux ayant frappé les États-Unis. Outre une importante montée des eaux attendue au cours des prochaines décennies, les tempêtes risquent aussi de devenir plus violentes à cause du changement climatique. « Si on ne prend pas en compte la montée du niveau des océans et un changement potentiel dans l'activité des tempêtes, on sous-estime les risques à venir d'inondations », a estimé Ning Lin, professeur d'ingénierie civile et environnementale à Princeton.

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3-Le réchauffement climatique pourrait augmenter de 54% le risque de conflit en Afrique d’ici 2030, selon une étude 
03 octobre 2016

(Agence Ecofin) - Le réchauffement climatique constitue un facteur de déstabilisation de l'Afrique subsaharienne, souligne une nouvelle étude réalisée par deux chercheurs de l'université Berkeley (Californie) et publiée fin septembre dans la revue Science.

Le réchauffement climatique pourrait augmenter de 54% le risque de conflit en Afrique d’ici 2030, selon une étude

La hausse des températures a déjà augmenté le risque de conflit, de 11%, en Afrique subsaharienne depuis 1980, en contribuant à la raréfaction des ressources précieuses comme l’eau, ont affirmé Tamma Carleton et Solomon Hsiang, indiquant que le climat représente souvent une importante cause des conflits, «sous-estimée» par les analystes des affaires étrangères.
Ce pourcentage pourrait atteindre 54%, d'ici 2030, et coûter la vie à 393.000 personnes si rien n'est fait pour freiner la montée des températures de la planète.

Selon les chercheurs, la hausse des températures pourrait créer des troubles sociaux, voire de l'instabilité politique en entraînant une réduction de la taille des récoltes de 20%, d'ici 2050, mais aussi en augmentant la mortalité infantile ou les infections au VIH.
Le changement climatique risque, en outre, de provoquer des migrations difficiles à contrôler. Dans un rapport publié en 2012, l'ONU prédisait d’ailleurs 250 millions de déplacés climatiques dans le monde, en 2050.

La contribution de l’Afrique au réchauffement climatique est pourtant très faible. Les pays africains réunis n'ont été responsables que de 2,5% des émissions carbone, à travers le monde, entre 1980 et 2005.
Pour rappel, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait qualifié, en 2007, le conflit au Darfour, qui a fait 300 000 morts et déplacé 2,5 millions de personnes depuis 2003, de «première guerre du changement climatique», laissant entendre que le déséquilibre croissant entre populations et ressources a exacerbé les tensions entre groupes tribaux pour l'accès à la terre et à l'eau dans cette région.

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4-L'Algérie peut devenir le premier producteur mondial d'énergie solaire, selon Gille Bonafi 
03 octobre 2016

(Agence Ecofin) - L’Algérie a le potentiel pour devenir le premier producteur mondial d’énergie solaire selon Gille Bonafi, un membre du comité intergouvernemental des experts de l’ONU. Cette position lui permettrait d’augmenter ses revenus car elle pourrait ainsi devenir le principal fournisseur de l’Europe et de l’Afrique.

L'Algérie peut devenir le premier producteur mondial d'énergie solaire, selon Gille Bonafi

L’Algérie, qui est l’un des trois pays les plus ensoleillés au monde, pourrait exploiter le potentiel thermique du Sahara qui reçoit chaque année un ensoleillement équivalent à 10 fois la consommation énergétique mondiale. Cette ressource énergétique pourrait être ajoutée au gaz dont le pays est le premier producteur en Afrique.

M. Bonafi a par contre déconseillé les investissements projetés par les autorités algériennes dans les hydrocarbures à cause de leur faible probabilité de rentabilité. 

« L’Algérie devrait investir 300 milliards de dollars dans les hydrocarbures de schiste qui ne sont rentables qu’avec un baril de pétrole autour des 80 dollars, ce qui ne sera pas le cas avant longtemps. D’ailleurs, aux USA, l’industrie des schistes est à bout de souffle et les faillites s’enchainent», a-t-il avancé.

Le programme algérien de développement des énergies renouvelables prévoit la mise en place, d’ici 2030, de 22 GW d’énergies renouvelables, ce qui représentera environ 27% de la production électrique nationale.

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5-Déclaration de Marrakech : 27 pays s’engagent en faveur de l’adaptation de l’agriculture africaine au changement climatique 
30 septembre 2016

(Agence Ecofin) - Mettre l’adaptation de l’agriculture africaine au cœur des négociations de la COP22. C’est l’engagement pris par 27 pays africains, à Marrakech, au terme de la rencontre de haut niveau qui a réuni 20 ministres et 27 délégations au Maroc, du 29 au 30 septembre.

27 pays africains adoptent la Déclaration de Marrakech
La coalition pour l’Adaptation de l’Agriculture Africaine se déroulera du 07 au 18 novembre à Marrakech

Cet engagement qui s’est traduit par la déclaration de Marrakech, veut un financement plus important de l’adaptation de l’agriculture africaine et un meilleur suivi des fonds déboursés. 

Les délégations présentes ont également exprimé leur désir de voir la promotion de bonnes pratiques agricoles et une meilleure gestion des risques. 

Le renforcement des capacités africaines dans les domaines des politiques et programmes agricoles est également un des points sur lesquels les parties sont parvenues à un accord.

Cet engagement intervient, à quelques semaines de la COP22 qui se tiendra du 7 au 18 novembre, au Maroc. La première action consécutive à la déclaration de Marrakech sera le lancement de la campagne de «#WEAAARE» qui vise la mobilisation de la communauté internationale en faveur de cette initiative.

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6-Et si le réchauffement climatique était une chance pour le vin
10/10/2016

La hausse des températures moyennes à l'échelon mondial constitue un défi d'ampleur pour les viticulteurs..., mais pas une fatalité !

Éric Poullain, viticulteur, propriétaire du Domaine  viticole des Échardières et président de l'appellation Touraine Chenonceaux.

Il est devenu aujourd'hui presque impossible de tenir des propos raisonnablement optimistes sur l'évolution actuelle du climat. En dehors des questions touchant à l'ampleur et aux causes des phénomènes constatés, ainsi qu'aux éventuels moyens à mettre en œuvre pour les contrer, évoquons simplement leurs effets. Sont-ils nécessairement négatifs, voire dramatiques, comme les médias et, désormais, les décideurs politiques le martèlent en permanence, reprenant en chœur les propos d'un certain nombre de savants relevant en général des sciences de la matière ?

Les géographes, les archéologues, les historiens, les agronomes et les biologistes sont, quant à eux, beaucoup plus nuancés dans leurs analyses et leurs pronostics d'avenir, car ils savent prendre en compte les immenses capacités de résilience et d'imagination des sociétés humaines et, au-delà, de la vie en général à travers le temps long et la diversité des environnements de la planète.

Des progrès viticoles continus
La viticulture est une activité agricole non pas liée à une nécessité vitale, mais à une dilection et à l'expression d'une identité culturelle. Elle a su s'adapter aux divers changements climatiques qui sont intervenus depuis 8 000 ans, là où « Vitis vinifera » a été domestiquée, puis propagée. Ce faisant, elle n'a jamais cessé d'accomplir des progrès dans ses méthodes et donc dans la qualité des vins. Le petit âge glaciaire (XVe-XIXe siècles) en est une bonne illustration.

L'Europe du Nord avait appris à cultiver la vigne en se convertissant au christianisme sous des cieux cléments. Le refroidissement du climat la contraint à cesser cette activité de plus en plus aléatoire et à s'approvisionner au sud du continent pour satisfaire aux nécessités du culte et au goût du bon vin devenu une part essentielle de l'art de vivre des milieux raffinés. C'est l'origine des beaux vignobles littoraux atlantiques (Saintonge où le vin est distillé en cognac, Bordelais, Alto Douro en amont de Porto, Jerez, Madère, Constantia, etc.) ou méditerranéens (Malaga, Marsala, Chypre, etc.).

La fragilité des vins soumis à de longs transports maritimes stimule les imaginations. C'est ainsi que les Hollandais inventent la mèche de soufre dont la consommation stérilise les barriques, les Anglais le mutage à l'eau-de-vie qui stabilise les vins comportant un abondant sucre résiduel après fermentation, les Flamands et les Anglais les bouteilles de verre noir épais fondu dans des fours chauffés au charbon. Elles permettent de fractionner le contenu des tonneaux et le vieillissement prolongé, pourvu qu'elles soient obturées de ces bouchons de liège, un matériau naturel que les Anglais découvrent au Portugal.

Dans les vignobles les plus septentrionaux qui parviennent à se maintenir, le froid rend difficile la maturation du raisin chaque année. Les vins qui en sont issus sont souvent d'une rebutante acidité ; de plus, leur fin de fermentation se bloque avec l'arrivée des premiers frimas, repartant au printemps suivant. Ces deux défauts sont à l'origine de la prise de mousse du champagne, imaginée par les Anglais, qui ajoutent au vin très vert qui leur parvient du sucre de canne arrivé des Caraïbes et l'enferment dans des bouteilles bien bouchées dans lesquelles la deuxième fermentation crée un fort dégagement de gaz carbonique.

Raisins grillés
Depuis quelque temps, nous vivons le contraire. Le réchauffement – entrecoupé de caprices climatiques comme les gels tardifs du printemps 2016 sur toute l'Europe qui ont dévasté bien des vignobles – a des effets déroutants. Les raisins issus de certains cépages à la peau fine grillent au soleil, car, jusqu'à maintenant, le feuillage était éclairci pour qu'ils soient mieux exposés. Tous les raisins mûrissent en général plus tôt et il ne faut pas trop retarder les vendanges afin de ne pas manquer d'acidité et ne pas obtenir des vins lourds, alcooleux, sans relief et de courte garde.

On constate cette dérive non seulement dans les régions méridionales, mais aussi très au nord, comme en Alsace, par exemple. Certains étés très chauds, le stress hydrique est trop brutal et de nombreuses grappes sèchent sur pied avant de mûrir.

De nouvelles méthodes émergent
Il convient donc d'imaginer de nouvelles méthodes, un processus qui est largement en cours. Tout d'abord, certains terroirs trop ensoleillés – les plaines du Sud, les versants exposés au midi – devront être abandonnés au profit de plantations d'altitude (hautes vallées de la Napa, de la Sonoma, du rebord des Cévennes ou du Priorat, Golan ou Judée en Israël, par exemple) ou exposées au nord (Ventoux, Luberon, Alpilles, Corbières, etc.). Et peut-être faudra-t-il s'y résoudre un jour dans des régions situées plus au nord (Valais, Condrieu, Côtes-du-Rhône septentrionaux, Beaujolais, voire Bourgogne).

Les jeunes plantations devront être irriguées afin de survivre, mais avec précaution et quelques années seulement pour que leur enracinement s'approfondisse. Le choix des sols et leur travail devront naturellement être adaptés avec soin. L'enherbement total ou partiel des parcelles pourra se révéler un bon moyen de lutter contre un excès d'évaporation sur certains types de sols. La conduite des vignes, en particulier la taille et le rognage, devra être modifiée afin que la maturation s'effectue avec régularité. L'encépagement ne peut être considéré comme une donnée intouchable.

Cap au nord
Une remontée vers le nord pourra être bénéfique. Des essais de marsanne et de syrah en Beaujolais donnent aujourd'hui des résultats encourageants et, une fois ceux-ci consolidés, sans doute faudra-t-il faire évoluer la législation des appellations d'origine protégées. La vinification en rouge du pinot noir en Champagne pourra sans doute donner de très bons vins, comme c'est le cas aujourd'hui dans l'Oregon, l'Allemagne du Sud, l'Autriche ou la République tchèque.

Dans l'île japonaise de Hokkaido à l'hiver sibérien, on ne plantait jusqu'alors que de médiocres hybrides, mais aujourd'hui les cépages blancs rhénans cultivés par des vignerons éclairés commencent à donner des vins d'une grande finesse. L'Angleterre se couvre de nouveau de vignobles et les premiers bons vins sont apparus. Un signe ne trompe pas : la reine Élisabeth a fait planter 16 000 ceps de pinot noir, pinot meunier et chardonnay sur son domaine de Windsor afin d'y produire son propre vin effervescent. La Champagne qui fournissait jusqu'alors à la cour le vin des toasts n'a qu'à bien se tenir !

Bref, rien n'est perdu, aucun drame ne surviendra pour les bons viticulteurs et pour les amateurs de vin si le réchauffement du climat se poursuit. Avant que le Groenland ne soit en situation d'être planté, beaucoup d'eau coulera sous les ponts et, surtout, on ne manquera pas de vin ! D'ailleurs, jamais au cours de la longue histoire de la viticulture, on n'a produit autant de bons vins de terroir sous toutes les latitudes.

* Jean-Robert Pitte est professeur émérite en géographie, ancien président de l'université Paris-Sorbonne, université Paris-Sorbonne-Sorbonne Universités.

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7-Au Groenland, une base militaire secrète américaine refait surface 
01-10-2016

Le «Camp Century», dissimulé sous la banquise du Groenland depuis 60 ans, faisait partie d'un projet secret destiné à stocker 600 missiles balistiques à portée de tir de l'URSS. La fonte des glaces menace désormais ce vestige de la guerre froide, avec des risques environnementaux potentiellement dévastateurs.

figarofr: Ce camp souterrain a été construit par l'armée américaine en 1959.
US Army/Domaine public Ce camp souterrain a été construit par l'armée américaine en 1959. 

Derrière le projet «Iceworm» («Ver de glace»), nom de code indéchiffrable, se cache un des secrets les mieux gardés de la guerre froide. Un secret que la fonte des glaces menace d'exhumer dans les prochaines années. A la fin des années 1950, les États-Unis décident de créer une base secrète forée dans l'immensité blanche du Groenland pour mettre le territoire soviétique à portée de missiles américains. Sur le papier l'idée était juste mais personne ne pensait à la fonte des glaces. Et, à l'heure actuelle, glace et neige fondues ruissellent sur les vestiges de cette Atlantide arctique enfouie sous la banquise, avec le risque de déverser dans l'océan eaux usées, polychlorobiphényles (PCB) et résidus radioactifs.

«Personne ne pensait que [la base] ferait surface (...) mais le monde a changé», explique William Colgan, glaciologue à l'université canadienne de York. Au train où vont les choses, la base devrait être peu à peu mise au jour à partir de 2090, quand ses architectes espéraient qu'elle repose dans la cryosphère «pour l'éternité», selon une étude publiée sous sa direction dans le journal Geophysical Research Letters. Le Groenland a en effet battu des records de chaleur au printemps et à l'été, avec une fonte de la calotte glaciaire un mois plus précoce que lors des années précédentes. Pis, la glace y a fondu deux fois plus vite entre 2003 et 2010 que durant toute la durée du XXe siècle, selon un article de la revue Nature publié en décembre dernier.

Un risque écologique majeur
Ce projet fou naît en 1959, au nord-ouest du Groenland. Le Corps des ingénieurs de l'armée américaine (Usace) entreprend alors de «Camp Century», à environ 200 kilomètres à l'est de la base aérienne américaine de Thulé. Officiellement, il s'agit d'établir des laboratoires de recherche sur l'Arctique. D'immenses tunnels sont bien percés pour accueillir les laboratoires, un hôpital, un cinéma et une église, le tout étant alimenté par un petit réacteur nucléaire. Seulement, trois ans plus tard, les militaires américains soumettent à leur état-major le fameux projet «Iceworm»: creuser au même endroit un réseau de galeries et y stocker quelque 600 missiles balistiques. 

Les travaux sont lancés mais les travaux ne sont guère concluants. Les ingénieurs réalisent rapidement que la glace est vivante, mouvante, qu'elle menace de broyer les tunnels. Le projet est totalement abandonné en 1967. Le réacteur nucléaire est extrait, les déchets demeurent. Malgré l'ampleur du projet, «Iceworm» restera secret jusqu'en 1997, date à laquelle l'Institut danois de la politique étrangère (Danish Foreign Policy Institute) publia un rapport, à la demande du parlement danois, concernant l'histoire des armes nucléaires au Groenland. Contactés par Le Figaro, de nombreux chercheurs spécialiste de la période ont en effet découvert l'existence de cette base cette semaine, mais jugent que «Camp Century» devait être avant tout pensé comme «une base de repli» au cas où le sol américain était attaqué dans une période de grande incertitude au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

En 1951, les États-Unis et le Danemark - auquel appartenait alors le Groenland, devenu depuis largement autonome - ont en effet signé un «traité de défense du Groenland», qui n'évoque pas ces missiles balistiques, et encore moins le réacteur nucléaire dans un pays qui ne voulait pas être une zone de transit d'armes nucléaires jusqu'en 1988, comme le rappelait à l'époque le New York Times. Les Américains ont visiblement maintenu volontairement leurs alliés dans l'ignorance. 

En cherchant dans les archives de la Défense américaine, les chercheurs ont en effet constaté que les militaires ont laissé sur place près de 200.000 litres de fuel et quelque 240.000 litres d'eaux usées, sans compter l'enceinte de confinement du réacteur nucléaire mobile. Face au risque écologique, des voix s'élèvent aujourd'hui pour exiger une grande opération de nettoyage. Mais qui pour le faire? Et pour le financer? Le coût du creusement de la banquise et de récupération des déchets à plus de 30 mètres de profondeur serait exorbitant. Pour le glaciologue William Colgan, il n'y a plus qu'à attendre... la fonte. Une solution qui n'enchante pas le Groenland. Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Vittus Qujaukitsoq, l'ancienne colonie danoise se dit «préoccupée» par ce sujet et déterminé à établir les responsabilités.

Tensions diplomatiques
Cette semaine, Kristian Jensen, le chef de la diplomatie du pays scandinave, membre de l'Otan, a sobrement fait savoir que son gouvernement allait «examiner» le dossier «en dialogue étroit avec le Groenland». Après la publication de l'étude de William Colgan, le Pentagone a de son côté assuré «reconnaître la réalité du changement climatique et les risques qu'il pose» dans cette affaire. Les États-Unis vont «continuer à œuvrer avec le gouvernement danois et les autorités groenlandaises pour régler les questions de sécurité communes», a indiqué le département de la Défense en précisant n'avoir pas encore «évalué» les conclusions des scientifiques canadiens. Copenhague, elle, a indiqué qu'elle allait «examiner» le dossier «en dialogue étroit» avec le Groenland.

L'affaire «Camp Century» constitue «un motif entièrement nouveau de tensions politiques résultant du changement climatique» et pourrait établir un précédent, pour le pire ou le meilleur, estiment les chercheurs de l'étude. Sara Olsvig, une députée de l'opposition groenlandaise qui a saisi le Parlement de Nuuk à ce sujet, déplore que l'accord de défense dano-américain soit resté «flou» sur le sort de plusieurs infrastructures militaires. «Le Groenland n'a pas vraiment son mot à dire, ni dans les relations dano-américaines ni dans l'établissement des responsabilités» et l'assainissement de «Camp Century», analyse-t-elle.

Kristian Hvidtfelt Nielsen, chercheur en histoire des sciences à l'université d'Arhus, estime pour sa part que Washington et Copenhague devraient partager ces responsabilités. «D'un point de vue moral, je crois que le Danemark et les États-Unis ont tous deux le devoir de nettoyer. Ce sont les Américains qui ont construit la base, et ce sont les Danois qui leur ont donné l'autorisation de le faire», plaide-t-il.

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8-La population des éléphants d'Afrique a enregistré sa plus importante chute depuis 25 ans
30-09-2016

L'Union internationale pour la conservation de la nature a alerté les 3.500 délégués de la Cites (convention internationale sur le commerce d'espèces sauvages menacées d'extinction) de la chute dramatique de la population d'éléphants en Afrique.

L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a alerté les 3.500 délégués de la Cites de la chute dramatique de la population d'éléphants en Afrique © Ben Curtis/AP/SIPA
L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a alerté les 3.500 délégués de la Cites de la chute dramatique de la population d'éléphants en Afrique

CoP17. La population des éléphants d'Afrique a enregistré sa plus importante chute depuis 25 ans, principalement en raison du braconnage, a alerté dimanche 25 septembre 2016 l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), alimentant un vif débat sur les mesures de protection à prendre. L'Afrique compte actuellement environ 415.000 éléphants, soit 111.000 de moins que lors de la dernière décennie, selon le rapport de l'UICN fondé sur 275 mesures à travers le continent. 

"La forte hausse du braconnage, qui a débuté il y a une dizaine d'années, est la principale cause du déclin" de la population d'éléphants, explique l'UICN dans un communiqué. La disparition croissante des zones naturelles d'habitation des pachydermes, à cause de la déforestation et de l'urbanisation, menace aussi l'espèce, précise l'organisation. Les braconniers chassent les éléphants pour revendre à prix d'or leurs défenses en ivoire, principalement sur les marchés asiatiques. 

"C'est choquant mais pas surprenant", juge le directeur général de l'UICN, Inger Andersen, alors que les signaux d'alarme sur la hausse du braconnage et la baisse du nombre d'éléphants se sont multipliés ces dernières années. Ce rapport alarmant a été divulgué devant les 3.500 délégués de la Cites, la convention internationale sur le commerce d'espèces sauvages menacées d'extinction, qui s'est ouverte samedi 24 septembre 2016 à Johannesburg, et qui doit débattre de nouvelles mesures de protection.

La Cites est un accord international destiné à protéger la faune et la flore menacées par la surexploitation commerciale. Ce traité, signé par 182 pays et par l'Union européenne, est entré en vigueur en 1975. Il protège, à des degrés divers, 5.600 espèces animales et 30.000 plantes. Le braconnage (notamment des éléphants et des rhinocéros) alimente un trafic extrêmement lucratif évalué à 20 milliards de dollars par an, selon la Cites, ce qui en fait le quatrième commerce illégal sur la planète après celui des armes, de la contrefaçon et des êtres humains.

Accusations de néo-colonialisme au cours de la CoP17
Le débat sur les mesures de protection en faveur des éléphants, animaux emblématiques des savanes africaines, est l'un des plus attendus, certains pays plaidant pour une restriction du commerce de l'ivoire, d'autres pour une libéralisation. Chris Thouless, un expert de l'UICN, s'est dit "particulièrement inquiet de l'impact des grands travaux d'infrastructure sur l'habitat des éléphants", évoquant notamment les routes en Afrique centrale. Pour Sue Lieberman, vice-président de Wildlife Conservation Society (Société pour la préservation de la vie sauvage), "les dernières données statistiques montrent que les gouvernements doivent prendre les mesures nécessaires, y compris fermer leurs marchés nationaux d'ivoire d'éléphant", afin d'empêcher les trafiquants de "blanchir" l'ivoire illégal. 

Mais des pays d'Afrique australe revendiquent le droit de gérer leurs propres populations de pachydermes, sans se voir imposer des mesures par la Cites. Stephen Mwansa, le numéro deux du ministère zambien du Tourisme, a rappelé que la population des éléphants d'Afrique australe se portait bien. "Nous gérons bien" la situation. "Comment pouvez-vous venir nous dire comment réguler notre marché intérieur"? s'est-il agacé. "C'est de l'arrogance, cela rappelle du néo-colonialisme et nous ne pouvons l'accepter", a-t-il déclaré samedi 24 septembre 2016.

29 pays africains réclament l'interdiction totale du commerce de l'ivoire 
En 1989, la Cites avait complètement interdit le commerce international d'ivoire des éléphants d'Afrique. Ce qui avait permis à la population de remonter, si bien que les éléphants du Botswana, de Namibie, d'Afrique du Sud et du Zimbabwe étaient repassés à un niveau de protection moins fort à la fin des années 1990. La Namibie et le Zimbabwe demandent maintenant à être autorisés à vendre des stocks de défenses d'ivoire prélevés sur des éléphants décédés de mort naturelle, afin de financer des projets de protection lancés par des communautés locales. Une proposition soutenue par l'Afrique du Sud. 

Mais une coalition de 29 pays africains réclame au contraire d'interdire de nouveau totalement le commerce de l'ivoire. Ce que la ministre de l'Environnement du Zimbabwe Oppah Muchinguri a qualifié de "violation des droits souverain des nations". "La Cites devrait nous aider à réussir nos programmes de protection plutôt que d'imposer des politiques impérialistes", a-t-elle déclaré, disant parler au nom des pays de la région qui abritent les trois quarts des éléphants africains. Contrairement à l'Afrique australe, l'Afrique de l'Est a vu sa population d'éléphants s'effondrer presque de moitié à cause du braconnage, tandis que l'Afrique de l'Ouest ne compte plus qu'un petit nombre de majestueux pachydermes.

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9-Réchauffement climatique : les climatologues tirent la sonnette d'alarme
29/09/2016

La hausse des températures sur la planète s'emballe et "il est nécessaire de doubler, voire tripler les efforts", alertent les experts.

La hausse des températures sur la planète s'acccélère.

La hausse des températures sur la Terre s'accélère et "il est nécessaire de doubler, voire tripler les efforts", pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, ont alerté jeudi sept éminents climatologues. La température moyenne sur la planète pourrait grimper de deux degrés Celsius par rapport à l'ère pré-industrielle dès 2050. L'objectif actuel des dirigeants mondiaux est de ne pas aller au-delà de cette limite d'ici la fin du siècle pour éviter les pires effets du changement climatique, comme une forte montée du niveau des océans et une plus grande fréquence des événements météorologiques extrêmes.

Les scientifiques tirent la sonnette d'alarme dans un communiqué de sept pages qui résume une nouvelle analyse détaillée intitulée : "La vérité sur le changement climatique". "Le réchauffement se produit maintenant et beaucoup plus vite que prévu", a insisté Robert Watson, ancien président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), porte-parole de ces sept scientifiques issus de plusieurs pays.

Sécheresses, incendies, ouragans
La planète est en passe cette année de battre son troisième record annuel consécutif de chaleur depuis le début des relevés de température en 1880. "Sans efforts supplémentaires par tous les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, l'objectif de limiter la hausse de température à 2 °C pourrait même être atteint encore plus tôt", a-t-il prévenu. À la conférence de Paris, les 189 pays signataires de l'accord ont été encore plus ambitieux en fixant la barre à 1,5 °C.

Mais en 2015 la température moyenne sur le globe était déjà montée 1 °C au-dessus de celle de l'ère pré-industrielle au XIXe siècle, selon l'Organisation météorologique internationale. Cela représente une hausse importante en l'espace de seulement trois ans : la progression n'était en 2012 que de 0,85 °C au-dessus de la période pré-industrielle. Et le nombre de phénomènes climatiques extrêmes liés au réchauffement comme les sécheresses, incendies de forêt, inondations et ouragans, a déjà doublé depuis 1990, relèvent ces experts.

Risque d'un désengagement américain
Même si tous les pays signataires de l'accord de Paris respectaient leurs engagements pour limiter la hausse des températures, les émissions globales de gaz à effet de serre ne diminueront pas assez rapidement au cours des quinze prochaines années, ont-ils souligné, citant un rapport des Nations unies de 2015. Ainsi, l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, maintenir la hausse des températures sous 1,5 °C, est "presque certainement impossible et pourrait même être atteint au début des années 2030", selon ces scientifiques.

Ceux-ci doutent que les engagements de l'accord de Paris pour réduire les émissions de CO2 se concrétisent pleinement, étant donné l'absence d'un mécanisme légal contraignant et que 80 % des pays sont dépendants de l'octroi d'une aide financière et d'une assistance technique par les nations les plus riches. De surcroît, "des mesures politiques seront requises dans tous les pays pour entériner ces engagements, ainsi que l'adoption de réglementations et d'incitations pour les mettre en œuvre au niveau national", a souligné l'Italien Carlo Carraro, co-président du Groupe de travail III du Giec.

Un objectif qui paraît compliqué
Une grande inquiétude pour ces experts est le risque d'un désengagement des États-Unis, deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre derrière la Chine, dont le rôle mondial dans la lutte contre le réchauffement est jugé indispensable. "Même si Trump, qui nie la réalité du changement climatique, perd et qu'Hillary Clinton entre à la Maison-Blanche, si les deux chambres du Congrès restent contrôlées par les républicains, cela posera un vrai problème pour l'accord de Paris", a estimé le professeur Watson dans un entretien avec l'Agence France-Presse. "La plateforme politique des républicains veut défaire l'accord de Paris et produire et exporter plus de charbon", s'est-il alarmé. "Cela encouragerait les autres pays à renoncer à leurs engagements."

Pour rester sous les 2 °C, les émissions globales de CO2 devront être nulles d'ici 2060 à 2075, rappellent ces scientifiques, un objectif qui paraît compliqué étant donné que 82 % de toute l'énergie mondiale provient à l'heure actuelle de la combustion du pétrole (31 %) du charbon (29 %) et du gaz naturel (22 %).

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10-Liberia: Gigawatt Global planche sur la construction d'une centrale solaire de 10 MW à Monrovia
26 septembre 2016

(Agence Ecofin) - Le hollandais Gigawatt Global a signé avec le gouvernement libérien un mémorandum d’entente relatif au financement et à la construction d’une centrale solaire de 10 MW à Monrovia, la capitale du pays.

Liberia: Gigawatt Global planche sur la construction d'une centrale solaire de 10 MW à Monrovia

Selon cet accord, l’entreprise fournira au gouvernement, par le biais de la Liberia Electricity Company (LEC), une feuille de route relative à la construction de l’infrastructure ainsi que les études de faisabilité technique et financière du projet qu’il financera dans son entièreté. Ce document sera soumis dans les huit mois qui suivront la signature du contrat.

Le gouvernement a, de son côté, la responsabilité d’analyser les différentes propositions et de donner un avis dans un délai de 30 jours. Il fournira au besoin les renseignements nécessaires à la réalisation des études de faisabilité et fera les diligences aux fins de l’obtention du site devant accueillir l’infrastructure.

Après la mise en place de cette centrale, l’entreprise est également disposée à installer 30 MW supplémentaires de centrales solaires sur l’ensemble du territoire national.

Le Liberia a actuellement une capacité électrique de 38 MW pour un taux d’électrification d’environ 10%.

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11-En 2060, la pollution de l’air fera toujours plus de morts
26-09-2016 

L’OCDE prévoit une importante dégradation de la qualité de vie si rien n’est fait pour améliorer notre milieu ambiant et lutter contre les effets de la pollution de l’air.

Pollution de l'air en Chine. SIPA
Pollution de l'air en Chine. SIPA

PARTICULES. Quelles conséquences pour l’Humanité si les pouvoirs publics n’agissent pas pour améliorer la qualité de l’air ? L’OCDE a fait tourner ses modèles économiques pour tenter d’évaluer le coût de l’inaction. La qualité de l’air devrait en effet continuer de se dégrader du fait de la conjonction d’au moins deux facteurs : le grossissement des villes et une croissance économique toujours basée sur la combustion de charbon, de pétrole et de gaz. La situation actuelle n’est déjà guère enviable. Les teneurs en particules fines, en oxyde d’azote et en ozone au mieux stagnent dans les pays les plus développés réunis au sein du club OCDE, au pire explosent dans les pays en voie de développement et notamment chez les deux géants, l’Inde et la Chine. Selon les calculs de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 3 millions de personnes meurent tous les ans des effets de la pollution de l’air. En 2015, près de 19 milliards d’euros ont été consacrés à des soins de santé lié à la qualité de l’air et 1,2 milliard de journées de travail ont été perdues.

Se projeter dans le futur n’est pas chose aisée. Les modélisateurs de l’OCDE ont ainsi renoncé à entrer dans leurs calculs les effets directs des oxydes d’azote faute de données fiables à l’échelle de la planète et les impacts sur les écosystèmes et les bâtiments n’ont pu également être monétisés. Si les résultats doivent être pris avec prudence (qui sait comment va évoluer l’économie dans les prochaines décennies ?), ils donnent cependant une idée des effets d’un air dégradé dans un demi-siècle. Ainsi, de trois à six millions de personnes devraient décéder à cette échéance d'avoir respiré un air vicié. Les pays les plus pollués comme la Chine et l’Inde sont les plus concernés auxquels il faut aussi ajouter les régions à la population vieillissante comme l’Europe de l’Est. D’après ces projections, les coûts des soins de santé induits par la pollution de l’air devraient atteindre plus de 150 milliards d’euros (huit fois plus qu’aujourd’hui) et 3,7 milliards de jours de travail seraient perdus.

Trois fois plus de morts en 2060
SOINS. La baisse de la productivité au travail, l’augmentation des dépenses de santé, les pertes dues à la diminution des rendements agricoles (des polluants comme l’ozone sont des oxydants des tissus végétaux) représenteront à l’horizon 2060 une charge équivalant à 1% du Produit intérieur brut (PIB) mondial. Ces pertes seront bien plus marquées en Chine avec une baisse de 2,6% du PIB et en Europe de l’ouest (-2%) et de l’est (-2,7%). Outre ces conséquences sur les biens marchands, l’étude s’est également penchée sur les sommes que les personnes sont prêtes à payer pour améliorer leur état de santé affecté par la qualité de l’air et réduire le risque de décès prématuré. Ces coûts estimés aujourd’hui à plus de 2600 milliards d’euros sont évalués en 2060 entre 16 000 et 22 000 milliards d’euros. Les coûts annuels associés à la douleur et à la maladie passeraient de 260 milliards d’euros à près de 2000 milliards d’euros. Rapporté à chaque habitant, cette dépense flambe de 450 euros aujourd’hui à 2500 euros par an en 2060.

L’OCDE presse donc les pays d’agir pour des raisons sanitaires autant qu’économiques. « D’importantes incertitudes demeurent dans l’évaluation des coûts en bien-être liés aux décès prématurés et aux maladies, reconnaît Angel Guria, secrétaire général de l’OCDE, mais il est certain que des millions de vies seront en danger et que la situation économique des pays empirera si les pouvoirs publics ne mettent pas en place des mesures plus ambitieuses ».

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12-Nicolas Hulot accuse Nicolas Sarkozy d'un revirement sur le climat
21/09/2016 

Nicolas Hulot a regretté le changement "à 180 degrés" de l'ancien chef de l'État qui a relativisé le poids humain dans le réchauffement climatique.

Nicolas Hulot a renoncé en juillet à être candidat à l'élection présidentielle.

Nicolas Sarkozy « a changé à 180 degrés » en relativisant le rôle de l'humanité dans le réchauffement climatique, a regretté mercredi Nicolas Hulot, pour qui l'ex-président « a tordu la réalité pour de bas calculs électoraux ». « Qu'un ancien président, et accessoirement peut-être un futur, méprise ainsi la classe scientifique, ça fait peur », a lancé le militant écologiste sur France Inter. 

« Il avait des convictions affichées, preuve en est le Grenelle de l'environnement » (les accords sur l'environnement mis en oeuvre sous la présidence Sarkozy), a remarqué Nicolas Hulot, pour qui ce sujet « doit transcender les classes politiques, car la réalité va nous rattraper ». « C'est désolant, sur des sujets aussi importants, pour flatter l'attente électorale, de nier la réalité qui a été partagée par 190 chefs d'État à Paris » lors de la COP21 en décembre 2015, a-t-il ajouté. 

Revenant sur sa décision de renoncer à être candidat à l'élection présidentielle, il a expliqué qu'il avait été « pris de court » et qu'il lui aurait fallu « une année de plus », car ses partisans n'étaient, selon lui, pas assez structurés pour mener une telle campagne. « Je ne me voyais pas entretenir un espoir, nourrir une promesse que je ne me pensais pas intellectuellement, psychologiquement et logistiquement capable de tenir », a poursuivi Nicolas Hulot, qui avait été candidat malheureux à la primaire écologiste lors de la précédente présidentielle. 

L'écologiste de 61 ans a renoncé en juillet à être candidat pour 2017, malgré des sondages le créditant d'un score entre 9 et 11 % au premier tour. « Il y avait une multitude de gens » qui me soutenaient, mais « je me sentais seul », « la dynamique me dépassait » et « je n'ai pas eu envie de décevoir », a indiqué Nicolas Hulot, évoquant « une décision douloureuse à prendre ».

Il a prévu de lancer « un appel à soutenir un certain nombre d'idées », mais pas un appel au vote pour une personne, a-t-il dit, regrettant que la campagne n'évoque pas « des valeurs comme la dignité, la diversité, l'humilité, la solidarité ».

Quant à la question démographique, évoquée par Nicolas Sarkozy, « nous aurons échoué » si l'humanité devait mettre en oeuvre une restriction autoritaire des naissances, a-t-il jugé. Il a aussi annoncé le lancement d'une pétition contre l'accord de libre-échange conclu entre l'UE et le Canada, qu'il appelle les États de l'Union européenne à rejeter, car il remet en cause, selon lui, le principe de précaution et des normes sociales, sanitaires et environnementales.

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13-Climat: une trentaine de pays vont rejoindre l'accord de Paris
21 septembre 2016

Une trentaine de pays vont confirmer formellement mercredi leur adhésion à l'accord de Paris sur le climat, ce qui rapprochera ce texte de sa mise en oeuvre effective, a indiqué mardi l'ONU.

photo les dirigeants après la signature de l'accord à paris en décembre 2015. © afp
Les dirigeants après la signature de l'accord à Paris en décembre 2015

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Ces pays vont remettre leurs instruments de ratification à l'occasion de l'Assemblée générale de l'ONU. Il s'agit de plusieurs États latino-américains (Argentine, Brésil, Mexique), ainsi que de Singapour, la Thaïlande, le Bangladesh et les Emirats arabes unis notamment.

La France, qui a complété sa procédure nationale de ratification depuis juin dernier, va elle aussi présenter à l'ONU un document mercredi. Il indique qu'elle est « prête à déposer ses instruments de ratification » dans le cadre d'un dépôt coordonné au sein de l'Union européenne. Pour l'UE en effet, ratifier un tel accord internationalsuppose de le faire en tant qu'Union, mais aussi par chaque État membre.

L'accord conclu à Paris en décembre 2015 ambitionne de contenir le réchauffement climatique sous le seuil de 2°C par rapport au niveau pré-industriel. Pour entrer en vigueur, il doit être ratifié par 55 pays, qui doivent totaliser 55% des émissions de gaz à effet de serre. Pour l'instant, à la date de mardi, le chiffre est de 29 pays représentant 40% des émissions, selon la Convention-cadre de l'ONU sur les changements climatiques.

La ministre française de l'Environnement et présidente de la COP21, Ségolène Royal, a indiqué lundi à l'AFP qu'elle était optimiste sur une entrée en vigueur de l'accord d'ici le début de la COP22 au Maroc le 7 novembre. La ratification du texte début septembre par Pékin et Washington, deux des principaux pollueurs de la planète, a accéléré les choses.

Le nouveau président brésilien Michel Temer a aussi réaffirmé mardi à la tribune de l'Assemblée générale la volonté du Brésil d'appliquer l'accord de Paris, que le pays a ratifié lundi. Le Brésil « est une puissance environnementale, avec un engagement sans compromis en faveur de la protection de l'environnement », a affirmé M. Temer.

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14-313 milliards $ ont été injectés dans les énergies renouvelables en 2015, selon l’IEA
15 septembre 2016

(Agence Ecofin) - Les énergies renouvelables ont obtenu 313 milliards $ d’investissements au cours de l’année 2015, selon un nouveau rapport publié par l’Agence internationale de l’énergie (IEA). Ce montant représente une diminution de 8% par rapport aux montants injectés en 2014.

313 milliards $ ont été injectés dans les énergies renouvelables en 2015, selon l’IEA

« Les énergies renouvelables ont mobilisé près du cinquième des investissements effectués en 2015 dans le secteur énergétique, devenant ainsi l’une des principales cibles des injections de fonds dans le domaine. Si les investissements dans le renouvelable sont demeurés presque constants entre 2011 et 2015, une augmentation de près du tiers des nouvelles capacités installées a été observée, notamment à cause de la baisse des coûts de réalisation du solaire et de l’éolienne.», a affirmé l’IEA, dans un communiqué.

Selon Fatih Birol, le directeur exécutif de l’institution, ce passage aux énergies propres est dû, en grande partie, aux mesures prises par les différents gouvernements, à travers le monde. Un effort qu’il a exhorté à poursuivre et à intensifier.

De manière plus globale, 1 800 milliards $ ont été investis dans le secteur énergétique (hydrocarbures et électricité) au cours de l’année écoulée. Cette baisse, par rapport aux 2 000 milliards $ investis en 2014, a été principalement causée par la diminution de l’intérêt des investisseurs pour les hydrocarbures. 17% des 1 800 milliards $ sont allés aux énergies renouvelables qui avaient obtenu 16% des investissements de l’année précédente. 14% ont été consacrés aux réseaux de transports contre 12%, en 2014, et 12% à l’efficacité énergétique contre 10%, il y a deux ans.

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15-Matières premières : comment les traders suisses écoulent du carburant toxique en Afrique
15 septembre 2016

Dans l’enquête intitulée « Diesel sale », l’ONG Public Eye (ex-Déclaration de Berne) dévoile les pratiques peu scrupuleuses de traders pétroliers suisses en Afrique. Quatre enquêteurs ont travaillé durant trois ans pour percer les mystères toxiques de l’essence et du diesel distribués sur le continent africain par les géants suisses du négoce de matières premières.

Plateforme pétrolière en Angola, le 14 octobre 2003.

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Les résultats de cette enquête publiée jeudi 15 septembre sont sans appel : les carburants écoulés en Afrique ont une teneur en soufre entre 200 et 1 000 fois plus élevée qu’en Europe, mettant gravement en péril la santé de populations exposées aux particules fines et à d’autres substances chimiques cancérigènes.

Des produits toxiques ajoutés aux carburants pour augmenter les profits
Pour augmenter leurs profits, les traders effectuent des mélanges avec des produits toxiques et particulièrement nocifs pour l’environnement et pour la santé. Des opérations souvent risquées qui s’effectuent à quai, notamment à Rotterdam, Amsterdam et Anvers, ou en pleine mer à quelques miles des côtes de Gibraltar ou des ports d’Afrique de l’Ouest.

Les traders ont un nom pour qualifier ces produits pétroliers : « qualité africaine ». Ce carburant toxique est écoulé en Afrique de l’Ouest où les négociants en matières premières profitent de réglementations qui permettent encore l’importation de diesel et d’essence contenant un taux de soufre très élevé. Ils en ont fait un marché parallèle et opaque.

Dans les stations essence de Trafigura, Vitol ou Oryx
Public Eye a effectué des prélèvements dans des stations essence de huit pays africains (Angola, Bénin, Congo-Brazzaville, Ghana, Côte d’ivoire, Mali, Sénégal et Zambie) détenues ou alimentées par ces maîtres du négoce pétrolier, comme Trafigura, Vitol ou Oryx. Plus de deux tiers des échantillons contiennent un taux de soufre supérieur à 1 500 parties par million (ppm). Avec une pointe à 3 780 ppm au Mali. La limite est de 10 ppm en Europe, aux Etats-Unis et même en Chine, à compter de 2017.

Les grandes villes africaines pâtissent déjà d’une qualité de l’air déplorable et d’une urbanisation préoccupante. D’ici 2050, la population urbaine devrait tripler sur le continent. Et le nombre de véhicules devrait considérablement augmenter. Les grands acteurs suisses de ce marché du « diesel sale » disent respecter les normes en vigueur. Et ils insistent sur les efforts fournis par l’Association des raffineurs africains (ARA), une organisation basée… à Genève et dont ils sont membres, pour améliorer la qualité des carburants qu’ils importent, mélangent, revendent et distribuent sur le continent.

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16-En Afrique, on consomme du carburant 150 fois plus polluant qu’en Europe et aux Etats-Unis 
15 septembre 2016

(Agence Ecofin) - Selon un rapport de l’ONG suisse Public Eye, certaines compagnies pétrolières et des négociants de produits pétroliers exportent vers l’Afrique des combustibles très polluants qui ne pourraient être commercialisés sur le marché européen eu égard à la rigidité des normes en vigueur.

En Afrique, on consomme du carburant 150 fois plus polluant qu’en Europe et aux Etats-Unis

Lire aussi :
La Côte d'Ivoire peut jouer un rôle moteur contre les carburants toxiques en Afrique

Il s’agit d’une pratique connue dans l’industrie que de mélanger les carburants pour obtenir « des spécifications particulières » avant l’exportation, expose le document. Pour maximiser leurs profits, explique Le Monde, les traders effectuent des mélanges avec des produits toxiques et particulièrement nocifs pour l’environnementet pour la santé. Des opérations souvent risquées qui s’effectuent à quai, notamment à Rotterdam, Amsterdam et Anvers, ou en pleine mer à quelques miles des côtes de Gibraltar ou des ports d’Afrique de l’ouest. 

Le procédé n’a en réalité rien d’illégal en raison du vide juridique autour de la question dans la majorité des pays africains. Les traders y profitent ainsi de la faible législation en matière de qualité du carburant pour commercialiser du carburant à forte teneur en soufre (plusieurs dizaines de fois plus polluant que la limite européenne). La limite en Europe et aux Etats-Unis est, en effet, de 10 parties par million (ppm) alors que sur des échantillons prélevés dans certains pays africains le taux de soufre détecté est supérieur à 1 500 ppm, avec un pic de 3 780 ppm au Mali.

Parmi les sociétés épinglées par le rapport figurent Trafigura et Vitol qui ont fait du carburant de ‘qualité africaine’ un fond de commerce particulièrement rentable. Pour rappel, il y a 10 ans, en Côte d’Ivoire, Trafigura avait affrété le navire Probo Koala pour déverser plus de 580 tonnes de déchets toxiques issus des industries pétrolières sur les côtes ivoiriennes. 

Des poursuites avaient alors été engagées par l’Etat ivoirien mais seulement 100 milliards FCFA ont été déboursés par la compagnie pour assurer les frais de dépollution. L’ONG Greenpeace n’avait d’ailleurs pas manqué de souligner les conséquentes pertes en vies humaines et la forte pollution de la faune et de la flore marine. Quant à Vitol, si son chiffre d’affaire a dépassé les 270 milliards $ en 2015, c’est principalement grâce à aux carburants ‘qualité africaine’.

Outre les conclusions du rapport, selon une enquête rendue publique par le quotidien britannique The Guardian et l’ONG Public Eye récemment, BP a également livré du diesel en haute teneur en soufre au Ghana. Interrogés, les responsables de ces entreprises nient toute malversation et disent ne se conformer qu’à la législation en vigueur dans les pays africains.

Pour les contributeurs à l’élaboration du rapport, il urge que les pays africains durcissent leurs législations en la matière pour stopper le fléau.

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17-Grande Barrière de corail : la mine géante du groupe Adani devrait voir le jour
31-08-2016

Le groupe indien Adani devrait pouvoir exploiter une mine de charbon géante en Australie malgré les recours utilisés par les écologistes.

La Grande Barrière de corail, à proximité de la ville de Cairns dans l'Etat du Queensland, Australie © BACHMANN/SIPA
La Grande Barrière de corail, à proximité de la ville de Cairns dans l'Etat du Queensland, Australie

REJET. La Cour fédérale d'Australie a rejeté un recours d'une organisation de défense de l'Environnement contre le projet controversé de mine géante du groupe indien Carmichael portant sur son impact environnemental contre la Grande Barrière de corail. Le projet Carmichael du groupe indien Adani, d'une valeur de 16,5 milliards de dollars australiens (11,1 milliards d'euros) s'est attiré les foudres des écologistes. 

Non seulement le charbon produit contribuera au réchauffement climatique mondial mais en outre la matière première devra transiter par un port proche du plus grand récif corallien au monde classé au patrimoine mondial, font-ils valoir. Le gouvernement australien avait donné son feu vert en octobre 2015 au projet, qui prévoit l'exploitation d'une mine de charbon dans l'Etat du Queensland, l'une des plus vastes au monde. Or la Fondation australienne pour la conservation (FAC) avait déposé en novembre 2015 un recours, en demandant si le ministère de l'Environnement n'aurait pas dû évaluer l'impact du réchauffement climatique posé par la combustion du charbon de la mine Carmichael. "Malheureusement, la Cour fédérale a répondu non", a déclaré Sean Ryan, représentant la Fondation devant le tribunal.

60 millions de tonnes de charbon par an
La mine doit produire chaque année 60 millions de tonnes de charbon thermique. Le projet prévoit aussi la construction de 189 kilomètres de chemin de fer pour acheminer la matière première. Adani va parallèlement procéder à l'extension d'un port de charbon à Abbot Point afin de l'exporter. D'après les écologistes, la Grande barrière inscrite au patrimoine de l'humanité depuis 1981 est déjà menacée par le réchauffement climatique, les ruissellements agricoles, le développement économique ou la prolifération des acanthasters, étoiles de mer qui détruisent les coraux. 

Le site de 345.000 km2 a failli être placé par l'Unesco sur sa liste des sites en péril et Canberra oeuvre à un plan de préservation sur 35 ans. "Les sondages montrent que les Australiens veulent des récifs mieux protégés et non davantage de charbon polluant", a affirmé Kelly O'Shanassy, directrice général de la FAC. "Nous ferons tout pour empêcher cette mine". Adani Mining a quant à lui, salué la décision de la Cour. "Il est incontestable que les militants ont eu vraiment beaucoup d'occasions de dire ce qu'ils pensaient" a déclaré le groupe dans un communiqué, précisant que tous les recours juridiques n'étaient pas purgés. "Quand ils le seront, comme le groupe l'a précédemment indiqué, la construction pourra débuter en 2017" a poursuivi le groupe. 

La Cour fédérale a récemment rejeté un recours formé par un groupe aborigène qui disait qu'Adani n'avait pas recueilli son consentement à ce projet.

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18-Préparez-vous à entrer dans l'anthropocène, une nouvelle ère géologique
29/08/2016

Réunis en Afrique du Sud, des experts de la géologie ont appelé à déclarer la fin de l'holocène, l'ère géologique actuelle, et le début d'une nouvelle période marquée par l'action de l'homme. 

La station spatiale internationale survole l'Italie, les Alpes et la mer Méditerranée, le 25 janvier 2016.
La station spatiale internationale survole l'Italie, les Alpes et la mer Méditerranée, le 25 janvier 2016.

Est-ce bientôt le début d'une nouvelle ère géologique ? Réunis au Cap (Afrique du Sud), lundi 29 août, lors du Congrès géologique international, des scientifiques ont voté à 30 voix contre trois (dont deux abstentions) que le passage à l'anthropocène devait bel et bien être déclaré, compte tenu de l'impact de l'homme sur la planète, rapporte le Guardian (en anglais). Que signifie cette recommandation ? Qu'est-ce que l'anthropocène ? Franceinfo revient, en détail, sur cette information. 

Que signifie le mot "anthropocène" ? 
C'est Paul Crutzen, chimiste et prix Nobel néerlandais, qui a imaginé ce nom en 2000. Selon lui, cette "ère de l'homme" consiste en un nouvel âge géologique marqué par la capacité de l'humain à transformer la Terre. 

Sommes-nous officiellement passés dans l'anthropocène ?
Non, il va falloir encore un peu de temps pour que l'anthropocène soit enfin gravé dans "l'échelle des temps géologiques", régulée par la Commission internationale de stratigraphie. Ainsi, la recommandation des scientifiques réunis en Afrique du Sud doit encore être validée par l'Union internationale des sciences géologiques (IUGS), rappelle The Independent (en anglais). Et cette reconnaissance pourrait prendre deux à trois ans. Ce n'est qu'à partir de ce moment-là que nous pourrons définitivement dire au revoir à l'holocène, une ère géologique commencée il y a environ 10 000 ans.

Pourquoi le processus de changement d'ère prend-il du temps ? 
Tout d'abord parce que "pour les géologues, cette échelle [des temps géologiques]est la colonne vertébrale de leur discipline, on ne peut la changer à la légère",explique le paléobiologiste Jan Zalasiewicz, de l'université de Leicester (Royaume-Uni), dans Le Monde.

Mais il faut surtout trouver "un signe" tangible de l'activité humaine dans les strates géologiques, poursuit le Guardian. Par exemple, la fin de l'ère du crétacé, avec la disparition des dinosaures, est visible dans les strates par une couche d'iridium dans les sédiments, provoquée par la météorite qui a heurté la Terre. Les chercheurs doivent désormais identifier un signe de ce type pour marquer le passage à l'anthropocène. Ils vont donc le traquer dans les sédiments des lacs, les carottes de glace en Antarctique, les coraux ou encore les cernes des arbres.

Pour Jan Zalasiewicz, interrogé par le quotidien britannique, "nous sommes face à un choix énorme : il y a de si nombreux signes". La pollution plastique, l'aluminium, les particules de béton pourraient constituer des preuves de l'impact humain sur la Terre. Mais ce sont les éléments radioactifs dispersés dans l'atmosphère avec les essais nucléaires qui tiennent la corde. On en retrouve la trace "dans les tourbes, les sables et jusque dans les sédiments marins", relève Le Monde. 

Quand cette nouvelle ère débute-t-elle ?
C'est justement la question à laquelle les chercheurs vont devoir répondre pour valider le passage à l'anthropocène. Pour l'instant, souligne l'historien des sciences Christophe Bonneuil dans Libération, trois thèses prédominent. La première fait démarrer l'anthropocène "au néolithique, avec les débuts de l'agriculture et de l'élevage", soit il y a 9 000 ans. Une deuxième considère plutôt la révolution industrielle du milieu du XIXe siècle comme point de départ.

Mais c'est la troisième qui est défendue par les experts réunis en Afrique du Sud. Eux prennent comme point de départ le milieu du XXe siècle. Pour ces chercheurs, la période post-1945 marque ainsi le début de ce qu'ils nomment la "grande accélération" des indicateurs de l'empreinte humaine sur Terre. A partir de ce moment-là, la démographie, la consommation d'eau ou d'énergie, les émissions de CO2, l'extinction de la biodiversité, le recul des forêts commencent à s'intensifier sous l'effet de l'homme.

Si le signe retenu est bien les éléments radioactifs dispersés autour de la planète, l'explosion de la première bombe atomique de l'histoire, le 16 juillet 1945 dans le désert du Nouveau-Mexique, pourrait donc être considérée comme le point de départ de l'anthropocène, affirme Le Monde. Réponse dans quelques années.

Est-ce la fin du monde si nous passons à l'anthropocène ?
Même si la déclaration du passage à l'anthropocène n'a rien de certain, "on peut s'y préparer", prédit Jan Zalasiewicz. Ce serait ainsi un signe implacable de l'impact de l'homme sur la planète.

« Dire qu'on est entrés dans l'anthropocène, c'est dire qu'il ne s'agit pas d'une crise passagère, qu'on peut oublier entre deux sommets de la Terre au nom de la sacro-sainte croissance, mais d'une révolution géologique d'origine humaine. »
Christophe Bonneuil, historien dans "Libération"

Pour Christophe Bonneuil, il s'agirait d'une "remise en question massive de notre modernité industrielle et de ses grands partages"

Ce possible changement "nous dit que nous jouons avec le feu", analyse le spécialiste du climat Chris Rapley, dans le Guardian. Et que c'est irréversible. Cette mauvaise nouvelle, si elle est actée, devra-t-elle nous rendre fatalistes, quitte à ne rien faire pour rectifier le tir ? Non, répond, l'astronome Martin Rees. "Les sociétés humaines peuvent se frayer un chemin à travers ces menaces, réussir un futur durable et lancer des ères d'évolution post-humaine encore plus merveilleuses que celles qui nous ont précédé", assure-t-il dans le quotidien britannique. Le passage à l'anthropocène pourrait bien être le prochain défi de l'humanité.

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19-Ces « guerres de l'eau » qui nous menacent 
30/08/2016

Réchauffement climatique, démographie galopante, urbanisation et industrialisation croissante… Ce cocktail explosif annonce à coup sûr une aggravation des tensions liées à l'approvisionnement en eau. Certains experts y voient le principal risque de conflits dans les années à venir. 

http://www.lesechos.fr/medias/2016/08/30/2023537_ces-guerres-de-leau-qui-nous-menacent-web-tete-0211237552636.jpg
Au centre de la Chine

Août 2015 : des rebelles au régime syrien de Bachar Al Assad sabotent une source d'eau à quelques kilomètres au nord de Damas. Trois jours durant, la capitale syrienne est privée de 90 % de son approvisionnement en eau. Un mois plus tard : un raid de la coalition sunnite menée par l'Arabie saoudite au Yémen détruit une usine d'embouteillage d'eau dans une zone contrôlée par des rebelles chiites. Décembre 2015 : un raid de l'aviation russe en Syrie détruit les infrastructures de traitement des eaux au nord de la ville d'Alep... Jamais la base de données historiques de l'Institut du Pacifique recensant les conflits et les tensions autour de l'eau n'avait été aussi fournie. Et pour cause : Peter H. Gleick, cofondateur en 1987 de ce centre de réflexion entièrement dédié à la problématique de l'eau, a relevé un net accroissement de ce type d'attaque sur les dix dernières années. Certains experts n'hésitent plus à pronostiquer qu'au XXIe siècle l'« or bleu » prendra la place de l'« or noir » dans les conflits entre Etats. Pourtant, depuis l'aube de l'humanité, jamais une guerre de l'eau n'a opposé deux nations, à l'exception de celle entre deux cités-Etats, Lagash et Umma, au pays de Sumer en basse Mésopotamie... vers 2.500 avant J.-C. 

L'avenir pourrait être tout autre. Frédéric Lasserre, professeur à l'Université Laval (Québec) et directeur de l'Observatoire de recherches internationales sur l'eau (ORIE), le confirme : « Si peu de guerres ont éclaté à cause de conflits sur l'eau, leur rareté passée n'est certainement pas gage du futur dans un monde affecté par les changements climatiques et où la population a augmenté à un rythme et jusqu'à un niveau jamais connu auparavant. » Le CNRS indique qu' « avoir accès à l'eau est devenu un enjeu économique puissant à l'échelle planétaire, qui pourrait devenir, dans le siècle à venir, l'une des premières causes de tensions internationales »

Réchauffement climatique, démographie galopante, urbanisation et industrialisation croissante, le cocktail s'annonce explosif. Suffisamment pour qu'en 2015 le Forum économique mondial de Davos ait placé en tête des risques futurs, pour la première fois de son existence, les conflits liés à l'eau. En décembre prochain, le gouvernement marocain, qui accueille la COP22, a d'ailleurs choisi de placer cette thématique de l'eau au centre des débats. « Je ne suis pas surpris que le Maroc veuille aborder ce thème. C'est le premier pays qui ouvre ce que j'appelle la "diagonale de la soif" qui s'étend de Tanger jusqu'aux confins de la Chine du Nord-Est en passant par l'Inde, l'Asie centrale, le Proche et le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord », avance Franck Galland, directeur général de ES2 et auteur du « Grand Jeu. Chroniques géopolitiques de l'eau ». 

En mai dernier, la Banque mondiale, dans un rapport spécial sur le réchauffement climatique, avait averti que « près de 1,6 milliard de personnes - presque un quart de l'humanité - vit dans des pays ayant une rareté physique en eau. Et d'ici à vingt ans, ce chiffre pourrait doubler ». Ce changement climatique va d'abord affecter le remplissage des réservoirs d'eau souterraine, soit directement via les pluies, soit indirectement via l'accroissement de la demande, en particulier pour l'irrigation qui, aujourd'hui totalise 70 % de la consommation d'eau souterraine, poursuit l'institution multilatérale. Les estimations suggèrent qu'avant trente ans le système global alimentaire nécessitera entre 40 % et 50 % d'eau supplémentaire. La demande d'eau par les municipalités et l'industrie va augmenter de 50 à 70 %, celle du secteur de l'énergie de 85 %. Au total : le monde pourrait faire face à un manque d'eau disponible d'environ 2.700 milliards de mètres cubes d'ici à 2030 avec une demande supérieure de 40 % aux disponibilités. Dans un article paru dans « Sciences humaines » en mars dernier, René-Eric Dagorn, historien et géographe, notait qu'avec le développement économique de la Chine, de l'Inde et du Brésil, la demande en eau est en train de croître de façon exponentielle : à elle seule, l'Asie en consomme désormais 3.500 km3/an (contre 2.000 km3 pour l'ensemble des autres régions de la planète). 

Un nouveau barrage sur le Nil
Dans la mesure où 40 % de la population mondiale est établie dans les 250 bassins fluviaux transfrontaliers du globe, les Etats sont bien obligés de coopérer. Sauf qu' « à ce jour, on recense environ 200 traités de coopération qui ne couvrent que 60 bassins fluviaux », remarque Alexande Taithe, chargé de recherche pour la Fondation pour la recherche stratégique. C'est bien peu. Les points chauds ne vont donc pas manquer. 

A commencer par le bassin du Nil, oh ! combien vital pour l'Egypte. L'actuelle construction par l'Ethiopie du grand barrage Renaissance et de stations de retenues d'eau sur le Nil bleu irrite Le Caire. L'Egypte brandit un traité de 1929 lui attribuant les deux tiers des ressources en eau ainsi qu'un droit de veto sur tous les projets concernant le cours d'eau. Mais en 2010, six Etats (Ethiopie, Burundi, Tanzanie, Kenya, Rwanda et Ouganda) situés en amont du fleuve ont dénoncé ce droit de veto à travers un nouvel accord. Selon la presse locale, le président égyptien Al Sissi en aurait appelé à l'arbitrage du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, pour résoudre le différend en cours. 

La poudrière de l'Asie du Sud-Est
Autre point névralgique : l'Asie du Sud-Est, qui pourrait bien devenir une poudrière. Les besoins en énergie hydraulique de la Chine inquiètent autant que les projets de transfert d'eau du sud vers le nord du pays. « Le nord-est de la Chine recèle seulement 15 % des ressources en eau du pays pour 45 % de sa population totale. Pékin, avec moins de 500 mètres cubes d'eau par personne et par an est déjà en stress hydrique. D'où les projets du gouvernement pour pomper l'eau au sud afin de l'acheminer au nord-est grâce à de grands projets de canaux de dérivations », explique Franck Galland. « Le premier à l'est de la Chine est déjà en place : un grand canal puisant son eau dans le fleuve Bleu et la ramenant dans la région de Pékin. La dérivation au centre est en passe d'être achevée prochainement. La troisième, a priori abandonnée, inquiétait le plus, et notamment l'Inde, puisqu'elle concernait directement les fleuves prenant leur source dans les contreforts tibétains de l'Himalaya », poursuit-il. Ce n'est pas pour rien que la Chine entend garder la main sur la région du Tibet, le « château d'eau de l'Asie ». L'Indus, le Gange, le Brahmapoutre et le Mékong y ont leur source. Puiser ou dériver l'eau de ces fleuves ne peut qu'aviver les tensions entre la Chine, l'Inde, le Bangladesh, voire le Pakistan. Les craintes sont d'autant plus justifiées que la Chine n'a pas ratifié la Convention des Nations unies sur les utilisations des cours d'eau internationaux à des fins autres que la navigation, souligne Jean-Christophe Victor dans son nouvel ouvrage « Le Dessous des cartes », à paraître le 1er septembre. Le partage des eaux du Brahmapoutre apparaît comme l'une des sources de conflit potentiel les plus sérieuses. Pékin ne s'est pas non plus gêné de construire quantité de barrages en amont du Mékong qui termine sa course au sud du Vietnam. Or, le delta du Mékong est d'une importance cruciale pour ce dernier. Il concentre 20 millions de personnes et 25 % du PIB du pays. Pour assurer un juste partage des eaux du fleuve, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande et le Vietnam ont bien créé en 1995 un comité de gestion, la Commission du Mékong. Mais la Chine en est, là encore, absente. La situation dans la région est suffisamment inquiétante pour avoir motivé en 2012 un rapport spécial du Renseignement américain sur la sécurité des Etats-Unis à l'horizon des trente prochaines années. Washington s'interroge notamment sur l'intérêt et les risques d'être l'allié d'un Vietnam si fragile. 

L'Asie du Sud-Est n'est pas la seule zone à risque : les nombreux conflits du Proche et Moyen-Orient en témoignent. La Turquie dispose d'un moyen de pression puissant grâce aux nombreux barrages qu'elle a érigés sur le cours supérieur de l'Euphrate. En 1974, la médiation de l'Arabie saoudite a évité de justesse un affrontement entre la Syrie et l'Irak, lorsque Damas avait unilatéralement entrepris le remplissage d'un barrage sur ce fleuve. En 1990, la Syrie et la Turquie ont également menacé d'en venir aux armes pour régler leur différend. En 1998, la Syrie a dû plier face aux menaces explicites d'Ankara. La Syrie, ravagée par la guerre civile, est aussi en conflit avec son voisin israélien pour le contrôle du plateau du Golan, annexé en 1981 par Israël. Une partie des affluents du Jourdain y trouvent leurs sources, et Israël y puise 35 % de son alimentation en eau. 

Dans le golfe Persique, une crise est aussi possible au regard des tensions entre les sunnites d'Arabie saoudite et les chiites d'Iran. Riyad est conscient de sa dépendance aux usines de dessalement d'eau de mer situées juste en face de l'Iran. Une attaque de Téhéran sur ces points névralgiques aurait des conséquences désastreuses. D'où la construction en cours, par le régime saoudien, de gigantesques réservoirs stratégiques d'eau pour parer à cette éventualité. 

Gabegie dans l'« Arabie heureuse »
Pour l'heure, l'opposition entre Téhéran et Riyad se situe sur un autre terrain : le Yémen. Un pays ravagé par la guerre et qui risque purement et simplement de disparaître de la carte du monde. « Celui que l'on surnommait l'"Arabie heureuse" est victime de trente années de gabegie dans la gestion publique de l'eau. Tant et si bien qu'aujourd'hui, les habitants disposent de moins de 200 m3 d'eau par an en termes de ressources. A Sanaa, la quantité disponible tombe à 40 mselon les projections à 2030. Il est ainsi probable que la capitale devra être déplacée dans un futur proche », analyse encore Franck Galland. La Jordanie, pour l'heure épargnée par l'instabilité sociale, reste néanmoins très fragile. Pour alimenter la capitale, Amman, qui abrite une grande partie des 6,5 millions de Jordaniens, le gouvernement s'appuie sur un dispositif stratégique qui consiste à puiser l'eau à Disi, un aquifère, dont la quasi-totalité se situe en territoire saoudien. L'eau est ainsi convoyée sur plus de 300 kilomètres. Outre le fait que la Jordanie fait face à un problème de sécurisation contre d'éventuelles attaques terroristes du « pipeline » d'eau, le pays doit aussi composer avec l'Arabie saoudite, qui pourrait bien en faire un moyen de pression sur le Royaume hachémite. 

Comme si le réchauffement climatique ne suffisait pas, l'éruption des printemps arabes en Afrique du Nord est venue compliquer un peu plus la donne dans des pays déjà sous stress hydrique. La fuite des ingénieurs spécialisés dans la gestion de l'eau a rendu la situation encore plus critique en Tunisie et en Libye. Bref, on n'a pas fini de parler de la « diagonale de la soif »

Richard Hiault, Les Echos

Les points à retenir
  • Depuis une dizaine d'années, les spécialistes observent un net accroissement des conflits et tensions liés à l'eau.
  • Une situation qui devrait encore s'aggraver dans les décennies à venir : d'ici à 2030, la demande en eau pourrait être supérieure de 40 % aux disponibilités de la planète, selon les projections de la Banque mondiale.
  • Du bassin du Nil à l'Asie du Sud-Est, en passant par le golfe Persique, les points chauds ne vont pas manquer.

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20-130 investisseurs pesant 13 000 milliards $ d’actifs incitent le G20 à œuvrer pour le climat
24 août 2016

(Agence Ecofin) - Une incitation à accélérer les actions en faveur de la transition énergétique. Tel est le contenu de la lettre adressée aux leaders du G20 par 130 investisseurs internationaux représentant plus de 13 000 milliards $ d’actifs.
130 investisseurs pesant 13 000 milliards $ d’actifs incitent le G20 à œuvrer pour le climat
L’envoi de cette lettre intervient à l’approche du onzième sommet du Groupe des vingt qui se tiendra à Hangzhou, en Chine, les 4 et 5 septembre prochains. Les investisseurs exhortent ainsi les pays du groupe à ratifier l’accord de Paris de préférence avant la fin de l’année afin de réduire leur incertitude à ce sujet. 

« L’accord de Paris a donné aux investisseurs le signal clair que la transition vers une économie basse carbone était inéluctable et déjà en cours. Les gouvernements doivent rapidement ratifier cet accord et mettre en place des politiques permettant une meilleure appréhension des risques climatiques. Ils doivent également arrêter les subventions aux énergies fossiles et émettre des signaux forts qui inciteront le secteur privé à mettre en place l’économie décarbonée nécessaire à l’atteinte des objectifs climatiques », a déclaré Stephanie Pfeifer, la directrice du Groupe des investisseurs institutionnels sur le changement climatique (IIGCC).

Les investisseurs signataires espèrent également la mise en œuvre et l’amélioration des différentes contributions nationales à la lutte contre le réchauffement climatique, ainsi qu’une plus grande transparence sur les risques liés au climat. Ils appellent par la même occasion à une mise en œuvre des recommandations du Global Investor Statement On Climate Change de 2015, qui préconise entre autres la suppression des subventions aux énergies fossiles, le renforcement de la R&D en matière d’énergies renouvelables, la fixation d’un prix carbone fixe et conséquent, et le doublement des investissements dans les énergies renouvelables d’ici 2020. Sur ce dernier point, les auteurs de la lettre attendent un soutien des Etats pour l’atteinte de l’objectif.

Liste des 130 cosignataires de la lettre
ACTIAM
Aegon NV
Alberta Investment Management Corporation (AIMCo)
Amundi
AMP Capital
AP1 First Swedish National Pension Fund
AP2 Second Swedish National Pension Fund
AP3 Third Swedish National Pension Fund
AP4 Fourth Swedish National Pension Fund
AP7 Seventh Swedish National Pension Fund
Archbishops' Council
Armstrong Asset Management
ATP
Australian Ethical Investment
AustralianSuper
Aviva Investors
AXA
AXA IM
Baldwin Brothers Inc.
Bank J. Safra Sarasin
Bayerische Versorgungskammer
Bedfordshire Pension Fund
BMO Global Asset Management
BNP Paribas Investment Partners
Brawn Capital
Brown University Sustainable Investment Fund
BT Pension Scheme
California Public Employees' Retirement System (CalPERS)
California State Teachers' Retirement System (CalSTRS)
Cathay Financial Holding Co., Ltd.
Catholic Super
CBRE Global Investors
Cbus Super
CCLA
Central Finance Board of the Methodist Church
Christian Brothers Investment Services
Christian Super
Christopher Reynolds Foundation
Church Commissioners for England
Church of England Pensions Board
Church of Sweden
Connecticut Retirement Plans and Trust Funds
Dana Investment Advisors
Danske Bank Asset Management
Danske Civil- og Akademiingeniørers Pensionskasse
Deutsche Asset Management
Dragon Capital
EdenTree Investment Management Ltd.
Encourage Capital
Environment Agency Pension Fund
Epworth Investment Management Ltd
ERAFP
ESSSuper
ETF Partners
Eureka Funds Management
First Affirmative Financial Network
Friends Fiduciary Corporation
Friends Provident Charitable Foundation
FRR - Fonds de Réserve pour les Retraites
Greater Manchester Pension Fund
Henderson Global Investors
Hermes Investment Management
HESTA
HSBC Global Asset Management
IFM Investors
Impax Asset Management
Inflection Point Capital Management
Insight Investment
Jesuits in Britain
Juristernes og Økonomernes Pensionskasse
Kempen Capital Management
L&G Investment Management
Local Government Super
London Pensions Fund Authority
Mercer
Merseyside Pension Fund
Miller/Howard Investments, Inc.
Mirova
MN
Nanuk Asset Management Pty Ltd
Natixis Asset Management
NEI Investments
New York City Comptroller
New York State Common Retirement Fund
New Zealand Superannuation Fund
NextEnergy Capital
Nordea Wealth Management
North East Scotland Pension Fund
OFI
Ohman
Old Mutual Global Investors
OPTrust
Oregon State Treasurer
OTTP
Pax World Management LLC
PensionDanmark
PGGM
PKA
Plater Trust
Railpen Investments
Rathbone Greenbank Investments
Representative Body of the Church of Ireland
Reynders, McVeigh Capital Management
Robeco
Russell Investments
Sisters of St. Dominic of Caldwell, New Jersey
Sonen Capital
South Yorkshire Pensions Authority
Stafford Sustainable Capital
Statewide Super
Tellus Mater Foundation
Temporis Capital LLP
The Barrow Cadbury Trust
The Joseph Rowntree Charitable Trust
The Pensions Trust
The Sustainability Group at Loring, Wolcott and Coolidge
The United Reformed Church
Trillium Asset Management
Trustees of Amherst College
Unipension FAIF A/S
Unitarian Universalist Association
USS
Veris Wealth Partners
VicSuper
Vision Super Pty Ltd
Walden Asset Management
Wespath Benefits and Investments
West Midlands Pension Fund
West Yorkshire Pension Fund
WHEB

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