mardi 8 août 2017

Ah du nouveau et fort intéressant !!!


1-Oubliez les déclinistes ! Le monde va mieux
2-Et si la démocratie n’était qu’un vote de protestation ?
3-Pourquoi la productivité ralentit malgré un intense progrès technologique
4-Saint Fisc et Saint Keynes : les deux clés du Paradis
5-Le piège de la fiscalité mondiale se referme
6-Incertitude sur les marchés financiers
7-Les actifs bancaires sont éphémères
8-En réponse aux sanctions de Washington, Vladimir Poutine ordonne à 755 diplomates américains de quitter la Russie
9-Poutine affiche la puissance navale russe
10-Des pirates dérobent près de 40 millions de dollars de cryptomonnaie
11-Nouveau tir de missile nord-coréen : Washington et Séoul étudient les "options militaires"
12-Tirs balistiques de la Corée du Nord: Donald Trump hausse le ton contre Pékin
13-Venezuela : le naufrage en direct du socialisme
14-L’ONU demande à la Suisse de supprimer l’interdiction des minarets et de réexaminer toutes les lois affectant les musulmans
15-Bientôt la fin de l’A380 ?
16-Mark Zuckerberg prochain président des États-Unis ?
17-RT, Sputnik : la propagande du Kremlin en orbite
18-Harley-Davidson victime du vieillissement de la population occidentale
19-La «Torche» à Dubaï, une des plus hautes tours d'habitations au monde, ravagée par les flammes 
20-Pourquoi ne faut-il JAMAIS boire de café ou de thé à bord d'un avion ?

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1-Oubliez les déclinistes ! Le monde va mieux
29 juillet 2017

Notre monde n’a jamais été aussi riche, n’a jamais disposé d’un tel stock de connaissances, n’a jamais été aussi libre.

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Lire aussi :
Non, ce n’était pas mieux avant, de Johan Norberg

Le progrès, c’est complètement ringard. Personne n’y croit plus. Le monde va à sa perte et l’homme est coupable. Réchauffement climatique, terrorisme islamiste, chômage de masse, dette abyssale des pays riches, augmentation des inégalités dans les pays occidentaux.

Et ce ne sont là que les principaux malheurs dont nous abreuvent quotidiennement les médias. Le nez sur le guidon, l’occidental moyen ne se rend plus compte de sa chance. Surinformé de ses petits malheurs, il a perdu conscience de ses privilèges. Modestement, essayons de les lui rappeler.

L’extrême pauvreté
Manger à sa faim chaque jour fut l’exception pendant des millénaires. Étaient pauvres ceux qui risquaient de mourir de faim ou de froid. L’extrême pauvreté touchait 80 à 90% de la population mondiale au début du XIXe siècle. Aujourd’hui, elle a considérablement reculé. La Banque mondiale donne le chiffre de 10,67% de la population mondiale disposant de moins de 1,90 $ par jour.
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Pourcentage de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté (Source : humanprogress.org

Le progrès a été continu depuis deux siècles mais s’est accéléré à la fin du XXe siècle comme le montre en particulier la série courte en bleu clair qui est celle de la Banque mondiale.

L’alphabétisation
Personne n’ignore que l’analphabétisme concernait une écrasante majorité de la population mondiale jusqu’au début du XXe siècle. Les pays occidentaux ont progressé dans ce domaine dès le XIXe siècle, mais il a fallu attendre la deuxième moitié du XXe pour voir des progrès significatifs dans les pays les plus pauvres.
Ces progrès ont été gigantesques depuis quelques décennies comme le montre la carte suivante établie par l’UNESCO pour l’année 2015. Elle concerne les pays « en retard » historiquement.

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La carte met en évidence le taux d’alphabétisation des jeunes de 15 à 24 ans. Ils doivent pouvoir lire et écrire en comprenant une brève déclaration sur leur vie quotidienne.

Le taux d’alphabétisation inférieur à 50% des jeunes ne concerne plus aujourd’hui que quelques pays d’Afrique : la Guinée, le Mali, le Niger, la République Centrafricaine et le Soudan du sud. Toute l’Amérique latine et une grande partie de l’Asie se situent au-dessus de 90%.

L’esclavage
Jusqu’au XIXe siècle, l’esclavage ou le servage était une situation courante sur notre planète. En Russie, il faut attendre 1861 pour que le servage soit aboli. Aux États-Unis, l’abolition complète de l’esclavage date de 1863.
L’abolition de l’esclavage, rare jusqu’au XVIIIe siècle, devient de plus en plus fréquent à partir du XIXe. Mais il n’advient qu’à la fin du XXe siècle dans certains pays de culture islamique : 1968 en Arabie Saoudite, 1980 en Mauritanie, 1992 au Pakistan.

La loi ne suffit pas toujours pour éradiquer une tradition séculaire. Il reste aujourd’hui, selon les sources, vingt à quarante millions de personnes en situation réelle (et non juridique) d’esclavage dans le monde. Il s’agit de grossières estimations puisqu’il faut définir un concept d’esclavage à caractère non juridique et ensuite repérer les situations correspondantes.

Mais le progrès est saisissant par rapport aux époques, pas très lointaines, où la main d’œuvre agricole était servile. Il ne reste, tout au plus, que 0,5 % de la population mondiale subissant cette déshumanisation qui était la norme voici quelques siècles.

La liberté des femmes
Pendant des millénaires, dans presque toutes les cultures, les femmes étaient peu ou prou la propriété de leur mari ou de leur père. La domination sans partage des hommes conduisait à cette situation.

Dans les troupeaux de mammifères, le mâle dominant s’approprie les femelles. Nous sommes des mammifères légèrement civilisés. Dès leur apparition les religions ont consacré sur le plan éthique la domination masculine.
La femme tentatrice était coupable. Judaïsme, Christianisme et Islam considéraient par exemple que l’adultère d’une femme constituait une faute d’une extrême gravité pouvant conduire à la mort. Évidemment, l’adultère des hommes était largement exonéré.

Pour sortir vraiment des archaïsmes religieux, il faut attendre le XXe siècle dans les pays occidentaux. Dans les pays pauvres, encore imprégnés des vieux préceptes, la situation change beaucoup plus lentement. Mais l’évolution récente a été d’une rapidité exceptionnelle.

La généralisation du droit de vote des femmes illustre bien leur sortie du statut d’éternelles mineures. Il commence à se développer à la fin du XIXe siècle. La France ne l’accorde qu’en 1944.

L’évolution a été générale dans le monde entier. Même la désuète Arabie Saoudite a accordé le droit de vote aux femmes aux élections locales en 2015. Personne ne vote au niveau national, absolutisme monarchique oblige.
L’islamisme radical constitue aujourd’hui le sanglant baroud d’honneur des tenants d’un monde obsolète. Ce monde est en voie de disparition et, dans quelques décennies, il ne restera du fondamentalisme religieux que quelques sectes isolées.

L’indice de développement humain (IDH)
L’IDH, calculé par l’ONU, fournit une mesure globale des progrès considérables réalisés depuis quelques décennies. Il s’agit d’un indice synthétique (variant de 0 à 1) prenant en considération de nombreux éléments dont l’espérance de vie, le nombre d’années d’études, le revenu national brut par habitant. L’IDH complète l’approche purement quantitative classant les pays en fonction de leur PIB global ou par habitant. Il comporte un aspect qualitatif permettant d’apprécier le niveau de développement d’un pays.

Les deux graphiques suivants, fournis par l’ONU, illustrent les progrès globaux réalisés entre 1980 et 2014.

Année 1980. Valeur de l’IDH par pays (chaque point représente un pays)
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Année 2014. Valeur de l’IDH par pays (chaque point représente un pays)
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Tous les pays se sont déportés vers le haut et vers la droite. Le progrès a donc été général  sur trois décennies. En 1980, les États-Unis arrivaient en tête avec un IDH de 0,83 et le Niger était en dernière position avec un IDH de 0,19. En 2014, la Norvège arrive en tête avec un IDH de 0,94 et le Niger reste en dernière position avec un IDH de 0,35. La France se situait à 0,72 en 1980 et à 0,89 en 2014.

« Il n’y a richesse ni force que d’hommes1 »
Ces quelques exemples, que l’on pourrait multiplier2, montrent qu’en moins de deux siècles nous sommes sortis de la pauvreté généralisée, de l’ignorance complète, de l’esclavage des travailleurs et de celui des femmes.
Notre monde n’a jamais été aussi riche, n’a jamais disposé d’un tel stock de connaissances, n’a jamais été aussi libre. Évidemment, la surinformation dont nous sommes victimes focalise sur le négatif ou le tragique. Les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne mais ceux qui déraillent font la Une des journaux.

N’oublions pas pour autant de constater les énormes progrès accomplis par l’être humain. Des milliards d’hommes ont vécu dans le plus total dénuement, sans la moindre autonomie et sans aucune capacité de raisonnement.

Félicitons-nous d’être plus riches, plus libres et un peu plus intelligents. N’écoutez jamais ceux qui cherchent à vous culpabiliser parce que vous êtes des occidentaux favorisés. Vous portez en vous notre liberté et notre intelligence. Vous êtes l’espoir du monde.

  1. Jean Bodin, Six Livres de la République. 
  2.  Pour un approfondissement, voir le remarquable livre de Johan Norberg, Non ce n’était pas mieux avant, Plon. 

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2-Et si la démocratie n’était qu’un vote de protestation ?
2 août 2017

Les gens utilisent la démocratie comme vote de protestation au lieu de voter pour la politique qu’ils préféreraient voir appliquée.

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Seule la croissance de la productivité fait augmenter le PIB par habitant. Les lois limitent la productivité.
Cela signifie que sur le long terme, les électeurs seront toujours déçus par ceux qu’ils ont porté au pouvoir. Peu importe la politique promise, elle coûtera plus que ce qu’elle ne rapportera.

Dans l’agitation politique qu’est une démocratie moderne, chaque groupe d’intérêt tente de sécuriser sa part aux dépens des autres. Au final, le coût total éclipse tout bénéfice supposé.

Le droit aux soins de santé empiète sur le droit des médecins. Le droit aux aides sociales retire de l’argent à ceux qui travaillent. Les subventions aux agriculteurs prennent de l’argent aux autres industries. Les systèmes d’accréditation augmentent les prix et réduisent la qualité. Et il faut payer un salaire à tous les fonctionnaires des ministères pour mettre en oeuvre toutes ces catastrophes.

Naturellement, le gouvernement se contente généralement d’emprunter l’argent à quelqu’un. La dette publique augmente régulièrement, puisque c’est le seul moyen pour les responsables politiques d’offrir un semblant de repas gratuit. Cela dure un certain temps. Lorsque la dette atteint un trop haut niveau et que le chèque en blanc est en danger, les gens s’énervent et votent « mal ». Peu importe à présent ce qu’ils votent s’il n’y a plus de financement possible. Voter devient donc une forme de protestation.

Peut-être ce phénomène explique-t-il les surprises politiques que le monde a connues ces derniers temps. Les gens utilisent la démocratie comme vote de protestation au lieu de voter pour la politique qu’ils préféreraient voir appliquée.

Peu de gens ont compris le Brexit, mais beaucoup ont voté Pour. Peu de gens se rendent compte de ce que ferait la politique de Jeremy Corbyn à la Grande-Bretagne. Mais les médias ont résumé celle de Theresa May, et elle n’a pas recueilli l’adhésion. Par conséquent, les élections ont été anti-May et non pro-Corbyn.

Ceci est un phénomène international. En Grèce nous avons eu Syriza.L’Amérique d’Hillary Clinton restait plus ou moins à l’identique tandis qu’une victoire de Donald Trump l’humiliait elle et ses amis. Mais le vent a rapidement tourné : aujourd’hui, 60% des Américains désapprouvent la politique de Trump, un record historique. En France, Emmanuel Macron et son parti sont tout neufs, il s’agit également d’un vote de protestation. Les Pays-Bas possèdent déjà une longue liste de partis politiques bizarres, parmi lesquels celui de Geert Wilders. Seule l’Italie semble aller contre la tendance : dernièrement, des nouveaux venus y ont perdu les élections locales.

Démocratie : les gens ne protestent pas uniquement par leurs votes

Lors d’une enquête, 25% des Américains ont déclaré qu’ils boycotteraient les entreprises et les produits selon leurs opinions politiques et en fonction de l’apparente collusion des entreprises avec des politiques. Advertising Age a rapporté ces intéressants résultats :

  • « Près de 34% des républicains, par exemple, ont déclaré boycotter Nordstrom, contre seulement 12% des démocrates. L’étude a été menée en février 2017, au moment où la décision du détaillant d’abandonner la ligne de vêtements d’Ivanka Trump faisait la une des journaux ».

  • « L’étude a également été menée juste au moment où Uber décidait de réduire ses prix durant une grève des taxis de l’aéroport ; les lois anti-immigration de Trump ayant déclenché une campagne #DeleteUber. Environ 32% des démocrates interrogés ont déclaré qu’ils boycottaient Uber, comparé à 13% des républicains ».

Selon moi, ce sont d’excellentes nouvelles. Les entreprises devraient être tenues responsables de leurs agissements. Le résultat financier est le meilleur moyen de le faire.

Le problème est que les responsables politiques dirigent un pays, pas une entreprise. Un vote de protestation est très bien s’il empêche un homme stupide et dangereux d’accéder au pouvoir. Mais si le remplaçant est pire ? Les protestataires n’en tiennent jamais compte.

Bien sûr, en démocratie, il n’y a pas de bon choix de leaders. Il est rare que les électeurs votent pour une personne ; ils votent pour appartenir à un groupe, pour en contrarier un autre ou pour protester contre ce qui arrive à leur pays.

Cela augure mal pour la démocratie et pour nos pays. Mais on n’a pas fini de s’amuser.

« Brexit dur » contre « Brexit doux »

May a transformé les négociations du Brexit en un phénomène similaire à la démocratie elle-même. Le côté le moins catastrophique sortira gagnant.

Très tôt, il a été clair que l’UE était une catastrophe. À présent le Royaume-Uni l’est aussi.

May a perdu deux ministres du Brexit et son parti complote pour encourager un Brexit « doux ». C’est très déroutant. La position de May selon laquelle aucun accord vaut mieux qu’un mauvais accord ne signifie pas qu’elle veut un Brexit dur. Elle est certainement en faveur d’un accord.

Les seules personnes qui ne veulent pas d’un Brexit négocié sont celles qui veulent être justifiées dans leur prédiction qu’un Brexit dur ne serait pas du tout une catastrophe. C’est mon cas.

Les définitions de Brexit « dur » et « doux » semblent avoir changé du tout au tout. Avant, un Brexit dur signifiait l’échec d’aboutir à un accord avec l’UE avant le délai imparti, ce qui aurait laissé la Grande-Bretagne sortir de l’Union. Un Brexit doux représentait toute sorte d’accord sur lequel se seraient entendues la Grande-Bretagne et l’UE avant cette échéance.

Aujourd’hui, ces mêmes mots désignent le genre d’accord qui pourrait être atteint. Un Brexit doux pourrait inclure la liberté de mouvement et de résidence dans l’union douanière tandis qu’un Brexit dur ne le permettrai pas.

Modifier le sens d’un mot est une manière admirable de modifier le débat. Si un Brexit dur n’est qu’une version d’un Brexit doux, alors un Brexit doux n’est plus du tout un Brexit. Mais il semble encore respecter le referendum.

Mais quel est l’intérêt d’un Brexit si les Britanniques n’échappent pas aux mauvais côtés de l’UE, telles ses restrictions sur le commerce avec le reste du monde ?

La bonne nouvelle est que Steve Baker, le nouveau numéro 3 en charge du Brexit, a bien compris cela. Il a déclaré sur Twitter :
  • « Le terme de Brexit ‘dur’ ou ‘doux’ est fallacieux. Nous avons besoin d’une sortie correcte, d’une sortie propre, qui minimise les perturbations et maximise les opportunités ».

Il continue :
  • « En d’autres termes, nous avons besoin de la sortie la plus ‘douce’ en sortant réellement et en reprenant le contrôle de nos lois, de notre monnaie, de nos frontières et du commerce. Cela signifie mettre en oeuvre le contenu du Livre blanc afin que les [ministres] puissent continuer à faciliter le commerce en Grande-Bretagne et avec le monde. »

Des vaches laitières au Qatar

Lorsque les gouvernements échouent, l’économie de marché renaît. C’est pourquoi la concurrence est vilipendée par les gouvernements, tout comme le marché noir, la contrebande et la thésaurisation. La liberté met en exergue les défauts de l’interventionnisme qui nécessitent d’être cachés.

Un exemple récent ? La mise au ban du Qatar. Un certain nombre de nations islamiques se sont regroupées pour sanctionner le Qatar pour ses méthodes dévoyées de sponsoring du terrorisme ou d’exportation du gaz, ou les deux – cela dépend à qui vous le demandez.

Dans les faits, les Qataris travaillent à contourner les blocus. Selon Bloomberg, l’homme d’affaires Moutaz Al Khayyat a acheté 4 000 vaches en Australie et aux États-Unis et les a fait venir par avion au Qatar pour lancer une toute nouvelle industrie laitière locale. D’ici le mois prochain, il espère satisfaire un tiers de la demande locale de produits laitiers grâce à ces vaches. L’acheminement lui a coûté 8 M$.

Auparavant, le Qatar dépendait des importations de l’Arabie Saoudite. Le capitalisme a rapidement résolu ce problème.

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06/08/2017

Malgré la montée en puissance des nouvelles technologies et la robotisation massive de nos économies, la productivité décélère fortement dans le monde. Un phénomène lié au changement de la structure des emplois, qui se déforme vers les services.

https://www.lesechos.fr/medias/2017/08/06/2106370_pourquoi-la-productivite-ralentit-malgre-un-intense-progres-technologique-web-tete-030480695425.jpg
Le poids de l’agriculture en emplois est en chute libre depuis la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, c’est l’industrie qui s’effrite.

Lire aussi :
Le droit à plusieurs vies (professionnelles)

Sans remonter jusqu'aux luddites (1811) ou aux canuts (1831-34), on doit s'interroger sur l'effet du progrès technique sur la structure des emplois, aux Etats-Unis et en France, depuis la seconde guerre mondiale.

Dans toutes les périodes de progrès technique rapide, on s'est inquiété des destructions d'emplois qui pouvaient en découler. L'interrogation est pertinente. Là où le progrès technique a lieu, normalement, la productivité augmente et il y a destruction d'emplois, d'où les réactions négatives au progrès technique.
Mais la question est de savoir où se créent les nouveaux emplois qui remplacent ceux qui ont été détruits : s'agit-il d'emplois plus sophistiqués que les emplois détruits, dans des secteurs plus productifs ? Si oui, il y a alors une «dynamique schumpétérienne», avec gains de productivité et croissance mêlés. S'agit-il au contraire d'emplois peu sophistiqués, dans les services domestiques simples ? On parle alors de «dynamique anti-schumpétérienne», avec, cette fois, un recul constaté des gains de productivité et de la croissance potentielle.

Que s'est-il passé sur ce plan depuis la seconde guerre mondiale ? En 1945, aux Etats-Unis, l'agriculture représente encore 16 % des emplois, l'industrie 28 % , les services aux entreprises 7 %, , les services aux ménages 35 %, les administrations publiques 11% et enfin la construction 3 %. En 2017, l'agriculture représente 1 % des emplois, l'industrie 8 %, les services aux entreprises 18 %, les services aux ménages 54 %, les administrations publiques 15 % et la construction 4 %.

Les services ne cessent de gagner du poids
On remarque donc un important recul de l'agriculture (dans les années 1940 à 1960) et de l'industrie (depuis les années 1970). Inversement, on enregistre une forte hausse du poids des services.

En 1945, en France, l'agriculture représentait 29 % des emplois, l'industrie 23 % , les services aux entreprises 4 %, les services aux ménages 26 %, les administrations publiques 13 % et la construction 5 %. 

En 2017, l'agriculture ne représente plus que 3 % des emplois, l'industrie 9 % , les services aux entreprises 18 %, les services aux ménages 42 %, les administrations publiques 21 % et la construction 6 %. L'agriculture n'a cessé de maigrir de la Deuxième Guerre mondiale à la fin des années 1980, l'industrie, elle, s'effrite depuis le milieu des années 1970. 

Depuis les années 1990, les Etats-Unis et la France, comme tous les pays de l'OCDE, sont marqués par le développement des nouvelles technologies . En 1990, moins de 1 % des individus utilisaient Internet ; aujourd'hui ils sont de 75 à 85 % ; le nombre de robots par salarié a été multiplié par 8 aux États-Unis et par 4 en France de 1993 à 2016.

Pourtant, le ralentissement de la productivité du travail et de la productivité globale des facteurs (productivité de l'ensemble capital-travail) se poursuit. La productivité par tête progressait de 2 % par an aux Etats-Unis et de 2,5 % en France dans les années 1990, aujourd'hui de 0,5 % à 1 %. Ceci peut-il être attribué à la déformation de la structure des emplois ?

Les gains de productivité se réduisent
Depuis les années 1990, les faits marquants sont le recul du poids de l'industrie et de l'agriculture, la hausse de celui des services aux ménages et des services aux entreprises. La déformation de la structure sectorielle de l'économie a réduit, de 1990 à 2017, le niveau de productivité de 6 % aux Etats-Unis, de 4 % en France (en vingt-sept ans, soit 0,22 % et 0,15 % par an), ce qui est peu par rapport au ralentissement observé.

Dans les années 1940 à 1970, la baisse du poids de l'agriculture avait soutenu la productivité. Depuis les années 1980, et encore plus vite depuis les années 2000, la structure des emplois, aux Etats-Unis et en France, se déforme vers les services au détriment de l'industrie. 

Ceci est un problème économique si cette déformation réduit les gains de productivité. On a vu que la perte de gain de productivité globale est seulement de 0,2 % par an environ, ce qui n'est pas catastrophique. Mais ceci est un problème politique et social si cette déformation conduit à des emplois mal payés, peu protégés, ce qui est le cas dans les services domestiques (aux ménages) par rapport à l'industrie.

Le niveau du salaire par tête moyen est, aux Etats-Unis, de 47.000 dollars par an dans les services aux ménages, de 70.000 dollars dans l'industrie. Dans la zone euro, il est de 28.000 euros par an contre 39.000 euros. La déformation de l'emploi vers les services aux ménages est une évolution spontanée de l'économie, qui correspond à l'évolution de la demande. Mais son rejet social, en raison de la faible qualité des emplois crées, va croissant.

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4-Saint Fisc et Saint Keynes : les deux clés du Paradis
29 juillet 2017

La Grèce est la preuve que dette publique et multiplicateur keynésien ne mènent pas au paradis économique mais à la faillite. Pourtant, l’expérience se prolonge.

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Cette semaine, la Grèce a réussi à emprunter 3 Mds€ sur cinq ans au taux de 4,625%. C’est une réussite selon les médias.

C’est exact. Qu’un pays notoirement corrompu, qui trafique sa comptabilité publique, qui est incapable d’équilibrer son budget et dont la dette n’a pas été honorée à trois reprises en six ans puisse trouver des prêteurs est vraiment une réussite.

Racheter de la dette
Pourquoi la Grèce emprunte-t-elle ?

Pour racheter de la vieille dette, nous indique Les Echos :
  • « Athènes souhaitait racheter les obligations émises en 20014, en échange de nouveaux titres de dette. Objectif : rallonger la maturité de sa dette en offrant des titres arrivant à échéance en 2019 contre des titres à échéance 2022. Et à un taux moindre. Il y a trois ans la Grèce avait emprunté à un rendement de 4,95% contre 4,625% mardi. »

C’est la classique cavalerie : on emprunte pour rembourser un emprunt. Quand les taux baissent, tout va bien… et comme les banques centrales œuvrent pour que les taux baissent, tout va bien.

Le multiplicateur keynésien
Mais pourquoi, initialement, un Etat s’endette-t-il au lieu de solliciter ses contribuables ?
Ah là là, malheureux ignare et mécréant… Vous ne connaissez pas le miracle de Saint Fisc et la multiplication selon Saint Keynes ?

Le miracle de Saint Fisc transforme de l’argent privé, laid et sale, acquis en exploitant des pauvres et des faibles, en bon argent public. L’argent privé est purifié lorsqu’il est pris par les hommes de l’Etat et devient argent public distribué par les hommes d’Etat.

L’escroquerie de l’intérêt commun
L’argent public est forcément bon car il est dépensé dans « l’intérêt commun ».

  • « Cette manipulation des esprits portée à la hauteur d’un mythe est sans doute l’opération de subversion la plus réussie des 20 derniers siècles par les hommes de l’Etat. L’argent privé corrompt, l’argent public soulage. C’est pourtant rigoureusement le même, mais qui s’est transformé en se bonifiant par le miracle de Saint Fisc. »

Théorie de la révolte fiscale – Enjeux et interprétation – Ou pourquoi la révolte fiscale n’aura pas lieu, Serge Schweitzer et Loïc Floury

Ce mythe, cher lecteur, est déjà, en soi, magistral. Le mythe fondateur du code d’Hammurabi – qui faisait du roi un dieu et instituait une classe d’esclaves – est, en comparaison, pipi de sphinx.

Le « miracle » keynésien
Mais ce mythe moderne fut encore raffiné par Saint Keynes. L’argent public crée plus de richesse que l’argent privé. C’est ce qu’on appelle le « multiplicateur keynésien ».

Si l’Etat investit 1 €, son retour sur investissement sera supérieur à celui des personnes privées.

Ainsi l’Etat n’est pas obligé de ponctionner violemment des contribuables. Il peut simplement emprunter puisque son retour sur investissement sera toujours positif. Tandis qu’un misérable entrepreneur isolé, poursuivant ses coupables intérêts égoïstes peut se tromper. Il peut faire faillite, son retour sur investissement peut être négatif.

Les keynésiens définissent le coefficient multiplicateur comme le rapport entre une variation des dépenses publiques et la variation consécutive du revenu global. C’est ce qui justifie les « politiques de relance » financées par l’emprunt.

Le multiplicateur keynésien repose aussi sur la croyance étrange selon laquelle « la consommation enrichit ». Si les gens ne consomment pas assez, il suffit de leur distribuer de l’argent (créé à partir de rien, pris à d’autres, emprunté, peu importe…) ce qui combattra dépression économique et chômage.

Hélas, hélas, les faits sont têtus même si les bricolages statistiques peuvent faire illusion un certain temps.
Ce graphique vous montre combien de dollars de dette publique il faut dépenser pour obtenir 1 $ d’accroissement du PIB de l’économie américaine.

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En 2016, 3 $ de dette publique produisent seulement 1 $ de croissance…

Après 65 ans d’expérimentation on pourrait conclure que le concept de multiplicateur keynésien est de la foutaise, une escroquerie, erroné.

Mais de telles conclusions contrarient de nombreux intérêts. Ceux de la Parasitocratie. Chez nous en France, politique du logement, politique énergétique, TGV, politique industrielle… Comment voulez-vous financer tout cela si vous doutez des miracles de Saint Fisc et du multiplicateur de Keynes ?

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5-Le piège de la fiscalité mondiale se referme
27 juillet 2017

Le G7 et l’OCDE façonnent l’impôt mondial afin qu’aucun revenu ne puisse échapper à la taxation et maintenir la crédibilité des dettes souveraines des pays riches et surendettés.

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Considérant tous les mécanismes d’évasion fiscale à disposition des entreprises – le transfert de biens, l’établissement de prix de transfert, la compensation, les conventions fiscales, le crédit-bail, la conversion, les reports et les dérivés – il n’est pas étonnant que la collecte des taxes soit une passoire, pour chaque pays.

La trésorerie des entreprises passe dans ce tamis avant d’arriver à la ligne du résultat. Les pays se retrouvent les mains vides.

De la perception des taxes à l’évasion fiscale
Les élites de la politique aux États-Unis, en Allemagne, au Royaume-Uni et au Japon connaissent bien ces techniques. Elles ont fréquenté les mêmes écoles de droit et ont suivi les mêmes séminaires financiers que les conseillers des entreprises.

Le va-et-vient professionnel qui s’opère entre les élites du gouvernement et des entreprises fait que les experts changent constamment de bord, passant tour à tour de la perception des taxes à l’évasion fiscale, et inversement.

Cela fait partie des petits jeux de l’élite.

Si c’est un jeu, il n’amuse plus vraiment le G20. Le poids des dettes souveraines et l’incapacité à générer de la croissance ont conduit le G20 à s’investir d’une mission : mettre fin à l’évasion fiscale.

Mettre en place la fiscalité mondiale
Le plan de l’élite consiste donc à mettre au point une fiscalité mondiale via des actions coordonnées et le partage des informations.

Une fois que les autorités fiscales d’un pays ont une visibilité sur toutes les facettes d’une transaction (au lieu de se contenter de la facette locale), cette transaction est bien plus facile à attaquer.

Cette mission de recouvrement de l’impôt a été déléguée au G7 (États-Unis, Japon, Royaume-Uni, France, Allemagne, Canada et Italie) par le G20. Le G7 héberge les entreprises les plus riches et aux taux d’imposition les plus élevés. C’est le G7 qui a le plus à perdre, en matière d’évasion fiscale, et qui est donc le plus motivé, s’agissant d’y mettre un terme.

Le bras armé du G7
Le G7 s’appuie sur l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) qui assure le secrétariat technique. Les élites du G20/G7 externalisent souvent leurs missions vers le FMI, mais ont parfois recours à d’autres organisations multilatérales pour assurer des tâches spécifiques.

Les Nations Unies sont le lieu privilégié pour toutes les questions liées au changement climatique. On s’appuie sur l’OCDE pour le plan de fiscalité mondiale car elle représente les économies les plus avancées et les plus motivées en matière de recouvrement fiscal.

Ce plan de fiscalité mondiale n’est pas nommé ainsi. Il serait trop cousu de fil blanc. On attribue des intitulés techniques à ces plans afin d’en occulter les intentions. On nomme la monnaie mondiale « droits de tirage spéciaux » car cela a un côté anodin bien pratique.

Le BEPS de l’OCDE
Le plan de fiscalité mondiale est intitulé BEPS, l’acronyme de Base Erosion and Profit Shifting [Ndr : Plan d’action concernant l’érosion de la base et le transfert de bénéfices]. Lorsque l’on fait référence au « BEPS de l’OCDE », dites-vous simplement qu’il s’agit du « plan de fiscalité mondiale de l’élite » et vous serez sur la bonne voie.

Les élites ne font aucun effort pour cacher leurs intentions. Elles communiquent autour, mais dans un jargon inintelligible, sur des sites obscurs peu consultés et encore moins compris. Voici ce que les leaders du G7, notamment Barack Obama et Angela Merkel, ont déclaré à propos de ce plan de fiscalité mondiale, le 27 mai 2016 :

  • « Il est crucial que la mise en oeuvre du Plan d’action du G20/de l’OCDE, concernant l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS), se déroule de façon régulière, cohérente et concertée… pour arriver à un terrain d’égalité mondial pour tous ceux qui sont engagés dans des activités économiques. Nous maintenons notre engagement visant à prendre la tête de ce processus, pour donner l’exemple. Afin d’assurer une mise en oeuvre étendue des mesures du BEPS, nous encourageons tous les pays et juridictions concernés et intéressés à s’engager à mettre en oeuvre les mesures du BEPS et à rejoindre ce nouveau cadre global…

Nous réaffirmons l’appel lancé par le G20 à tous les pays concernés, y compris toutes les places financières et juridictions en vue de mettre en oeuvre […] des mesures défensives pouvant être envisagées à l’encontre de juridictions qui ne coopèreraient pas…

Nous attendons les premières propositions […] concernant des façons d’améliorer la mise en oeuvre de normes internationales, notamment la disponibilité d’informations liées à la propriété effective et aux échanges internationaux ».

Malgré ce jargon assez dense, la signification est claire. Le G20 insiste pour que les transactions soient entièrement divulguées sur le plan mondial. Il utilisera ces informations afin d’appliquer le recouvrement des impôts selon ses propres conditions.

Mécanisme de type Cosa Nostra
Les juridictions qui refuseraient de coopérer encourent des « mesures défensives ». C’est une façon polie d’exprimer qu’elles seront exclues des canaux bancaires internationaux, et que leurs économies seront détruites à moins qu’elles ne jouent le jeu. Cette invitation à coopérer ou bien se faire écraser, est une mécanique de type Cosa Nostra parée de nouveaux atours.

L’évasion fiscale à laquelle se livrent les entreprises est un luxe que les économies développées ne peuvent plus s’offrir. Les sociétés multinationales détiennent plus de 7 000 Mds$ de trésorerie, produit d’une évasion fiscale sophistiquée dont l’essentiel est amassé dans des paradis fiscaux.

Cette trésorerie est une cible trop tentante pour que les élites gouvernementales la laissent filer, même si leurs copains de l’univers des entreprises en bénéficient. Un simple droit de péage de 25% sur ces 7 000 Mds$ rapporterait 1 750 Mds$ de nouveaux revenus au G7. Cet argent serait ensuite consacré à diminuer le poids de la dette souveraine.

Le poker de l’évasion fiscale
La solution que le G7 a dans ses tuyaux, c’est la fiscalité mondiale. Cela commence avec une base de données centralisée contenant des informations fiscales partagées par les pays développés. L’évasion fiscale s’apparenterait alors à jouer au poker en montrant vos cartes. Vous pourriez jouer mais vous ne gagneriez jamais.

En fusionnant à l’échelle mondiale un partage d’information, les mises en application, et la taxation des montants bruts, les économies développées sont en mesure d’extraire un maximum de richesses des secteurs productifs vers les élites non productives.

Cela continue jusqu’à ce que le système social s’effondre, sort commun à toutes les civilisations lorsqu’elles ont atteint une phase ultime de parasitisme de haut niveau.

La taxation mondiale est là, à peine voilée. Bientôt, le voile se lèvera et l’extraction de la richesse commencera. Il n’y aura aucun endroit où se réfugier et aucun moyen de stopper la machine.

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6-Incertitude sur les marchés financiers
28 juillet 2017

Le rapport annuel de l’Autorité des Marchés Financiers était expressément attendu et la sanction est tombée, la crise (ou le krach) risque de survenir à n’importe quel moment.

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C’est une malédiction des années en sept pour l’économie mondiale. Après 1987 et le Krach d’Octobre, 1997 et la crise asiatique, 2007 et la crise des subprimes, nous sommes